{"id":2045,"date":"2021-05-07T17:33:34","date_gmt":"2021-05-07T15:33:34","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2045"},"modified":"2021-05-07T17:33:35","modified_gmt":"2021-05-07T15:33:35","slug":"notes-de-lecture-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2045","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (10)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>TRISTAN BERNARD \u2013 SOUS TOUTES R\u00c9SERVES \u2013 Arl\u00e9a<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019homme le plus spirituel de son temps&nbsp;\u00bb. Ainsi parlait-on de Tristan Bernard \u00e0 la belle \u00e9poque. C\u2019est vrai que le bougre ne manquait ni d\u2019esprit, ni de talent.Dommage qu\u2019il ne soit devenu qu\u2019un r\u00e9servoir \u00e0 bons mots pour &nbsp;<em>Les grosses t\u00eates<\/em>&nbsp;, entre Pierre Dac et Woody Allen.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses romans sont autant de petits chefs-d\u2019\u0153uvre, <em>Les m\u00e9moires d\u2019un jeune homme rang\u00e9<\/em>, au titre beauvoirien, mais surtout ce magistral <em>Aux abois<\/em>, l\u2019histoire de la cavale d\u2019un homme ayant assassin\u00e9 son \u00e9pouse. Car Bernard n\u2019est pas qu\u2019un humoriste, aussi fin soit-il, c\u2019est d\u2019abord un auteur dramatique, plut\u00f4t vers\u00e9 sur le comique, un po\u00e8te et un romancier. Le parfait honn\u00eate homme comme on pouvait le d\u00e9finir aux XVIII\u00b0 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, on a droit \u00e0 des fables express, de courtes nouvelles, des petites histoires de deux ou trois pages maximum o\u00f9 on peut appr\u00e9cier les penchants du bonhomme pour l\u2019absurde, le loufoque et l\u2019ironie. On sourit plus qu\u2019on ne rit cela dit, mais le genre n\u2019est pas ais\u00e9 et ses confr\u00e8res, Alphonse Allais en premier lieu mais aussi Lawrence K. Lawrence ou Cami, sont loin de provoquer les \u00e9clats de rire \u00e0 chaque page. On peut leur pr\u00e9f\u00e9rer des auteurs plus contemporains comme Cavanna, le d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 Pierre Dac ou San Antonio. Humoriste \u00e0 l\u2019\u00e9crit est un m\u00e9tier de chien o\u00f9 on se prend souvent des bides.<\/p>\n\n\n\n<p>Retenons plut\u00f4t en Tristan Bernard une sorte de Jules Renard qui aurait pass\u00e9 son temps \u00e0 raconter des blagues plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 tenir un journal. Ceci n\u2019est pas un mince compliment.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN GIONO \u2013 DEUX CAVALIERS DE L\u2019ORAGE \u2013 Folio Gallimard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/illustration91.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2047\" width=\"577\" height=\"707\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/illustration91.png 431w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/illustration91-245x300.png 245w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/illustration91-24x30.png 24w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>Jean Giono jeune. Aujourd&rsquo;hui, on gommerait la pipe et la fum\u00e9e, ce qui en ferait un borgne <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours pris Giono comme un C\u00e9line m\u00e9ridional, av\u00e9 l\u2019assent. Un ravi, un fada. On se plonge toujours avec ravissement dans le monde de Giono, avec d\u2019autant plus d\u2019\u00e9merveillement qu\u2019il n\u2019existe plus. Po\u00e8te panth\u00e9iste et tellurique, il d\u00e9crit des b\u00eates semblables \u00e0 des humains et des humains pareils aux b\u00eates. Juste des h\u00f4tes tol\u00e9r\u00e9s par une nature neutre en apparence mais qui peut se faire cruelle et sauvage. On revient presque toujours \u00e0 ce bout de terre des hautes collines proven\u00e7ales, entre Manosque et les premiers contreforts des Alpes. Des for\u00eats, des lacs, des collines et tout un bestiaire humain de paysans mal d\u00e9grossis, presque illettr\u00e9s, mais qui connaissent les secrets de la nature et qui ont su faire du temps leur ami.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, Giono, comme \u00e0 son habitude, n\u2019explique rien mais raconte. Et quel conteur&nbsp;! Il raconte avec un vocabulaire pr\u00e9cis et le sens de l\u2019image l\u2019amour presque incestueux entre deux fr\u00e8res, Marceau l\u2019a\u00een\u00e9 et Mon cadet, le plus jeune. Celui du milieu est mort \u00e0 la grande guerre, dont Marceau est revenu. Ce sont des maquignons qui vont \u00e0 cheval de villages en villages pour vendre des mules quand leurs \u00e9pouses et leurs m\u00e8res attendent leur retour en veillant. Il y a tout un chapitre savoureux o\u00f9 ces dames s\u2019apostrophent dans de courts dialogues qui atteignent parfois des dimensions m\u00e9taphysiques. Elles parlent de du temps, de la mort, des anc\u00eatres et de la difficult\u00e9 de vivre. On croirait lire une pi\u00e8ce de Federico Garcia Lorca.<\/p>\n\n\n\n<p>Marceau l\u2019a\u00een\u00e9 a pris l\u2019habitude de se battre avec des champions de lutte du coin depuis qu\u2019il a tu\u00e9 un cheval d\u2019un coup de poing \u00e0 la foire de la ville. Il sort vainqueur de tous ses combats quand son fr\u00e8re, son cadet, finit par envier ses victoires et le provoquer \u00e0 son tour. On ne racontera pas la fin, tragique, mais d\u2019un tragique \u00e0 la Giono, \u00e0 savoir un tragique proche de la farce o\u00f9 tout se termine dans des discussions de caf\u00e9 de village o\u00f9, on a beau essayer de comprendre, la v\u00e9rit\u00e9 restera toujours un myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Autant dire que c\u2019est loin d\u2019\u00eatre le meilleur Giono et on peut lui pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019all\u00e9gresse stendhalienne du <em>Hussard sur le toit<\/em>, le lyrisme po\u00e9tique du <em>Chant du monde <\/em>ou encore la puissance romanesque des <em>\u00c2mes fortes, <\/em>sans parler du captivant <em>Roi sans divertissement<\/em> qui va loin dans le malaise et le myst\u00e8re de l\u2019homme. Car c\u2019est bien ce myst\u00e8re qu\u2019a essay\u00e9 toute sa vie de percer Giono le pacifiste qui connaissait trop bien les sales recoins de l\u2019\u00e2me humaine, et il a su magistralement nous entra\u00eener dans sa qu\u00eate, avec ses fresques paysannes dont les couleurs fauves sont des mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cavaliers de l\u2019orage. Riders on the storm\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JULIO CORTAZAR \u2013 L\u2019EXAMEN &#8211; Deno\u00ebl<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une d\u00e9ambulation nocturne sur les trottoirs de Buenos-Aires dans le premier long chapitre (plus de 100 pages) pour cinq personnages en qu\u00eate de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9changes intellectuels. Il y a l\u00e0 deux couples, Juan et Clara d\u2019abord, qui doivent passer un examen universitaire le lendemain soir, Andres et Stella ensuite, plus un homme appel\u00e9 \u00ab&nbsp;le chroniqueur&nbsp;\u00bb, journaliste qui conna\u00eet la ville et ses habitants comme sa poche et qui leur sert de guide. Plus un sixi\u00e8me homme, Abel, qui ne participe pas mais qu\u2019on aper\u00e7oit toujours au d\u00e9tour d\u2019une rue, d\u2019un caf\u00e9, d\u2019un square ou d\u2019une salle de spectacle, comme s\u2019il suivait le groupe avec l\u2019intention de nuire.<\/p>\n\n\n\n<p>On se prom\u00e8ne au c\u0153ur de l\u2019\u00e9tranget\u00e9, de l\u2019insolite et, outre la hauteur des \u00e9changes philosophiques et litt\u00e9raires, on assiste subrepticement au d\u00e9litement d\u2019une ville. Des pans de la chauss\u00e9e s\u2019affaissent, un \u00e9pais brouillard emp\u00eache de se diriger, des champignons volettent dans l\u2019air, des foules se recueillent devant des ossements, des odeurs naus\u00e9abondes se font sentir et les rats pullulent. On se croirait au lendemain d\u2019une catastrophe nucl\u00e9aire ou d\u2019une guerre bact\u00e9riologique, sans qu\u2019aucune de ces catastrophes ne soit vraiment probable. La mort&nbsp;? Juan explique que l\u2019essence de son \u00eatre est d\u2019\u00eatre en vie et que ce ne sera donc pas lui que la mort prendra.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman prend une dimension actuelle avec des dispensaires improvis\u00e9s, des sinistr\u00e9s et des morts sans raisons apparentes. On pense \u00e9videmment \u00e0 la pand\u00e9mie actuelle pour un livre \u00e9crit en 1950. Mais c\u2019est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du p\u00e9ronisme et de ce fascisme populiste et d\u00e9magogique (pl\u00e9onasme?) qu\u2019il convient de chercher, avec une police omnipr\u00e9sente, des arrestations arbitraires et une surveillance permanente des populations. N\u2019oublions pas que Cortazar a quitt\u00e9 la chaire de litt\u00e9rature fran\u00e7aise qu\u2019il occupait \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Mendoza le jour de l\u2019intronisation de Juan Peron, en 1946. Il partira plus tard pour un exil d\u00e9finitif \u00e0 Paris. Quand Borges a d\u00fb quitter ses activit\u00e9s de biblioth\u00e9caire, pouss\u00e9 par le r\u00e9gime, Cortazar \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 loin.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019Examen<\/em> est le premier roman de Cortazar, paru deux ans apr\u00e8s sa mort, en 1986. Il tient \u00e0 la fois du surr\u00e9alisme et du baroque sud-am\u00e9ricain. Un fantastique con\u00e7u comme un d\u00e9litement progressif du r\u00e9el, quand les choses se d\u00e9r\u00e8glent les unes apr\u00e8s les autres, laissant le chaos s\u2019installer sans crier gare. On pense bien s\u00fbr aux grandes r\u00e9f\u00e9rences de Cortazar qu\u2019il faut aller chercher chez Edgar Poe et son fantastique, Mallarm\u00e9 et sa m\u00e9taphysique de la po\u00e9sie ou chez son compatriote Borges pour l\u2019amour des constructions sophistiqu\u00e9es et des labyrinthes de la pens\u00e9e. Mais c\u2019est plus ici au James Joyce de <em>Ulysse<\/em> qu\u2019il fait penser tant la d\u00e9ambulation des cinq personnages dans Buenos-Aires rejoint celle, en 24 heures, de Bloom et de Dedalus dans le Dublin des ann\u00e9es 20.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019examen, il n\u2018y aura pas. Abel finira par accomplir son \u0153uvre mortelle de trahison, comme Judas, et les personnages retrouveront leur quotidien rassurant comme apr\u00e8s un mauvais r\u00eave. Le tisseur de r\u00eave ayant pour nom Julio Cortazar, qui ne faisait pas que r\u00eaver et a soutenu \u00e0 visage d\u00e9couvert les r\u00e9volutions castristes \u00e0 Cuba et sandinistes au Nicaragua, comme il a refus\u00e9 la proposition de rentrer \u00e0 l\u2019Olipo au motif que l\u2019instance n\u2019affichait pas clairement de buts politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi \u00e7a Cortazar, ce qu\u2019on appelle un monsieur. Une sorte de Gu\u00e9vara de la litt\u00e9rature. Ch\u00e9 Cortazar&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>5 mai 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TRISTAN BERNARD \u2013 SOUS TOUTES R\u00c9SERVES \u2013 Arl\u00e9a \u00ab&nbsp;L\u2019homme le plus spirituel de son temps&nbsp;\u00bb. Ainsi parlait-on de Tristan Bernard \u00e0 la belle \u00e9poque. 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