{"id":1414,"date":"2020-08-12T20:32:22","date_gmt":"2020-08-12T18:32:22","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1414"},"modified":"2020-09-02T17:22:33","modified_gmt":"2020-09-02T15:22:33","slug":"christophe-petit-richard-et-de-si-jolies-choses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1414","title":{"rendered":"CHRISTOPHE, PETIT RICHARD&#8230; ET DE SI JOLIES CHOSES"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>CHRISTOPHE, PETIT RICHARD ET DE SI JOLIES CHOSES.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>UN FANT\u00d4ME DISPARA\u00ceT<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION2-1024x576.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1472\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION2-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION2-300x169.jpeg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION2-768x432.jpeg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION2-900x506.jpeg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION2-600x338.jpeg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION2-30x17.jpeg 30w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION2.jpeg 1189w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Pendant des ann\u00e9es, j\u2019ai eu l\u2019ambition d\u2019\u00e9crire une biographie de Christophe (oui le chanteur, Daniel Bevilacqua). Je l\u2019avais vu plusieurs fois lors de sa tourn\u00e9e de 2000 \u2013 2001 (p\u00e9riode <em>Comme Si La Terre Penchait<\/em>), aussi bien \u00e0 Paris que dans le Nord (Lille, Roubaix, Boulogne). Je m\u2019\u00e9tais m\u00eame enhardi \u00e0 aller le trouver en coulisses pour lui faire part de mon projet. Malgr\u00e9 des encouragements polis et difficilement audibles, j\u2019avais bien senti que je ne devrai compter sur aucune recommandation ni aide de sa part, sans parler d\u2019une \u00e9ventuelle collaboration totalement \u00e0 exclure. J\u2019avais pass\u00e9 quelques appels \u00e0 des responsables de collection dont les coordonn\u00e9es m\u2019avaient \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es par un critique de renom et ils accueillaient tous ma proposition avec une indiff\u00e9rence agac\u00e9e. L\u2019un d\u2019eux alla m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 me confier qu\u2019il \u00ab&nbsp;avait aussi l\u2019intention d\u2019\u00e9crire une biographie de Christophe&nbsp;\u00bb. J\u2019\u00e9tais bien avanc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tais pourtant longuement document\u00e9 et je savais presque tout du Beau Bizarre, de sa naissance \u00e0 Juvisy Sur Orge jusqu\u2019\u00e0 ses \u0153uvres les plus r\u00e9centes et cette tourn\u00e9e sans fin, en passant par ses d\u00e9buts de gratte-guitare sur la c\u00f4te d\u2019Azur, \u00ab&nbsp;Aline&nbsp;\u00bb et le ridicule proc\u00e8s intent\u00e9 par Jacky Moulli\u00e8re (neveu Salvador), sa fausse sortie de la fin des ann\u00e9es 60 et son retour en majest\u00e9 sous l\u2019\u00e9gide de Jean-Michel Jarre. Un parcours chaotique comme celui des bolides Formule 3 qu\u2019il prenait plaisir \u00e0 piloter \u00e0 Montl\u00e9ry. Christophe \u2013 mon Christophe \u2013 n\u2019avait rien d\u2019un marchand de soupe ou d\u2019un chanteur populaire. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, dans une interview \u00e0 <em>SLC<\/em>, il disait avoir d\u00e9couvert Wagner et ne plus \u00e9couter que \u00e7a. Dr\u00f4le de pistolet. Je le voyais comme un prince, un dandy aux vestes roses poussi\u00e8re dont le col laissait passer le jabot d\u2019une chemise immacul\u00e9e. Plus il prenait de l\u2019\u00e2ge, plus je le percevais comme une sorte de vampire dont les lunettes noires et la moustache cachaient mal le teint blanch\u00e2tre du noctambule r\u00eaveur et impassible.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais \u00e9cout\u00e9 des tas d\u2019interviews o\u00f9 sa voix mal assur\u00e9e, voil\u00e9e, s\u2019essayait maladroitement \u00e0 rythmer des bouts de phrase, des anglicismes et des citations. Il n\u2019avait rien \u00e0 dire, mais il le disait si bien. Le bonhomme n\u2019en \u00e9tait pas moins fascinant, une sorte de Nosferatu pop ayant d\u00e9laiss\u00e9 les hits sucr\u00e9s pour se reconvertir en sculpteur de sons qui devait \u00e0 l\u2019invention du synth\u00e9tiseur son retour en gr\u00e2ce apr\u00e8s les ann\u00e9es sombres.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, \u00ab&nbsp;Succ\u00e8s Fou&nbsp;\u00bb avait encore cette magie des premiers temps, mais il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 autre chose depuis les petits bijoux cisel\u00e9s avec son ami Jarre et ce <em>Beau Bizarre, <\/em>ce pur enchantement juste avant la nuit des volutes sonores et des complaintes aphones \u00e9chapp\u00e9es de machines dont lui seul savait explorer l\u2019\u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, \u00e0 quoi bon \u00e9crire sur quelqu\u2019un qui se sentait si peu de ce monde et n\u2019aspirait qu\u2019\u00e0 rejoindre ces espaces infinis dont il semblait issu. Poussi\u00e8re multicolore flottant dans l\u2019\u00e9ther. Phal\u00e8ne ou luciole. Un po\u00e8te sublime qui avait depuis longtemps remplac\u00e9 les mots par les sons et il aurait fallu lui rendre hommage dans le seul langage qu\u2019il connaissait&nbsp;: la musique. Mon inexp\u00e9rience dans ce domaine me disqualifiait pour ce faire et je n\u2019avais plus qu\u2019\u00e0 esp\u00e9rer que mon Christophe retrouverait dans on ne sait quel enfer ou paradis perdu miltonien Alan Vega ou Syd Barrett, ses propres idoles.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-rounded\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/EXld_mqWAAAySEe-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1458\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/EXld_mqWAAAySEe-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/EXld_mqWAAAySEe-300x300.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/EXld_mqWAAAySEe-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/EXld_mqWAAAySEe-768x768.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/EXld_mqWAAAySEe-900x900.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/EXld_mqWAAAySEe-600x600.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/EXld_mqWAAAySEe-30x30.jpg 30w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/EXld_mqWAAAySEe.jpg 1080w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><em><u><strong>LA P\u00caCHE NOIRE<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tat de Georgie a enfant\u00e9 au moins trois g\u00e9nies. Trois g\u00e9nies quasiment inventeurs d\u2019un genre&nbsp;: Otis Redding (n\u00e9 \u00e0 Dawson) pour la soul music&nbsp;; Ray Charles (n\u00e9 \u00e0 Albany &#8211; Georgie) pour le rhythm\u2019n\u2019blues et Little Richard Penniman (n\u00e9 \u00e0 Macon) pour le rock\u2019n\u2019roll. Trois princes de la musique populaire noire, autant dire de la musique populaire tout court.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas par hasard que Nik Cohn, illustre rock critique anglais, avait titr\u00e9 en 1968&nbsp;<em>A wopbopaloobop A lopbamboom<\/em>&nbsp;sa monumentale histoire du rock, sortie en 2001 en 10\/18. L\u2019autre Nick (Toshes), avait recens\u00e9 les <em>H\u00e9ros Oubli\u00e9s Du Rock\u2019n\u2019roll<\/em> (sorti chez Allia en 2000), soit les secousses telluriques qui allaient accoucher du big bang rock\u2019n\u2019rollien, et voir surgir \u00e0 la face de l\u2019univers la g\u00e9n\u00e9ration des pionniers, Elvis Presley et Chuck Berry en t\u00eate, suivis de peu par Jerry Lee Lewis et Little Richard. De quoi procurer \u00e0 une jeunesse occidentale d\u00e9vor\u00e9e d\u2019ennui ses premiers grands frissons, ses premiers grands plaisirs.<\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet l\u2019histoire du petit Richard, de ses premi\u00e8res vocalises \u00e0 l\u2019\u00e9glise sous la f\u00e9rule de son p\u00e8re d\u00e9vot jusqu\u2019\u00e0 son enterrement dans le cimeti\u00e8re de Huntsville (Alabama). Une vie qui d\u00e9marre au moment o\u00f9, apr\u00e8s avoir largu\u00e9 les amarres avec sa nombreuse famille qui le rejette en tant qu\u2019homosexuel, Little Richard signe les hymnes les plus fulgurants du rock\u2019n\u2019roll avec notamment \u00ab&nbsp;Tutti Frutti&nbsp;\u00bb et son contenu (homo) sexuel explicite, au moins dans le texte original. Son p\u00e8re est assassin\u00e9 devant un bar louche de Macon et il a eu toute latitude pour graver sur le label Specialty, de 1956 \u00e0 1959, ses premiers albums et une flop\u00e9e de singles caracolant tous dans les charts (\u00ab&nbsp;Jenny Jenny&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Good Golly Miss Molly&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Lucille&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Rip It Up&nbsp;\u00bb et surtout ce \u00ab&nbsp;The Girl Can\u2019t Help It&nbsp;\u00bb qu\u2019il interpr\u00e8te dans le film <em>La Blonde Et Moi<\/em> de Frank Tashlin avec Jane Mansfield). La voie est libre mais le paradis innocent du rock\u2019n\u2019roll va vite se transformer en purgatoire quand les roucouleurs du College rock (les Pat Boone, Frankie Avalon et autres Fabian) vont pousser les rockers dans l\u2019ab\u00eeme, avant l\u2019oubli et les r\u00e9demptions plus ou moins sinc\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Presley part servir l\u2019oncle Sam en Allemagne quand Chuck Berry et Jerry Lee Lewis ont maille \u00e0 partir avec la justice pour de sombres histoires de m\u0153urs. Eddie Cochran meurt accidentellement \u00e0 Londres alors qu\u2019il \u00e9tait en tourn\u00e9e avec Gene Vincent. Richard Penniman, lui, revient au Gospel et aux Spirituals, comme pour chercher on ne sait quelle r\u00e9demption pour sa vie de patachon et ses m\u0153urs dissolus.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Beatles et les Stones pourront triompher en rendant hommage aux pionniers, lesquels feront des derniers tours de piste, comme \u00e0 Toronto en 1969 ou \u00e0 Wembley en 1972. Little Richard para\u00eet maintenant coiff\u00e9 \u00e0 la Pompadour avec bijoux et falbalas. Il revendique pleinement son homosexualit\u00e9 \u00e0 la faveur de l\u2019\u00e9mergence du rock d\u00e9cadent et de ses plus belles cr\u00e9atures.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le Londres du British Beat, c\u2019est l\u2019Am\u00e9rique \u2013 du Detroit du MC5 au San Francisco de Creedence Clearwater Revival \u2013 qui lui rend des hommages appuy\u00e9s. Hendrix l\u2019avait d\u2019ailleurs accompagn\u00e9 lors d\u2019un enregistrement \u00e0 Los Angeles en pr\u00e9lude \u00e0 sa m\u00e9t\u00e9orique carri\u00e8re. Le Voodoo Chile pouvait d\u00e9sormais reprendre le flambeau dans une d\u00e9mesure \u00e0 l\u2019extr\u00eame limite d\u2019une folie incandescente qui guette la moindre ouverture.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Little Richard \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 loin, quittant \u00e0 regret le cimeti\u00e8re des \u00e9l\u00e9phants des vieilles gloires du rock pour donner sporadiquement une prestation m\u00e9diocre pour nostalgiques incurables. Las Vegas et ailleurs. La folle de Macon, la p\u00eache noire de Georgie tire son ultime r\u00e9v\u00e9rence ce 9 mai 2020, des suites d\u2019un cancer des os. Noir, homosexuel, subversif et g\u00e9nial, il avait tout pour plaire \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique de Trump. R.I.P (it up).<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>SOURIEZ, VOUS \u00caTES PHIL MAY<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"513\" height=\"250\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1474\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION3.jpeg 513w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION3-300x146.jpeg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/ILLUSTRATION3-30x15.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 513px) 100vw, 513px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Originaires de Dartford (Kent), les Pretty Things (ainsi nomm\u00e9s en hommage \u00e0 Bo Diddley) firent longtemps figure d\u2019outsiders flamboyants du Swinging London. Voisins des Rolling Stones en essuyant les pl\u00e2tres dans le m\u00eame circuit des nuits londoniennes, leur guitariste, Dick Taylor, avait m\u00eame fait parti des premi\u00e8res versions des Stones en tant que condisciple de Keith Richard \u00e0 la Sidcup Art School. Mais Dick Taylor n\u2019avait pas le physique avantageux d\u2019un Brian Jones et ses r\u00eaves de gloire prirent vite fin, vite ensevelis sous les brumes de Londres. London Town.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il aura une deuxi\u00e8me vie avec les Pretty Things de Phil May, un groupe qui poussera plus loin les limites de l\u2019outrage avec un leader dont le physique androgyne rivalise avec celui d\u2019un Mick Jagger. Les Pretty Things dynamitent des classiques rhythm\u2019n\u2019blues sous l\u2019influence de Bo Diddley, grand pr\u00eatre vaudou du rock\u2019n\u2019roll et de Chuck Berry&nbsp;; inventant ce rock \u00ab&nbsp;Chuck\u2019n\u2019Bo&nbsp;\u00bb qui allait devenir leur marque de fabrique, celle aussi des Yardbirds et des Animals.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9crit une biographie du groupe, sortie chez Camion Blanc en 2015 (1), bas\u00e9e largement pour la documentation sur le ma\u00eetre ouvrage de Alan Lakey (The Pretty Things \u2013 <em>Growing Old Disgracefully<\/em>). C\u2019est ensuite Mike Stax \u2013 \u00e9diteur du fanzine <em>Ugly Things<\/em> \u2013 qui \u00e9crira sur leur tourn\u00e9e n\u00e9o-z\u00e9landaise de 1965, une visite catastrophique aux confins de l\u2019empire, marqu\u00e9e par le scandale, la violence et les pires d\u00e9pravations. Les Pretty Things enregistrent leurs premi\u00e8res bombes chez Fontana, produits par Bryan Morrison et manag\u00e9s par Jimmy Duncan \u2013 un intellectuel, lui, ami de Donovan &#8211; avec autant de reprises de Bo Diddley que de Jimmy Reed et un batteur fou (premier d\u2019une longue s\u00e9rie) du nom de Viv Prince qui sera le mod\u00e8le de Keith Moon dans la destruction et le saccage.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours en 1965, ils s\u2019illustrent au Blokker Festival de Rotterdam et font donc scandale lors d\u2019une tourn\u00e9e calamiteuse aux antipodes, bannis de Nouvelle-Z\u00e9lande apr\u00e8s des frasques dont la moindre constitua la tentative de viol collectif sur la jeune Sandie Shaw \u00e9galement au programme. Version journalistique contest\u00e9e plus tard avec vigueur par May. Leurs passages \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision dans les \u00e9missions pour teenagers sont autant de sc\u00e8ne d\u2019un petit th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9, parsem\u00e9s par des acc\u00e8s de sauvagerie que retiendront les punks, une d\u00e9cennie plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e 1966 marquera un tournant avec de plus en plus de compositions originales (Taylor \u2013 May) et l\u2019apport instrumental de Don Povey et Wally Waller (ex Fenmen) entr\u00e9s en lieu et place de Brian Pendleton et de John Stax. Les jolies choses, nomm\u00e9es ainsi par d\u00e9rision, accouchent en studio de petites perles m\u00e9lancoliques (\u00ab&nbsp;London Town&nbsp;\u00bb, \u00abMy Time&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Progress&nbsp;\u00bb) mais ce n\u2019est rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qui va suivre. Nul groupe anglais n\u2019aura mieux pris le tournant psych\u00e9d\u00e9lique qu\u2019eux, avec tout d\u2019abord <em>Emotions<\/em> (1967) puis <em>SF Sorrow<\/em>, l\u2019un des premiers op\u00e9ras rock et chef-d\u2019\u0153uvre absolu du genre (1968) et, pour clore cette fantastique trilogie, <em>Parachute<\/em> (1970) qui sera class\u00e9 meilleur album de l\u2019ann\u00e9e par les critiques de <em>Rolling Stone<\/em>. Une r\u00e9f\u00e9rence. Apr\u00e8s bien des d\u00e9boires, ils sont pass\u00e9s chez E.M.I (Rare Earth aux \u00c9tats-Unis) et sont maintenant produits par Norman \u00ab&nbsp;Hurricane&nbsp;\u00bb Smith, vieux producteur maison qui les laisse donner libre cours \u00e0 leur folie cr\u00e9atrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, les Pretty Things m\u00e8neront une carri\u00e8re obscure sous le nom des Electric Bananas (une demi-douzaine d\u2019albums dont le premier servira de bande-son \u00e0 un porno soft produit par Menahem Golan). Le groupe nous gratifie d\u2019un superbe \u00ab\u00a0I See You\u00a0\u00bb lors de leur passage \u00e0 Amougies, en fin de programme, et on pourra aussi les voir \u00e0 la Taverne de l\u2019Olympia avant une premi\u00e8re dissolution pr\u00e9lude \u00e0 d\u2019incessants changements de personnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre temps, il s\u2019est pass\u00e9 quelque chose d\u2019incroyable avec Philippe Debarge, un de leur fan fran\u00e7ais, un dandy fils de famille qui les fait venir \u00e0 ses frais sur la C\u00f4te d\u2019Azur pour les accompagner sur son disque. Un fan qui r\u00e9alise son r\u00eave dans l\u2019\u00e9t\u00e9 sans fin de Saint-Tropez. C\u2019est en fait Debarge qui chantera sur des chansons du groupe. Les enregistrements resteront longtemps in\u00e9dits avant parution en 2009 sous le titre \u00e9ponyme (<em>Philippe Debarge<\/em>). Apr\u00e8s cet impromptu azur\u00e9en, Dick Taylor s\u2019est retir\u00e9 sur l\u2019\u00eele de Man et c\u2019est Peter Tolson (ex Edgar Broughton Band) qui tiendra la guitare.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont remis sur les rails en 1972 sur le label Swansong \u2013 celui de Led Zeppelin \u2013 avec leur manager Peter Grant aux commandes. C\u2019est reparti pour quelques albums dispensables et des tourn\u00e9es minables au fin fond des \u00c9tats-Unis. \u00ab&nbsp;Les Pretty Things reviennent, tout peut recommencer&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; c\u2019est ainsi que Yves Adrien \u2013 sorte de Lautr\u00e9amont punk &#8211; ponctue son manifeste <em>Je Chante Le Rock \u00c9lectrique <\/em>dans un<em> Rock &amp; Folk <\/em>de 1973. Ils reviennent certes, mais pas au mieux de leur forme. Des anges caboss\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand m\u00eame, David Bowie, fan transi, les remet au go\u00fbt du jour avec deux reprises (dont leur inoubliable \u00ab&nbsp;Don\u2019t Bring Me Down&nbsp;\u00bb) dans son testament du British Beat, <em>Pin Ups<\/em> et Phil May ne cache plus une bisexualit\u00e9 qui s\u2019accorde \u00e0 merveille avec l\u2019univers du rock d\u00e9cadent. Mais le grand retour est compromis par des rivalit\u00e9s entre les membres aliment\u00e9es par des probl\u00e8mes d\u2019ego (et aussi d\u2019h\u00e9ro).<\/p>\n\n\n\n<p>Phil May fait des infid\u00e9lit\u00e9s au groupe avec ses Fallen Angels. Ils reviendront encore apr\u00e8s qu\u2019un fan \u00e9perdu \u2013 Mark Saint-John \u2013 sera devenu leur manager et producteur. On peut citer, pour m\u00e9moire, leur version du \u00ab&nbsp;Eve Of Destruction&nbsp;\u00bb de Barry McGuire sortie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80, avant quelques rares albums ne leur rendant pas toujours justice.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de voir les Pretty Thing une bonne douzaine de fois et j\u2019aurais toujours le souvenir de ce concert lors d\u2019une f\u00eate de la musique sur le parking d\u2019un supermarch\u00e9. Ils en \u00e9taient l\u00e0. Devant une poign\u00e9e de fans et quelques curieux, ils reprenaient inlassablement leurs hits l\u00e9gendaires avant quelques extraits de <em>SF Sorrow<\/em> pour nous faire grimper au ciel. Un dernier album en 2015 (<em>The Sweet Pretty Things<\/em>\u2026 are in bed now, of course) et des concerts aux quatre coins de la vieille Europe, en gal\u00e9riens du rock. Jusqu\u2019\u00e0 un dernier set \u00e0 Londres, en d\u00e9cembre 2018, avec David Gilmour et Van Morrison en guest stars. Exit les jolies choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, Phil May s\u2019\u00e9tait retir\u00e9 dans le Norfolk avec son ami, consid\u00e9rant termin\u00e9e sa carri\u00e8re, et partant celle de son groupe. Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 15 mai des complications cardio-vasculaires ayant suivi un banal accident de v\u00e9lo. Comme Nico \u00e0 Ibiza en 1988. Le parall\u00e8le n\u2019est pas fortuit.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ange maudit du rock anglais nous laisse inconsolable et on se passera encore <em>SF Sorrow, <\/em>ce conte \u00e9lectrique o\u00f9 un gamin solitaire explorait son monde int\u00e9rieur dans une douce schizophr\u00e9nie acide. SF Sorrow is dead&nbsp;! Les Pretty Things ne reviendront plus jamais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Didier Delinotte \u2013 Les Pretty Things&nbsp;: Une Institution&nbsp;! &#8211; Camion Blanc \u2013 2015.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHRISTOPHE, PETIT RICHARD ET DE SI JOLIES CHOSES. UN FANT\u00d4ME DISPARA\u00ceT Pendant des ann\u00e9es, j\u2019ai eu l\u2019ambition d\u2019\u00e9crire une biographie de Christophe (oui le chanteur, Daniel Bevilacqua). Je l\u2019avais vu plusieurs fois lors de sa tourn\u00e9e de 2000 \u2013 2001 (p\u00e9riode Comme Si La Terre Penchait), aussi bien \u00e0 Paris que dans le Nord (Lille,&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1414\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1458,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[36,33],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1414"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1414"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1414\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1576,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1414\/revisions\/1576"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1458"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1414"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1414"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1414"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}