{"id":1952,"date":"2021-03-27T16:11:23","date_gmt":"2021-03-27T15:11:23","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1952"},"modified":"2021-03-27T16:11:24","modified_gmt":"2021-03-27T15:11:24","slug":"le-mystere-aragon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=1952","title":{"rendered":"LE MYST\u00c8RE ARAGON"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"677\" height=\"1000\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/illustration74-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1954\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/illustration74-1.jpg 677w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/illustration74-1-203x300.jpg 203w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/illustration74-1-609x900.jpg 609w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/illustration74-1-406x600.jpg 406w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/illustration74-1-20x30.jpg 20w\" sizes=\"(max-width: 677px) 100vw, 677px\" \/><figcaption>Le dernier Aragon \u00e0 la f\u00eate de l&rsquo;Huma en 1977<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3><strong>\u00ab\u00a0Je pense \u00e0 toi Desnos qui partis de Compi\u00e8gne \/ Comme un soir en dormant tu nous en fis r\u00e9cit.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h3><strong>Accomplir jusqu&rsquo;au bout ta propre proph\u00e9tie \/ L\u00e0-bas o\u00f9 le desti<\/strong>n de notre si\u00e8cle saigne\u00a0\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<h3>(<em>\u00ab\u00a0Complainte de Robert le diable\u00a0\u00bb<\/em> extrait du recueil <em>Les Po\u00e8tes<\/em> publi\u00e9 en 1960)<\/h3>\n\n\n\n<p>Comme beaucoup de monde, c\u2019est par la chanson que j\u2019ai fait la connaissance d\u2019Aragon. Les vers mis en exergue de son po\u00e8me repris par Jean Ferrat dans le c\u00e9l\u00e8bre<em> Ferrat chante Aragon<\/em> (1971) \u2013 soit dit en passant l\u2019un des plus beaux disques de la chanson fran\u00e7aise \u2013 ont constitu\u00e9 pour moi un choc \u00e9motionnel. M\u00eame si Ferr\u00e9 a toujours eu ma pr\u00e9f\u00e9rence, c\u2019est bien Ferrat qui a chant\u00e9 le mieux Aragon et j\u2019en veux aussi pour preuve ce \u00ab&nbsp;J\u2019entends, J\u2019entends&nbsp;\u00bb non moins bouleversant.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s celles de Pierre Daix, de Pierre Juquin et de Olivier Barbarant, cette monumentale biographie de Philippe Forest (<em>Aragon) <\/em>est, sinon la plus compl\u00e8te, la plus actuelle en fonction des \u00e9tudes universitaires les plus r\u00e9centes qui lui sont toujours consacr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le myst\u00e8re Aragon, comme on a pu parler du myst\u00e8re Picasso. On sait la personnalit\u00e9 riche et complexe du personnage o\u00f9 cohabitent un po\u00e8te de haut vol, un romancier virtuose, un provocateur n\u00e9, un amoureux fou, un animal politique et bien d\u2019autres facettes encore. Forest ne dissipe pas le myst\u00e8re (qui le pourrait?), il rend compte, sur 830 pages, de la geste et des opinions du docteur Aragon (il fut m\u00e9decin auxiliaire pendant la grande guerre), y allant chronologiquement comme il se doit, m\u00eame si \u00e0 la fin tout s\u2019embrouille dans l\u2019esprit d\u2019Aragon et que pass\u00e9 et pr\u00e9sent s\u2019emm\u00ealent, conjugu\u00e9s au futur.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord le b\u00e2tard Aragon (son nom de province espagnole donn\u00e9 par son p\u00e8re o\u00f9 celui-ci a s\u00e9vi comme ambassadeur, soit le pr\u00e9fet Andrieux, qui ne l\u2019a pas reconnu), \u00e9lev\u00e9 par sa ma\u00eetresse de celui-ci, Marguerite Masillon, et pr\u00e9sent\u00e9 comme le fils adoptif de sa grand-m\u00e8re maternelle, Claire Toucas, fr\u00e8re de sa m\u00e8re Marguerite et filleul de son p\u00e8re. On a connu g\u00e9n\u00e9alogie moins compliqu\u00e9e, de quoi se faire des n\u0153uds au cerveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on va seulement r\u00e9sumer les \u00e9tapes d\u2019une vie qui s\u2019apparente \u00e0 un destin. L\u2019\u00e9l\u00e8ve Aragon brillant et d\u00e9j\u00e0 auteur de romans dessin\u00e9s d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, l\u2019Aragon soldat mobilis\u00e9 dans l\u2019est comme m\u00e9decin auxiliaire au printemps 1918, l\u2019Aragon retour du front apr\u00e8s deux ann\u00e9es en Allemagne, qui finit par abandonner ses \u00e9tudes de m\u00e9decine pour s\u2019adonner \u00e0 la po\u00e9sie aux c\u00f4t\u00e9s des premiers dada\u00efstes.<\/p>\n\n\n\n<p>Son ami Andr\u00e9 Breton et lui sont venus accueillir Tristan Tzara venu pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Paris. Ils croient voir surgir un nouveau Rimbaud mais sont d\u00e9\u00e7us en voyant arriver \u00e0 sa descente du train un jeune homme au physique ingrat en costume \u00e9triqu\u00e9 et parlant le fran\u00e7ais avec difficult\u00e9. Tzara est le pape du dada\u00efsme comme Breton sera celui du surr\u00e9alisme. Dada est n\u00e9 de l\u2019effroi des tranch\u00e9es et des d\u00e9couvertes de deux r\u00e9volutions industrielles mises au service de la guerre. Une g\u00e9n\u00e9ration ne s\u2019en remettra pas et pourra d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cr\u00e9ter la fin de tout. <em>\u00ab&nbsp;Tu n\u2019en reviendras pas \/ toi qui courais les filles&nbsp;\u00bb<\/em>, pourra \u00e9crire Aragon dans <em>Le roman inachev\u00e9 <\/em>(1956).<\/p>\n\n\n\n<p>Soupault, Breton et Aragon se lassent vite du dada\u00efsme et de sa po\u00e9sie brute. Sans renier la provocation et l\u2019outrage, ils r\u00eavent de d\u00e9passement du r\u00e9el par l\u2019\u00e9criture automatique en enr\u00f4lant la psychanalyse, le marxisme et le spiritisme. Soupault et Breton pr\u00e9sentent \u00e0 Aragon ce qu\u2019ils consid\u00e8rent \u00eatre l\u2019acte fondateur du surr\u00e9alisme, <em>Les champs magn\u00e9tiques<\/em>, un recueil de textes o\u00f9 les deux po\u00e8tes se r\u00e9pondent d\u2019inconscient \u00e0 subconscient. La m\u00eame ann\u00e9e, 1924, Breton publie les tables de la loi, <em>Le manifeste du surr\u00e9alisme<\/em> qui fixe la r\u00e8gle du jeu. Pour la publication du second manifeste, en 1929, Breton \u00e9limine Artaud qui ne croit pas en la r\u00e9volution, Soupault qui \u00e9crit dans des journaux populaires, Bataille jug\u00e9 trop mystique, Crevel, celui qui a fait le mieux vivre l\u2019\u00e9criture automatique, trop homosexuel. Le tour d\u2019Aragon viendra un peu plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1930, le couperet s\u2019abat et Aragon est conspu\u00e9 par ce qui reste de surr\u00e9alistes pour avoir adh\u00e9r\u00e9 en solitaire au Parti Communiste, \u00e9crit dans les journaux (notamment <em>Europe<\/em> de Philippe Soupault) et, surtout, commis d\u00e9j\u00e0 deux romans (<em>Anic\u00e9e et le panorama<\/em> et <em>Les aventure de T\u00e9l\u00e9maque<\/em>), ce qui est r\u00e9dhibitoire. Paul \u00c9luard refuse d\u00e9sormais de lui serrer la main et son amiti\u00e9 avec Breton est d\u00e9finitivement enterr\u00e9e. Breton qui lui reproche aussi son scepticisme quant \u00e0 l\u2019\u00e9criture automatique et un certain dandysme peu en phase avec la prodigieuse aventure spirituelle que se veut le surr\u00e9alisme. Le dandy Aragon a \u00e9t\u00e9 l\u2019amant de Nancy Cullard, la riche h\u00e9riti\u00e8re muse des surr\u00e9alistes, et il collectionne les ma\u00eetresses cueillies dans les dancings de Montparnasse.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 La Coupole qu\u2019il rencontre Elsa Triolet, \u00e9crivaine russe et muse \u2013 ex amante du po\u00e8te de la r\u00e9volution sovi\u00e9tique Ma\u00efakovski. Elle appartient \u00e0 la bourgeoisie juive de la jeune U.R.S.S, amie de Roman Jakobson, de Boris Pasternak ou de Victor Chklovski. On ne sait si c\u2019est le coup de foudre, mais Elsa veut de lui et il se laisse faire. Il a mal v\u00e9cu son \u00e9viction du groupe surr\u00e9aliste et ne supporte plus les amants que collectionne la belle Nancy. Aragon, d\u00e9prim\u00e9 et suicidaire (il a vraiment tent\u00e9 de se suicider dans une chambre d\u2019h\u00f4tel de la c\u00f4te espagnole), trouvera en Elsa Triolet une m\u00e8re et dans le Parti un p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a publi\u00e9 trois romans dont l\u2019exquis et magique <em>Le paysan de Paris<\/em>, plusieurs recueils de po\u00e8me (de <em>Feux de joie<\/em> au <em>Mouvement Perp\u00e9tuel<\/em>, son \u0153uvre la plus surr\u00e9aliste), un pamphlet jubilatoire (<em>Le trait\u00e9 de style)<\/em> et a laiss\u00e9 inachev\u00e9 un roman colossal, total (<em>La d\u00e9fense de l\u2019infini<\/em>). Il commence ses voyages en U.R.S.S et, malgr\u00e9 la r\u00e9pression qu\u2019il per\u00e7oit et le totalitarisme qu\u2019il devine, chante les louanges du r\u00e9gime. <em>Hourra l\u2019Oural<\/em> (pourquoi pas youpi le goulag ou bravo Staline). Parall\u00e8lement, il entame une fresque romanesque (<em>Le Monde R\u00e9el<\/em>) qui comptera 5 volumes situ\u00e9s entre la fin du 19\u00b0 si\u00e8cle et la seconde guerre mondiale. <em>Les cloches de B\u00e2le<\/em>, <em>Les Beaux quartiers<\/em>, <em>Les voyageurs de l\u2019imp\u00e9riale<\/em>, <em>Aur\u00e9lien<\/em> et <em>Les communistes<\/em> ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits sous l\u2019influence du r\u00e9alisme socialiste, mais Aragon, s\u2019il se r\u00e9clame d\u2019une litt\u00e9rature pour l\u2019\u00e9dification du peuple, n\u2019en demeure pas moins Stendhalien par le style avec des temps forts, des morceaux de bravoure (le discours de Jaur\u00e8s au Pr\u00e9 Saint-Gervais, ce bataillon qui refusa de tirer sur les gr\u00e9vistes, un jeune bourgeois qui se joint \u00e0 une gr\u00e8ve et d\u00e9couvre la fraternit\u00e9 ouvri\u00e8re\u2026) et de touchantes histoires d\u2019amour. On est plus pr\u00e8s du romantisme r\u00e9volutionnaire que du r\u00e9alisme socialiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Mobilis\u00e9 en 1940, son r\u00e9giment fait le tour de France et il combat \u00e0 Dunkerque avant de subir la d\u00e9b\u00e2cle g\u00e9n\u00e9rale. Aragon et Elsa Triolet s\u2019occuperont, depuis la Provence puis \u00e0 Lyon (au domicile des Tavernier, parents de Bertrand), de mettre en r\u00e9seau la r\u00e9sistance culturelle, cachant des r\u00e9sistants et des armes. Le couple prend des risques, \u00e9chappe aux rafles, et Aragon revient \u00e0 la versification classique pour devenir une sorte de po\u00e8te national, le chantre de la r\u00e9sistance. On n\u2019est loin de l\u2019image du rimailleur stalinien libertin et l\u00e9ger. Une sorte de Victor Hugo du 20\u00b0 si\u00e8cle, plut\u00f4t. Ses chants de r\u00e9sistance ne sont pas toujours de la po\u00e9sie de la plus belle eau (<em>Le <\/em><em>Cr\u00e8ve-c\u0153ur<\/em>, <em>Les yeux d\u2019Elsa<\/em>), mais foin d\u2019esth\u00e9tisme, il veut faire une po\u00e9sie pour tous, comme la r\u00eavait Lautr\u00e9amont.<\/p>\n\n\n\n<p>Les rapports d\u2019Aragon avec le Parti sont complexes, et il me faudrait la plume (et le savoir) d\u2019un Roger Martelli pour d\u00e9crire les m\u00e9andres d\u00e9crites par la ligne politique et les contorsions du po\u00e8te pour s\u2019y plier. Il dira toujours qu\u2019on ne peut pas aller contre le Parti et donnera toujours sa confiance \u00e0 Maurice Thorez, le camarade secr\u00e9taire en exil dans la patrie de Staline qui fera un retour fracassant \u00e0 la lib\u00e9ration. Tour \u00e0 tour stalinien ou partisan de l\u2019ouverture et de l\u2019unit\u00e9 \u00e0 gauche, Aragon avalera son lot de couleuvres, du pacte germano-sovi\u00e9tique au rapport Khrouchtchev, et il restera toujours l\u2019intellectuel du PCF, directeur de <em>Ce Soir<\/em>, journal populaire du Parti et des <em>Lettres Fran\u00e7aises<\/em>, pour ses intellectuels. Dans les ann\u00e9es 50 et 60, Aragon incarnera la litt\u00e9rature alors que Garaudy et Althusser se disputeront la chaire de philosophie. Le rapport Khrouchtchev qui le laissera sceptique au d\u00e9but, va vite l\u2019an\u00e9antir.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la parution du dernier volume du <em>Monde R\u00e9el <\/em>(<em>Les communistes<\/em>), Aragon retourne \u00e0 la po\u00e9sie avec <em>Le nouveau cr\u00e8ve-c\u0153ur <\/em>et, surtout, <em>Le roman inachev\u00e9<\/em> (1956) et <em>Les po\u00e8tes <\/em>(1960), deux recueils contenant ses plus beaux po\u00e8mes. Roman inachev\u00e9, car c\u2019est une biographie po\u00e9tique \u00e0 laquelle on a droit, et que l\u2019ouvrage ne sera donc termin\u00e9 que quand sa vie prendra fin. Le roman encore, avec <em>La semaine sainte<\/em> (1958), ou les Cent jours et l\u2019exil de Louis XVIII vus par le peintre G\u00e9ricault. La presse unanime salue l\u2019ouvrage, un fort roman historique difficile \u00e0 lire aujourd\u2019hui. Surtout la presse de droite o\u00f9 d\u2019\u00e9minents \u00e9crivains et critiques (Dutourd, D\u2019Ormesson et Nourrissier) compteront toujours parmi ses plus grands laudateurs&nbsp;. Comme C\u00e9line a pu \u00eatre un \u00e9crivain de droite pour gens de gauche, Aragon a pu \u00eatre un \u00e9crivain de gauche pour lecteurs de droite. Un autre paradoxe dont il n\u2019est pas responsable (encore que\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce sont les romans \u00e9crits par le dernier Aragon qui m\u00e9ritent le plus d\u2019\u00e9loges, quand au soir de sa vie il d\u00e9finit la formule du \u00ab&nbsp;mentir vrai&nbsp;\u00bb (qui sera \u00e9galement le titre d\u2019un recueil de nouvelles), du souvenir imagin\u00e9. \u00ab&nbsp;En me souvenant j\u2019imagine&nbsp;\u00bb, dit-il. C\u2019est alors une trilogie bouleversante avec <em>La mise \u00e0 mort<\/em> (1965), le magnifique <em>Blanche ou l\u2019oubli<\/em> (1967) et <em>Th\u00e9\u00e2tre \/ roman<\/em> (1974). Trois romans qui montrent un Aragon d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, lucide et sans piti\u00e9 pour lui-m\u00eame, \u00e9crits dans un style \u00e9blouissant. Entre temps, Elsa est morte en 1970 et, apr\u00e8s <em>Ce Soir<\/em>, le Parti lui a confisqu\u00e9 son dernier jouet, <em>Les Lettres Fran\u00e7aises<\/em> qui cessent de para\u00eetre en 1972. Aragon est au bord du suicide et il signe dans le dernier num\u00e9ro de son journal l\u2019un de ses plus beaux textes, <em>L<\/em><em>a <\/em><em>valse<\/em><em> des adieux<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Forest passe vite sur l\u2019ultime Aragon, celui qui n\u2019\u00e9crit plus ou presque plus, qui entretient ses mignons en assumant une bisexualit\u00e9 longtemps contenue et montre des signes de plus en plus \u00e9vidents de s\u00e9nilit\u00e9. Il s\u2019est laiss\u00e9 pousser les cheveux, a d\u00e9laiss\u00e9 les costumes sombres, les chapeaux et les cravates gris perle pour des d\u00e9froques de carnaval. Aragon est lib\u00e9r\u00e9, de lui-m\u00eame et du qu\u2019en dira-t-on. Le PCF le surveille du coin de l\u2019\u0153il, par peur du scandale qui risquerait de rejaillir sur lui, mais Marchais est plut\u00f4t bienveillant d\u2019autant que Aragon accepte encore de faire des tours de piste pour chanter les m\u00e9rites de l\u2019union de la gauche. Les maos le traitent de crapule stalinienne et l\u2019avant-garde intellectuelle des Solers et Guyotat vilipendent le g\u00e2teux qui s\u2019offre des gitons tout en pr\u00e9tendant incarner la tradition po\u00e9tique fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Il meurt la veille de No\u00ebl 1982, alors que l\u2019union de la gauche s\u2019appr\u00eate \u00e0 prendre le tournant de la rigueur. Un mot n\u2019ayant jamais eu le moindre sens pour Aragon, lui qui finit ruin\u00e9 et endett\u00e9, mis sous tutelle pour des d\u00e9penses somptuaires qui faisaient tousser Gallimard. Exit.<\/p>\n\n\n\n<p>On a parl\u00e9 du purgatoire d\u2019Aragon, de ces limbes o\u00f9 flotte l\u2019\u00e2me des po\u00e8tes avant l\u2019oubli ou la cons\u00e9cration. Peut-\u00eatre encore plus que le po\u00e8te et son lyrisme, on retiendra l\u2019\u00e9crivain admirable et, surtout, l\u2019essayiste pol\u00e9miste, le pamphl\u00e9taire dont les textes p\u00e9tillent d\u2019intelligence et de style dans une saine col\u00e8re et une r\u00e9volte constante contre la b\u00eatise, le conformisme et la f\u00e9rocit\u00e9 bourgeoise, du c\u00f4t\u00e9 des opprim\u00e9s. M\u00eame s\u2019il n\u2019a pas toujours d\u00e9daign\u00e9 les honneurs, que sa faiblesse a pu passer pour de la duplicit\u00e9 et que son arrogance a pu masquer sa fragilit\u00e9. Aragon m\u00e9rite amplement le paradis, pour l\u2019ensemble de son \u0153uvre, mais on le soup\u00e7onne fort de pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019enfer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>ARAGON<\/em> \u2013 Philippe Forest \u2013 Gallimard Biographies.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>22 mars 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Je pense \u00e0 toi Desnos qui partis de Compi\u00e8gne \/ Comme un soir en dormant tu nous en fis r\u00e9cit. 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