{"id":1397,"date":"2020-08-12T19:59:36","date_gmt":"2020-08-12T17:59:36","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1397"},"modified":"2020-08-31T12:37:57","modified_gmt":"2020-08-31T10:37:57","slug":"en-revenant-de-lexpo-sentimental-machine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1397","title":{"rendered":"en revenant de l&rsquo;expo : sentimental machine"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>W<\/strong><em><u><strong>illiam Kentridge au LAM de Villeneuve d\u2019Ascq jusqu\u2019au 3 d\u00e9cembre 2020<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS7.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1502\" width=\"581\" height=\"415\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS7.jpeg 266w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATIONS7-30x21.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 581px) 100vw, 581px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Je ne savais rien du plasticien William Kentridge, avant qu\u2019une amie ne m\u2019en parle et ne me recommande l\u2019exposition dont il sera ici question.<\/p>\n\n\n\n<p>Kentridge est un sud-africain n\u00e9 en 1955 \u00e0 Johannesburg, et il est le fils d\u2019un couple d\u2019avocats engag\u00e9s dans la lutte anti-apartheid. La famille, et ce n\u2019est pas anodin, a de lointaines origines juives&nbsp;; lituaniens ayant fui les pogroms d\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Son premier souvenir remonte au massacre de Shaperville en 1960, soit, pour rappel, la r\u00e9pression \u00e0 balles r\u00e9elles d\u2019une manifestation anti-apartheid qui va se solder par le lourd bilan de 69 morts. On comprend bien que l\u2019univers de l\u2019artiste va inclure l\u2019horreur et l\u2019abjection d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment in\u00e9galitaire o\u00f9 une caste de riches blancs d\u00e9fendent leurs int\u00e9r\u00eats \u2013 et leur pouvoir \u2013 \u00e0 coup de tortures, de terreur et d\u2019ex\u00e9cutions.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cet univers se fait de plus en plus m\u00e9taphorique au fil de l\u2019\u00e9volution de l\u2019artiste. On parle souvent \u00e0 tort d\u2019art total, mais l\u2019expression \u2013 ou le genre artistique \u2013 trouve tout son sens avec Kentridge.<\/p>\n\n\n\n<p>Son expression picturale a tout \u00e0 voir avec l\u2019expressionnisme, celui d\u2019un George Grosz ou d\u2019un Otto Dix. Des visages hallucin\u00e9s comme fig\u00e9s dans des visions d\u2019horreur, des cris picturaux au-del\u00e0 de la souffrance. Mais on pourrait aussi parler de constructivisme russe dans ce qu\u2019il propose par la suite, comme de Dada\u00efsme avec une volont\u00e9, sinon de choquer, d\u2019en appeler d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la conscience du monde en lui montrant une r\u00e9alit\u00e9 en tous points insupportable.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut ensuite parler d\u2019art total quand on voit le bonhomme aussi \u00e0 l\u2019aise dans la peinture que dans l\u2019architecture, la musique, le cin\u00e9ma, la vid\u00e9o, le th\u00e9\u00e2tre, le mime, le dessin, la sculpture\u2026 Ce qui s\u2019appelle faire feu de tout bois, et on n\u2019a pas ici \u00e0 faire \u00e0 un touche-\u00e0-tout, f\u00fbt-il de g\u00e9nie. Non, tout est dans l\u2019urgence et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019exprimer, de montrer, de dire avec par exemple cet Ubu omnipr\u00e9sent symbolisant le mal fait par les puissants et les oppresseurs, autant pour satisfaire \u00e0 leurs app\u00e9tits de destruction et de puissance que pour s\u2019amuser ou se distraire dans un hubris monstrueux.<\/p>\n\n\n\n<p>Kentridge dessinateur est fascinant, avec ces taches d\u2019encre mouvantes dont les formes peuvent aller de la mygale au texte imprim\u00e9 d\u2019un livre en passant par une chevelure humaine. Il y a de la magie en lui, du M\u00e9li\u00e8s avant que le cin\u00e9ma ne devienne trop bavard. Et puis il faut le voir en action, comme sur sc\u00e8ne, en personnage de bourgeois occidental d\u00e9vidant les fils de l\u2019absurde dans des mises en sc\u00e8ne d\u00e9sopilantes. On a m\u00eame droit \u00e0 une performance avec un discours de Trotsky \u2013 le vieux \u2013 prononc\u00e9 lors de son exil d\u2019Istanbul, et dans un fran\u00e7ais impeccable s\u2019il vous pla\u00eet, sur les tentations du gauchisme et du centrisme (au sein de la Gauche, la vraie, incarn\u00e9e par lui et ses premiers partisans).<\/p>\n\n\n\n<p>Kentridge n\u2019a jamais cru aux processus politiques de type \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation&nbsp;\u00bb en Afrique du Sud, mais ce genre de supercherie \u2013 ou du moins c\u2019est ainsi qu\u2019il semble les consid\u00e9rer \u2013 a aussi essaim\u00e9 au Rwanda, en Argentine, au Chili et ailleurs. L\u2019individu profond\u00e9ment moral que son \u0153uvre laisse deviner ne saurait se contenter de ces psychoth\u00e9rapies collectives, fussent-elles \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national et dans les bons sentiments. Pour lui, le mal ne saurait se diluer dans la parole et les oppresseurs doivent payer, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. La responsabilit\u00e9 de l\u2019artiste est aussi de demander des comptes \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et on n\u2019est pas ici chez les poseurs et les fumistes de l\u2019art contemporain. Un artiste tr\u00e8s politique, on l\u2019avait compris.<\/p>\n\n\n\n<p>Kentridge&nbsp;: il va me falloir ranger un nouveau nom propre dans ma m\u00e9moire encombr\u00e9e, mais je lui ferai une place de choix car l\u2019artiste comme l\u2019homme le m\u00e9ritent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>William Kentridge au LAM de Villeneuve d\u2019Ascq jusqu\u2019au 3 d\u00e9cembre 2020 Je ne savais rien du plasticien William Kentridge, avant qu\u2019une amie ne m\u2019en parle et ne me recommande l\u2019exposition dont il sera ici question. 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