{"id":1888,"date":"2021-02-14T21:29:55","date_gmt":"2021-02-14T20:29:55","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1888"},"modified":"2021-02-16T13:22:43","modified_gmt":"2021-02-16T12:22:43","slug":"hilton-valentine-sur-la-piste-de-lanimal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1888","title":{"rendered":"HILTON VALENTINE \/ SUR LA PISTE DE L\u2019ANIMAL"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/illustration63.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1889\" width=\"584\" height=\"780\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/illustration63.jpg 220w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/illustration63-22x30.jpg 22w\" sizes=\"(max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><figcaption>Hilton Valentine guitare au poing dans la premi\u00e8re mouture des Animals.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Guitariste des premiers Animals, Hilton Stewart Paterson Valentine est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans le Connecticut le 29 janvier. Lors de leurs premi\u00e8res prestations au Club A Gogo de Newcastle, les Animals se composaient d\u2019Eric Burdon (chant), Valentine (guitare), Alan Price (claviers), Chas Chandler (basse) et John Steel (batterie), manag\u00e9s au d\u00e9part par le russe fou Giorgio Gomelsky. Apr\u00e8s une longue absence, Hilton Valentine \u00e9tait revenu officier au sein d\u2019une reformation du groupe \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90. Portrait du guitariste en jeune chien.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que faire quand on a 20 ans \u00e0 Newcastle, \u00e0 part engloutir des litres de Guinness et supporter les Magpies, le club de foot local&nbsp;? Fonder un groupe de rock, peut-\u00eatre&nbsp;? N\u00e9 en 1943 \u00e0 North Shields sur le Tyne, localit\u00e9 proche de Newcastle, Valentine fait ses premi\u00e8res armes d\u00e8s 1962 avec l\u2019organiste Alan Price dans le Alan Price Combo qui deviendra les Animals l\u2019ann\u00e9e suivante, une fois que l\u2019aura rejoint Eric Burdon. Les Animals seront leur nom pour la sauvagerie et la brutalit\u00e9 dont ils font montre sur la sc\u00e8ne du Club A Gogo de Newcastle (Burdon pr\u00e9tendra que c\u2019est en souvenir d\u2019un garnement de Newcastle surnomm\u00e9 Animal Hoog). Leur r\u00e9pertoire est tourn\u00e9 vers le blues et le rock\u2019n\u2019roll, avec, pour r\u00e9f\u00e9rence, une sainte trilogie incluant Bo Diddley, John Lee Hooker et Chuck Berry.<\/p>\n\n\n\n<p>On est d\u00e9j\u00e0 au milieu des ann\u00e9es 60 et l\u2019\u00e9poque est au Swinging London. D\u00e9couverts par un Giorgio Gomelsky qui, en parrain du British Beat, a d\u00e9j\u00e0 en main les Yardbirds et les premiers Rolling Stones, le groupe monte \u00e0 Londres et signe chez Columbia &#8211; EMI, distribu\u00e9s par MGM aux U.S.A. Gomelsky fera tout pour mettre ses poulains dans le carr\u00e9 de t\u00eate des groupes anglais, juste derri\u00e8re les Beatles et les Stones. D\u2019abord, il les fait tourner dans le pays avec des grands du blues comme Sonny Boy Williamson ou Howlin\u2019 Wolf&nbsp;; ensuite, il les enregistre sur sc\u00e8ne \u00e0 Canterbury pour un live de l\u00e9gende dat\u00e9 de 1963 mais qui ne sortira que bien plus tard, chez BYG Actuel.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 1964 sort leur premier album apr\u00e8s que leur premier hit, \u00ab&nbsp;The House Of The Rising Sun&nbsp;\u00bb, reprise d\u2019un traditionnel d\u00e9j\u00e0 rod\u00e9 par Dylan sur son premier album, ait atteint la premi\u00e8re place des hit-parades de l\u2019\u00e9t\u00e9. \u00ab&nbsp;Disque de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;\u00bb, selon le <em>New Musical Express<\/em> pour un classique o\u00f9 les arrangements de Alan Price font merveille. L\u2019album qui suit est produit par Mickie Most, un chanteur ayant pass\u00e9 sa jeunesse en Afrique du Sud et qui s\u2019occupera aussi de Donovan et du Jeff Beck Group. Rien de bien renversant sur ce disque, baptis\u00e9 sobrement <em>The Animals<\/em>&nbsp;sans aucune composition originale et avec des reprises de Bo Diddley, John Lee Hooker, Chuck Berry, Ray Charles ou Fats Domino. On voit bien d\u2019o\u00f9 leur vient l\u2019inspiration mais, contrairement aux Stones ou aux Yardbirds, ils peinent \u00e0 la transcender. On remarque quand m\u00eame les accents gouailleurs de Burdon et son organe puissant de bluesman \u00e9corch\u00e9 vif comme on est sensible au son vibrant du piano \u00e9lectrique de Alan Price. Valentine est un guitariste efficace qui se garde bien de se mettre en avant, se sachant moins dou\u00e9 que la plupart de ses pairs.<\/p>\n\n\n\n<p>Un passage au Ed Sullivan Show et une tourn\u00e9e aux \u00c9tats-Unis plus tard (avec le Dave Clark Five en premi\u00e8re partie), c\u2019est<em> Animals On Tour, <\/em>en f\u00e9vrier 1965<em>, <\/em>avec enfin une composition originale sign\u00e9e Burdon et Price, le bouleversant \u00ab\u00a0I\u2019m Crying\u00a0\u00bb qui fera un hit en m\u00eame temps que le \u00ab\u00a0Boom Boom\u00a0\u00bb de John Lee Hooker. Bingo. D\u2019autres hits vont suivre (\u00ab\u00a0Hallelujah I Love Her So\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Don\u2019t Let Me Be Misunderstood\u00a0\u00bb, de Ray Charles ou \u00ab\u00a0Bring It On Home To me\u00a0\u00bb de Sam Cooke) et en mai para\u00eet leur deuxi\u00e8me album studio, <em>Animal Tracks<\/em>. L\u2019ann\u00e9e 1965 est leur ann\u00e9e, qui ne les voit distanc\u00e9s que par les Beatles et les Stones. L\u2019album, toujours produit par Most, a pour temps fort le \u00ab\u00a0Bo Diddley\u00a0\u00bb (il y aura aussi un long et rigolard \u00ab\u00a0Story Of Bo Diddley\u00a0\u00bb) de leur mentor et le \u00ab\u00a0I Believe To My Soul\u00a0\u00bb de Ray Charles toujours\u00a0; finalement leur plus grande inspiration. On remarque aussi le \u00ab\u00a0Bright Lights, Big City\u00a0\u00bb de Jimmy Reed, l\u2019une de leurs grandes admirations, reprise \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque par les Pretty Things.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec les Pretty Things justement, ils ont invent\u00e9 le Chuck\u2019n\u2019Bo rock, du nom de Bo Diddley et de Chuck Berry, leurs principales influences. Un rock caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019attachement \u00e0 l\u2019idiome du blues, par une certaine sauvagerie, l\u2019absence de fioritures et un certain go\u00fbt pour l\u2019outrage. Ils sont au sommet, mais tout va bient\u00f4t se d\u00e9r\u00e9gler. C\u2019est d\u2019abord Alan Price qui part fonder le Alan Price Set \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1965 et il accompagnera Dylan lors de sa tourn\u00e9e anglaise. Il est remplac\u00e9 par Dave Rowberry qui mettra la main aux arrangements des deux hits suivants du groupe&nbsp;: \u00ab&nbsp;We\u2019ve Got To Get Out Of This Place&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;It\u2019s My Life&nbsp;\u00bb, s\u00fbrement ce qu\u2019ils ont fait de mieux. Encore deux reprises de songwriters du Brill Building new-yorkais, cette usine \u00e0 tubes o\u00f9 des auteurs pondent des hits au kilom\u00e8tre. On peine toujours \u00e0 trouver des compositions du groupe, et c\u2019est un peu l\u00e0 que le b\u00e2t blesse. \u00c0 cet exercice, bien des groupes, des Kinks aux Who, sont bien meilleurs qu\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autant qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1965, leur prend la mauvaise id\u00e9e de s\u2019adjoindre une section de cuivres qu\u2019ils inaugurent au festival  British Jazz And Blues  de Richmond. C\u2019est The Animals Big Band, une curieuse mutation qui les \u00e9loigne d\u2019une gloire \u00e0 port\u00e9e de main.<\/p>\n\n\n\n<p>Cap sur l\u2019Am\u00e9rique avec deux derniers albums (si l\u2019on s\u2019en tient aux Animals en faisant l\u2019impasse sur les New ou les New New Animals), produits par Tom Wilson, producteur de Dylan. Barry Jenkins (ex Nashville Teens) a remplac\u00e9 John Steel \u00e0 la batterie, mais Valentine est toujours solidement arrim\u00e9 au manche de sa guitare. C\u2019est d\u2019abord <em>Animalism <\/em>qui sort cette fois chez Decca en mai 1966 avec les sempiternelles reprises de Chuck Berry, Jackie Wilson, Joe Tex, et le \u00ab&nbsp;I Put A Spell On You&nbsp;\u00bb de Screamin\u2019 Jay Hawkins d\u00e9j\u00e0 popularis\u00e9 par leur ex leader Alan Price, celui qui ne supportait pas de prendre l\u2019avion. Outre le \u00ab&nbsp;Shake&nbsp;\u00bb de Sam Cooke ou le \u00ab&nbsp;Hit The Road Jack&nbsp;\u00bb de Ray Charles, on remarque trois compositions sign\u00e9es Burdon &#8211; Rawberry dont l\u2019excellent \u00ab&nbsp;You\u2019re On My Mind&nbsp;\u00bb. On remarque aussi une reprise sid\u00e9rante du \u00ab&nbsp;Hey Gyp&nbsp;\u00bb de Donovan qui sortira en simple avec le poignant \u00ab&nbsp;When I Was Young&nbsp;\u00bb en face B. Un saut qualitatif. D\u2019autant que leur dernier hit, \u00ab&nbsp;See See Rider&nbsp;\u00bb &#8211; sign\u00e9 abusivement Burdon alors que c\u2019est en fait un classique folk-blues attribu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 Ma Rainey &#8211; sort en juin et c\u2019est une v\u00e9ritable tuerie, avec un riff lancinant au piano et un Burdon qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi rageur. Car qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, sous des apparences joviales, les Animals sont en fait un gang \u00e9nerv\u00e9, mal embouch\u00e9. Des voyous r\u00e9volt\u00e9s. Eric Burdon est et restera l\u2019une des grandes voix du rock, avec Jim Morrison et Roger Daltrey.<\/p>\n\n\n\n<p>Un dernier tour de piste pour les animaux avec <em>Animalization<\/em>, en ao\u00fbt de la m\u00eame ann\u00e9e. On y retrouve des titres de <em>Animalism<\/em> et aussi des compositions Burdon \u2013 Chandler, \u00ab&nbsp;Cheating&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Inside Looking Out&nbsp;\u00bb&nbsp;; mais, surtout, \u00ab&nbsp;See See Rider&nbsp;\u00bb et ce qui sera leur dernier hit (mineur), ce \u00ab&nbsp;Don\u2019t Bring Me Down&nbsp;\u00bb sign\u00e9 Jerry Goffin et Carol King. Tin Pan Alley, toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre, Burdon amorce une carri\u00e8re solo et promeut son nouveau hit, \u00ab&nbsp;Help Me Girl&nbsp;\u00bb \u00e0 <em>Ready Steady Go<\/em> et \u00e0 <em>Top Of The Pops<\/em>, en solitaire. Chas Chandler s\u2019en va d\u00e9couvrir Jimi Hendrix aux \u00c9tats-Unis et seul Carl Jenkins suit Burdon dans la formation des New Animals, qui prend le tournant psych\u00e9d\u00e9lique en 1967, mais sans Hilton Valentine, lequel se fend d\u2019un album solo (<em>All In Your Head)<\/em>, pass\u00e9 inaper\u00e7u. Valentine, comme Burdon, fera le voyage en Californie mais il le fera en toute discr\u00e9tion quand Burdon devient une ic\u00f4ne hippie en ambassadeur des groupes anglais \u00e0 Monterey Pop.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la saga des New Animals californiens est une autre histoire. Apr\u00e8s les New Animals, War, un duo avec le bluesman Jimmy Witherspoon, une r\u00e9sistible carri\u00e8re solo et l\u2019album de la reformation, Burdon passera le plus clair des ann\u00e9es 80 clochardis\u00e9 \u00e0 Los Angeles, dormant dans sa voiture. La reformation des Animals surprend tout le monde, en pleine vague punk. Un album convaincant (<em>Before we were so rudely interrupted<\/em>) et une tourn\u00e9e \u00e0 la cl\u00e9 qui r\u00e9jouit le c\u0153ur des fans nostalgiques.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourra revoir Hilton Valentine lors d\u2019une ultime reformation des Animals \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90 avec son comp\u00e8re John Steel, mais sans Burdon et les autres. Burdon qui se voit remplac\u00e9 par un v\u00e9ritable clone avec la m\u00eame voix et les m\u00eames \u00e9clats de gouaille. Lui habite toujours Los Angeles o\u00f9 il se livre au culturisme et \u00e0 la m\u00e9ditation. En 1994, c\u2019est l\u2019hommage du Rock\u2019n\u2019roll Hall Of Fame pour l\u2019ensemble de leurs \u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on excepte leur peu de don pour les compositions originales, on peut souligner les qualit\u00e9s intrins\u00e8ques d\u2019un groupe plus qu\u2019estimable&nbsp;: sa puissance, son intensit\u00e9, l\u2019\u00e9motion qu\u2019ils ont toujours prodigu\u00e9 en abondance. En plus, ils auront eu le grand m\u00e9rite de faire d\u00e9couvrir la cr\u00e8me des bluesmen et les h\u00e9ros oubli\u00e9s du rhythm\u2019n\u2019blues \u00e0 toute la jeunesse occidentale. Ce qui n\u2019est pas rien.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si Hilton Valentine n\u2019a toujours \u00e9t\u00e9 qu\u2019un honn\u00eate musicien et qu\u2019il n\u2019a pas pris la lumi\u00e8re dans le Swinging London o\u00f9 tant d\u2019astres ont brill\u00e9, il reste l\u2019un de ces artisans pr\u00e9cieux et lucides ayant su s\u2019effacer derri\u00e8re le succ\u00e8s du collectif. Comme, en sport, ces \u00e9quipiers porteurs d\u2019eau fiers de servir ceux que la gloire distinguera.<\/p>\n\n\n\n<p>Hilton Valentine aura su rester humble et discret, mort \u00e0 77 ans, \u00e2ge canonique pour un rocker.<\/p>\n\n\n\n<p>Disques EMI Path\u00e9 \/ Columbia \/ Decca \/ MGM (USA)<\/p>\n\n\n\n<p>13 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Guitariste des premiers Animals, Hilton Stewart Paterson Valentine est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans le Connecticut le 29 janvier. 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