{"id":1660,"date":"2020-10-14T18:27:59","date_gmt":"2020-10-14T16:27:59","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1660"},"modified":"2020-10-23T17:35:50","modified_gmt":"2020-10-23T15:35:50","slug":"don-winslow-detective-sauvage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1660","title":{"rendered":"DON WINSLOW: D\u00c9TECTIVE SAUVAGE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/illustration30.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1661\" width=\"817\" height=\"613\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/illustration30.jpeg 620w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/illustration30-300x225.jpeg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/illustration30-600x450.jpeg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/illustration30-30x23.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 817px) 100vw, 817px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Don Winslow a r\u00e9invent\u00e9 les canons du roman policier avec sa trilogie mexicaine (<em>La Griffe du Chien<\/em>, 2007 Fayard Noir \u2013 <em>Cartel<\/em>, 2016 Le Seuil et <em>La Fronti\u00e8re<\/em>, 2020 Haper Collins France). Le combat d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et h\u00e9ro\u00efque de Art Keller, un ex agent de la D.E.A, contre les cartels de la drogue \u00e0 la fronti\u00e8re entre les \u00c9tats-Unis et le Mexique. Si Bolano avait d\u00e9peint cette zone g\u00e9ographique aux couleurs de l\u2019enfer dans <em>2666<\/em>, Winslow ne lui c\u00e8de en rien, ramenant la po\u00e9sie m\u00e9taphysique \u00e0 l\u2019action et \u00e0 l\u2019\u00e9pop\u00e9e barbare. Une obsession commune&nbsp;: le mal.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les renseignements biographiques sont maigres sur cet \u00e9crivain prolixe et d\u00e9miurge qu\u2019est Don Winslow. On sait vaguement qu\u2019il est n\u00e9 en 1953 dans le Rhode Island (certaines notices disent New York), que son p\u00e8re \u00e9tait officier de marine et sa m\u00e8re romanci\u00e8re. En creusant, on sait aussi qu\u2019il a fait des \u00e9tudes d\u2019histoire africaine, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 tour \u00e0 tour journaliste, d\u00e9tective priv\u00e9, organisateur de safaris au Kenya et qu\u2019il a v\u00e9cu longtemps dans la province du Sichuan, avant de se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9criture pour notre plus grande joie. Un sacr\u00e9 parcours soit dit en passant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quelques photographies du bonhomme ne correspondent d\u2019ailleurs pas au physique d\u2019un baroudeur \u2013 aventurier&nbsp;: haut du cr\u00e2ne chauve, traits r\u00e9guliers et petites lunettes cercl\u00e9es d\u2019intellectuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a \u00e9crit une bonne vingtaine de romans \u00e0 ce jour et, si ses polars se lisent avec grand plaisir, on retiendra cette trilogie sur les narcos, sur la drogue, sur les fili\u00e8res des trafiquants, sur la politique des \u00c9tats-Unis (et du Mexique), mais surtout sur la mis\u00e8re du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois pav\u00e9s de 700 pages en moyenne (c\u2019est le tarif avec Winslow, graphomane inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 autant qu\u2019inspir\u00e9). Tout commence avec <em>La Griffe du Chien<\/em>, une fresque qui pr\u00e9sente les protagonistes et les interactions entre services d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricains, police et arm\u00e9e mexicaines, cartels de narcos et Art Keller donc, franc-tireur de la Drug Enforcement Administration (D.E.A), une agence d\u00e9pendant du minist\u00e8re de la justice dont l\u2019objet principal est la lutte anti-drogues.<\/p>\n\n\n\n<p>Keller est n\u00e9 au Mexique et a pu se lier d\u2019amiti\u00e9 avec des narcos-trafiquants, notamment les fr\u00e8res Barrera et leur oncle, Tio, gros bonnet du trafic. Mais la guerre est d\u00e9clar\u00e9e quand son adjoint est tortur\u00e9 \u00e0 mort par le cartel du Sinaloa avec \u00e0 sa t\u00eate celui qui deviendra son ennemi jur\u00e9&nbsp;: Adan Barrera, seul ma\u00eetre \u00e0 bord apr\u00e8s la mort de son fr\u00e8re et de son oncle.<\/p>\n\n\n\n<p>On est admiratif devant la fa\u00e7on qu\u2019a Winslow de d\u00e9cortiquer m\u00e9canismes et rouages des trafics de coca\u00efne ou de m\u00e9thamph\u00e9tamine&nbsp;: cartel du Sinaloa donc, mais aussi cartel du Golfe, cartel de la fronti\u00e8re, sans parler des Zetas, milices de tueurs sadiques recrut\u00e9s et form\u00e9s d\u00e8s l\u2019enfance. On est subjugu\u00e9s par sa connaissance des enjeux g\u00e9o-politiques dans cette dr\u00f4le de guerre n\u00e9anmoins tragique et meurtri\u00e8re que se livrent services am\u00e9ricains, cartels, f\u00e9d\u00e9raux mexicains et militaires corrompus mis en laisse par les narcos.<\/p>\n\n\n\n<p>Car c\u2019est aussi le point de vue de Winslow qui est important&nbsp;: c\u2019est une guerre sans fin que les \u00c9tats-Unis m\u00e8nent pour se donner bonne conscience et faire semblant d\u2019agir pour bannir des produits qui contaminent sa jeunesse. Mais le trafic a sa propre \u00e9conomie et les forces en pr\u00e9sence s\u2019\u00e9quilibrent devant des truands sanguinaires pr\u00eats \u00e0 tout pour pouvoir continuer \u00e0 faire prosp\u00e9rer leur industrie.<\/p>\n\n\n\n<p>Des narcos que Winslow d\u00e9crit sans complaisance, adeptes du clinquant et du tape \u00e0 l\u2019\u0153il, grossiers machos stupides et bouffis d\u2019orgueil ne vivant que pour la came, l\u2019alcool, les filles faciles et les voitures de luxe. Aucun romantisme ici&nbsp;: Winslow a le m\u00e9rite de les pr\u00e9senter tels qu\u2019ils sont, \u00e0 savoir des cr\u00e9tins primaires n\u2019ayant pas d\u2019autres horizons que le meurtre et la vengeance.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cartel<\/em> est \u00e9difiant \u00e0 ce sujet, o\u00f9 chaque avanc\u00e9e d\u2019un cartel est barr\u00e9e par un autre dans une course au crime et \u00e0 la folie. Et ce sont les populations qui trinquent, surtout \u00e0 cette fronti\u00e8re et dans ces villes maudites que sont Ciudad Juarez ou Tijuana. Bolano les \u00e9voquait d\u00e9j\u00e0 pour les maquiladoras et les tueurs en s\u00e9rie. Pour les deux auteurs, que beaucoup de choses opposent (style, genre et approches diff\u00e9rentes, m\u00e9taphysique et po\u00e9tique pour l\u2019un, behavioriste et hyperr\u00e9aliste chez l\u2019autre), une m\u00eame constante&nbsp;: le Mexique est l\u2019enfer des \u00c9tats-Unis&nbsp;; le Mexique est un enfer sur terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce roman, Barrera, seul rescap\u00e9 de la famille, est en prison et il s\u2019en \u00e9chappe gr\u00e2ce aux complicit\u00e9s qu\u2019on devine. Il a jur\u00e9 d\u2019avoir la peau d\u2019Art Keller qui lui-m\u00eame n\u2019aura de repos qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9limin\u00e9 Adan Barrera. Tous les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une trag\u00e9die shakespearienne sont en place, avec une galerie de personnages fascinants&nbsp;: journalistes, sicaires, jeunes mexicains enr\u00f4l\u00e9s par les cartels, femmes courageuses tenant t\u00eate aux narcos au p\u00e9ril de leur vie, policiers corrompus ou politiciens cyniques. On est parfois pris de naus\u00e9e devant ces descriptions de tueries, de mutilations, de tortures. Un mus\u00e9e vivant des horreurs qui peut \u00e9voquer Goya ou J\u00e9r\u00f4me Bosch. Keller appara\u00eet toujours et encore en chevalier moderne terrassant, ou essayant de le faire, le dragon ou plut\u00f4t l\u2019hydre \u00e0 mille t\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;La Griffe du Chien<\/em> est le <em>Guerre Et Paix<\/em> des romans sur la drogue&nbsp;\u00bb, a dit son confr\u00e8re James Elroy, lui aussi peintre des enfers angelinos devenu soit-dit en passant un fieff\u00e9 r\u00e9ac. <em>La Fronti\u00e8re<\/em> serait, \u00e0 cette aune originale, son <em>Crime et Ch\u00e2timent<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si<em> La Griffe du Chien <\/em>nous emmenait en Colombie, le pays d\u2019o\u00f9 partaient les trafics avec FARC et Contras y prenant leur part, <em>La Fronti\u00e8re<\/em> nous conduit en pays Maya, au Guatemala o\u00f9 le trafic se reconfigure apr\u00e8s les lourdes pertes subies \u00e0 la fois par les hommes du Sinaloa et par les Zetas. Barrera a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par Keller, comme d\u2019ailleurs Ochoa et Quarante, les patrons des Zetas tous deux par J\u00e9sus le Kid, un gamin recrut\u00e9 par eux \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 11 ans, juste apr\u00e8s son premier s\u00e9jour en prison. Le Guatemala o\u00f9 tout recommence, avec en ligne de mire la conqu\u00eate des march\u00e9s europ\u00e9ens, Espagne et Italie d\u2019abord o\u00f9 il faut faire ami avec la mafia et ses capo, d\u2019autres cartels et un autre enfer.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour reprendre une image nietzsch\u00e9enne, Winslow regarde le gouffre, et le gouffre le regarde. Il a fabriqu\u00e9 un univers hallucinant o\u00f9 la construction du r\u00e9cit, l\u2019originalit\u00e9 des intrigues, la pr\u00e9cision des situations et la profondeur des personnages forcent l\u2019admiration. Il a atteint le degr\u00e9 de perfection d\u2019un James Elroy ou d\u2019un James Lee Burke et seul un David Peace, autre chantre des enfers, peut rivaliser c\u00f4t\u00e9 anglais.<\/p>\n\n\n\n<p>Le polar romantique \u00e0 la Chandler avec ses priv\u00e9s id\u00e9alistes, ses filles au grand c\u0153ur et ses truands pittoresques a fait place \u00e0 l\u2019abjection et au d\u00e9sastre. Les monstres sont l\u00e2ch\u00e9s et le sang des innocents peut inonder la terre. Winslow peindra cette apocalypse jusqu\u2019\u00e0 son ultime fin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Don Winslow a r\u00e9invent\u00e9 les canons du roman policier avec sa trilogie mexicaine (La Griffe du Chien, 2007 Fayard Noir \u2013 Cartel, 2016 Le Seuil et La Fronti\u00e8re, 2020 Haper Collins France). 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