{"id":1804,"date":"2020-12-30T18:45:50","date_gmt":"2020-12-30T17:45:50","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1804"},"modified":"2020-12-31T15:09:18","modified_gmt":"2020-12-31T14:09:18","slug":"les-prenoms-ont-ete-changes-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1804","title":{"rendered":"LES PR\u00c9NOMS ONT \u00c9T\u00c9 CHANG\u00c9S (7)"},"content":{"rendered":"\n<p><em><u><strong>Viviane<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"600\" height=\"450\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/illustration47.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1806\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/illustration47.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/illustration47-300x225.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/illustration47-30x23.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption>en hommage \u00e0 Daniel Grardel, le Clovis Trouille du rock&rsquo;n&rsquo;roll.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em>April, come she will<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait enfin au printemps, et les journaux que je lisais f\u00eataient avec un peu d\u2019avance les 20 ans de Mai 68 en m\u00eame temps qu\u2019ils brodaient sur les pr\u00e9paratifs du bicentenaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Mais c\u2019est quand m\u00eame la pr\u00e9sidentielle et la prise d\u2019otage de la grotte d\u2019Ouv\u00e9a en Nouvelle-Cal\u00e9donie qui se taillaient la part du lion dans leurs colonnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Viviane ne lisait pas les journaux. C\u2019est \u00e0 peine si nous parlions de cette \u00e9lection o\u00f9 il s\u2019agissait surtout d\u2019\u00e9carter un Chirac autoritaire et d\u00e9magogue. Mieux valait \u00e0 tout prendre Fran\u00e7ois le Florentin, nous en \u00e9tions d\u2019accord. Mais la politique n\u2019occupait qu\u2019une place marginale dans nos conversations, au bureau. Elle travaillait dans un service exclusivement f\u00e9minin, dans la grande pi\u00e8ce \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et j\u2019\u00e9tais charg\u00e9 de la prise de rendez-vous d\u2019installations t\u00e9l\u00e9phoniques, avec cr\u00e9neaux horaires, pour nos chers abonn\u00e9s devenus clients.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses coll\u00e8gues disaient qu\u2019elle me draguait, moi qui avait jusqu\u2019ici aupr\u00e8s d\u2019elles une r\u00e9putation de droiture et de s\u00e9rieux, en dehors des quelques rares \u00e9carts que l\u2019alcool encourageait \u00e0 l\u2019occasion des pots pour f\u00eater un anniversaire, un d\u00e9part ou une promotion. On se parlait dans les couloirs, nous moquant des regards obliques des gens de passage. Elle n\u2019avait pas eu grand succ\u00e8s avec ses histoires de bikers et de bolides customis\u00e9s, et je ne l\u2019int\u00e9ressais pas avec mes anecdotes sur le football, la litt\u00e9rature et mes romans non publi\u00e9s. Pourtant, son mari pratiquait dans un club de quartier \u00e0 Roubaix et moi, j\u2019avais les 34 ans fatidiques o\u00f9 on est cens\u00e9 raccrocher les crampons. Je n\u2019avais d\u2019ailleurs pas attendu de les avoir. Trop de <em>Celtiques<\/em>, depuis bien trop longtemps. On avait donc trouv\u00e9 un terrain d\u2019entente avec le rock qui culminait avec notre admiration commune des gangs de Detroit, les Stooges (elle adorait par-dessus tout leur \u00ab&nbsp;I Wanna Be Your Dog&nbsp;\u00bb) ou le MC5. Mais j\u2019allais vite apprendre que ses passions avaient toutes les caract\u00e9ristiques du cam\u00e9l\u00e9on et qu\u2019elle pouvait s\u2019emballer pour des tas d\u2019autres choses, m\u00eame si de fa\u00e7on superficielle, en fonction des interlocuteurs et des flirts du moment. Pour l\u2019instant, j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 sous le charme de cette jeune femme peu farouche et volubile, de ses faux airs de Marianne Faithfull avec qui elle partageait le go\u00fbt des hommes, des alcools forts et, elle me l\u2019avait avou\u00e9 avant de me confier que c\u2019\u00e9tait bien fini maintenant, des drogues dures.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pensais souvent \u00e0 elle en me passant le \u00ab&nbsp;Brown-Eyed Girl&nbsp;\u00bb de Van Morrison, dans mon cerveau juke-box.<\/p>\n\n\n\n<p><em>May, she will stay<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est au Caf\u00e9 de l\u2019Ours, sur la grand-place de Mouscron, que nous avions f\u00eat\u00e9 la victoire de Mitterrand. Ou disons plut\u00f4t la d\u00e9faite de Chirac. Personnellement, j\u2019avais vot\u00e9 Juquin au premier tour et milit\u00e9 dans les cercles qui soutenaient sa campagne. L\u2019ex pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la culture du PCF deviendra par la suite le biographe quasi-officiel d\u2019Aragon&nbsp;; pas de quoi regretter mon choix.<\/p>\n\n\n\n<p>On se retrouvait maintenant tous les soirs \u00e0 l\u2019Ours o\u00f9 on sirotait des <em>Ciney<\/em> \u00e0 la pression en se b\u00e9cotant sous les regards complices ou embarrass\u00e9s des barmen de service. Le grand Bernard, avec son tablier de forgeron et ses moustaches rousses \u00e0 la gauloise, semblait nous avoir \u00e0 la bonne quand son coll\u00e8gue Freddy, plus jeune et plus lisse, ou en tout cas moins sujet \u00e0 la caricature, nous lan\u00e7ait parfois des \u0153illades r\u00e9probatrices, devinant les amours clandestines et les tromperies \u00e0 la petite semaine. Il n\u2019avait pas tort.<\/p>\n\n\n\n<p>Un soir, je fus frapp\u00e9 d\u2019hallucination en voyant la face du Christ se dessiner dans une publicit\u00e9 en forme de vitrail pour la bi\u00e8re <em>Corsendonk<\/em> (de Namur). J\u2019en tenais une bonne et j\u2019y voyais les effets d\u2019une culpabilit\u00e9 envahissante.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait jeune mari\u00e9e, formant un couple lib\u00e9r\u00e9 avec un conjoint travaillant la semaine en r\u00e9gion parisienne. Je vivais en concubinage notoire depuis dix ans de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re. Et cela n\u2019emp\u00eachait rien. Elle avait l\u2019habitude, d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9e deux fois auparavant, des cocufiages et des infid\u00e9lit\u00e9s. Moi je d\u00e9couvrais cet univers interlope fait de mensonges, de dissimulations et de cachotteries. Je justifiais mes retards sous des pr\u00e9textes aussi divers que vari\u00e9s ayant tous la particularit\u00e9 de n\u2019\u00eatre que moyennement convaincants, mais l\u2019essentiel \u00e9tait de sauver les apparences et de continuer \u00e0 ex\u00e9cuter ce pas de c\u00f4t\u00e9 vers une sorte de double vie qui voyait \u00e0 heure fixe le compagnon fid\u00e8le et taciturne des soir\u00e9es ternes remplacer l\u2019amoureux tr\u00e8s t\u00f4t gagn\u00e9 par l\u2019euphorie de ces belles journ\u00e9es bleues. Je n\u2019avais qu\u2019\u00e0 recr\u00e9er Viviane, le soir, dans ma t\u00eate, b\u00e2tissant ainsi un mur infranchissable de fantasmes tour \u00e0 tour romantiques ou libidineux.<\/p>\n\n\n\n<p><em>June, she\u2019ll play her tune.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans un h\u00f4tel du centre ville de Tourcoing que nous nous \u00e9tions d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 consommer l\u2019adult\u00e8re, apr\u00e8s un repas copieux \u2013 pour moi car elle ne mangeait presque pas et buvait beaucoup \u2013 dans mon restaurant favori. L\u00e0 o\u00f9 le patron, un ami connaissant ma compagne, d\u00e9sapprouvait visiblement mon inconduite qu\u2019il devinait \u00e0 travers des gestes tendres et des baisers furtifs. Je m\u2019en voulais de n\u2019avoir pas su choisir un endroit plus anonyme, mais il y avait cette stupide tentation d\u2019exhiber cet amour naissant et d\u2019arborer fi\u00e8rement ma conqu\u00eate. Je devais \u00eatre d\u2019un ridicule achev\u00e9, mais je n\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 plus assez lucide pour en juger.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tard et je rentrais chez moi, \u00e0 la fronti\u00e8re, en bus. Je bredouillais toujours les m\u00eames excuses et fon\u00e7ais dans la salle de bain pour me doucher et v\u00e9rifier qu\u2019aucune trace de nos \u00e9bats ne subsistait. Un long cheveu blond sur ma veste ou un peu de rouge \u00e0 l\u00e8vres sur un col de chemise aurait pu m\u2019\u00eatre fatal. Pas tant en ce qu\u2019il m\u2019aurait confondu qu\u2019en ce qu\u2019il m\u2019obligerait s\u00fbrement \u00e0 mettre un terme \u00e0 l\u2019aventure.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous en tenions \u00e0 un apr\u00e8s-midi par semaine, ce qui nous contraignait \u00e0 nous absenter et \u00e0 poser des demi-journ\u00e9es en m\u00eame temps, favorisant les commentaires malveillants. Nos oreilles sifflaient, mais nous n\u2019en avions cure, nous \u00e9levant par notre amour au-dessus des comm\u00e9rages de bureau et des jugements de moralit\u00e9. \u00ab&nbsp;Un si brave gar\u00e7on&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Elle le jettera d\u00e8s qu\u2019elle en aura trouver un autre&nbsp;\u00bb. \u00abFaut pourtant pas \u00eatre grand clerc pour s\u2019apercevoir que c\u2019est une femme l\u00e9g\u00e8re&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Quel imb\u00e9cile&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Autant d\u2019expressions traduites du silence qu\u2019on nous opposait maintenant d\u00e8s qu\u2019on nous voyait tous les deux.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bureau, la consigne \u00e9tait donn\u00e9e que j\u2019\u00e9tais en r\u00e9union, au cas o\u00f9 ma compagne se serait risqu\u00e9e \u00e0 un appel malvenu. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s souvent en r\u00e9union, des r\u00e9unions dans des chambres d\u2019h\u00f4tel o\u00f9 la fum\u00e9e de nos cigarettes nous faisait presque dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;We\u2019re gonna have a real cool time together&nbsp;\u00bb, une chanson du Velvet Underground que nous chantions avant chaque rencontre, \u00e9tait devenu notre cri de guerre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>July, she will fly.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je devais partir en vacances en Bretagne et elle m\u2019en avait fait grief, allant jusqu\u2019\u00e0 m\u2019accuser de la laisser tomber. Pour elle, notre relation exigeait que l\u2019un et l\u2019autre nous hissions au-del\u00e0 de ces contingences malvenues. Elle n\u2019aurait pas compris que j\u2019interrompe notre histoire pour les quinze jours de vacances r\u00e9glementaires laiss\u00e9es en solde de mes demi-journ\u00e9es \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout se d\u00e9r\u00e9glait. L\u2019humeur de ma compagne \u00e9tait massacrante et elle se doutait de quelque chose. Je passais les premiers jours \u00e0 me remettre de mes insomnies \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et \u00e0 pleurer le matin dans mon bol de caf\u00e9. Un m\u00e9decin fut m\u00eame appel\u00e9, qui diagnostiqua un \u00e9pisode d\u00e9pressif qui devrait se r\u00e9sorber avec le repos complet sous le soleil du Finist\u00e8re sud. Elle n\u2019\u00e9tait pas dupe, mais pr\u00e9f\u00e9rait continuer \u00e0 s\u2019illusionner sur notre avenir ensemble plut\u00f4t que d\u2019en venir aux grandes explications qui l\u2019eussent laiss\u00e9e d\u00e9sempar\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les avis m\u00e9dicaux se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent pertinents. Je suivais la coupe d\u2019Europe des nations le soir apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la journ\u00e9e dans les \u00eeles alentour. J\u2019avais sympathis\u00e9 avec un receveur rural des postes de la Mayenne et on jouait au \u00ab&nbsp;jeu des 1000 francs&nbsp;\u00bb, avec des questions de culture g\u00e9n\u00e9rale qu\u2019on passait la journ\u00e9e \u00e0 se poser. J\u2019\u00e9vitais le rock et le football, domaines sur lesquels ses savoirs \u00e9taient limit\u00e9s comme lui s\u2019abstenait de m\u2019interroger sur la botanique et la zoologie, ses principaux centres d\u2019int\u00e9r\u00eat. Restait tout le reste&nbsp;: politique, histoire, g\u00e9ographie, sciences humaines\u2026 pour rivaliser d\u2019\u00e9rudition tout au long de ces jours tranquilles o\u00f9 je m\u2019\u00e9tonnais parfois de ne plus penser \u00e0 Viviane. Ses questions commen\u00e7aient toujours pas un \u00ab&nbsp;est-ce qu\u2019il sait&nbsp;?&nbsp;\u00bb qui m\u2019amusait \u00e0 chaque fois. \u00ab&nbsp;Oui, il sait&nbsp;\u00bb, r\u00e9pondais-je invariablement, et nous \u00e9clations de rire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers jours, j\u2019avais tenu \u00e0 \u00e9crire une longue lettre \u00e0 mon meilleur ami \u00e0 propos de Viviane&nbsp;; une lettre-confession tellement confuse et ampoul\u00e9e que je me d\u00e9cidais \u00e0 ne pas l\u2019envoyer. Pour la garder en souvenir, je la glissais n\u00e9gligemment dans la bo\u00eete \u00e0 gants selon le principe de <em>La lettre vol\u00e9e <\/em>d\u2019Edgar Poe, sauf que celle-ci fut d\u00e9couverte peu apr\u00e8s notre retour.<\/p>\n\n\n\n<p><em>August, die she must.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je retrouvais Viviane au bureau pour m\u2019apercevoir qu\u2019elle mettait maintenant de la distance entre nous. Pour un peu, elle me battait froid. Elle r\u00e9pondait de mauvaise gr\u00e2ce \u00e0 mes invitations et quelqu\u2019un m\u2019avait confi\u00e9 avec une satisfaction mauvaise \u00ab&nbsp;qu\u2019elle t\u2019a pas attendu&nbsp;\u00bb, laissant entendre que, de titulaire, j\u2019\u00e9tais devenu rempla\u00e7ant parmi les rempla\u00e7ants, destin\u00e9 \u00e0 cirer le banc dans l\u2019\u00e9quipe type s\u00e9lectionn\u00e9es par coach Viviane.<\/p>\n\n\n\n<p>Finies les bi\u00e8res au rouge \u00e0 l\u00e8vre de chez l\u2019Ours, finis les restaurants et les chambres d\u2019h\u00f4tel. De toute fa\u00e7on, ma lettre grandiloquente avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte et j\u2019acceptais encore de souffrir pour un semblant d\u2019amour sinc\u00e8re, mais pas pour des emballements de gourgandines.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ma compagne, on avait eu un accident, retour d\u2019un week-end \u00e0 la mer, et la Volvo s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9e dans le foss\u00e9. Je m\u2019en tirais avec quelques ecchymoses. Elle, rien. Des contusions et beaucoup de confusion. On avait pass\u00e9 la nuit \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Furnes, en observation. J\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater les frais et pris ma d\u00e9cision d\u2019en finir avec Viviane.<\/p>\n\n\n\n<p>Je trouvais un pr\u00e9texte pour la rupture et je me sentais soulag\u00e9 sur le coup. Plus besoin de mentir, plus besoin de tricher. Mais le retour \u00e0 la normale tardait \u00e0 venir et, m\u00eame si nous ne nous parlions plus, je ne la voyais pas moins tous les jours. Nous surjouions maintenant la haine, avec des mines renfrogn\u00e9es et des regards se voulant indiff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>Je restais partag\u00e9 entre le d\u00e9sir de la reconqu\u00e9rir et celui de l\u2019oublier \u00e0 travers une autre, si possible hors du boulot, en dehors de la paroisse. Apr\u00e8s tout, l\u2019exemple de Viviane m\u2019incitait \u00e0 tenter ma chance ailleurs, ne serait-ce que pour l\u2019oublier compl\u00e8tement. Mais je n\u2019\u00e9tais pas ce genre de collectionneur et je pr\u00e9f\u00e9rais encore les petits bonheurs de mon quotidien rassurant \u00e0 l\u2019inconnu des grandes \u00e9pop\u00e9es sentimentales un peu effrayantes. Je n\u2019\u00e9tais fait ni pour les \u00e9motions fortes, ni pour le grand large.<\/p>\n\n\n\n<p><em>September I\u2019ll remember<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la rentr\u00e9e, la direction avait d\u00e9cid\u00e9 de renforcer les effectifs de mon service. On croulait sous la demande avec la rentr\u00e9e universitaire et les d\u00e9m\u00e9nagements. Il fallait bien des renforts pour maintenir les d\u00e9lais au fameux \u00abJ + 3&nbsp;\u00bb, norme sacro-sainte qu\u2019il importait de tenir co\u00fbte que co\u00fbte.<\/p>\n\n\n\n<p>Un matin, je vis Viviane prendre place derri\u00e8re un ordinateur avec, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, une de ses copines, Christine, elle aussi jeune mari\u00e9e mais fid\u00e8le et pas du tout aguicheuse. Aurait plus manquer que \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Un choix qu\u2019on m\u2019avait impos\u00e9, n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 des appels \u00e0 candidature, pas plus que de l\u2019identit\u00e9 des personnes recrut\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle m\u2019avait dit qu\u2019elle avait postul\u00e9 en souvenir des bons moments et qu\u2019on allait pas passer nos vies \u00e0 se tirer la gueule. Pourquoi pas, vu sous cet angle. J\u2019aurais quand m\u00eame souhait\u00e9 \u00eatre au courant de ses intentions. On reprenait langue, et je m\u2019amusais maintenant \u00e0 voir d\u00e9filer dans le bureau la ronde de ses pr\u00e9tendants, dragueurs imp\u00e9nitents ou amoureux transis dont je pouvais me moquer avec elle. On jouait les Merteuil et les vicomtes de Valmont, sortes de libertins d\u00e9prav\u00e9s s\u2019amusant des approches discr\u00e8tes et des \u00e9mois sinc\u00e8res de ses soupirants.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps de libre que nous laissaient les t\u00e9l\u00e9phones qui sonnaient et les grilles de rendez-vous \u00e0 remplir, on \u00e9crivait des chansons parodiques sur tel ou tel de ses pr\u00e9tendants, sur l\u2019air de classiques de la pop music. J\u2019avais retrouv\u00e9 ma Viviane, ou plut\u00f4t une autre Viviane, plus celle qui se sentait oblig\u00e9e de jouer les amoureuses \u00e9perdues, mais telle qu\u2019en elle-m\u00eame enfin&nbsp;: dr\u00f4le, p\u00e9tulante, insolente et cruelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019a rompu qu\u2019une fois notre pacte de non agression, me proposant un soir de la rejoindre chez elle en profitant que son mari \u00e9tait parti en stage. J\u2019entrevoyais la m\u00eame histoire se reproduire et la m\u00eame culpabilit\u00e9 gluante \u00e9touffer mes quelques moments de joie. Jouer l\u2019amant dans le placard des Vaudeville, non merci. Le jour de son anniversaire, je lui avais envoy\u00e9 par la poste mon fameux <em>Perfecto<\/em>, celui sur lequel elle m\u2019avait avou\u00e9 au d\u00e9but avoir \u00abflash\u00e9&nbsp;\u00bb, comme elle disait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un vieux blouson ne te laissera jamais tomber&nbsp;\u00bb, avais-je \u00e9crit sur une carte de visite accompagnant le paquet, en paraphrasant le titre d\u2019un album de Rod Stewart, Rod the mod que j\u2019avais pu voir en concert sur la plage de La Panne, cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, juste avant l\u2019accident.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, elle adh\u00e9rait au nouveau syndicat que je venais de rejoindre, apr\u00e8s 14 ans de CFDT pour ma part. Nous \u00e9tions les deux premiers adh\u00e9rents de la r\u00e9gion c\u00f4t\u00e9 T\u00e9l\u00e9coms. Ma conscience sociale avait repris ses droits apr\u00e8s mes \u00e9garements coupables. J\u2019\u00e9tais enfin gu\u00e9ri.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Les intertitres sont tir\u00e9s de la chanson de Simon &amp; Garfunkel, \u00ab&nbsp;April Come She Will&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>30 d\u00e9cembre 2020<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Viviane April, come she will On \u00e9tait enfin au printemps, et les journaux que je lisais f\u00eataient avec un peu d\u2019avance les 20 ans de Mai 68 en m\u00eame temps qu\u2019ils brodaient sur les pr\u00e9paratifs du bicentenaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Mais c\u2019est quand m\u00eame la pr\u00e9sidentielle et la prise d\u2019otage de la grotte d\u2019Ouv\u00e9a&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1804\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1806,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1804"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1804"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1804\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1808,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1804\/revisions\/1808"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1806"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1804"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1804"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1804"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}