{"id":1740,"date":"2020-11-29T16:36:48","date_gmt":"2020-11-29T15:36:48","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1740"},"modified":"2021-01-04T13:10:15","modified_gmt":"2021-01-04T12:10:15","slug":"les-prenoms-ont-ete-changes-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1740","title":{"rendered":"LES PR\u00c9NOMS ONT \u00c9T\u00c9 CHANG\u00c9S (5)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>PATRICE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1748\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-300x200.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-768x512.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-2000x1334.jpg 2000w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-1600x1067.jpg 1600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-1200x800.jpg 1200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-900x600.jpg 900w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-600x400.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40-30x20.jpg 30w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/illustration40.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Centre de tri, postal ou poubelles ?<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait le 23 novembre 1972 et j\u2019allais retenir cette date comme \u00e9tant celle de mon entr\u00e9e dans la vie active. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait un court stage \u00e0 l\u2019inspection du travail \u00e0 Lille, pistonn\u00e9 par un oncle, mais l\u00e0, c\u2019\u00e9tait du s\u00e9rieux. Une embauche comme auxiliaire \u00e0 Paris dans la glorieuse administration des Postes, en attendant le r\u00e9sultat d\u2019un concours de contr\u00f4leur. Autant dire pour patienter, m\u00eame si j\u2019aurais pu attendre de chez moi mon classement au palmar\u00e8s. Chose que mon p\u00e8re n\u2019aurait pas support\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais pris le train postal de 23h, accompagn\u00e9 par mon p\u00e8re qui n\u2019aurait pas tol\u00e9r\u00e9 de ma part une minute de retard au rassemblement des nouveaux \u00e0 la direction des Postes, dans le 13\u00b0 arrondissement. Son honneur \u00e9tait en jeu, beaucoup plus que le mien. Le premier train du matin m\u2019aurait peut-\u00eatre mis en retard d\u2019une dizaine de minutes, mais \u00e7a aurait fait mauvais genre \u00ab&nbsp;Le premier jour&nbsp;, \u00e7a la fout mal\u00bb, avait-il dit sentencieusement. J\u2019avais fait semblant de partager son avis. Je n\u2019avais pas trop le choix.<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf que le train arrivait gare du Nord \u00e0 4h30 et que je d\u00e9ambulais maintenant au petit matin apr\u00e8s une travers\u00e9e de Paris en m\u00e9tro et une sortie \u00e0 la station Glaci\u00e8re, la bien nomm\u00e9e, tant la matin\u00e9e \u00e9tait fra\u00eeche. J\u2019avais attendu l\u2019ouverture d\u2019un bistrot, vers 6h, avec la chanson de Dutronc en t\u00eate\u00a0: \u00ab\u00a0il est cinq heures&#8230;\u00a0\u00bb, solo de fl\u00fbte compris. J\u2019essayais de changer de disque dans le juke-box permanent qui me tenait lieu de cerveau \u00e0 l\u2019\u00e9poque. En vain.<\/p>\n\n\n\n<p>Je commandais un caf\u00e9 et un croissant dans ce rade plut\u00f4t sinistre o\u00f9 des vieux (tous les adultes \u00e9taient des vieux pour moi) sirotaient leur premier petit blanc au comptoir, la plupart en bleu de chauffe. Personne ne parlait. Des visages couperos\u00e9s ou des pifs violac\u00e9s que je regardais avec amusement, alors que le patron avait allum\u00e9 la radio qui annon\u00e7ait la mort de Raymond Souplex. Le Souplex de <em>Sur le banc<\/em> ou du <em>Grenier de Montmartre<\/em> dont me parlaient mes parents, non sans nostalgie. Je pensais \u00e0 mon p\u00e8re qui devait \u00eatre triste en apprenant la nouvelle sit\u00f4t lev\u00e9, lui qui tenait Souplex et sa complice Jeanne Sourza comme les chansonniers les plus dr\u00f4les, dans le registre de l\u2019humour de bon ton qu\u2019il appr\u00e9ciait. \u00ab&nbsp;Au moins, c\u2019\u00e9tait bon enfant et \u00e7a volait pas en-dessous de la ceinture&nbsp;\u00bb. Je l\u2019entendais d\u2019ici commenter la disparition de celui qui n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re pour moi que le commissaire Bourrel des <em>5 Derni\u00e8res Minutes<\/em>, autant dire un flic bonhomme et bas du front qui avait sa traditionnelle fulgurance, son illumination un peu avant la fin de l\u2019\u00e9pisode. \u00ab&nbsp;Bon dieu, mais c\u2019est bien s\u00fbr&nbsp;\u00bb. Il y avait longtemps que \u00e7a ne me faisait plus rire.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait entass\u00e9s dans une grande salle de la direction des Postes, rue Froidevaux. Une salle qui ne devait servir qu\u2019\u00e0 \u00e7a, qu\u2019\u00e0 l\u2019accueil des imp\u00e9trants venus des quatre coins de l\u2019hexagone, et de l\u2019outre-mer car les Antillais \u00e9taient bien repr\u00e9sent\u00e9s. L\u2019administration n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 recruter, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Un haut plac\u00e9 nous avait fait un topo sur les missions de la Poste, ses valeurs et son histoire. J\u2019\u00e9coutais en baillant, apr\u00e8s ma nuit blanche \u00e0 lire mon <em>Rock &amp; Folk<\/em> in extenso et le<em> Charlie Hebdo<\/em> de la semaine dans le train. Venaient ensuite des syndicalistes charg\u00e9s de repr\u00e9senter leurs syndicats respectifs&nbsp;: un jeune chevelu \u00e0 barbiche pour la CFDT, insistant sobrement sur la n\u00e9cessit\u00e9 de se syndiquer&nbsp;; un petit gros chauve pour la CGT, avec des tr\u00e9molos dans la voix quand il insistait sur le grand jour que c\u2019\u00e9tait pour nous et l\u2019occasion de faire partie d\u00e8s aujourd\u2019hui de la classe ouvri\u00e8re, des salari\u00e9s en lutte&nbsp;; pour F.O, un mec en costard-cravate qui disait en substance que son syndicat, lui, ne faisait pas de politique mais d\u00e9fendait les int\u00e9r\u00eats du personnel. Il y en avait eu d\u2019autres, des cat\u00e9goriels, des autonomes et des corporatistes, mais je n\u2019\u00e9coutai pas tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis on \u00e9tait mont\u00e9s dans des cars \u00e0 destination de diff\u00e9rents quartiers de Paris et le chauffeur nous signalait les monuments \u00e0 voir, comme \u00e0 des touristes. Direction, pour nous, une cantine dans le 8\u00b0 arrondissement o\u00f9 notre groupe d\u2019une quinzaine de personnes devait \u00eatre \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre d\u00e8s l\u2019apr\u00e8s-midi au centre de la rue de Miromesnil. C\u2019\u00e9tait Paris VIII, l\u2019un des centres de tri les plus importants, avec Paris-Brune, nous avait-on inform\u00e9s. On avait pass\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 apprendre \u00e0 mettre des plombs sur des sacs de jute avec de la ficelle, et je n\u2019\u00e9tais pas le plus dou\u00e9 pour l\u2019exercice. Mon p\u00e8re m\u2019avait assez r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que j\u2019\u00e9tais gaucher des deux mains. Apr\u00e8s, c\u2019\u00e9tait un premier essai de tri devant des casiers postaux o\u00f9 je m\u2019amusais \u00e0 noter des noms de provinces anciennes comme la Guyenne ou le Bourbonnais, appellation qui aurait fait plaisir \u00e0 mon cher Ren\u00e9 Fallet.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de quitter le centre, j\u2019\u00e9tais all\u00e9 au local syndical prendre ma premi\u00e8re carte \u00e0 la CGT et j\u2019avais observ\u00e9 leur moue quand je leur confiai que je venais d\u2019adh\u00e9rer au PSU dans mon patelin du Nord. On \u00e9tait en plein programme commun et mon parti n\u2019en \u00e9tait pas signataire. Premier sujet de f\u00e2cherie, il y en aura d\u2019autres, avant la rupture lors des gr\u00e8ves de 1974.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, on s\u2019\u00e9tait dirig\u00e9s vers nos foyers \u2013 des foyers PTT justement &#8211; un b\u00e2timent sinistre de la rue des Saussaies \u00e0 Boulogne-Billancourt o\u00f9 je dormis dans une chambre avec deux Martiniquais qui parlaient entre eux en patois cr\u00e9ole. Je n\u2019avais pas \u00e0 faire les frais de la conversation et \u00e7a m\u2019arrangeait car je tombais de sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, je prenais un petit-d\u00e9jeuner au caf\u00e9 de la mairie et j\u2019avais pris langue avec un d\u00e9nomm\u00e9 Patrice&nbsp;; son nom de famille \u00e9tait Marchais et \u00e7a nous avait bien fait rire. Il avait les cheveux longs, ce qui n\u2019avait rien de singulier \u00e0 l\u2019\u00e9poque, une gueule de jeune premier et des fringues plut\u00f4t dures \u00e0 porter dans ce contexte&nbsp;: jean rouge vif, chemise \u00e0 jabot, veste en fourrure et boots \u00e0 talonnettes&nbsp;; presque ces fameuses plates-formes boots port\u00e9es par les pop stars, Noddy Holder de Slade ou David Johansen des New York Dolls. Je voyais le reste du groupe le regarder par en-dessous avec des airs moqueurs. Des esprits perspicaces croyaient avoir d\u00e9busqu\u00e9 un homosexuel, \u00e0 entendre leurs messes basses, et, loin de les d\u00e9mentir, lui en rajoutait dans des gestes amples et des attitudes th\u00e9\u00e2trales qui contrastaient avec une voix grave et une stature imposante. Rien \u00e0 voir avec la caricature d\u2019homo entrevue dans<em> La cage aux folles, <\/em>cr\u00e9ature frivole perp\u00e9tuellement au bord de l\u2019hyst\u00e9rie. Pas non plus la version militante, fa\u00e7on FHAR ou <em>Le Torchon Br\u00fble<\/em>. Non, un de ceux qui s\u2019assument et qui provoquent. J\u2019avais vite compris qu\u2019il en rajoutait et, d\u2019ailleurs, il m\u2019avoua par la suite \u00eatre bisexuel.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019embl\u00e9e, Patrice s\u2019\u00e9tait vu exclu du groupe et j\u2019avais \u00e9t\u00e9 le seul \u00e0 lui tenir compagnie. Au bout d\u2019une semaine, chacun avait pris ses rep\u00e8res et ses marques, loin de cet instinct gr\u00e9gaire de provinciaux paum\u00e9s des premiers jours. M\u00eame dans le centre de tri, Patrice d\u00e9notait. Les vieux s\u2019amusaient de son patronyme et il leur avait r\u00e9pondu s\u00e8chement \u00ab&nbsp;qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas de ce bord-l\u00e0&nbsp;\u00bb&nbsp;; politique s\u2019entend. Les femmes avaient, elles, des attentions pour lui, attir\u00e9es par un physique de th\u00e9\u00e2tre qui ne laissait personne indiff\u00e9rent. Notre groupe, la quinzaine de nouveaux recrut\u00e9s, se partageait entre fils \u00e0 papa futurs cadres arrivistes, cathos un peu boy-scouts, gauchistes \u00e9nerv\u00e9s, plus un \u00e9colo pr\u00e9curseur qui nous parlait sans cesse des travaux du Club de Rome et deux glandeurs farfelus (Patrice et moi nous rangions dans cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie, ou disons plut\u00f4t qu\u2019on nous y rangeait). Bref, un \u00e9pitom\u00e9 de la jeunesse fran\u00e7aise des ann\u00e9es 70.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quand on vient \u00e0 Paris, c\u2019est pour r\u00e9ussir. Sinon tu restes aux Batignolles&nbsp;\u00bb, m\u2019avait dit un jour Patrice, sans que je ne sache vraiment situer ces fameuses Batignolles, ni g\u00e9ographiquement ni socialement. En revanche, la rue de Miromesnil \u00e9tait \u00e0 un jet de pierre des rue Bayard et Fran\u00e7ois 1\u00b0. J\u2019en avais d\u00e9duit qu\u2019il voulait r\u00e9ussir et pas forc\u00e9ment dans l\u2019administration des Postes. De fait, pour lui, le 8\u00b0 \u00e9tait l\u2019endroit strat\u00e9gique o\u00f9 il pourrait faire le si\u00e8ge des stations p\u00e9riph\u00e9riques avec un 45 tours auto-produit, une maquette, qu\u2019il m\u2019avait fait \u00e9couter un soir, chez lui ou plut\u00f4t dans sa chambre de bonne. \u00ab&nbsp;Il Vit Sa Vie&nbsp;\u00bb, c\u2019\u00e9tait le titre, ne m\u2019avait pas marqu\u00e9 plus que \u00e7a&nbsp;: une bluette sentimentale avec des ch\u0153urs f\u00e9minins \u00e0 la sauce y\u00e9y\u00e9 ou twist qui revenaient \u00e0 la mode. Pourtant, il ne jurait que par David Bowie et Roxy Music, mais il m\u2019avait confi\u00e9 qu\u2019il valait mieux, pour un premier essai, se conformer aux canons de la vari\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, citant Patrick Juvet (dont il avait quelque chose) et Alain Chamfort. Un strat\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tais laiss\u00e9 aller \u00e0 le suivre quand il restait des heures dans les halls d\u2019<em>Europe 1 <\/em>ou de <em>RTL<\/em>, draguant les apparitrices et demandant \u00e0 \u00eatre re\u00e7u par ses animateurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. D\u00e9j\u00e0, j\u2019avais suivi la tourn\u00e9e d\u2019un facteur amateur de rugby qui distribuait le courrier \u00e0 <em>Europe <\/em><em>1<\/em>. Il avait appris \u00e0 lire dans <em>Midi Olympique<\/em> et \u00e9tait b\u00e9at d\u2019admiration devant Roger Couderc qu\u2019il guettait au sortir des studios. Un jour, il m\u2019avait montr\u00e9 Michel Lancelot \u2013 l\u2019animateur de <em>Campus<\/em> &#8211; que je distinguai mal \u00e0 travers la vitre d\u2019un bistrot. Il \u00e9tait entour\u00e9 de jolies filles qui l\u2019\u00e9coutaient religieusement. Pendant que Patrice papillonnait, j\u2019achetais des places de concert au guichet. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 rat\u00e9 le MC5 le jour de mon arriv\u00e9e, plus Lou Reed et John Cale au Bataclan, je n\u2019allais pas manquer Kraftwerk qui se produisait \u00e0 Boulogne dans un concert organis\u00e9 par le magazine <em>Actuel<\/em>. L\u2019Allemagne untergrund.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de quelques semaines, Patrice avait r\u00e9ussi ses premiers pas dans le show-business, copinant avec des animateurs et notamment avec Bernard Schu, soi-disant homo ou bisexuel comme lui&nbsp;; \u00e7a avait d\u00fb aider. Son disque allait \u00eatre press\u00e9 chez Motors, le label de Christophe, ou chez Disc AZ, la compagnie fond\u00e9e par Lucien Morisse. Bref, il se voyait d\u00e9j\u00e0\u2026 Il m\u2019avait pr\u00e9sent\u00e9, \u00e0 ma demande, \u00e0 Jean-Bernard Hebey et, apr\u00e8s une poign\u00e9e de main, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 incapable d\u2019articuler trois mots. Aurais-je eu le moindre talent que mon manque d\u2019entregent et de sociabilit\u00e9 m\u2019e\u00fbt condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec, tout au moins dans ce milieu. Au vrai, je n\u2019avais jamais eu l\u2019intention de r\u00e9ussir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant vite \u00e9puis\u00e9 les plaisirs de la vie parisienne ou en tout cas ceux qui \u00e9taient offerts \u00e0 mes faibles moyens (une paie de 90 francs par mois), il me tardait de rentrer chez mes parents et mon p\u00e8re avait intrigu\u00e9 pour me trouver un emploi \u00e0 la poste de notre ville. Pendant les deux ann\u00e9es qui suivirent, repoussant toujours mes stages aux calendes grecques (j\u2019avais \u00e9t\u00e9 re\u00e7u au concours), je me levais \u00e0 4h du matin pour \u00eatre op\u00e9rationnel, la gueule au casier, \u00e0 5h. J\u2019\u00e9coutais<em> Les Nocturnes de<\/em> <em>RTL<\/em> pr\u00e9sent\u00e9es tour \u00e0 tour par Georges Lang ou par Bernard Schu apr\u00e8s mes r\u00e9veils comateux et, un jour, j\u2019entendis le fameux \u00ab&nbsp;Il Vit Sa Vie&nbsp;\u00bb de mon copain Patrice. Patrice Marchais \u00e9tait devenu Fabrice Marquet, son nom d\u2019artiste. Il avait r\u00e9ussi. Affect\u00e9 au courrier \u00ab&nbsp;arriv\u00e9e&nbsp;\u00bb entre 5h et 9h (le courrier \u00ab&nbsp;d\u00e9part&nbsp;\u00bb m\u2019occupait de 16h30 \u00e0 20h30), je triais dans les bo\u00eetes postales quand ma voisine de casier sifflotait l\u2019air du beau Fabrice qu\u2019elle avait entendu par le truchement d\u2019un transistor pos\u00e9 en \u00e9quilibre en haut des casiers de tri. \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019il est beau, ce mec. On l\u2019a vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 chez Guy Lux&nbsp;\u00bb, soupira-t-telle. \u00ab&nbsp;Ah, je me le ferai bien, moi&nbsp;\u00bb, avait murmur\u00e9 sa voisine, un rien provocatrice. Je me gardai bien de leur dire que je connaissais l\u2019oiseau, au risque de nuire \u00e0 mon cr\u00e9dit aupr\u00e8s d\u2019elles. Franchement, \u00eatre l\u2019ami d\u2019un chanteur de vari\u00e9t\u00e9 ringard qui avait r\u00e9ussi gr\u00e2ce \u00e0 des relations \u00e9quivoques\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au printemps de 1973, je re\u00e7us, au domicile de mes parents, une invitation de Patrice pour le <em>Superclub<\/em>, une \u00e9mission de<em> RTL<\/em> pr\u00e9sent\u00e9e par Sam Bernet qui passait le samedi apr\u00e8s-midi et dont il \u00e9tait pour le coup la vedette. J\u2019avais d\u00fb d\u00e9cliner poliment, \u00e9tant retenu par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise qui tenait \u00e0 me tenir en observation durant trois jours, \u00e0 Cambrai. Dommage.<\/p>\n\n\n\n<p>La carri\u00e8re de Patrice \/ Fabrice avait \u00e9t\u00e9 m\u00e9t\u00e9orique et je n\u2019ai plus jamais entendu parler de lui. Sauf, dans les ann\u00e9es 80, \u00e0 la rubrique <em>Faits Divers<\/em> d\u2019un grand quotidien de gauche o\u00f9 on parlait d\u2019une saisie d\u2019h\u00e9ro\u00efne chez une ancienne vedette de la radio&nbsp;; un trafic o\u00f9 un chanteur de vari\u00e9t\u00e9 m\u00e9connu du nom de Marquet \u00e9tait m\u00eal\u00e9. \u00ab&nbsp;Une fili\u00e8re show business&nbsp;\u00bb, avait titr\u00e9 le journal. Patrice, phal\u00e8ne qui s\u2019\u00e9tait br\u00fbl\u00e9 les ailes sous les spotlights, n\u2019aura fait que \u00ab&nbsp;45 tours et puis s\u2019en vont&#8230;&nbsp;\u00bb, comme avait pour titre un \u00e9pisode des<em> 5 Derni\u00e8res Minutes<\/em> avec le commissaire Bourrel, alias Raymond Souplex, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 23 novembre 1972, le jour de mon entr\u00e9e dans la vie professionnelle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PATRICE On \u00e9tait le 23 novembre 1972 et j\u2019allais retenir cette date comme \u00e9tant celle de mon entr\u00e9e dans la vie active. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait un court stage \u00e0 l\u2019inspection du travail \u00e0 Lille, pistonn\u00e9 par un oncle, mais l\u00e0, c\u2019\u00e9tait du s\u00e9rieux. Une embauche comme auxiliaire \u00e0 Paris dans la glorieuse administration des Postes,&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1740\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1748,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1740"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1740"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1740\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1824,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1740\/revisions\/1824"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1748"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}