{"id":1738,"date":"2020-11-29T16:33:58","date_gmt":"2020-11-29T15:33:58","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1738"},"modified":"2020-11-29T23:25:47","modified_gmt":"2020-11-29T22:25:47","slug":"che-maradona","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1738","title":{"rendered":"CH\u00c9 MARADONA"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ILLUSTRATION37-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1744\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ILLUSTRATION37-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ILLUSTRATION37-300x200.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ILLUSTRATION37-768x511.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ILLUSTRATION37-1200x799.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ILLUSTRATION37-900x599.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ILLUSTRATION37-600x400.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ILLUSTRATION37-30x20.jpg 30w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/ILLUSTRATION37.jpg 1350w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Maradona \u00e0 Argentinos Juniors &#8211; photo Lib\u00e9ration<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Fidel Castro l\u2019appelait \u00ab&nbsp;le ch\u00e9 du football&nbsp;\u00bb et Diego Armando Maradona avait le portrait de Guevara tatou\u00e9 sur l\u2019\u00e9paule. Si l\u2019Argentine est en deuil national et si le dieu du football est salu\u00e9 comme il se doit dans le monde, ses choix politiques sont souvent pass\u00e9s sous silence, voire ridiculis\u00e9s. Pourtant, celui qui faisait partie du carr\u00e9 d\u2019as des plus grands joueurs du monde (avec Pel\u00e9, Garrincha et Cruyff) \u00e9tait aussi un animal politique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 \u00e0 Lanus, une grande banlieue au sud de Buenos-Aires, Diego Maradona grandit dans le bidonville de Villa Fiorito o\u00f9 ont atterri ses parents, agriculteurs victimes de l\u2019exode rural. Tout le monde conna\u00eet son itin\u00e9raire, sa carri\u00e8re de footballeur, mais il n\u2019est pas inutile de la rappeler.<\/p>\n\n\n\n<p>Maradona a 16 ans quand, en 1976, il fait ses premiers pas de footballeur professionnel chez les rouges de Argentinos Juniors, l\u2019un des nombreux clubs d\u2019une capitale mondiale du football o\u00f9 s\u2019\u00e9battent les rivaux de River Plate, de Boca Junior, du Racing, de l\u2019Independiente ou du Nacional. Videla vient de renverser Evita Peron pour 7 ann\u00e9es de ce qui sera l\u2019une des dictatures les plus sanguinaires d\u2019Am\u00e9rique latine&nbsp;: 7 ans de malheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore junior, il est le leader de la s\u00e9lection nationale de sa cat\u00e9gorie qui remporte une coupe du monde en battant l\u2019URSS en finale. Modeste club du championnat argentin, Argentinos Juniors, baptis\u00e9 ainsi gr\u00e2ce \u00e0 la richesse de son centre de formation, acc\u00e8de avec Maradona aux places d\u2019honneur et rivalise avec ses prestigieux voisins. Les jaunes et bleus de Boca Junior le recrutent au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 et il leur offre leur quinzi\u00e8me titre de champion en 1981.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1978, Maradona n\u2019est pas s\u00e9lectionn\u00e9 pour le Mundial dans son pays. Cesar Luis Menotti, le s\u00e9lectionneur, le trouve encore trop jeune, ce qui n\u2019emp\u00eache pas l\u2019Albiceleste de remporter le tournoi avec le capitaine Passarella qui vient chercher la coupe dans les mains du dictateur Jorge Videla. Maradona lui en voudra toujours pour ce qu\u2019il interpr\u00e8te \u00e0 raison comme un geste d\u2019all\u00e9geance au r\u00e9gime fasciste. Car, s\u2019il n\u2019a pas encore une conscience politique aff\u00fbt\u00e9e \u2013 qui sera d\u2019ailleurs \u00e0 \u00e9clipse et pas toujours coh\u00e9rente \u2013 il sait toutefois d\u2019o\u00f9 il vient et ce qu\u2019il serait devenu sans la gr\u00e2ce des dieux du football.<\/p>\n\n\n\n<p>Une gr\u00e2ce qui va le fuir un moment quand il rejoint l\u2019Europe et le Bar\u00e7a en 1982. \u00c0 la fin, un maigre palmar\u00e8s d\u2019une coupe du roi en 1983 avec le club catalan. Plusieurs fois bless\u00e9, notamment quand l\u2019\u00e9quipe joue contre les clubs basques \u2013 Athletico Bilbao ou Real Sociedad \u2013 et ses plus que rugueux d\u00e9fenseurs, Maradona b\u00e9gaie son football au Bar\u00e7a qui, apr\u00e8s deux saisons m\u00e9diocres, accepte de le c\u00e9der au SSC Naples, un petit poucet du championnat italien n\u2019ayant encore rien gagn\u00e9. Entre temps, l\u2019\u00e9quipe nationale \u2013 cette fois celle de Maradona \u2013 a \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9e en quarts de finale de la coupe du monde espagnole et celui qu\u2019on dit d\u00e9j\u00e0 sur le d\u00e9clin s\u2019est fait expulser lors d\u2019un match de poule contre le Br\u00e9sil. C\u2019est le d\u00e9but de la l\u00e9gende noire de Maradona\u00a0: coca\u00efne, alcool, filles faciles et mauvaises fr\u00e9quentations.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 Naples \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1984, pour 12 millions de dollars (on dit que la camorra a fait l\u2019appoint), Maradona va vite devenir un dieu vivant dans la capitale de l\u2019Italie du sud. Deux scudetti (1987 et 1990) et une coupe de l\u2019UEFA (1989) pour le club qui peut enfin faire la nique aux grands clubs du nord, milanais ou turinois. Maradona marque et fait marquer, tant\u00f4t Giordano, tant\u00f4t Ferrara qui b\u00e9n\u00e9ficient de ses caviars. Le film du journaliste anglais Asif Kapadia (<em>Diego Maradona <\/em>2018), nous le montre \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 son g\u00e9nie footballistique est \u00e0 son z\u00e9nith en m\u00eame temps qu\u2019il s\u2019englue dans les filets de la camorra qui en fait un coca\u00efnomane inv\u00e9t\u00e9r\u00e9. Sans parler des scandales orchestr\u00e9s par la presse populaire pour des paternit\u00e9s non reconnues. N\u2019emp\u00eache, il faut \u00eatre all\u00e9 \u00e0 Naples dans les ann\u00e9es 80 pour mesurer la ferveur dont Maradona fait l\u2019objet dans la ville. On le voit dessin\u00e9 sur l\u2019asphalte des rues, peint en fresque sur les murs, des photographies partout aux fen\u00eatres. Un vrai culte religieux rel\u00e9guant San Gennaro, le saint protecteur de la ville, au rang de superstition d\u00e9su\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais son heure de gloire fut bien s\u00fbr la coupe du monde 1986 au Mexique avec la main de dieu et l\u2019irr\u00e9sistible chevauch\u00e9e o\u00f9 il dribble cinq d\u00e9fenseurs anglais m\u00e9dus\u00e9s lors d\u2019un quart de finale dont on retiendra aussi le nom de l\u2019arbitre, Ali Benaceur, consid\u00e9r\u00e9 par Thierry Roland comme incapable, en tant que tunisien, d\u2019arbitrer une rencontre internationale. C\u2019est la revanche de la guerre des Malouines o\u00f9 l\u2019Angleterre de Thatcher a humili\u00e9 l\u2019Argentine dont le r\u00e9gime ne survivra pas \u00e0 la d\u00e9faite. On conna\u00eet la suite avec cette finale contre l\u2019Allemagne et le second titre de l\u2019Albiceleste. C\u2019est la m\u00eame finale en 1990, en Italie mais cette fois, c\u2019est l\u2019Allemagne qui gagne, justifiant la d\u00e9finition du football par Gary Linecker (\u00ab\u00a0un sport invent\u00e9 par les Anglais, qui se joue \u00e0 onze et o\u00f9 \u00e0 la fin ce sont toujours les allemands qui gagnent\u00a0\u00bb). Entr\u00e9 petitement dans la comp\u00e9tition, l\u2019Argentine sortira le Br\u00e9sil apr\u00e8s un raid de Maradona qui passe cette fois 4 d\u00e9fenseurs. Un Maradona en forme peut faire gagner n\u2019importe quelle \u00e9quipe sur un exploit personnel. C\u2019est l\u2019\u00e9poque b\u00e9nie o\u00f9 il marche sur l\u2019eau, ses partenaires Burruchaga ou Valdano confiant qu\u2019ils s\u2019arr\u00eataient parfois pour le regarder jouer. Lors de la finale \u00e0 Rome, l\u2019hymne argentin est siffl\u00e9 par le public italien, majoritairement du nord, et Maradona leur lance un audible \u00ab\u00a0fils de putes\u00a0\u00bb. Il se revendique comme le porte-parole des populations humili\u00e9es de l\u2019Italie du sud en proie au m\u00e9pris arrogant des grandes m\u00e9tropoles du nord. On commence \u00e0 entrevoir le Maradona politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Une facette politique exploit\u00e9e par Emir Kusturica dans son film \u00e9ponyme (<em>Maradona<\/em> \u2013 2008). Le cin\u00e9aste serbe nous le montre avec Castro ou avec Chavez, vantant au long d\u2019interviews fleuves les deux leaders maximo et n\u2019oubliant pas d\u2019insulter les Bush p\u00e8re et fils et, \u00e0 travers eux, l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain. Argentin d\u2019origine italo-espagnole, il va se chercher des origines croates et plaide la cause des Palestiniens comme de tous les peuples opprim\u00e9s. Plus tard, il vilipendera Bolsanero, louera Lula et d\u00e9fendra mordicus Correa et Morales contre leurs successeurs, vus comme autant d\u2019usurpateurs stipendi\u00e9s par l\u2019OEA ou la CIA. C\u2019est Ch\u00e9 Maradona&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La suite est moins dr\u00f4le, presque tragique pour celui qui ira au bout de son calvaire addictif, dans la confusion et l\u2019amertume. Maradona pleure souvent, nostalgique de sa grandeur et pas tendre avec les nouvelles stars du ballon rond. Il est lourdement condamn\u00e9 \u00e0 de la prison avec sursis en Italie pour possession et usage de coca\u00efne. Il quitte le pays et rejoint pour une saison le F.C S\u00e9ville \u00e0 la suite d\u2019un transfert au rabais. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019Olympique de Marseille fait son offre, mais Tapie renonce \u00e0 le faire venir, trop cher et, surtout, trop ab\u00eem\u00e9. Le souffle court et les jambes ne r\u00e9pondant plus, Maradona retourne au pays pour effectuer quatre derni\u00e8res saisons en tant que joueur avec les Newell\u2019s Old Boys puis avec Boca Junior, encore. L\u2019\u00e9ternel retour. La l\u00e9gende est esquint\u00e9e et le public argentin en vient presque \u00e0 se moquer gentiment de son ventre pro\u00e9minent, m\u00eame si ses coups de patte peuvent encore \u00eatre magiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Au prix d\u2019efforts surhumains, Maradona retrouve un semblant de forme pour un ultime tour de piste lors de la coupe du monde \u00e9tats-uniennes de 1994. Il marque un but d\u2019anthologie contre la Gr\u00e8ce, mais il est temps de raccrocher les crampons.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa carri\u00e8re d\u2019entra\u00eeneur peut commencer apr\u00e8s une longue parenth\u00e8se comme consultant dans diff\u00e9rentes t\u00e9l\u00e9s, espagnoles, italiennes ou\u2026 v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liennes. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il alterne op\u00e9rations, hospitalisations, cures d\u2019amaigrissement et remises en forme\u00a0; la presse populaire rythmant les \u00e9pisodes d\u2019un d\u00e9clin path\u00e9tique. La d\u00e9j\u00e0 vieille gloire multiplie scandales et provocations. En 2008, c\u2019est la divine surprise &#8211; la r\u00e9demption possible &#8211; et Maradona est appel\u00e9 \u00e0 entra\u00eener l\u2019\u00e9quipe nationale. Bilan globalement n\u00e9gatif, mais surtout nombreux incidents pour un entra\u00eeneur incapable de ma\u00eetriser ses \u00e9motions et ses coups de gueule. Louis Nicollin veut le faire venir \u00e0 Montpellier\u00a0; canular ou forfanterie, l\u2019affaire ne se fera pas. Ce sera ensuite Duba\u00ef, les \u00c9mirats Arabe Unie, la Bi\u00e9lorussie, le Mexique (il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la t\u00eate des Dorados du Sinaloa, amusant quand on sait le r\u00f4le que joue cette province dans le trafic de coca\u00efne\u2026). Avant retour en Argentine, au Gymnasia Y Escrima de La Plata, qu\u2019il quittera sur un coup de t\u00eate apr\u00e8s un penalty non siffl\u00e9 pour son \u00e9quipe.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi \u00e7a Maradona\u00a0; col\u00e9rique, teigneux et excessif en tout mais footballeur de g\u00e9nie et \u00e9tendard des opprim\u00e9s et des offens\u00e9s du monde entier, m\u00eame, on l&rsquo;a dit, s\u2019il ne faut pas trop s\u2019attacher \u00e0 la coh\u00e9rence ni \u00e0 la constance de ses propos politiques. Le stade San Paolo de Naples devrait \u00eatre rebaptis\u00e9 stade Diego Armando de par la volont\u00e9 du pr\u00e9sident, Aurelio De Laurentiis. Il pourfendait Macri et souhaitait le retour de Cristina Kirchner. Ce sera finalement Alberto Fernandez, et toute l\u2019Argentine derri\u00e8re lui, qui va d\u00e9cr\u00e9ter 3 jours de deuil national pour respecter l\u2019immense tristesse d\u2019un peuple en larmes, inconsolable de son h\u00e9ros qui, avant lui, en avait vers\u00e9 tant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Dieu est mort\u00a0\u00bb, titre <em>l\u2019\u00c9quipe<\/em> du 26 novembre. Et Messi lui-m\u00eame ne se sent pas tr\u00e8s bien.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Cet article a paru en ligne le 27 novembre 2020 sur le site de l\u2019hebdomadaire Politis (politis.fr)<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fidel Castro l\u2019appelait \u00ab&nbsp;le ch\u00e9 du football&nbsp;\u00bb et Diego Armando Maradona avait le portrait de Guevara tatou\u00e9 sur l\u2019\u00e9paule. 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