{"id":1846,"date":"2021-01-29T17:35:40","date_gmt":"2021-01-29T16:35:40","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1846"},"modified":"2021-02-08T15:08:26","modified_gmt":"2021-02-08T14:08:26","slug":"les-prenoms-ont-ete-changes-9","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1846","title":{"rendered":"LES PR\u00c9NOMS ONT \u00c9T\u00c9 CHANG\u00c9S (9)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Alain et Serge (et Lola)<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration54.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1847\" width=\"574\" height=\"431\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration54.png 382w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration54-300x225.png 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration54-30x23.png 30w\" sizes=\"(max-width: 574px) 100vw, 574px\" \/><figcaption>Peinture de Daniel Grardel, le Guy Pellaert des Hauts de France<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les Delaporte nous suivaient d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, mes fr\u00e8res et moi. C\u2019\u00e9tait devenu un sujet de plaisanterie entre nous&nbsp;: Roger dans la classe de mon grand fr\u00e8re, l\u2019a\u00een\u00e9, Christian avec celui que j\u2019appelais \u00ab&nbsp;mon moyen fr\u00e8re&nbsp;\u00bb, et Alain avec moi. De la onzi\u00e8me \u00e0 la seconde, je tra\u00eenais avec lui dans les classes et dans les cours de r\u00e9cr\u00e9ation o\u00f9 je commen\u00e7ais \u00e0 me lasser de ses manteaux \u00e0 capuche avec boutons \u00e0 fl\u00fbte, de ses jeans fa\u00e7on <em>Gaston Lagaffe<\/em> et de ses dents de lapin. Il devait en avoir autant \u00e0 mon service. Je ne riais plus depuis longtemps de ses jeux de mots approximatifs, de ses blagues vaseuses et de ses mimiques grotesques. On se connaissait trop.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019avait l\u00e2ch\u00e9 durant deux ann\u00e9es scolaires, celles de quatri\u00e8me et de troisi\u00e8me o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 en classes d\u2019accueil. J\u2019allais le retrouver en seconde, une seconde \u00ab&nbsp;AB2bis&nbsp;\u00bb pr\u00e9paratoire \u00e0 un bac B pour le meilleur, ou un bac de technicien G, pour le pire. AB2bis, appellation ridicule qui nous ramenait \u00e0 <em>Asterix le Gaulois<\/em> et au journal <em>Pilote<\/em> qui nous offrait notre ration hebdomadaire d\u2019\u00e9clats de rire. Mais c\u2019est apr\u00e8s la troisi\u00e8me et le BEPC que cette histoire se situe.<\/p>\n\n\n\n<p>Serge Bliard \u00e9tait dans ma classe, et tout le monde le surnommait \u00ab&nbsp;le beau Serge&nbsp;\u00bb. Parfois un peu par d\u00e9rision et pour souligner ses allures eff\u00e9min\u00e9es. Mais il est vrai que son visage d\u2019ange, ses cheveux blonds et ses yeux verts attiraient tous les regards. Son fr\u00e8re Bertrand n\u2019avait pas de ces gr\u00e2ces, un teigneux dont la pr\u00e9tention n\u2019avait d\u2019\u00e9gale que la mesquinerie. Un apr\u00e8s-midi que je passais chez eux, au go\u00fbter, il avait pass\u00e9 son temps \u00e0 tirer \u00e0 la carabine sur des oiseaux et \u00e0 brailler du Johnny Hallyday. L\u2019une ou l\u2019autre de ces marottes m\u2019aurait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9vuls\u00e9e, mais les deux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La famille Bliard habitait les beaux quartiers de Marcq-en-Bar\u0153ul, une ville moyenne dans la banlieue chic de Lille. \u00c0 la veille des vacances, Nino Ferrer avait inscrit la localit\u00e9 sur la carte de la vari\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise avec son \u00ab&nbsp;Mon Copain Bismarck&nbsp;\u00bb&nbsp;: <em>\u00ab\u00e7a s\u2019est pass\u00e9 aux portes d\u2019Auteuil, \u00e0 Marcq-en-Bar\u0153ul&nbsp;\u00bb&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On chantait \u00e7a \u00e0 tue-t\u00eate dans la voiture qui nous emmenait chez leurs grands-parents, quelque part dans l\u2019Oise. Les deux fr\u00e8res avaient intrigu\u00e9 aupr\u00e8s de mon p\u00e8re pour que je puisse passer quinze jours de vacances avec eux. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre demand\u00e9 pourquoi j\u2019avais encore besoin de vacances quand je venais de passer le mois de juillet \u00e0 La Bourboule o\u00f9 mon moyen fr\u00e8re soignait son asthme, il s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 leurs conditions mais il avait fallu auparavant que je passe chez le coiffeur, ce qui fut fait. Il me fera le m\u00eame coup quand, deux mois plus tard, je lui demanderai la permission d\u2019aller \u00e0 Amougies au festival pop, sauf que l\u00e0 j\u2019y renoncerai de moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les quasi-jumeaux n\u2019avaient pas mis leurs parents et, surtout, leur fr\u00e8re a\u00een\u00e9 dans la confidence et cette caricature d\u2019employ\u00e9 de banque avec lunettes \u00e0 \u00e9cailles, blazer et cravate avait tout de suite tiqu\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est qui ce jeune homme&nbsp;?&nbsp;\u00bb, interrogeait-il les deux fr\u00e8res que j\u2019avais rebaptis\u00e9s in petto Pam et Poum. \u00ab&nbsp;Ah vous \u00eates assez nouvelle vague&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 pouvait faire un astronome convaincant et le p\u00e8re, avec ses sourcils blonds de notable gaulliste et son teint rougeaud, avait tout du capitaine de la bande dessin\u00e9e. Seule la m\u00e8re ne correspondait pas \u00e0 la tante Pim, vieille bourgeoise \u00e9l\u00e9gante emperlouz\u00e9e et antipathique. Le voyage s\u2019annon\u00e7ait bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re \u00e9tait directeur d\u2019une agence du Cr\u00e9dit du Nord, celle-l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 l\u2019a\u00een\u00e9 faisait de prometteurs premiers pas dans la vie active. Ils \u00e9taient \u00e0 deux \u00e0 l\u2019avant de la D.S, l\u2019a\u00een\u00e9 au volant qui me jetait des regards obliques. Pam, Poum et moi \u00e9tions \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et il \u00e9tait convenu que la m\u00e8re nous rejoindrait un peu plus tard avec sa propre voiture.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019avant, \u00e7a ne parlait qu\u2019agios, coupons, taux actuariels et cours du jour, alors qu\u2019\u00e0 l\u2019arri\u00e8re, on parlait foot et pop musique. Deux mondes qui s\u2019ignoraient, si ce n\u2019est pour des engueulades quand nous riions trop fort. J\u2019avais une vague conscience de la f\u00e9rocit\u00e9 de la bourgeoisie \u00e0 travers quelques sp\u00e9cimen rencontr\u00e9s dans cette \u00e9cole priv\u00e9e o\u00f9 ma m\u00e8re avait tenu \u00e0 m\u2019inscrire&nbsp;; les rejetons des patrons du textile avec leurs noms illustres&nbsp;: Motte, Prouvost, Masurel, Tiberghien\u2026 Mais j\u2019\u00e9tais loin d\u2019imaginer combien ces bourgeois-l\u00e0 &#8211; en fait des petits bourgeois pompidoliens parvenus singeant les grandes familles &#8211; pouvaient \u00eatre f\u00e9roces.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions \u00e0 peine arriv\u00e9s que le p\u00e8re et le couple de vieillards qui nous recevait avaient d\u00e9cid\u00e9 que je ne dormirais pas chez eux. C\u2019\u00e9tait le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 qui leur avait sugg\u00e9r\u00e9 cette d\u00e9cision qu\u2019en bons chr\u00e9tiens ils avaient d\u00fb prendre avec d\u00e9chirement. \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s tout, y fait chaud. C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9, non&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Solidaires, les deux fr\u00e8res m\u2019accompagnaient dans un compartiment de chemin de fer d\u00e9saffect\u00e9, pr\u00e8s d\u2019une base de loisirs, en emportant des duvets et des matelas pneumatiques. Ni g\u00eete ni couvert. Je n\u2019avais pas acc\u00e8s \u00e0 leur table si ce n\u2019est pour le petit-d\u00e9jeuner et je d\u00e9pensais mon maigre p\u00e9cule chez un \u00e9picier de village&nbsp;: des tomates, des p\u00eaches, une bo\u00eete de sardines et une baguette qui me faisait la journ\u00e9e. Ma pr\u00e9sence devait se faire la plus discr\u00e8te possible et il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable que je disparaisse. On passait nos journ\u00e9es \u00e0 jouer au foot ou \u00e0 nager \u00e0 la base de loisirs et on prenait nos sacs, la nuit tomb\u00e9e, pour aller dormir \u2013 ou au moins essayer \u2013 dans un wagon, un garage \u00e0 bateaux ou sur l\u2019herbe tendre, en observant les derniers vers luisants qui s\u2019\u00e9teignaient les uns apr\u00e8s les autres. Promiscuit\u00e9 oblige, on jouait \u00e0 touche-pipi et je me promettais, au petit matin, de ne jamais recommencer, ayant conscience de contrevenir salement aux sixi\u00e8mes et neuvi\u00e8mes commandements.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais 15 ans et je r\u00eavais d\u2019Am\u00e9rique. J\u2019avais achet\u00e9 un num\u00e9ro de <em>Best<\/em> qui titrait sur la mort de Brian Jones et, en pages int\u00e9rieures, je lisais un long article sur la vie et l\u2019\u0153uvre de Woody Guthrie, syndicaliste \u00e0 guitare dans le dos mort il y avait d\u00e9j\u00e0 deux ans. Ma nouvelle condition d\u2019estivant sans logis me permettait d\u2019oser la comparaison avec les beatniks de l\u00e9gende et les hobos des romans de Jack London ou de Jack Kerouac, qui mourrait, lui, deux mois plus tard. Je voyais de moins en moins les fils Bliard qui s\u2019\u00e9taient rapproch\u00e9s de la cellule familiale apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de leur m\u00e8re, et c\u2019\u00e9tait aussi bien comme \u00e7a. Je passais mes journ\u00e9es \u00e0 lire des<em> San Antonio<\/em> en fumant mes <em>Flash<\/em> aux abords de la base nautique, sans m\u00eame plus avoir \u00e0 faire les frais de la conversation. Au bout de 8 jours, j\u2019estimais cependant que la plaisanterie avait assez dur\u00e9 et je quittais Saint-Leu d\u2019Esserent pour me rendre en autobus \u00e0 la gare de Creil, direction Tourcoing. Il \u00e9tait hors de question que je leur demande de m\u2019y conduire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon p\u00e8re me demandait tout de suite pourquoi j\u2019\u00e9tais revenu si vite (j\u2019\u00e9tais cens\u00e9 \u00eatre parti pour 15 jours), et je bredouillais quelques explications fort peu convaincantes sur le temps qu\u2019il avait fait et la r\u00e9gion qui n\u2019avait rien de folichon. En fait, j\u2019\u00e9tais arriv\u00e9 \u00e0 mon dernier sou et mon \u00e9tat d\u2019imp\u00e9cuniosit\u00e9 s\u2019\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 pr\u00e9occupant apr\u00e8s un dernier repas pris au buffet de la gare. Du solide, cette fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Je revoyais le beau Serge, tout bronz\u00e9, \u00e0 une foire aux livres scolaires d\u2019occasion et il regrettait encore que nous ne serions plus dans la m\u00eame classe, en seconde. Moi \u00e7a m\u2019arrangeait, d\u2019abord pour ces vacances picardes que j\u2019avais moyennement appr\u00e9ci\u00e9es, ensuite pour les vagues souvenirs masturbatoires qui me faisaient honte. En revanche, je retrouvais Alain Delaporte qui s\u2019\u00e9tait fait un genre minet avec Rica Levi\u2019s, ceinturon, pull ray\u00e9, \u00e9charpe multicolore et Clarks. Il se vantait d\u2019avoir l\u2019autorisation de sortir en bo\u00eete et d\u2019y d\u00e9nicher des \u00ab&nbsp;belettes&nbsp;\u00bb (c\u2019\u00e9tait son mot). Toujours aussi con, pensais-je, d\u2019autant qu\u2019il ajoutait \u00e0 cela des lieux communs p\u00e9ch\u00e9s au caf\u00e9 du commerce sur les intellectuels, les Arabes, les gauchistes, les homosexuels et les f\u00e9ministes. Tout pour plaire. Je ne voyais plus Serge qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion de certains cours en commun aux deux classes (dessin, sport et musique) et pendant les r\u00e9cr\u00e9ations. Il venait r\u00e9guli\u00e8rement vers moi mais je lui battais froid pour les m\u00eames raisons de culpabilit\u00e9 et de honte.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, il me demandait des comptes sur mon attitude envers lui. On en vint aux insultes, puis aux mains et un attroupement s\u2019\u00e9tait form\u00e9 autour de nous, avec Alain aux premi\u00e8res loges qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 sans remarquer qu\u2019au sortir de l\u2019\u00e9chauffour\u00e9e, j\u2019avais toutes les peines \u00e0 dissimuler une \u00e9rection. Apr\u00e8s cela, nous avions rompu tout contact. Serge commen\u00e7ait \u00e0 faire jaser en cultivant ses mani\u00e8res eff\u00e9min\u00e9es et sa gestuelle th\u00e9\u00e2trale. Je pensais souvent \u00e0 lui, avec envie. Des histoires couraient sur son compte, des ou\u00efs-dire comme quoi il ne cachait plus son homosexualit\u00e9 et qu\u2019il collectionnait les amiti\u00e9s particuli\u00e8res, les aventures avec des lyc\u00e9ens de premi\u00e8re ou de terminale. Alain le montrait du doigt avec son \u00e9l\u00e9gance coutumi\u00e8re, allant jusqu\u2019\u00e0 laisser entendre que j\u2019\u00e9tais son ami et que, moi aussi, assur\u00e9ment, \u00ab&nbsp;j\u2019en \u00e9tais&nbsp;\u00bb, avec des airs entendus.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les cours, on faisait avec Alain du l\u00e8che-vitrine devant les magasins de disques. Il avait achet\u00e9 <em>Let It Bleed<\/em> des Stones quand j\u2019avais rafl\u00e9 <em>Abbey Road <\/em>et le <em>Live In Toronto <\/em>de Lennon. Impossible d\u2019en acheter plus et on s\u2019\u00e9tait promis de se les \u00e9changer. Puis on allait boire un pot au <em>Tilt<\/em>, un bistrot sur la place o\u00f9 il se mettait au flipper quand je faisais le quatri\u00e8me au baby-foot. Il m\u2019exasp\u00e9rait avec ses questions sur Serge, ses orientations sexuelles, mes rapports avec lui, avec les filles\u2026 Il se pavanait parfois avec une d\u00e9nomm\u00e9e Sylvie que je trouvais vulgaire, une blondasse boudin\u00e9e dans sa mini avec un maquillage obsc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre classe, la seule fille d\u2019un coll\u00e8ge qui s\u2019essayait \u00e0 la mixit\u00e9 s\u2019appelait Patricia. Elle \u00e9tait un peu boulotte et pas tr\u00e8s jolie&nbsp;; une petite rouquine au regard clair qui m\u2019\u00e9voquait l\u2019Irlande et les l\u00e9gendes celtiques. Un peu paum\u00e9e et en butte d\u2019abord aux moqueries puis \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence des m\u00e2les, elle s\u2019\u00e9tait rapproch\u00e9e de moi pour, disait-elle, \u00ab&nbsp;ma gentillesse et mon c\u00f4t\u00e9 r\u00eaveur&nbsp;\u00bb. Sans jamais aller trop loin, j\u2019entamais un flirt avec elle qui se limitait \u00e0 quelques baisers \u00e9chang\u00e9s apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole. Il \u00e9tait hors de question d\u2019envisager autre chose dans l\u2019enceinte de l\u2019\u00e9tablissement, avec des pions soup\u00e7onneux et des ratichons en soutanes, \u00e0 capes et \u00e0 b\u00e9rets qui nous espionnaient en permanence. Quant \u00e0 penser \u00e0 en faire plus \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, elle n\u2019y tenait pas et \u00e7a m\u2019allait bien&nbsp;; une exp\u00e9rience malheureuse dans une cabine de piscine nous ayant dissuad\u00e9s d\u2019aller plus loin. Puis elle tomba malade et je ne la revis plus.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e scolaire se passa assez vite et, admis en premi\u00e8re, je ne retrouvais plus Alain parti dans un lyc\u00e9e professionnel de Roubaix pour \u00e9viter le redoublement. Je ne l\u2019ai plus revu qu\u2019\u00e0 la faveur d\u2019un match de football o\u00f9 je d\u00e9fendais les couleurs (vertes et blanches fa\u00e7on Celtic Glasgow) de l\u2019\u00e9cole quand lui jouait dans l\u2019\u00e9quipe d\u2019un village \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Quant \u00e0 Serge, dit Le Beau, j\u2019appris incidemment \u00e0 cette m\u00eame rentr\u00e9e qu\u2019il \u00e9tait parti pour faire une \u00e9cole d\u2019art, en Belgique, \u00e0 Tournai. \u00ab&nbsp;Saint-Luc, que \u00e7a s\u2019appelle&nbsp;\u00bb. Je me disais avec un m\u00e9lange de tristesse et de soulagement que je ne le verrai plus. En cela je me trompais.<\/p>\n\n\n\n<p>En Belgique justement, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, juste apr\u00e8s ma scolarit\u00e9 et alors que j\u2019empochais mes premi\u00e8res paies. Alors que je trompais l\u2019ennui en sirotant des bi\u00e8res dans un bar louche de la fronti\u00e8re, je vis s\u2019approcher de moi une jeune femme blonde hyper-maquill\u00e9e portant des atours ne laissant gu\u00e8re planer le doute sur sa profession. Elle avait l\u2019air d\u2019une cr\u00e9ature \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 excessivement soulign\u00e9e qui caract\u00e9rise parfois les travestis. \u00ab&nbsp;C\u2019est bien toi, Alex, tu te souviens, au lyc\u00e9e&#8230;&nbsp;\u00bb. C\u2019\u00e9tait lui, c\u2019\u00e9tait Serge qui se faisait maintenant appeler Lola et, de son propre aveu, en \u00e9tait venue \u00e0 se prostituer dans des lupanars de la fronti\u00e8re et \u00e0 Ostende, Nieuport ou Knokke-le-Zoute \u00e0 la belle saison.<\/p>\n\n\n\n<p>Le beau Serge \u00e9tait devenu la belle Lola et je me demandais ce que ses parents et ses fr\u00e8res devaient penser d\u2019elle. Mais elle n\u2019avait pas trop envie de parler&nbsp;; j\u2019appris juste qu\u2019elle avait rod\u00e9 un num\u00e9ro de cabaret \u00e0 Bruxelles avant de se prostituer dans des \u00e9tablissements plut\u00f4t luxueux. La m\u00e8re maquerelle derri\u00e8re le comptoir ayant mis en son honneur le \u00ab&nbsp;Lola&nbsp;\u00bb des Kinks, nous en \u00e9tions \u00e0 danser et \u00e0 nous b\u00e9coter sans nous soucier des regards moqueurs dard\u00e9s vers nous. Puis nous nous s\u00e9par\u00e2mes au petit matin, sous la pluie, sans chercher \u00e0 nous revoir.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/genius.com\/10152630\/The-kinks-lola\/Girls-will-be-boys-and-boys-will-be-girls-its-a-mixed-up-muddled-up-shook-up-world-except-for-lola-lo-lo-lo-lo-lola\">Girls will be boys and boys will be girls<br>It&rsquo;s a mixed up, muddled up, shook up world<br>Except for Lola<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ray Davies.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alain et Serge (et Lola) Les Delaporte nous suivaient d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, mes fr\u00e8res et moi. C\u2019\u00e9tait devenu un sujet de plaisanterie entre nous&nbsp;: Roger dans la classe de mon grand fr\u00e8re, l\u2019a\u00een\u00e9, Christian avec celui que j\u2019appelais \u00ab&nbsp;mon moyen fr\u00e8re&nbsp;\u00bb, et Alain avec moi. De la onzi\u00e8me \u00e0 la seconde, je tra\u00eenais avec lui&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1846\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1847,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1846"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1846"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1846\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1871,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1846\/revisions\/1871"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1847"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1846"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1846"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1846"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}