{"id":1918,"date":"2021-02-27T20:35:18","date_gmt":"2021-02-27T19:35:18","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1918"},"modified":"2021-02-27T20:35:19","modified_gmt":"2021-02-27T19:35:19","slug":"my-favorite-things","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1918","title":{"rendered":"MY FAVORITE THINGS"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/illustration67.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1919\" width=\"579\" height=\"579\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/illustration67.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/illustration67-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/illustration67-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 579px) 100vw, 579px\" \/><figcaption>trane, in a mystic way<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>On m\u2019a parfois demand\u00e9 pourquoi m\u2019en tenir au rock dans ce blog. C\u2019est ma culture et je me vois mal pontifier sur d\u2019autres genres. On va faire une exception pour le jazz. 10 disques de jazz choisis en toute subjectivit\u00e9. On trouvera surtout Bop et Hard bop, New thing et Free Jazz, \u00e0 l\u2019exception de genres plus traditionnels comme le New Orleans, le Middle Jazz, Big Band, Cool, West Coast ou Jazz-rock. Sans parler des formes les plus actuelles mari\u00e9es au funk, \u00e0 l\u2019\u00e9lectro, \u00e0 la techno ou au rap. Voil\u00e0, c\u2019est mon choix, rien ne vous emp\u00eache de me communiquer vos listes. Le blues la fois prochaine, toujours en toute subjectivit\u00e9 bien s\u00fbr.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1. JOHN COLTRANE \u2013 <em>A LOVE SUPREME<\/em> \u2013 Impulse. 1965<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 1965, Coltrane n\u2019a plus que deux ans \u00e0 vivre et il arrive presque au bout de sa qu\u00eate mystique. On aurait pu choisir<em> Ol\u00e9<\/em>, <em>Favourite Things<\/em>, <em>The Blue Train <\/em>ou <em>Giant Steps<\/em>, mais il faut bien choisir et <em>Love Supreme<\/em> va jusqu\u2019au bout de la d\u00e9marche spirituelle d\u2019un mystique assoiff\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9. Il y c\u00e9l\u00e8bre son dieu et sa foi accompagn\u00e9 par son quartet id\u00e9al&nbsp;: Mc Coy Tyner (piano), Jimmy Garrison (contrebasse) et Elvin Jones (batterie). Ne manque gu\u00e8re que Pharoah Sanders. C\u2019est le disque de la transe mystique, de la recherche de l\u2019absolu. C\u2019est une exp\u00e9rience qui engage le corps et l\u2019esprit. Depuis 1957, Coltrane a connu \u00ab&nbsp;son r\u00e9veil spirituel par la gr\u00e2ce de son dieu&nbsp;\u00bb, a-t-il dit. C\u2019est un jazz exp\u00e9rimental, un jazz modal, atonal, un album qui, de remerciement \/ reconnaissance (\u00ab&nbsp;acknowledgment&nbsp;\u00bb) en psaume (\u00ab&nbsp;psalm&nbsp;\u00bb) pr\u00e9figure le free-jazz et nous transporte dans une dimension inexplor\u00e9e, insoup\u00e7onn\u00e9e. Une transfiguration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. CHARLIE MINGUS \u2013 <em>OH YEAR&nbsp;!<\/em> &#8211; Atlantic. 1962<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai lu <em>Moins qu\u2019un chien<\/em> tr\u00e8s jeune et ce livre m\u2019a ouvert les yeux sur le racisme. Sa lecture devrait \u00eatre obligatoire dans les \u00e9coles primaires. Mais j\u2019avais entendu le nom de Mingus avant, quand beaucoup de groupes anglais du Swinging London le citaient comme influence. On conna\u00eet aussi son caract\u00e8re de chien, justement, et ses col\u00e8res l\u00e9gendaires. Un homme dont la col\u00e8re forme contraste avec le moelleux de sa contrebasse. J\u2019ai longtemps h\u00e9sit\u00e9 entre cet album et le somptueux <em>The <\/em><em>black saint and the sinner lady<\/em>. Mais celui-ci est plus politique et moins mystique, avec ce morceau qui dit tout de Mingus, de sa r\u00e9volte et de son engagement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh lord, don\u2019t let them drop the bomb on me&nbsp;\u00bb. Roland \u00ab&nbsp;roll on&nbsp;\u00bb Kirk est \u00e0 la fl\u00fbte et aux saxophone, Mingus s\u2019est mis au piano et c\u2019est Nesuhi Erteg\u00fcn, le fr\u00e8re de Ahmet, qui produit. Une grande claque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. SONNY ROLLINS \u2013 AT NIGHT AT THE VILLAGE VANGUARD \u2013 Blue Note \u2013 1957<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours cette vision d\u2019un Sonny Rollins d\u00e9pressif soufflant sur son saxophone sur le pont de Brooklyn. Quand je lisais les meilleurs romans de Kerouac, j\u2019avais des grooves de saxophone de Sonny Rollins dans la t\u00eate, et ce n\u2019est pas par hasard. C\u2019est le seul de cette liste que j\u2019ai pu voir sur sc\u00e8ne, et c\u2019\u00e9tait quelque chose d\u2019intense, pas le genre de concert dont on sort l\u00e9ger et qu\u2019on finit par oublier. Sonny Rollins a invent\u00e9 le hard-bop, une acc\u00e9l\u00e9ration agressive d\u2019un Bop finalement assez tranquille. Il faut citer aussi \u00e0 ce titre Clifford Brown ou Art Blakey dont on aurait pu aussi choisir un disque. Mais Rollins les r\u00e9sume tous et les d\u00e9passe tous. En public, en plus. Comme disait Sartre, le jazz, c\u2019est comme les bananes, \u00e7a se consomme sur place. Bien vu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. HERBIE MANN \u2013 <em>MEMPHIS UNDERGROUND<\/em> \u2013 Atlantic \u2013 1969<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne connaissais pas cet album avant d\u2019avoir lu la correspondance de Hunter S. Thompson, assez r\u00e9cemment. Bien s\u00fbr, je connaissais le fl\u00fbtiste Herbie Mann, celui qui a introduit cet instrument jusque-l\u00e0 inusit\u00e9 dans l\u2019univers du jazz. Ici, la fl\u00fbte enchant\u00e9e de Mann revisite des classiques du rhythm\u2019n\u2019blues (\u00ab&nbsp;Hold On I\u2019m Comin\u2019&nbsp;\u00bb de Sam &amp; Dave ou \u00ab&nbsp;Chain Of Fools&nbsp;\u00bb de Don Covay). C\u2019est de la magie, une alchimie capricieuse, un bonheur total. S\u2019il y a de la musique au paradis, elle doit ressembler \u00e0 celle-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5. CHARLIE PARKER \u2013 <em>CHARLIE PARKER ON DIAL&nbsp;: THE COMPLETE SESSIONS<\/em> \u2013 Dial Records, enregistrements 1946 \u2013 1947 r\u00e9\u00e9ditions Spotlite jazz 4 CD. 1993<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le colosse du saxophone est mort \u00e0 35 ans apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9, avec Dizzy Gillespie, l\u2019inventeur du jazz moderne. Que choisir chez Parker, Savoy ou Dial&nbsp;? Tout est bon chez lui et on n\u2019a pas trop de 4 CD pour en faire le tour. Ses morceaux les plus inspir\u00e9s, \u00ab&nbsp;Ornithology&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Yardbird&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp; Dexterity&nbsp;\u00bb plus les reprises de Dizzy Gillespie et de standards de Broadway qu\u2019il transcende. Plusieurs prises sont propos\u00e9es, et on succombe \u00e0 ce d\u00e9luge de sons sortis d\u2019un saxophone t\u00e9nor dont il joue en virtuose, mais avec une humanit\u00e9 qui disqualifie d\u2019embl\u00e9e le mot. C\u2019est le plus grand, celui dont on reconna\u00eet le style au bout de trois mesures. Il faut revoir le film de Clint Eastwood (<em>Bird<\/em>) pour savoir combien de douleur et de souffrances il aura fallu pour en venir \u00e0 ce lyrisme incandescent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6. MILES DAVIS \u2013 <em>KIND OF BLUE<\/em> \u2013 CBS \u2013 1959<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 mon avis son meilleur disque, m\u00e9lodique, velout\u00e9 et d\u2019une sensualit\u00e9 torride. Miles a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater de courir apr\u00e8s Charlie Parker en jouant des notes \u00e0 profusion, et il opte pour ce qui fera son style&nbsp;: la lenteur, les silences, les notes bleues. On aurait pu choisir autre chose, <em>In A Silent Way<\/em> par exemple, mais <em>Kind Of Blue<\/em> a encore quelque chose du Bop, avant les d\u00e9rives jazz-rock. Et puis, le n\u00e8gre bleu joue ici avec Coltrane, Bill Evans et Cannonball Adderley. Quand le jazz devient un art \u00e0 part enti\u00e8re, une sorte de miracle permanent o\u00f9 chaque note est \u00e0 sa place, dans une harmonie parfaite. So what&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7. ALBERT AYLER \u2013 <em>SPIRITS REJOICE<\/em> \u2013 ESP \u2013 1965<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avec Sun Ra, Ornette Coleman et Sonny Murray, il est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des p\u00e8res fondateurs du free-jazz et certainement le musicien le plus inspir\u00e9 du genre. C\u2019est un mystique tourn\u00e9 vers la spiritualit\u00e9 \u00e0 qui l\u2019on a reproch\u00e9 son peu d\u2019app\u00e9tence pour les combats des Black Panthers et la r\u00e9volution. Son but \u00e9tait au-del\u00e0, et il s\u2019est suicid\u00e9 en 1970. Son parcours est aussi \u00e9tonnant que sa musique, lui qui avait jou\u00e9 derri\u00e8re le bluesman Little Walter \u00e0 ses d\u00e9buts avant de faire les belles nuits de la fondation Maeght dans les ann\u00e9es 60. Son jeu est troublant, profond et riche, proposant une musique d\u2019une incroyable complexit\u00e9, sorte de m\u00e9ditation sonore dont on ne sort pas indemne. Sonny Murray est \u00e0 la batterie et le morceau titre reprend les notes de la Marseillaise. De premi\u00e8re Albert&nbsp;! comme disait San Antonio.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8. ORNETTE COLEMAN \u2013 <em>FREE JAZZ<\/em> \u2013 Atlantic \u2013 1961<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019album fondateur du free-jazz paru en 1961 et qui allait servir de ma\u00eetre \u00e9talon \u00e0 toute une g\u00e9n\u00e9ration de musiciens en r\u00e9volte et farouchement d\u00e9sireux de s\u2019affranchir d\u2019un jazz devenu conventionnel et respectable. L\u2019album est sous-titr\u00e9 \u00ab&nbsp;une improvisation collective&nbsp;\u00bb, avec une exp\u00e9rience st\u00e9r\u00e9ophonique et des instruments diff\u00e9rents jou\u00e9s dans les deux canaux. L\u2019homme qui soufflait dans son saxophone en plastique blanc dans les rues de Los Angeles invite Eric Dolphy, Charlie Haden, Don Cherry, Freddie Hubbard\u2026 La cr\u00e8me de la new thing pour un long d\u00e9lire inspir\u00e9 de 36 minutes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9.<\/strong><strong> THELONIOUS MONK \u2013 <\/strong><em><strong>THELONIOUS MONK PLAYS DUKE ELLINGTON<\/strong><\/em><strong> \u2013 <\/strong><strong>R<\/strong><strong>iverside \u2013 1955<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a nous permet de c\u00e9l\u00e9brer \u00e0 la fois Monk &#8211; pianiste un peu schizophr\u00e8ne et improvisateur de g\u00e9nie plac\u00e9 sous la protection de la baronne Koenigswarter &#8211; et Ellington, le plus grand m\u00e9lodiste de l\u2019histoire du jazz. Les standards habituels (\u00ab&nbsp;Caravan&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Moon Indigo&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Sophisticated Lady&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Solitude&nbsp;\u00bb) jou\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re du ma\u00eetre avec la batterie de Kenny Clark et Oscar Pettiford \u00e0 la contrebasse. Ne manque gu\u00e8re que \u00ab&nbsp;Satin Doll&nbsp;\u00bb. Sphere (c\u2019\u00e9tait son surnom) joue comme sur du velours et nous r\u00e9gale sans \u00e9lever le ton, in a silent way. On aurait pu aussi prendre Sinatra chantant Count Basie, dans un autre genre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10. SUN RA \u2013 <em>THE SOLAR MYTH APPROACH VOL 2<\/em> &#8211; Byg Actuel &#8211; 1971<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 l\u2019on retrouve le grand Sun Ra avec ses soucoupes volantes et sa passion pour l\u2019\u00e9gyptologie. Rappelons que le bonhomme, \u00e0 l\u2019origine plut\u00f4t rhythm\u2019n\u2019blues, se prenait vraiment pour la r\u00e9incarnation d\u2019un dieu \u00e9gyptien venu d\u2019une autre plan\u00e8te. Ou feignait de le croire, car le bougre est retors et myst\u00e9rieux. Sombrero et lunettes en plastique orange (sans verres) pour cet album paru sur le label des trois comp\u00e8res Bizot, Yung et Georgekarakos (label aux m\u00e9thodes parfois contestables mais qui r\u00e9unira le meilleur de la New thing) . Tout ce qu\u2019on aime dans le free jazz, les scansions, les dissonances, les stridences, les ruptures de ton. Avec le sens du rythme et de la f\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p><em>20 f\u00e9vrier 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On m\u2019a parfois demand\u00e9 pourquoi m\u2019en tenir au rock dans ce blog. C\u2019est ma culture et je me vois mal pontifier sur d\u2019autres genres. 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