{"id":1365,"date":"2020-08-12T19:27:53","date_gmt":"2020-08-12T17:27:53","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1365"},"modified":"2022-07-20T13:23:21","modified_gmt":"2022-07-20T11:23:21","slug":"notes-de-lecture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1365","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/illustrations13.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1540\" width=\"577\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/illustrations13.jpg 260w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/illustrations13-30x20.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>ACID TEST \/ TOM WOLFE <\/strong><\/u><strong>(\u00e9ditions du Seuil 1975)<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019odyss\u00e9e am\u00e9ricaine des Merry Pranksters (ces \u00ab&nbsp;joyeux lurons&nbsp;\u00bb v\u00e9ritables cobayes des premiers hallucinog\u00e8nes) m\u00e9ritait bien son Hom\u00e8re. Celui qui en fit le r\u00e9cit est l\u2019un des inventeurs du nouveau journalisme, universitaire natif de Richmond (Virginie) et connu pour hanter les cocktails et les pince-fesses new-yorkais en costume vanille, bottes texanes et borsalino. On a nomm\u00e9 Tom Wolfe, lequel se vantait d\u2019\u00eatre le seul r\u00e9publicain avou\u00e9 dans les milieux artistiques et litt\u00e9raires du pays. On a connu titre de gloire plus brillant.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si ses romans plus r\u00e9cents n\u2019ont pas cette patte, on tient peut-\u00eatre avec (The Electric Kool-Aid) <em>Acid Test<\/em> le grand roman am\u00e9ricain dont on nous rebat les oreilles depuis des lustres.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout part du grand Ken Kesey, issu d\u2019une famille de commer\u00e7ants de l\u2019Oklahoma partis dans l\u2019Oregon approvisionner le peuple des for\u00eats. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de lettre \u00e0 Stanford (Californie), il se porte volontaire pour exp\u00e9rimenter toutes sortes de produits hallucinog\u00e8nes dans un h\u00f4pital militaire (les fameux Acid Tests). Kesey sera l\u2019auteur, en 1960, du fameux<em> Vol Au-dessus D\u2019un Nid De Coucou<\/em>, paru une premi\u00e8re fois sous le titre <em>La Machine \u00e0 Brouillard<\/em>. On conna\u00eet la suite, ce film oscaris\u00e9 de Milos Forman avec Jack Nicholson dans le r\u00f4le de McMurphy et des personnages devenus mythiques&nbsp;: McMurphy le d\u00e9linquant solaire ayant choisi l\u2019HP plut\u00f4t que la prison, Grand Chef l\u2019indien mystique et schizophr\u00e8ne ou Billy Bubbitt, l\u2019adolescent b\u00e9gayeur hyper-\u00e9motif, sans parler de Miss Ratched, l\u2019infirmi\u00e8re sadique. Le tout pour un plaidoyer humaniste et libertaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit d\u2019<em>Acid Test<\/em> commence l\u00e0 o\u00f9 ont fini les Merry Pranksters, dans un entrep\u00f4t de la banlieue de San Francisco apr\u00e8s les derniers tests publics sous l\u2019\u00e9gide de Bill Graham, grand organisateur des f\u00eates musicales californiennes dans son antre du Fillmore. On est \u00e0 l\u2019automne 1966 et l\u2019aventure avait commenc\u00e9 d\u00e9but 1964. Les principaux protagonistes&nbsp;: Kesey et son \u00e9pouse Faye, Ken Babbs, ancien du Vietnam ayant troqu\u00e9 la litt\u00e9rature pour la chimie et, bien s\u00fbr, Neal Cassady, le Dean Moriarty du <em>Sur La Route<\/em> de K\u00e9rouac en chauffeur. Les autres ne sont finalement que des compagnons de route, des suiveurs, d\u2019\u00e9tapes en \u00e9tapes, m\u00eame si tous ces Pranksters d\u2019une semaine ou d\u2019un mois sont pittoresques et attachants, jeunes hippies d\u00e9boussol\u00e9s se raccrochant au miraculeux voyage. Ce voyage myst\u00e9rieux et magique que chanteraient les Beatles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pop\u00e9e culmine \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1964, quand le bus scolaires bariol\u00e9 part de San Francisco pour New York o\u00f9 trois \u00e9v\u00e9nements mettent la grosse pomme en effervescence, \u00e0 des titres tr\u00e8s divers&nbsp;: l\u2019exposition internationale, la campagne \u00e9lectorale mettant aux prises Lyndon B. Johnson et Barry Goldwater et la sortie du deuxi\u00e8me livre \u2013 son chef-d\u2019\u0153uvre \u2013 de Kesey, un pav\u00e9 de 800 pages au titre surprenant (<em>Parfois J\u2019ai Comme Une Grande Id\u00e9e<\/em>, sorti en France tardivement chez Toussaint Louverture). \u00ab&nbsp;Votez pour Goldwater, histoire de rire&nbsp;\u00bb, sera leur slogan un poil d\u00e9concertant. On a en effet beaucoup ri, de Nixon \u00e0 Trump\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aller se fera par le sud&nbsp;; Arizona, Texas, Nouvelle Orl\u00e9ans, Georgie\u2026 Le retour par le Nord, du Michigan au Montana avant l\u2019Oregon et la Californie. Sur une autre route o\u00f9 Cassady tape sans arr\u00eat sur la calandre de son bus ou tout autre objet \u00e0 sa port\u00e9e, comme un batteur de bebop&nbsp;; o\u00f9 les autres chantent ou grattent la guitare&nbsp;; quand Kesey apaise tout son monde en gourou bienveillant. Tout est film\u00e9 et ce long film hyperr\u00e9aliste servira de fil conducteur \u00e0 Wolfe.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux ann\u00e9es qui suivent sont plus compliqu\u00e9es. Traqu\u00e9s par la police et le F.B.I, les Pranksters vivent dans une propri\u00e9t\u00e9 achet\u00e9e par les \u00e9poux Kesey mais l\u2019exp\u00e9rience de vie communautaire devient difficile, avec la parano polici\u00e8re, les mauvais trips, les rivalit\u00e9s et la promiscuit\u00e9. D\u2019autres personnages comme Stanley Owsley III, autre pape du LSD, viendront d\u00e9fier Kesey en abandonnant l\u2019esprit festif et subversif du voyage. Kesey qui se dira tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u par sa visite new-yorkaise \u00e0 Timothy Leary, exp\u00e9rimentant scientifiquement les hallucinog\u00e8nes comme un chercheur scientifique, sans joie et sans extase.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis Kesey se carapatera au Mexique pour \u00e9viter une premi\u00e8re incarc\u00e9ration, laissant en plan toute sa tribu. Il reviendra en homme traqu\u00e9 et n\u2019\u00e9chappera pas \u00e0 la prison avant de se rapprocher de Freewheelin\u2019 Frank et des Hell\u2019s Angels du chapitre d\u2019Oakland, loin des r\u00eaves pourpres des hippies de San Francisco. Un r\u00eave qui tournera au cauchemar dans les banlieues chics de Los Angeles. Comme en \u00e9cho, Cassady sera retrouv\u00e9 mort le long d\u2019une voix ferr\u00e9e, alcool et barbiturique.<\/p>\n\n\n\n<p>Wolfe n\u2019a pas fait le voyage et son superbe roman s\u2019appuie sur des dizaines de t\u00e9moignages de Pranksters recueillis apr\u00e8s la bataille. Gu\u00e9rilla pacifiste contre l\u2019Am\u00e9rique WASP du conformisme, de la violence, du consum\u00e9risme, du fric et du cynisme. Chercheurs d\u2019ailleurs. D\u2019une vie proche des beaut\u00e9s de la nature et des liens d\u2019amiti\u00e9 et d\u2019amour entre les humains. Loin du ratio, de l\u2019efficacit\u00e9 et du fric.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9ritier des \u00e9crivains beat et des auteurs de la g\u00e9n\u00e9ration perdue, Wolfe fait swinguer les phrases, avec des fulgurances po\u00e9tiques \u00e0 tous les coins de page et un style oscillant entre une certaine pr\u00e9ciosit\u00e9 litt\u00e9raire et une rythmique sonore \u00e0 base d\u2019onomatop\u00e9es. Du grand art et une \u00e9criture \u00e0 la hauteur de l\u2019incroyable \u00e9pop\u00e9e. C\u2019est un petit bout de l\u2019Am\u00e9rique qui nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ici, un kal\u00e9idoscope de sa jeunesse marginale et magnifique qui a presque r\u00e9ussi \u00e0 faire vaciller l\u2019empire, dans un grand et radieux \u00e9clat de rire.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>L\u2019\u00c9VANGILE SELON J\u00c9SUS-CHRIST \/ JOS\u00c9 SARAMAGO (\u00e9ditions du Seuil \u2013 1993).<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS14.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1542\" width=\"572\" height=\"248\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS14.jpeg 342w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS14-300x130.jpeg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS14-30x13.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 572px) 100vw, 572px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Bien que prix Nobel de litt\u00e9rature (ou peut-\u00eatre \u00e0 cause de \u00e7a), j\u2019ai longtemps tenu Saramago pour un \u00e9crivain acad\u00e9mique, autant dire ennuyeux, quelqu\u2019un dont on peut lire les nouvelles dans des journaux comme <em>Le Monde Diplomatique<\/em>, un peu comme un John Berger. J\u2019avais grand tort.<\/p>\n\n\n\n<p>Saramago d\u00e9ploie son \u00e9vangile apocryphe et iconoclaste sur plus de 500 pages, puisant dans les \u00e9vangiles classiques et les saintes \u00e9critures, mais y introduisant \u00e7a et l\u00e0 des petites touches de son invention qui l\u2019auraient fait br\u00fbler vif aux temps de l\u2019inquisition, ou \u00e0 n\u2019importe quels temps d\u2019avant les lumi\u00e8res (et encore&#8230;).<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Marie accouche d\u2019un fils dont la naissance a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e par un ange qui pourrait bien \u00eatre le diable. On se demande m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas le vrai p\u00e8re et le sacro-saint myst\u00e8re de l\u2019immacul\u00e9e conception en prend un coup fatal. Joseph est crucifi\u00e9, pris par les Romains pour un agitateur palestinien. J\u00e9sus a de nombreux fr\u00e8res et s\u0153urs et il sera longtemps berger avec l\u2019ange, \u00e0 moins que ce ne fut avec le diable, celui qui l\u2019affranchira sur son incomparable destin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reviendra \u00e0 Nazareth conscient des forces magiques qu\u2019il poss\u00e8de (ou plut\u00f4t dont il est poss\u00e9d\u00e9) comme des prodiges qu\u2019il n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 accomplir. Il rencontre Marie-Madeleine (Marie de Magdala ici) et vit avec elle en concubinage notoire avant de r\u00e9unir ses ap\u00f4tres et de faire quelques petits miracles lui vouant l\u2019admiration des premiers chr\u00e9tiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme son p\u00e8re Joseph \u00e9tait rong\u00e9 par la culpabilit\u00e9 de ne pas avoir sauv\u00e9 les enfants de Bethl\u00e9em lors du massacre des innocents command\u00e9 par H\u00e9rode, J\u00e9sus est accabl\u00e9 tout au long de sa courte vie par le fait d\u2019y avoir \u00e9chapp\u00e9. C\u2019est d\u2019ailleurs le th\u00e8me majeur, ou le fil rouge, de ce beau r\u00e9cit&nbsp;: la culpabilit\u00e9, au fondement du christianisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, Saramago d\u00e9peint un Dieu d\u00e9pass\u00e9 par sa cr\u00e9ation, comptable des crimes et atrocit\u00e9s commises dans son monde, impuissant \u00e0 y mettre un terme. Assez falot finalement, presque pitoyable. Ce Dieu a besoin du diable comme le bien ne peut prendre toute sa dimension qu\u2019en regard du mal. Dieu aura donn\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus la puissance et la gloire pour remettre sa cr\u00e9ation dans le sens du bien, mais c\u2019est plus souvent le mal qui triomphe et le diable \u2013 un diable presque d\u00e9bonnaire et sympathique ici \u2013 qui peut ricaner de mauvaise gr\u00e2ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Les phrases de Saramago sont longues et les dialogues s\u2019inscrivent dans le texte sans virgule et sans guillemets. On est sid\u00e9r\u00e9s par cette histoire \u00e9crite entre humour et compassion dans un style \u00e9blouissant, \u00e0 la mesure d\u2019un r\u00e9cit biblique en forme de fable moderne et de r\u00e9flexion m\u00e9taphysique sur le mal, la culpabilit\u00e9 et la transcendance. Saramago est bien le compatriote de Pessoa. Tous deux enfants prodiges de ce Portugal coinc\u00e9 dans les confins de l\u2019Espagne mais se prolongeant en r\u00eave dans l\u2019immensit\u00e9 du Br\u00e9sil.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>LA GROSSE GALETTE \/ JOHN DOS PASSOS (Gallimard \u2013 1939).<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"718\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS15.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1545\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS15.jpg 718w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS15-210x300.jpg 210w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS15-631x900.jpg 631w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS15-421x600.jpg 421w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS15-21x30.jpg 21w\" sizes=\"(max-width: 718px) 100vw, 718px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>On a parl\u00e9 un peu de <em>La Grosse Galette<\/em> (<em>Big Money<\/em> pour le titre original plus parlant) \u00e0 l\u2019occasion du Coronavirus et du confinement, sans doute pour quelques lignes sur la grippe espagnole de 1919 et sur des r\u00e9f\u00e9rences aux pr\u00e9mices du crash boursier de 1929. Dix ann\u00e9es dans lesquelles s\u2019inscrivent les personnages du roman. Un roman qui est le dernier d\u2019une trilogie dont le titre g\u00e9n\u00e9rique est <em>U.S.A<\/em> (<em>42\u00b0 Parall\u00e8le<\/em> \u2013 <em>1919<\/em> et <em>La Grosse Galette<\/em>). Une radioscopie en profondeur d\u2019un pays aussi gigantesque que dur aux faibles \u00e0 travers les destin\u00e9es de quelques personnages particuli\u00e8rement bien camp\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dos Passos \u00e9tait l\u2019\u00e9crivain pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Sartre, et on comprend qu\u2019il ait pu se passionner pour les formes novatrices comme pour le contenu social et politique de ses romans. Il a \u00e9t\u00e9 correspondant de guerre en Europe et pendant la guerre d\u2019Espagne avant d\u2019appara\u00eetre comme une figure embl\u00e9matique de cette g\u00e9n\u00e9ration perdue, m\u00eame si lui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 de ceux \u2013 comme Hemingway, Fitzgerald ou Miller \u2013 qui ont mang\u00e9 de la vache enrag\u00e9e dans le Paris de l\u2019entre deux guerres. Il est en tout cas le plus engag\u00e9 politiquement, m\u00eame s\u2019il deviendra apr\u00e8s la seconde guerre mondiale un anticommuniste farouche horrifi\u00e9 par les crimes de Staline et la bureaucratie sovi\u00e9tique, jusqu\u2019\u00e0 devenir un supp\u00f4t des r\u00e9publicains en libertarien adversaire obsessionnel de l\u2019\u00c9tat comme de toute organisation sociale (il sera un franc partisan du Maccarthysme et un contempteur de la journ\u00e9e de 8h). Nice guy&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Grosse Galette<\/em> s\u2019attache \u00e0 suivre l\u2019histoire de trois personnages principaux&nbsp;: Charley Anderson, as de l\u2019aviation durant la troisi\u00e8me guerre mondiale&nbsp;; Margo Dowling, la belle jeune fille de l\u2019Oklahoma qui cherche sa place dans les grandes m\u00e9tropoles de l\u2019est et Mary French, la militante id\u00e9aliste r\u00eavant d\u2019une Am\u00e9rique moins in\u00e9galitaire et plus fraternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Anderson mourra alcoolique dans un accident d\u2019automobile apr\u00e8s avoir tent\u00e9 sa chance \u00e0 Detroit (o\u00f9 Ford a mis en place le taylorisme dans ses usines de Dearborn) et \u00e9t\u00e9 roul\u00e9 dans la farine par les grands pr\u00eatres de Wall Street int\u00e9ress\u00e9s par son invention (un nouveau moteur pour l\u2019aviation commerciale). Margo Dowling finira starlette \u00e0 Hollywood apr\u00e8s bien des intrigues et bien des coucheries. Mary French livrera ses combats aupr\u00e8s de bateleurs d\u2019estrade gauchistes, en m\u00e8re courage&nbsp;; des luttes perdues pour la plupart, comme ses derni\u00e8res actions aussi vaines qu\u2019\u00e9mouvantes pour \u00e9viter l\u2019ex\u00e9cution de Sacco et Vanzetti.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela nous livre, dans les ann\u00e9es folles, un arri\u00e8re-plan de souffrance et de superficialit\u00e9 et on sent bien que Dos Passos est on ne peut plus pessimiste sur l\u2019avenir de ce pays comme il est totalement sceptique sur sa destin\u00e9e manifeste.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas cependant, il n\u2019y a pas de bons et de m\u00e9chants, d\u2019oppresseurs et d\u2019opprim\u00e9s chez Dos Passos pour qui l\u2019Am\u00e9rique a perdu son innocence d\u00e8s les origines, cette perte qui ruine tout espoir de r\u00e9demption chez des personnages flottant dans les eaux glac\u00e9es du calcul \u00e9go\u00efste \u00e9voqu\u00e9es par Marx. Dos Passos n\u2019a aucune piti\u00e9, aucune empathie pour eux, se contentant de les observer, en curieux et pas en moraliste, comme un aquariophile devant ses poissons multicolores.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une construction romanesque qui doit aux auteurs les plus modernes (on pense notamment \u00e0 Joyce), il entrecoupe ses r\u00e9cits de gros titres et de coupures de journaux, de \u00ab&nbsp;courants de conscience&nbsp;\u00bb &#8211; vignettes po\u00e9tiques hallucin\u00e9es &#8211; de paroles de chansons et de petites biographies des hommes c\u00e9l\u00e8bres qui ont fait l\u2019Am\u00e9rique, subissant souvent son indiff\u00e9rence voire sa franche hostilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dos Passos \u00e9tait un \u00e9crivain novateur et moderne en m\u00eame temps qu\u2019un conteur inspir\u00e9. Mais le personnage nous interpelle surtout maintenant pour son pessimisme foncier et son regard impitoyable d\u2019entomologiste pos\u00e9 sur une humanit\u00e9 pour qui il ne semble \u00e9prouver aucune compassion, nulle piti\u00e9. Une sorte de C\u00e9line ou de Giono am\u00e9ricain. Un proph\u00e8te des temps modernes, annonciateur d\u00e9tach\u00e9 des pires calamit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ACID TEST \/ TOM WOLFE (\u00e9ditions du Seuil 1975) L\u2019odyss\u00e9e am\u00e9ricaine des Merry Pranksters (ces \u00ab&nbsp;joyeux lurons&nbsp;\u00bb v\u00e9ritables cobayes des premiers hallucinog\u00e8nes) m\u00e9ritait bien son Hom\u00e8re. Celui qui en fit le r\u00e9cit est l\u2019un des inventeurs du nouveau journalisme, universitaire natif de Richmond (Virginie) et connu pour hanter les cocktails et les pince-fesses new-yorkais en&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1365\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1540,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1365"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1365"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1365\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1563,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1365\/revisions\/1563"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1540"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1365"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1365"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1365"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}