{"id":1943,"date":"2021-03-13T17:05:28","date_gmt":"2021-03-13T16:05:28","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1943"},"modified":"2021-03-13T17:05:30","modified_gmt":"2021-03-13T16:05:30","slug":"les-prenoms-ont-ete-changes-12","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1943","title":{"rendered":"LES PR\u00c9NOMS ONT \u00c9T\u00c9 CHANG\u00c9S (12)"},"content":{"rendered":"\n<p><em><u><strong>Yves<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/illustration73.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1944\" width=\"576\" height=\"781\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/illustration73.jpg 118w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/illustration73-22x30.jpg 22w\" sizes=\"(max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption>Le film, apr\u00e8s le livre<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019avais \u00e9crit \u00e7a en \u00e0 peine trois mois, en \u00e9crivain du dimanche. J\u2019avais commenc\u00e9 un lundi, apr\u00e8s un week-end avec des amis o\u00f9 on avait pass\u00e9 notre temps \u00e0 picoler et \u00e0 se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 Paris, dans les ann\u00e9es 70. J\u2019allais avoir 30 ans et je m\u2019\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9 la bouche p\u00e2teuse et la gueule de bois avec un sentiment de vide et de m\u00e9lancolie qui exigeait, n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure, que je me mesure \u00e0 la page blanche, sous la tutelle suppos\u00e9e bienveillante de tous les auteurs que j\u2019admirais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a s\u2019appelait <em>R\u00e9verb\u00e9rations<\/em> (d\u2019apr\u00e8s le titre d\u2019un morceau du 13th Floor Elevators, groupe psych\u00e9d\u00e9lique texan), sous-titr\u00e9 Pass\u00e9s simples, et se voulait \u00eatre une chronique des ann\u00e9es 60 et 70 \u00e0 travers l\u2019itin\u00e9raire de quelques personnages dont les histoires finissaient par se rejoindre. Un manuscrit de 230 pages qu\u2019il me fallait proposer aux professionnels de la profession, \u00e0 savoir aux grandes maisons d\u2019\u00e9dition parisiennes, puisque les quelques \u00e9diteurs ind\u00e9pendants dont on m\u2019avait parl\u00e9 avaient d\u00e9j\u00e0 leurs parutions ficel\u00e9es pour les ann\u00e9es \u00e0 venir. C\u2019est en tout cas ce qu\u2019ils m\u2019avaient tous dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon ami Luc avait \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers enthousiasm\u00e9s par ce roman et il l\u2019avait recommand\u00e9, en tant qu\u2019auteur publi\u00e9 de quelques romans sur le Vietnam, \u00e0 Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, du Mercure Fran\u00e7ois, comme disait le Cyrano de Rostand.<\/p>\n\n\n\n<p>La dame lui avait fait part de ses r\u00e9ticences, arguant que, si le roman avait des qualit\u00e9s ind\u00e9niables, son langage jeune et un tantinet d\u00e9magogique ne permettait pas une publication chez elle. \u00c0 moins de revoir le manuscrit, sans donner la moindre indication pour ce faire. \u00ab&nbsp;Un bon brouillon&nbsp;\u00bb, m\u2019avait dit Luc, qui semblait d\u2019accord avec elle, mais un brouillon quand m\u00eame qu\u2019il s\u2019agissait de retravailler pour lui donner une forme publiable correspondant aux crit\u00e8res exigeants de l\u2019\u00e9dition.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne voyais pas trop par quoi commencer et les bras m\u2019en tombaient lorsque je me mettais \u00e0 retravailler, comme ils disaient, sans savoir exactement ce qu\u2019il y avait \u00e0 modifier. J\u2019envoyais donc mon manuscrit tel quel chez les principaux \u00e9diteurs. Une dizaine de copies \u00e9taient tapies dans un grand sac de sport et j\u2019arpentais le quartier de l\u2019Od\u00e9on en frappant aux portes des doges de la r\u00e9publique des lettres, de ceux qui d\u00e9cidaient si vous \u00e9tiez un auteur digne d\u2019\u00eatre publi\u00e9 ou un \u00e9crivaillon condamn\u00e9 \u00e0 n\u2019\u00e9crire que pour ses tiroirs. Humble mortel, j\u2019avais l\u2019audace de m\u2019en remettre au jugement des dieux et je ne fus pas d\u00e9\u00e7u, recevant les unes apr\u00e8s les autres des lettres de refus st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es avec toujours les m\u00eames formules hypocrites. Un bon livre assur\u00e9ment, mais qui ne correspondait \u00e0 aucune de leurs collections, ou qui n\u2019avait pas re\u00e7u la majorit\u00e9 des avis positifs du comit\u00e9 de lecture avec des \u00ab&nbsp;malheureusement&nbsp;\u00bb \u00e0 longueur de bras et des encouragements pour la suite. J\u2019en \u00e9tais venu \u00e0 les collectionner.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne voulant pas rester sur un \u00e9chec, j\u2019en avais commenc\u00e9 un autre, <em>Les journ\u00e9es de plomb <\/em>(en r\u00e9f\u00e9rence aux ann\u00e9es de plomb italiennes), dans un genre diff\u00e9rent. Un retrait\u00e9 que j\u2019avais baptis\u00e9 Adrien M\u00e9nard et qui passait son temps \u00e0 aller aux putes et \u00e0 supporter un club de football. L\u2019intrigue, assez mince, tournait autour de son fils, gibier de psychiatrie m\u00eal\u00e9 \u00e0 une tentative d\u2019enl\u00e8vement d\u2019un patron de choc. Quelque chose en phase avec la mont\u00e9e du Front National et les exploits d\u2019Action Directe. M\u00eame punition, avec des lettres de refus en pagaille, pile trois mois apr\u00e8s mes envois. On ne s\u2019embarrassait m\u00eame plus de formules de politesse et de petits mots de consolation. Le roman n\u2019\u00e9tait tout simplement pas convaincant, faute d\u2019une intrigue solide qui seule aurait pu lui donner de la consistance. J\u2019avais fait appel \u00e0 un haut plac\u00e9 de la CFDT qui connaissait du monde dans la maison d\u2019\u00e9dition proche du syndicat et il n\u2019avait m\u00eame pas daign\u00e9 recommander mon manuscrit, pas convaincu lui non plus. Sauf que lui, je ne le savais pas critique litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9\u00e7u dans mes ambitions du m\u00eame nom, je d\u00e9cidais d\u2019en rester l\u00e0 quand mon ami Luc m\u2019adressa une publicit\u00e9 \u00e9manant de la soci\u00e9t\u00e9 Icare, qui se faisait fort de relire et de corriger les manuscrits qu\u2019elle estimait publiables et, par ses relations avec les \u00e9diteurs, de les faire \u00e9diter moyennant quelques retouches sur la base de leurs pr\u00e9cieux conseils. Tout cela \u00e9videmment moyennant aussi finance, car leurs services n\u2019\u00e9taient pas gratuits, va sans dire.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais pris rendez-vous avec Yves Finelame, le directeur de ladite soci\u00e9t\u00e9. Dans les bureaux d\u2019Icare, deux pi\u00e8ces obscures dans un immeuble de rapport du quartier latin. Finelame \u00e9tait un grand barbu d\u00e9bonnaire et volubile, avec un gros nez et un regard franc. Il verrait ce qu\u2019il pouvait faire pour mon manuscrit, mon enfant de papier qui l\u2019appelait au secours. Sa secr\u00e9taire, une jeune femme accorte au d\u00e9collet\u00e9 provoquant, nous servit le champagne et nous trinqu\u00e2mes \u00e0 ma r\u00e9ussite. Quinze jours plus tard, Finelame me renvoyait mon manuscrit avec ses propositions de r\u00e9\u00e9criture, ses recommandations. Une dizaine de feuillets tap\u00e9s \u00e0 la machine o\u00f9, chapitre par chapitre, paragraphe par paragraphe et ligne par ligne, il me proposait ses reformulations et ses corrections. Il me demandait \u00e9galement un ch\u00e8que de 6000 francs pour ce travail avec l\u2019assurance que, \u00e0 condition de me conformer \u00e0 ses prescriptions, le manuscrit serait publi\u00e9 d\u00e8s la rentr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je profitais de quelques jours de vacances d\u00e9but juin pour revoir le manuscrit, en respectant les consignes. Avec les coupes, les conseils de r\u00e9\u00e9criture pour certains passages, les innombrables notes en bas de page et les explications sur tout ce qui concernait les faits et les personnages de l\u2019\u00e9poque&nbsp;; mon roman me paraissait format\u00e9, banalis\u00e9, appauvri. Les 230 pages \u00e9taient pass\u00e9es \u00e0 300 mais j\u2019avais la douloureuse impression d\u2019avoir affadi une histoire qui perdait beaucoup de son int\u00e9r\u00eat, avec un approfondissement psychologique des personnages et des tas de pr\u00e9cisions redondantes.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous comprenez, m\u2019avait-il dit, on n\u2019y croit pas. Vous faites r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements et \u00e0 des gens m\u00e9connus du grand public. Certaines expressions utilis\u00e9es sont peut-\u00eatre compr\u00e9hensibles pour quelques initi\u00e9s, mais pas pour le lecteur lambda. Et puis, tous vos personnages s\u2019expriment de la m\u00eame fa\u00e7on, sans que vous cherchiez jamais \u00e0 les diff\u00e9rencier.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je peux en faire b\u00e9gayer un, ou lui donner l\u2019accent pied noir, lui avais-je r\u00e9pondu. Maintenant, je ne vais pas mettre une telle somme si vous estimez que ce roman n\u2019est pas digne de faire l\u2019objet d\u2019une publication.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous assure qu\u2019on r\u00e9ussira \u00e0 lui donner une forme plus en rapport avec ce que veulent les \u00e9diteurs actuellement. On r\u00e9ussira \u00e0 la rendre sexy. C\u2019\u00e9tait son mot.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019appris par la suite que Finelame \u00e9tait un ancien taulard, ami de Serge Livrozet et militant du Comit\u00e9 d\u2019Action des Prisonniers. Il avait t\u00e2t\u00e9 des QHS et avait publi\u00e9 un livre, <em>Le d\u00e9nomm\u00e9<\/em>, sur son histoire. N\u2019ayant pas retenu l\u2019attention des critiques, c\u2019est une lettre d\u2019un cur\u00e9 progressiste qui recommandait la lecture de son livre dans un courrier des lecteurs du <em>Nouvel Observateur<\/em>. Tout cela me le rendait plut\u00f4t sympathique, mais me donnait l\u2019impression qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas beaucoup plus introduit que moi dans les milieux litt\u00e9raires.<\/p>\n\n\n\n<p>Je remettais mon manuscrit revu et corrig\u00e9 dans les d\u00e9lais et j\u2019attendais de ses nouvelles. Rien ne venait, et je finissais, au bout d\u2019un mois, par lui t\u00e9l\u00e9phoner pour savoir \u00e0 quoi m\u2019en tenir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh vous savez, c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 et les maisons d\u2019\u00e9dition sont en sommeil. Tel que vous me l\u2019avez renvoy\u00e9, le manuscrit tient la route et je ne doute pas qu\u2019il soit publi\u00e9. Je l\u2019ai recommand\u00e9 \u00e0 des lecteurs d\u2019une dizaine de maisons d\u2019\u00e9dition et ce serait bien le diable si \u00e7a ne marcherait pas avec l\u2019une d\u2019elles. Croyez-en un professionnel. C\u2019est du s\u00fbr&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, le ch\u00e8que avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9bit\u00e9 et Finelame me semblait plus press\u00e9 de se faire payer ses signal\u00e9s services que de m\u2019introduire dans les hautes sph\u00e8res de la litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9cidais de patienter encore un peu et, ne voyant toujours rien venir, j\u2019insistais pour reprendre rendez-vous avec lui, dans ses locaux, cette fois accompagn\u00e9 de ma femme qui avait moyennement appr\u00e9ci\u00e9 un investissement lui ayant paru dispendieux. D\u2019autant qu\u2019elle venait de se faire licencier et que de s\u00e9rieux probl\u00e8mes de sant\u00e9 avaient n\u00e9cessit\u00e9 une op\u00e9ration pour laquelle elle n\u2019\u00e9tait pas enti\u00e8rement couverte. Je mangeais plus souvent qu\u2019\u00e0 mon tour de la soupe \u00e0 grimace \u00e0 cause de cette histoire o\u00f9 elle me reprochait ma vanit\u00e9 et ma na\u00efvet\u00e9. Pour elle, Finelame \u00e9tait un aigre-fin qui p\u00eachait en eaux troubles et se servait du besoin de reconnaissance et des probl\u00e8mes d\u2019ego de jobards comme moi pour son petit commerce malhonn\u00eate et ill\u00e9gal. Elle allait lui montrer de quel bois elle se chauffait et lui dire ses quatre v\u00e9rit\u00e9s. Je l\u2019exhortais \u00e0 la patience et \u00e0 la compr\u00e9hension, lui faisant comprendre que la somme avait \u00e9t\u00e9 encaiss\u00e9e et qu\u2019il fallait garder espoir, sous peine de tout perdre. Ses exc\u00e8s d\u2019indignation et ses d\u00e9bordements col\u00e9riques ne pourraient que compromettre une situation d\u00e9j\u00e0 mal engag\u00e9e. Mes arguments \u00e9taient de peu de poids, et je voyais bien qu\u2019elle mourrait d\u2019envie d\u2019en d\u00e9coudre. Elle parlait d\u2019un recours en justice, d\u2019un abus de faiblesse, d\u2019une escroquerie dont Finelame devrait r\u00e9pondre devant les tribunaux. Elle se sentait l\u2019\u00e2me vengeresse et le bras s\u00e9culier. Je priais int\u00e9rieurement pour que le scandale n\u2019\u00e9clabousse pas les bureaux feutr\u00e9s d\u2019Icare, tant qu\u2019il restait un petit espoir.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait fin juillet et Finelame nous re\u00e7ut sans les coupes de champagne et la secr\u00e9taire accorte, probablement en cong\u00e9s. Le camelot avait fait place \u00e0 quelqu\u2019un de soucieux, presque aust\u00e8re. Il reprit mon manuscrit, le tritura et le froissa, comme pour nous faire constater qu\u2019il ne tenait pas facilement en main.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est encore trop t\u00f4t pour avoir une r\u00e9ponse. Vous savez, c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 et les personnels sont r\u00e9duits. Souvent des intermittents qui n\u2019ont pas le pouvoir de d\u00e9cision. On en saura plus en septembre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et vous nous remboursez si ce bouquin n\u2019est pas \u00e9dit\u00e9&nbsp;? lui lan\u00e7a mon \u00e9pouse.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Euh, on a quand m\u00eame pass\u00e9 du temps sur ce manuscrit, on a fait jouer nos contacts, on vous a sugg\u00e9r\u00e9 des corrections. Tout travail m\u00e9rite salaire, m\u00eame si vous pouvez consid\u00e9rer que le prix \u00e0 payer\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; On consid\u00e8re effectivement que c\u2019est cher pay\u00e9, mais on ne va pas en rester l\u00e0 et, si vous ne tenez pas vos engagements, on h\u00e9sitera pas \u00e0 vous faire de la publicit\u00e9. Vos m\u00e9thodes et vos combines rel\u00e8vent tout simplement de l\u2019escroquerie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si vous le prenez comme \u00e7a\u2026 Je suppose que vous pensez la m\u00eame chose, dit-il en se tournant vers moi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019attends encore un peu avant de me prononcer, mais je ne suis pas loin de penser la m\u00eame chose. De toute fa\u00e7on, vous jouez sur du velours en ne stipulant pas par contrat que vous avez obligation de r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Obligation morale&nbsp;! Je suis un homme d\u2019honneur et je n\u2019ai connu que peu d\u2019\u00e9checs dans ma profession. Vous me remercierez quand vous serez publi\u00e9 et les sommes per\u00e7ues vous para\u00eetront d\u00e9risoires en regard de celles que vous percevrez. Croyez-m\u2019en&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Finelame se lan\u00e7ait dans une tirade qui, loin de convaincre mon \u00e9pouse, d\u00e9cuplait son agressivit\u00e9. Je d\u00e9cidais d\u2019en rester l\u00e0 et n\u2019entretenais plus grand espoir d\u2019une \u00e9ventuelle publication. Elle avait raison, j\u2019\u00e9tais un vaniteux \u00e0 l\u2019ego chatouilleux qui s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 pi\u00e9ger par un escroc. Un papillon, une phal\u00e8ne br\u00fbl\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re. L\u2019image \u00e9tait d\u2019elle et elle semblait y tenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le train du retour, j\u2019appris la mort de Michel Audiard par le transistor mis en sourdine par un voyageur assoupi. Ma femme embraya aussit\u00f4t sur le grand dialoguiste, encha\u00eenant les bons mots des films de Georges Lautner. Moi, je repensais \u00e0 l\u2019un de ses seuls livres, <em>La nuit, le jour et toutes les autres nuits<\/em>, que j\u2019avais termin\u00e9 les larmes aux yeux. Je repensais \u00e0 ce final sublime o\u00f9 un personnage conseillait au narrateur de gu\u00e9rir sa d\u00e9pression en voyageant&nbsp;: le Kilimandjaro, Venise, les chutes du Niagara\u2026 \u00ab&nbsp;Les chutes du Niagara, elles me tombent dessus toutes les nuits, ma vieille&nbsp;!\u00bb. Jamais, duss\u00e9-je \u00e9crire toute ma vie, il ne me viendrait une phrase comme celle-l\u00e0 et j\u2019en arrivais \u00e0 la conclusion que Finelame, f\u00fbt-il un escroc et aussi contestable que soit son n\u00e9goce, ne pouvait pas grand-chose pour moi, un \u00e9crivassier (j\u2019avais lu le mot chez Villiers de l\u2019Isle Adam), un \u00e9crivain du dimanche pas vraiment pr\u00eat \u00e0 souffrir pour ce qui serait pr\u00e9somptueux d\u2019appeler son \u0153uvre. Pas pr\u00eat \u00e0 relire, \u00e0 r\u00e9\u00e9crire, \u00e0 suer sang et eau pour trouver le mot idoine, la phrase parfaite. Pas pr\u00eat \u00e0 retravailler, comme ils disaient tous. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 tant de mal pour travailler. <em>\u00ab&nbsp;Je hais tous les m\u00e9tiers, ma\u00eetres et ouvriers&nbsp;. Tous paysans, ignobles. <\/em><em>La main \u00e0 la plume vaut la main \u00e0 la charrue&nbsp;\u00bb<\/em>, comme \u00e9crivait Rimbaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019avais plus qu\u2019\u00e0 ranger mes cahiers d\u2019\u00e9colier, mes stylo-plumes, et \u00e0 retrouver la grisaille s\u00e9curisante de l\u2019administration. Je m\u2019\u00e9tonnais m\u00eame d\u2019avoir eu l\u2019audace de penser y \u00e9chapper. Non seulement \u00eatre publi\u00e9, mais vivre de sa plume et fausser compagnie \u00e0 mes compagnons de gal\u00e8re de la Cosmod\u00e9moniaque. Un doux r\u00eave, et Finelame m\u2019avait donn\u00e9 une bonne le\u00e7on. Un peu ch\u00e8re, mais tellement utile. Je n\u2019eus plus de nouvelles de Finelame et je n\u2019en attendais plus. J\u2019avais compris la nature de son commerce, et je n\u2019avais pas envie de lui porter pr\u00e9judice.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai depuis accumul\u00e9 les manuscrits, sans m\u00eame parfois les pr\u00e9senter \u00e0 un \u00e9diteur. \u00c9criture th\u00e9rapeutique pour graphomane compulsif. Il m\u2019aurait peut-\u00eatre fallu un Finelame pour esp\u00e9rer les soustraire \u00e0 mes tiroirs et les projeter \u00e0 la lumi\u00e8re. Un Finelame ou un miracle.<\/p>\n\n\n\n<p><em>8 mars 2021<\/em><em> <\/em><em><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yves J\u2019avais \u00e9crit \u00e7a en \u00e0 peine trois mois, en \u00e9crivain du dimanche. J\u2019avais commenc\u00e9 un lundi, apr\u00e8s un week-end avec des amis o\u00f9 on avait pass\u00e9 notre temps \u00e0 picoler et \u00e0 se raconter entre deux fous rires des anecdotes et des souvenirs communs sur nos ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 Paris, dans les ann\u00e9es 70&#8230;.<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1943\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1944,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1943"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1943"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1943\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1946,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1943\/revisions\/1946"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1944"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1943"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1943"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1943"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}