{"id":1837,"date":"2021-01-15T17:06:08","date_gmt":"2021-01-15T16:06:08","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1837"},"modified":"2021-01-15T17:06:10","modified_gmt":"2021-01-15T16:06:10","slug":"les-prenoms-ont-ete-changes-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1837","title":{"rendered":"LES PR\u00c9NOMS ONT \u00c9T\u00c9 CHANG\u00c9S (8)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration52.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1838\" width=\"577\" height=\"703\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration52.jpg 279w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration52-246x300.jpg 246w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration52-25x30.jpg 25w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>avec tes yeux champagne et ton sourire de sainte.  \u00ab\u00a0sweet thing\u00a0\u00bb.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em><u><strong>L\u00e9na et Guido<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait bien apr\u00e8s la chute du mur, juste apr\u00e8s la r\u00e9unification allemande et le r\u00e9f\u00e9rendum sur le trait\u00e9 de Maastricht. On ne parlait plus que de l\u2019Allemagne dans les d\u00eeners en ville et dans les d\u00e9bats politiques. J\u2019avais maintenant un ami italien et une amie allemande. Je faisais tout mon possible, \u00e0 mon modeste niveau, pour faire vivre l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, j\u2019avais pu voir Van Morrison sur la plage de La Panne, en Belgique. Je le revois avec son pardessus et son chapeau emboucher son saxophone ou souffler dans son harmonica. Il semblait d\u2019humeur massacrante et, bien qu\u2019ayant pr\u00e9vu d\u2019\u00e9crire sa biographie, je ne me voyais pas en train de jouer des coudes pour aller l\u2019interviewer en coulisses. C\u2019\u00e9tait peine perdue et il m\u2019aurait accueilli avec des sarcasmes que j\u2019aurais eu toutes les peines \u00e0 traduire.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e9mu quand le public s\u2019\u00e9tait mis debout d\u00e8s l\u2019entame de \u00ab&nbsp;No Guru, No Method, No Teacher&nbsp;\u00bb et boulevers\u00e9 apr\u00e8s les applaudissements nourris succ\u00e9dant \u00e0 \u00ab&nbsp;Have I Told You Lately That I Love You&nbsp;?\u00bb, susurr\u00e9 sur le ton de la confidence. Mais c\u2019est apr\u00e8s son \u00ab&nbsp;Sweet Thing&nbsp;\u00bb que je craquais en pensant \u00e0 L\u00e9na. \u00ab&nbsp;Sugar-baby, sugar-baby, sugar-baby \/ With your champagne eyes \/<br>And your saint-like smile&nbsp;\u00bb. Des yeux couleur champagne et un sourire de sainte, telle qu\u2019elle m\u2019\u00e9tait apparue la premi\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Je faisais de la musculation chez mon ami Guido, propri\u00e9taire d\u2019un magasin de fringues mi-punk, mi-sexy \u00e0 la fronti\u00e8re, dans la rue principale. Il avait am\u00e9nag\u00e9 une salle \u00e0 l\u2019\u00e9tage \u00e0 cet effet, avec ce qui m\u2019apparaissait au d\u00e9but comme autant d\u2019instruments de torture. Petit \u00e0 petit, je m\u2019\u00e9tais familiaris\u00e9 avec les espaliers, la fonte et les bancs de musculation, allant jusqu\u2019\u00e0 soulever mon poids tout en restant aussi muscl\u00e9 qu\u2019un rollmops. Avant l\u2019exercice, il me faisait prendre une cuiller\u00e9e de poudre blanche dissoute dans un liquide jaun\u00e2tre. \u00abUne boisson \u00e9nergisante&nbsp;\u00bb, disait-il, et il m\u2019en resservait derechef avant de partir&nbsp;: \u00ab&nbsp;un reconstituant&nbsp;!&nbsp;\u00bb, cette fois. Soit. Guido marchait avec difficult\u00e9s, s\u00e9quelles d\u2019une poliomy\u00e9lite, claudiquant d\u2019un instrument \u00e0 l\u2019autre et m\u2019invitant \u00e0 me confronter \u00e0 tous ses appareils. Une d\u00e9marche mal assur\u00e9e de faucheuse. Il \u00e9tait d\u2019origine italienne, n\u00e9 \u00e0 Saint-Marin (il disait fi\u00e8rement San Marino) et \u00e9chou\u00e9 en Flandres occidentales pouss\u00e9 par la mis\u00e8re qui avait fait \u00e9migrer sa famille. De Saint-Marin, je n\u2019avais que de vagues souvenirs philat\u00e9liques, incapable que j\u2019\u00e9tais de situer la principaut\u00e9 sur une carte. Son beau-fils, un champion d\u2019athl\u00e9tisme en phase de qualification pour les J.O, venait parfois nous rejoindre et conjuguer ses efforts aux n\u00f4tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s chaque s\u00e9ance, Guido me faisait tirer les cartes d\u2019un jeu bas\u00e9 sur le Tao Te King, que je comparais aux sentences myst\u00e9rieuses des biscuits chinois que l\u2019on proposait dans certains restaurants asiatiques. Les cartes me pr\u00e9disaient \u00e0 chaque fois un grand amour, avec une \u00e9trang\u00e8re. \u00c7a tombait bien. L\u00e9na Setzer \u00e9tait allemande et les augures m\u2019\u00e9taient donc favorables.<\/p>\n\n\n\n<p>Je mettais la derni\u00e8re main \u00e0 un roman policier dont le titre, <em>Le diable est venu du Texas<\/em>, \u00e9tait tir\u00e9 d\u2019une chanson de Procol Harum o\u00f9 il \u00e9tait question d\u2019un pr\u00e9dicateur fou au fin fond du Kansas. Une intrigue compliqu\u00e9e \u00e0 base de complots de famille, de country\u2019n\u2019western, de p\u00e9dophilie, de fanatiques religieux et de snuff movies. Une plong\u00e9e dans les entrailles du mal que j\u2019explorais en amateur. J\u2019avais fait la connaissance de L\u00e9na alors que j\u2019animais un journal d\u2019entreprise et que ma direction m\u2019avait orient\u00e9 vers les services de son imprimerie. Elle g\u00e9rait son affaire en ma\u00eetresse femme, r\u00e9gnant sur une petite \u00e9quipe de deux salari\u00e9s rod\u00e9s aux m\u00e9canismes de toutes ces machines crachant avec pr\u00e9cision du papier en d\u00e9gageant chaleur et lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait de Karlsruhe, et avait suivi en France son mari, un militaire fran\u00e7ais casern\u00e9 en Allemagne. Elle avait divorc\u00e9 r\u00e9cemment et s\u2019\u00e9tait lanc\u00e9e dans une affaire qu\u2019elle revendrait pour rentrer au pays, un jour. Au fil de mes visites, j\u2019avais r\u00e9ussi \u00e0 apprendre deux ou trois choses d\u2019elle. Son pr\u00e9nom \u00e9tait en fait Magdalena, et, si tout le monde l\u2019appelait Maggie, elle avait exig\u00e9 qu\u2019on m\u00eet fin \u00e0 la tradition depuis l\u2019arriv\u00e9e de Thatcher au pouvoir. Un bon point. C\u2019\u00e9tait donc d\u00e9sormais L\u00e9na, et elle consacrait ses loisirs \u00e0 l\u2019aquarelle et au piano, tout en servant le week-end dans un restaurant de la banlieue lilloise, histoire d\u2019arrondir ses fins de mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Un restaurant o\u00f9 je ne manquais pas de l\u2019inviter, un soir qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas de service. Durant toute cette histoire et \u00e0 chaque fois que je la voyais, je ne pouvais pas m\u2019emp\u00eacher d\u2019avoir en t\u00eate le \u00ab&nbsp;Maggie May&nbsp;\u00bb de Rod Stewart, cette chanson qui faisait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un jeune lyc\u00e9en s\u00e9duit par une femme mure se jouant de lui. Bien que plus \u00e2g\u00e9e que moi, la situation n\u2019avait strictement aucun rapport, mais l\u2019inconscient dominait les r\u00e9alit\u00e9s objectives. Elle m\u2019avait invit\u00e9 \u00e0 prendre un digestif chez elle et, enhardi par les pr\u00e9dictions du Tao Te King, j\u2019avais essay\u00e9 de l\u2019embrasser et elle m\u2019avait \u00e9cart\u00e9 sans m\u00e9nagement, me faisant subir une humiliation qu\u2019en d\u2019autres termes on peut qualifier de \u00ab&nbsp;r\u00e2teau&nbsp;\u00bb. Maggie \u00e9tait rest\u00e9e de fer et L\u00e9na de bois. Si on ne pouvait m\u00eame plus se fier aux oracles&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je retrouvais Guido et lui faisait part de ma d\u00e9convenue. Pour lui, il s\u2019agissait d\u2019un malentendu, peut-\u00eatre d\u2019un exc\u00e8s de pr\u00e9cipitation de ma part. Les cartes ne pouvaient pas se tromper et ce n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re qu\u2019une question de temps. Il m\u2019incitait \u00e0 oublier mes peines de c\u0153ur dans la souffrance de l\u2019exercice physique. Le corps ne ment pas. \u00c0 la fin de l\u2019envoi, on allait manger des spaghettis bolognese au bistrot du coin et je lui faisais part de mes d\u00e9sillusions. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 septembre et L\u00e9na s\u2019appr\u00eatait \u00e0 repartir en Allemagne. Pas chienne, elle m\u2019invitait \u00e0 venir la voir chez elle, \u00e0 Karlsruhe, sit\u00f4t qu\u2019elle y serait install\u00e9e. On avait f\u00eat\u00e9 son anniversaire le 9 novembre, trois ans apr\u00e8s la chute du mur, le m\u00eame jour, et elle m\u2019avait donn\u00e9 un dernier baiser, trop chaste, comme une compensation due \u00e0 mes efforts. Puis elle s\u2019\u00e9tait retourn\u00e9e en Allemagne.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019allais la voir sur son invitation \u00e0 Karlsruhe, croyant encore pouvoir donner suite \u00e0 ce qui \u00e9tait pour moi une histoire d\u2019amour. Aupr\u00e8s de ma compagne, j\u2019invoquais un pr\u00e9texte professionnel pour me lib\u00e9rer une petite semaine, une histoire de rapprochement avec Deutsche Telekom dont elle faisait semblant d\u2019\u00eatre dupe. Je passais des journ\u00e9es mornes dans ce pavillon \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la ville, me baladant dans les alentours quand elle renouait avec ses connaissances, famille et amis. Je ne comprenais rien \u00e0 ce qui se disait et je passais pour un asocial germanophobe et grognon. Moi qui esp\u00e9rait encore, je faisais d\u00e9finitivement tapisserie, passant le plus clair du temps dans une chambre d\u2019amis, l\u00e0 o\u00f9 j\u2019avais r\u00eav\u00e9 d\u2019une chambre d\u2019amants.<\/p>\n\n\n\n<p>Rentr\u00e9 chez moi, je lui exp\u00e9diais encore quelques cartes postales auxquelles elle r\u00e9pondait sans aucune chaleur particuli\u00e8re, parlant du temps qu\u2019il faisait ou de ses nouvelles activit\u00e9s dans son \u00ab&nbsp;heimat&nbsp;\u00bb retrouv\u00e9. Tout \u00e9tait bien fini et je n\u2019avais plus \u00e0 mettre mon cerveau \u00e0 l\u2019heure allemande, \u00e0 parler \u00e0 tort et \u00e0 travers de Schopenhauer, de Bach, de Dietrich ou de Mahler. Noch einmal&nbsp;? Nein&nbsp;! Nevermore.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hiver passait avec ma carte postale mensuelle envoy\u00e9e machinalement aux bons soins de la Bundespost. Les r\u00e9ponses \u00e9taient invariablement les m\u00eames, le temps et ses nouvelles occupations de professeur de fran\u00e7ais dans un lyc\u00e9e de Stuttgart. Ses difficult\u00e9s \u00e0 s\u2019imposer devant des gamins effront\u00e9s et ses lectures pour se familiariser aux grands auteurs de la litt\u00e9rature nationale. En cela elle souhaitait mon aide, mais je n\u2019\u00e9tais pas dispos\u00e9 \u00e0 accepter un lot de consolation qui aurait consist\u00e9 \u00e0 lui parler en pontifiant de Flaubert ou de Huysmans.<\/p>\n\n\n\n<p>Un week-end de P\u00e2ques, chez mon ami \u00e0 Paris, j\u2019avais v\u00e9cu une journ\u00e9e particuli\u00e8re. Apr\u00e8s avoir fait nos emplettes chez des disquaires du coin, nous avions vu un ex-journaliste de <em>Rock &amp; Folk<\/em> que nous admirions tous deux. Je l\u2019imaginais n\u00e9gocier les tarifs d\u2019une prostitu\u00e9e de la rue Saint-Denis, mais avais-je r\u00eav\u00e9&nbsp;? Aux Halles, nous \u00e9tions all\u00e9s voir ce <em>Bad Lieutnant<\/em> avec Harvey Keitel interpr\u00e9tant un inspecteur de police h\u00e9ro\u00efnomane. J\u2019avais tout d\u00e9test\u00e9 dans ce film qui m\u2019avait profond\u00e9ment d\u00e9prim\u00e9. C\u2019\u00e9tait ensuite la d\u00e9route des socialistes aux l\u00e9gislatives et la pens\u00e9e de deux ann\u00e9es avec Teddy Ballamou et ses affid\u00e9s. Encore un printemps lib\u00e9ral. C\u2019\u00e9tait plus que je n\u2019en pouvais supporter et j\u2019ai eu ce soir-l\u00e0 comme un effondrement, une d\u00e9connexion, une sorte de rampe de lancement vers la psychose. J\u2019\u00e9tais un peu mieux trois <em>T\u00e9mesta<\/em> plus tard, mais j\u2019avais entrevu l\u2019enfer.<\/p>\n\n\n\n<p>Je repartais le lendemain bien r\u00e9solu \u00e0 oublier L\u00e9na et toutes ces romances qui ne m\u2019apportaient que des tourments. J\u2019\u00e9tais au rendez-vous du mardi soir avec Guido et on retirait le Tao Te King o\u00f9 il \u00e9tait question \u00e0 pr\u00e9sent de prendre ses distances, de se d\u00e9prendre des choses mat\u00e9rielles, de faire le vide et de se retrouver enfin. J\u2019y voyais des encouragements \u00e0 ne plus rien attendre, \u00e0 ne plus rien esp\u00e9rer et \u00e0 ne plus rien d\u00e9sirer. Je pouvais ramasser mes livres et retourner \u00e0 l\u2019\u00e9cole, selon les paroles de la chanson de Rod The Mod. \u00c7a voulait dire renouer avec mon quotidien et les petites choses qui en faisaient le sel, continuer \u00e0 apprendre et \u00e0 m\u2019instruire, renoncer aux tentations et aux petites satisfactions de l\u2019ego et de la vanit\u00e9. En conformit\u00e9 avec l\u2019oracle, en paix avec les astres, les dieux, les esprits. Les sages, les mages et les proph\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais all\u00e9 chez Guido, \u00e0 Vevelghem, pour voir la retransmission de la finale de la coupe d\u2019Europe des clubs entre le Milan A.C et l\u2019Olympique de Marseille. Je prenais mon v\u00e9lo et remontait la Lys, vers Courtrai, en bifurquant dans ce village bien connu des amateurs de cyclisme. Nous avions f\u00eat\u00e9 la victoire, bien que l\u2019O.M de Tapie et Goethals repr\u00e9sent\u00e2t tout ce que je d\u00e9testais dans le football professionnel. On avait tir\u00e9 \u00e0 nouveau les cartes apr\u00e8s avoir fait bombance et liquider force bi\u00e8res de garde. Cette fois, il \u00e9tait question de succ\u00e8s, de gloire et d\u2019honneurs. J\u2019imaginais aussit\u00f4t, dans mon incorrigible na\u00efvet\u00e9, une publication de mon livre pour lequel j\u2019avais re\u00e7u une gentille lettre d\u2019un membre du comit\u00e9 de lecture de chez Gallimard me signifiant que, en d\u00e9pit de tous ses efforts, mon manuscrit ne serait pas publi\u00e9 chez eux. Peut-\u00eatre ailleurs&nbsp;? Un autre ami m\u2019avait pistonn\u00e9 chez Florent Massot.<\/p>\n\n\n\n<p>Je faisais encore le d\u00e9placement pour des rencontres de football et notamment cette d\u00e9faite historique de l\u2019\u00e9quipe de France face \u00e0 la Bulgarie de Kostadinov qui, d\u2019un boulet de canon dans les arr\u00eats de jeu, nous avait laiss\u00e9s effondr\u00e9s. M\u00eame ces soir\u00e9es conviviales nous mettaient parfois au d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p>93, l\u2019ann\u00e9e terrible. J\u2019en avais termin\u00e9 avec ma correspondante allemande comme mes s\u00e9ances de musculation s\u2019espa\u00e7aient et avec elles le c\u00e9r\u00e9monial de la poudre \u00e9nerg\u00e9tique et du Tao Te King. On avait pass\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9 dans l\u2019Aveyron et j\u2019avais pris la ferme d\u00e9cision de ne plus jamais recommencer ce genre d\u2019histoire, m\u2019effor\u00e7ant \u00e0 trouver toutes sortes de plaisir dans mon banal quotidien. J\u2019\u00e9crivais une biographie des Byrds, un groupe de folk-rock de Los Angeles, en soignant mes amiti\u00e9s pris comme des rem\u00e8des aux d\u00e9bordements amoureux. \u00c0 la rentr\u00e9e, je reprenais mes activit\u00e9s de pseudo-journaliste et je signais la moiti\u00e9 des articles de ce journal d\u2019entreprise que j\u2019essayais de tourner vers la d\u00e9rision et la bouffonnerie. On me reprochait assez dans mon syndicat de \u00abfaire le jeu de la bo\u00eete&nbsp;\u00bb. Ma r\u00e9cente \u00e9lection au Bureau f\u00e9d\u00e9ral rendait suspect ce genre de fonction compromettante. Tant qu\u2019\u00e0 faire un sale boulot, autant le faire salement. L\u2019exp\u00e9rience tourna court assez vite. J\u2019allais devenir un syndicaliste \u00e0 mi-temps, placardis\u00e9 pour ce qui \u00e9tait des activit\u00e9s professionnelles. Une situation plus confortable, \u00e0 tout prendre.<\/p>\n\n\n\n<p>La sagesse l\u2019emportait et je n\u2019avais plus besoin du Tao Te King, de Lao Tseu ou de Confucius. De personne d\u2019ailleurs. De m\u00eame que j\u2019avais presque oubli\u00e9 L\u00e9na et Guido. J\u2019\u00e9tais enfin lib\u00e9r\u00e9 de leurs influences. Termin\u00e9e l\u2019Europe, la r\u00e9unification, les unit\u00e9s italiennes ou allemandes, Garibaldi ou Bismarck. Lib\u00e9r\u00e9 du souci de leur plaire, pour l\u2019une, ou de me conformer \u00e0 l\u2019image fausse qu\u2019il avait de moi, pour l\u2019autre. J\u2019\u00e9tais surtout libre de recommencer \u00e0 d\u00e9sirer et \u00e0 souffrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Libre de trouver une nouvelle illusion.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u00e9na et Guido C\u2019\u00e9tait bien apr\u00e8s la chute du mur, juste apr\u00e8s la r\u00e9unification allemande et le r\u00e9f\u00e9rendum sur le trait\u00e9 de Maastricht. On ne parlait plus que de l\u2019Allemagne dans les d\u00eeners en ville et dans les d\u00e9bats politiques. J\u2019avais maintenant un ami italien et une amie allemande. 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