{"id":1858,"date":"2021-01-29T18:36:07","date_gmt":"2021-01-29T17:36:07","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1858"},"modified":"2021-01-29T18:36:09","modified_gmt":"2021-01-29T17:36:09","slug":"phil-spector-un-spectre-hantait-les-studios","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1858","title":{"rendered":"PHIL SPECTOR \/ UN SPECTRE HANTAIT LES STUDIOS"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"813\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration57-813x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1859\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration57-813x1024.jpg 813w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration57-238x300.jpg 238w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration57-768x967.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration57-714x900.jpg 714w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration57-476x600.jpg 476w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration57-24x30.jpg 24w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/illustration57.jpg 824w\" sizes=\"(max-width: 813px) 100vw, 813px\" \/><figcaption>Phil Spector vu par Guy Pellaert (bye bye, bye Phil, bye bye)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Assassin musicien et sorcier du son, Harvey Philips Spector \u00e9tait un pur g\u00e9nie inventeur de techniques et d\u2019artifices de studio que tous les producteurs apr\u00e8s lui ont pill\u00e9 ou imit\u00e9. Pourtant, sa carri\u00e8re artistique a quasiment pris fin en 1966, \u00e0 27 ans, \u00e2ge o\u00f9, apr\u00e8s le Waterloo de \u00ab&nbsp;River Deep \/ Mountain High&nbsp;\u00bb, il s\u2019\u00e9loigne de la musique pour s\u2019enfoncer dans la folie et dans le crime.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a ce dessin qui dit tout dans le <em>Rock Dreams<\/em> (Bye Bye Baby Bye Bye) du journaliste anglais Nick Cohn et du dessinateur Guy Peellaert. Il montre un jeune homme \u00e9tendu sur un lit drap\u00e9 de soie rose, cocktail color\u00e9 dans une main et cigare dans l\u2019autre. Un peignoir n\u00e9gligemment jet\u00e9, des microsillons de marque \u00ab&nbsp;Philles&nbsp;\u00bb et un exemplaire froiss\u00e9 de <em>Variety<\/em> jonchent la couche de l\u2019idole des jeunes, avec ce commentaire final de Cohn&nbsp;: \u00abun colosse. V\u00e9ritable h\u00e9ritier de Cecil B. de Mille&nbsp;: l\u2019ultime homme de sc\u00e8ne du rock\u2019n\u2019roll, r\u00eaveur adolescent et mythomane, g\u00e9nie et monstre&nbsp;\u00bb (1). Tout est dit, et on pourrait s\u2019arr\u00eater l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Si ce n\u2019est pour \u00e9crire une nouvelle fois la l\u00e9gende de l\u2019immense Phil Spector, n\u00e9 (mais les prodiges naissent-ils quelque part ?) en 1939 dans le Bronx (New York), d\u2019une famille juive de la classe moyenne. Ses grands-parents \u2013 les Spekter qui s\u2019am\u00e9ricaniseront et deviendront Spector &#8211; sont russes et ont d\u00fb fuir les pogroms pour fouler la terre promise via Ellis Island.<\/p>\n\n\n\n<p>Un premier drame, dans une vie qui en regorgera&nbsp;: son p\u00e8re se suicide alors que Phil a 10 ans et la famille, ou ce qu\u2019il en reste, quitte New York pour Los Angeles. \u00ab&nbsp;To know him was to love him&nbsp;\u00bb sera l\u2019\u00e9pitaphe choisi par sa m\u00e8re pour honorer la m\u00e9moire de son mari d\u00e9funt.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec le \u00ab&nbsp;was&nbsp;\u00bb devenu \u00ab&nbsp;is&nbsp;\u00bb, Phil Spector en fera sa premi\u00e8re chanson, ou plut\u00f4t la chanson de son groupe, The Teddy Bears, dont il est le chanteur et producteur. Un titre qui d\u00e9croche la timbale et fait de lui, \u00e0 19 ans, l\u2019\u00e9toile montante du College Rock, ce courant musical ayant supplant\u00e9 le rock\u2019n\u2019roll qui voit des crooners crant\u00e9s roucouler sur fond de trag\u00e9dies adolescentes. Un deuxi\u00e8me titre du groupe \u00ab&nbsp;Oh Why&nbsp;\u00bb, n\u2019aura pas le m\u00eame succ\u00e8s mais sera popularis\u00e9 en France par un bell\u00e2tre teuton du nom de Camillo sous le titre revisit\u00e9 de \u00ab&nbsp;Sag Warum&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La voie est trac\u00e9e, mais Spector, d\u2019une timidit\u00e9 maladive et d\u00e9j\u00e0 victime des premiers sympt\u00f4mes d\u2019une parano\u00efa qui ne fera que cro\u00eetre et embellir, pr\u00e9f\u00e8re jouer les hommes de l\u2019ombre. Lucide, il est conscient de ne pas avoir le physique de th\u00e9\u00e2tre de ses potentiels rivaux, les Fabian, Frankie Avalon, Del Shannon et autres Ricky Nelson. Non, le jeune homme est complex\u00e9 avec, il est vrai, un visage plut\u00f4t ingrat genre face de rat qu\u2019il cachera toujours derri\u00e8re de vastes Ray-bans. Spector sera donc producteur et, en guise de groupies, il invitera des essaims de filles \u00e0 pousser la chansonnette dans son fameux Gold Star Studios de Los Angeles, pour le label Philles qu\u2019il vient de cr\u00e9er avec Lester Still (Phil pour lui et Les pour son ami). Il sera l\u2019\u00e9minence grise des Girls group et, surtout, le sorcier du son.<\/p>\n\n\n\n<p>Il rach\u00e8te les parts de son associ\u00e9 et se lance au d\u00e9but des ann\u00e9es 60 avec les Ronettes (dont il \u00e9pousera la chanteuse), les Crystals, Darlene Love, Bob B. Sox And The Blue Jeans ou les Righteous Brothers. Avec ses partenaires Eli Greenwich et Len Barry (quand ce ne sont pas Cynthia Weil ou Barry Mann ou d\u2019autres songwriters de Tin Pan Alley), il offre \u00e0 tout ce beau monde des hits imparables&nbsp;: \u00ab&nbsp;Da Doo Ron Ron&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;He\u2019s A Rebel&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Be My Baby&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Baby I Love You&nbsp;\u00bb et autres \u00ab&nbsp;The He Kissed Me&nbsp;\u00bb&nbsp;; autant de hits qui feront le bonheur de nos y\u00e9y\u00e9s fran\u00e7ais, des Surfs \u00e0 Richard Anthony en passant par Frank Alamo. Sans parler de son sublime <em>Christmas Album, <\/em><em>a<\/em>utre t\u00e9moignage de la puissance de son \u00ab&nbsp;mur du son&nbsp;\u00bb, \u00e9rig\u00e9 \u00e0 coups d\u2019intuitions g\u00e9niales. C\u2019est plus son travail de producteur qui retient l\u2019attention, lui qui fera de l\u2019habillage de chansons un art \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Il double et triple les prises de chaque instrument qu\u2019il restitue avec un l\u00e9ger d\u00e9calage, multiplie les effets \u00e9lectroacoustiques, donnant de l\u2019ampleur au son, fait jouer ensemble des kyrielles de violons ou de tambourins\u2026 On appellera \u00e7a le Wall of Sound ou le Spector Sound, sa marque de fabrique, sa signature, qui fera des \u00e9mules comme Jack Nitzsche, Shadow Morton ou Sonny Bono. Spector compte \u00e0 ce stade des dizaines de n\u00b01 au Cash Box et il est multimilliardaire en dollars \u00e0 25 ans. Une incarnation du r\u00eave am\u00e9ricain, sur fond d\u2019\u00e9t\u00e9 sans fin, d\u2019oc\u00e9an \u00e9meraude et de blondes aux yeux lavande. Les Beach Boys, le Lovin\u2019 Spoonful, les Byrds et tous les groupes de folk-rock s\u2019inspirent de lui et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, l\u2019admirent les Beatles et les Stones qu\u2019il croise \u00e0 Hollywood pour <em>Out Of Our Heads<\/em> o\u00f9 il est cr\u00e9dit\u00e9 \u00e0 la basse sur quelques morceaux. Un apog\u00e9e qui voit Phil Spector devenu l\u2019ultime r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de son et de techniques d\u2019enregistrement, mais la roche tarp\u00e9ienne est proche du Capitol (records).<\/p>\n\n\n\n<p>En 1966, c\u2019est l\u2019enregistrement de l\u2019album <em>River Deep \/ Mountain High<\/em> avec Ike And Tina Turner qui voit son premier \u00e9chec. Les s\u00e9ances sont laborieuses et il semble avoir perdu la main. Le g\u00e9nie n\u2019op\u00e8re plus, d\u2019autant que tous les producteurs ont maintenant piqu\u00e9 ses trucs, se sont appropri\u00e9s ses trouvailles et ses fulgurances. Le 45 tours est un \u00e9chec et Spector conna\u00eet son Waterloo.<\/p>\n\n\n\n<p>La vague hippie, le rock californien et le psych\u00e9d\u00e9lisme aux U.S.A, pas plus que le Blues Boom ou les pr\u00e9mices du Hard-rock en Grande-Bretagne ne lui r\u00e9ussiront, faisant bient\u00f4t de lui un dinosaure des temps du College Rock \u00e9chou\u00e9 sur la terre des 1000 danses. Spector fait profil bas, oubliant sa disgr\u00e2ce dans l\u2019usage immod\u00e9r\u00e9 de la coca\u00efne et des armes \u00e0 feu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont les Beatles en fin de course qui essaieront de le remettre en selle, Lennon et Harrison en particulier n\u2019ayant longtemps jur\u00e9 que par lui. Il commence par supplanter George Martin \u00e0 la production de <em>Let It Be<\/em>. Mc Cartney pestera longtemps contre sa production et finira par r\u00e9enregistrer tout l\u2019album seul. Il continue avec Lennon, Yoko Ono et le Plastic Ono Band pour le single \u00ab&nbsp;Instant Karma&nbsp;\u00bb puis les albums <em>Plastic Ono Band 2<\/em> (1970), <em>Imagine<\/em> (1971) et <em>Sometimes In New York City<\/em> (1972). Une trilogie qu\u2019on peut consid\u00e9rer comme son chant du cygne, m\u00eame si la production n\u2019a plus le lustre d\u2019antan, cette touche Spector qui n\u2019est plus qu\u2019un lointain souvenir. Avec Harrison, ce seront <em>All Things Must Pass <\/em>(1970) et <em>The Concert For Bangla Desh<\/em> (1971), sans gu\u00e8re plus d\u2019\u00e9clat.<\/p>\n\n\n\n<p>1974 fut son ann\u00e9e noire, enfin, disons pas plus maudite que le reste de sa vie. Il vient de divorcer de Ronnie \u2013 elle dira qu\u2019il la battait et on veut bien la croire \u2013 et est victime d\u2019un grave accident d\u2019o\u00f9 il ressort litt\u00e9ralement en morceaux, \u00e0 ramasser \u00e0 la petite cuiller, avec des centaines de points de suture au visage et sur le cr\u00e2ne. De l\u00e0 le port constant de la perruque (il en aura des centaines, toutes plus tartignolles les unes que les autres). Un miracul\u00e9, sorte de Frankenstein pop dont Brian De Palma s\u2019inspirera pour son<em> Phantom Of The Paradise.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il revient pour le <em>Rock\u2019n\u2019Roll <\/em>de Lennon, mais les choses se passent mal d\u2019embl\u00e9e. Spector, maniaco-d\u00e9pressif (ou bipolaire) sort son flingue comme pour rire, il ne supporte pas l\u2019entourage de Lennon et estime qu\u2019on ne fait pas assez cas de lui. Il quitte le studio avec des bandes enregistr\u00e9es que Lennon aura toutes les peines \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer, mais la collaboration s\u2019arr\u00eatera l\u00e0 et les frasques de Spector deviennent de notori\u00e9t\u00e9 publique. Il en est r\u00e9duit \u00e0 enregistrer avec Dion (ex Dion &amp; the Belmonts), histoire de garder la main, mais ses rares tentatives pour r\u00e9appara\u00eetre en majest\u00e9 \u00e9chouent lamentablement. Il a choisi la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Leonard Cohen le prend quand m\u00eame pour son <em>Death Of A Ladie\u2019s Man<\/em> (1977), mais l\u00e0 aussi, tout se d\u00e9r\u00e8gle et Cohen raconte que Spector le tenait parfois en joue en l\u2019assurant qu\u2019il l\u2019aimait. Il interdit \u00e0 Cohen l\u2019acc\u00e8s de la salle de mixage et sera quand m\u00eame cr\u00e9dit\u00e9, m\u00eame si le chanteur reniera l\u2019album. En 1980, ce sont les Ramones qui ont le malheur de faire appel \u00e0 ses services pour <em>End Of The Century<\/em>, d\u00e9sireux de ressusciter le mythe. Dee Dee Ramone, le bassiste, dira que Spector l\u2019a oblig\u00e9 \u00e0 jouer au piano \u00ab&nbsp;Baby I Love You&nbsp;\u00bb toute une nuit en le mena\u00e7ant, l\u00e0 aussi, d\u2019un revolver. Une manie. Il se demande encore qui joue de la basse sur certains morceaux du disque.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est ensuite question d\u2019une collaboration avec C\u00e9line Dion qui capotera, car Spector s\u2019enfonce dans la psychose. <em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>On apprend pas la musique \u00e0 Mozart&nbsp;\u00bb<\/em>, se serait-il \u00e9cri\u00e9 avant de quitter le studio. \u00c0 ce stade, il a depuis longtemps d\u00e9sert\u00e9 l\u2019actualit\u00e9 culturelle pour celle des faits divers et les tablo\u00efds californiens font un feuilleton de ses frasques. Jusqu\u2019au meurtre, au bout d\u2019une autre nuit d\u2019exc\u00e8s, d\u2019une actrice de s\u00e9rie B, Lana Clarkson, qu\u2019il niera toujours, plaidant pour un suicide. Apr\u00e8s un premier proc\u00e8s o\u00f9 le jury n\u2019est pas unanime \u00e0 le condamner, ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de conna\u00eetre la prison pour port d\u2019armes prohib\u00e9, il n\u2019y coupe pas en 2009&nbsp;; reconnu coupable et condamn\u00e9 \u00e0 15 ans de prison.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cancer qui vient de l\u2019emporter aura \u00e9t\u00e9 le seul motif de sa remise de peine et le fant\u00f4me du studio de l\u2019\u00e9toile d\u2019or pourra s\u2019acheminer vers l\u2019enfer des g\u00e9ants o\u00f9 doivent lui avoir donn\u00e9 rendez-vous Richard Wagner et Elvis Presley, ses ma\u00eetres.<\/p>\n\n\n\n<p>(1)&nbsp;: ROCK DREAMS \u2013 Bye Bye Baby Bye Bye \u2013 Guy Pellaert et Nick Cohn \u2013 Albin Michel \u2013 1973.<\/p>\n\n\n\n<p><em>25 janvier 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Assassin musicien et sorcier du son, Harvey Philips Spector \u00e9tait un pur g\u00e9nie inventeur de techniques et d\u2019artifices de studio que tous les producteurs apr\u00e8s lui ont pill\u00e9 ou imit\u00e9. 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