{"id":2065,"date":"2021-05-25T16:02:39","date_gmt":"2021-05-25T14:02:39","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2065"},"modified":"2021-05-25T16:02:41","modified_gmt":"2021-05-25T14:02:41","slug":"john-king-le-roi-des-gueux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2065","title":{"rendered":"JOHN KING : LE ROI DES GUEUX"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"670\" height=\"372\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/ILLUSTRATION93.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2067\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/ILLUSTRATION93.jpeg 670w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/ILLUSTRATION93-300x167.jpeg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/ILLUSTRATION93-600x333.jpeg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/ILLUSTRATION93-30x17.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 670px) 100vw, 670px\" \/><figcaption>King, nostalgique du Londres des mods, des punks et m\u00eame des skins <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<ul><li><strong>\u00c9crivain populaire s\u2019il en est, l\u2019Anglais John King n\u2019en finit pas de parler de cette jeunesse anglaise prolo \u00e0 travers ses mouvements de jeunesse&nbsp;: mods et rockers, skinheads, punks\u2026 C\u2019est un sp\u00e9cialiste du rock et du football, deux domaines qui nous int\u00e9ressent au plus haut point dans ce blog. L\u2019occasion de consacrer un article \u00e0 celui qui se veut un disciple de George Orwell et d\u2019Alan Sillitoe. Avec les m\u00eames ambitions&nbsp;: parler du peuple et de ses conditions de vie avec des mots simples, compr\u00e9hensibles par toutes et tous. Mission accomplie.<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Les critiques litt\u00e9raires boudent John King, un auteur dont le style ne compte pas parmi les pr\u00e9occupations principales. C\u2019est quelqu\u2019un qui ne prend pas de gants, qui \u00e9crit un peu comme on parle, sans trop se soucier de fioritures et de joliesses. De l\u00e0 \u00e0 dire que King \u00e9crit avec ses pieds, il y a un gouffre. Son \u00e9criture simple et directe fuit les hyperboles, les fulgurances et les figures de style, l\u2019essentiel allant au message, \u00e0 la description d\u2019un milieu, \u00e0 la vie et aux r\u00eaves de celles et ceux qui l\u2019habitent.<\/p>\n\n\n\n<p>John King est n\u00e9 en 1960 \u00e0 Slough, au sud de Londres, dans le comt\u00e9 du Berkshire. Tout a commenc\u00e9 pour lui par une trilogie avec, dans l\u2019ordre, <em>Football factory<\/em>, <em>La meute<\/em> et <em>Aux couleurs de l\u2019Angleterre<\/em>. <em>Football Factory<\/em>, paru en 1998, annonce la couleur&nbsp;: la geste et les opinions d\u2019une bande de hooligans supporters du Chelsea FC avec \u00e9videmment des histoires de bastons, de bitures et de sexe. Ce qui sera un peu sa marque de fabrique. On peut taxer King de complaisance et d\u2019une louche proximit\u00e9 avec les personnages qu\u2019il d\u00e9crit, mais il n\u2019a jamais cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9mentir, ne cachant rien d\u2019une jeunesse pass\u00e9e dans les discoth\u00e8ques, les bistrots et les gradins des stades. Sauf que King a su r\u00e9fl\u00e9chir a posteriori sur sa jeunesse g\u00e2ch\u00e9e et qu\u2019\u00e0 force de sagesse et de compr\u00e9hension, il est devenu un \u00e9crivain singulier doubl\u00e9 d\u2019un sinc\u00e8re humaniste.<\/p>\n\n\n\n<p>On a pu lui reprocher d\u2019\u00e9pouser les id\u00e9es de ses personnages et de se complaire dans la phras\u00e9ologie nationaliste et x\u00e9nophobe. Il d\u00e9crit une jeunesse d\u00e9boussol\u00e9e avec des parents meurtris par la guerre, une jeunesse \u00e0 qui l\u2019on ment et \u00e0 qui on ne laisse d\u2019autre choix que de devenir de dociles employ\u00e9s ou des ouvriers d\u2019usine r\u00e9sign\u00e9s, voire des ch\u00f4meurs ou des d\u00e9linquants. Il d\u00e9crit toujours avec tendresse et sympathie ces p\u00e8res fatigu\u00e9s et ces m\u00e8res au bord de la crise de nerf qui luttent sans rel\u00e2che pour \u00e9lever leur prog\u00e9niture.<\/p>\n\n\n\n<p>King dit \u00e0 longueur d\u2019interviews qu\u2019il a d\u00e9couvert la litt\u00e9rature avec des auteurs comme George Orwell ou Aldous Huxley, avant de d\u00e9vorer Alan Sillitoe, \u00e9crivain populaire proche du mouvement des Angry young men dont les principaux romans, <em>Samedi soir et dimanche matin<\/em> et <em>La solitude du coureur de fond,<\/em> ont \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran par Karel Reisz et Tony Richardson, soit, avec Richard Lester, les cin\u00e9astes les plus connus du Free cinema anglais. Sillitoe et Richard Allen, qui demeure son ma\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Sillitoe avait les m\u00eames pr\u00e9occupations que King, la jeunesse de la classe ouvri\u00e8re et ses efforts d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s pour s\u2019affranchir d\u2019une destin\u00e9e pr\u00e9visible. Il \u00e9crivait aussi en t\u00e9moin, pas en esth\u00e8te, et n\u2019\u00e9tait pas non plus un amateur de coquetteries litt\u00e9raires.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019Orwell, il retient le parti pris pour la classe ouvri\u00e8re, contre la bourgeoisie lib\u00e9rale ou autoritaire, et se nourrit de la m\u00eame passion pour la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;; une v\u00e9rit\u00e9 de plus en plus masqu\u00e9e et contrefaite par les marchands, les m\u00e9dias et les agents du pouvoir qui ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 brouiller les cartes et \u00e0 laisser le flou s\u2019installer et les rep\u00e8res se brouiller.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Human punk<\/em> et <em>Skinheads<\/em>, parus respectivement en 2003 et 2012, braquent les projecteurs sur ces deux mouvements de la jeunesse populaire si dissemblables en apparence. En apparence seulement, m\u00eame si les punks s\u2019attaquaient de front \u00e0 l\u2019establishment et vomissaient la culture officielle autant que les utopies hippies envol\u00e9es dans l\u2019\u00e9ther. Ils \u00e9taient de farouches partisans d\u2019un retour aux sources d\u2019un rock\u2019n\u2019roll fruste et sinc\u00e8re, loin des impasses amphigouriques du rock progressif. Demandez \u00e0 Johnny Rotten, n\u00e9 Lydon, comment il lui arrivait de faire le coup de poing dans les enceintes de Highbury Park, du temps o\u00f9 il supportait Arsenal. Comme Orwell, les punks \u00e9taient \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 et pla\u00e7aient au-dessus de tout la sinc\u00e9rit\u00e9, maudissant les artisans du faux, qu\u2019ils soient politiciens, publicitaires ou spin doctors.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Skinheads<\/em>, King imagine un ancien skin parvenu \u00e0 la cinquantaine et qui a ouvert une compagnie de taxis o\u00f9 il embauche tous les jeunes paum\u00e9s ayant grandi comme lui dans la haine, la bagarre et l\u2019alcool. Terry English, c\u2019est son nom, r\u00e9fl\u00e9chit sur son pass\u00e9 et se rem\u00e9more ces \u00e9t\u00e9s de la fin des ann\u00e9es 60 o\u00f9 il est devenu un skinhead. Malade, il s\u2019investit corps et \u00e2me dans la r\u00e9novation d\u2019un bistrot qui a marqu\u00e9 son adolescence, l\u00e0 o\u00f9 le juke-box passait du rock steady et du ska&nbsp;: Desmond Dekker, Prince Buster, Jimmy Cliff ou Laurel Aitken. C\u2019\u00e9tait bien avant le reggae, Bob Marley, les rastas et le retour en Afrique sous l\u2019aile du dieu vivant Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9. Non, une musique simple et carr\u00e9e pour voyous. En dehors de \u00e7a, on pouvait s\u00e9lectionner Slade, le groupe de Noddy Holder, ou Sweet et son \u00ab&nbsp;Ballroom Blitz&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 les choses se g\u00e2tent, c\u2019est quand King semble reprendre \u00e0 son compte quelques couplets nationalistes, nostalgiques du Commonwealth et de la grandeur de l\u2019Angleterre, et limite racistes, avec ces skins d\u00e9crits comme de purs anglo-saxons au cr\u00e2ne parfait chassant Indiens, Pakistanais ou Jama\u00efcains, forc\u00e9ment dealers et mal intentionn\u00e9s, dans des ratonnades qui s\u2019apparentent presque \u00e0 un jeu. Il s\u2019en d\u00e9fend, au nom toujours de la r\u00e9alit\u00e9 et de la v\u00e9rit\u00e9 des faits, les excusant en faisant porter la responsabilit\u00e9 aux \u00e9ducateurs, aux adultes et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, insistant sur la r\u00e9demption dont la plupart font preuve \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, admettant tous s\u2019\u00eatre tromp\u00e9s de col\u00e8retout en restant nostalgiques des soirs de match et des bitures entre copains qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut aussi se demander s\u2019il reprend \u00e0 son compte les professions de foi anti Union Europ\u00e9enne qui, certes pas exempte de toute critique, devient dans la bouche de ses personnages une sorte d\u2019enfer destin\u00e9 \u00e0 contenir les aspirations l\u00e9gitimes \u00e0 la domination du peuple britannique. Un peu inqui\u00e9tant tant on ne per\u00e7oit pas trop la distance.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour King, les skins sont les continuateurs du mouvement mod, d\u00e9j\u00e0 nostalgique de la grandeur d\u2019Albion, du Commonwealth et peu enclin \u00e0 l\u2019assimilation des minorit\u00e9s ethniques venus des quatre coins de l\u2019empire. On se doit d\u2019avouer qu\u2019on ne partage pas cette vision des mods qui v\u00e9hiculaient surtout une esth\u00e9tique musicale et artistique tout en adulant le rhythm\u2019n\u2019blues et la soul music.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais King a eu 15 ans au milieu des ann\u00e9es 70 et ses boussoles auront \u00e9t\u00e9 David Bowie,Roxy Music et le Glam rock des Gary Glitter, Alvin Stardust et autres David Essex. Chacun ses vertiges.<\/p>\n\n\n\n<p>Les grands moments de ses livres tournent toujours autour de ces bastons l\u00e9gendaires entre supporters londoniens. Les hooligans de Chelsea, de Tottenham, de West Ham ou d\u2019Arsenal qui se d\u00e9testent copieusement et s\u2019affrontent dans les marges des stades, comme pour instaurer une comp\u00e9tition parall\u00e8le o\u00f9 on compte les bless\u00e9s plut\u00f4t que les buts. On pense au superbe <em>The death penalty (\u00c0 mort l\u2019arbitre)<\/em> d\u2019Alfred Draper, sorti en s\u00e9rie noire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>White Trash<\/em>, dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici, King conte l\u2019histoire d\u2019une infirmi\u00e8re, petite m\u00e8re courage de la classe ouvri\u00e8re anglaise, qui finit par engager une lutte \u00e0 mort contre un mandarin, un grand bourgeois limite autiste et parangon du mondialisme lib\u00e9ral. Un roman efficace et lucide qui met bien \u00e0 jour ce qu\u2019on aime finalement chez John King, cet amour du peuple, de sa solidarit\u00e9, de sa fraternit\u00e9 par-del\u00e0 toutes les tendances de la soci\u00e9t\u00e9 moderne qui vise \u00e0 l\u2019invisibiliser, \u00e0 le culpabiliser et finalement \u00e0 la d\u00e9truire.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne conna\u00eet pas ses deux derniers romans, <em>Prison house<\/em> (2018) et le non traduit <em>The liberal politics of Adolph Hitler<\/em> (2016). Un titre d\u00e9j\u00e0 provocateur pour un auteur controvers\u00e9. Mais on ne peut s\u2019y tromper, il suffit de voir une photographie du gars pour deviner quelqu\u2019un de gentil, ferme dans ses convictions mais pas du tout arrogant ou agressif comme le laisseraient penser certains passages de ses livres.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut en tout cas rester indiff\u00e9rents \u00e0 son attention \u00e0 la souffrance des classes populaires et \u00e0 la bataille au quotidien qu\u2019elles livrent pour leur survie, ne suscitant gu\u00e8re que la condescendance, dans le meilleur des cas, ou le m\u00e9pris d\u2019une bourgeoisie de plus en plus f\u00e9roce et \u00e0 l\u2019aise dans un monde con\u00e7u pour elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, un homme qui aime \u00e0 ce point Joe Strummer et les Clash ou Paul Weller et Jam \u2013 surtout leur \u00ab&nbsp;Down In The Tube Station At Midnight&nbsp;\u00bb &#8211; et qui ne r\u00e9colte que la haine, l\u2019indiff\u00e9rence ou le m\u00e9pris de l\u2019intelligentsia litt\u00e9raire de son pays ne peut pas \u00eatre vraiment mauvais.<\/p>\n\n\n\n<p>Long live King&nbsp;! Au b\u00e9n\u00e9fice du doute.<\/p>\n\n\n\n<p><em>1<\/em><em>6 mai 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crivain populaire s\u2019il en est, l\u2019Anglais John King n\u2019en finit pas de parler de cette jeunesse anglaise prolo \u00e0 travers ses mouvements de jeunesse&nbsp;: mods et rockers, skinheads, punks\u2026 C\u2019est un sp\u00e9cialiste du rock et du football, deux domaines qui nous int\u00e9ressent au plus haut point dans ce blog. 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