{"id":2075,"date":"2021-05-25T16:30:00","date_gmt":"2021-05-25T14:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2075"},"modified":"2021-05-25T16:30:02","modified_gmt":"2021-05-25T14:30:02","slug":"avant-propos-introduction-a-une-biographie-de-tim-buckley-a-paraitre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2075","title":{"rendered":"AVANT-PROPOS : introduction \u00e0 une biographie de Tim Buckley (\u00e0 para\u00eetre&#8230;)."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/ILLUSTRATION95.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2077\" width=\"577\" height=\"575\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/ILLUSTRATION95.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/ILLUSTRATION95-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/ILLUSTRATION95-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait en d\u00e9cembre 1972. Je venais d\u2019\u00e9marger comme auxiliaire \u00e0 l\u2019administration des Postes qui m\u2019avait gratifi\u00e9 de mes deux premi\u00e8res paies. Des sommes modiques mais qui me permettaient n\u00e9anmoins de rattraper mon retard et de faire l\u2019acquisition des disques immanquables de la p\u00e9riode. Pour le reste, les rondelles que mon imp\u00e9cuniosit\u00e9 chronique de lyc\u00e9en peu dot\u00e9 m\u2019avait emp\u00each\u00e9 d\u2019acheter, on verrait plus tard, au bout de quelques maigres salaires durement gagn\u00e9s, la gueule au casier dans ce centre de tri parisien du 8\u00b0 arrondissement. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 ma liste&nbsp;: environ 200 albums originaux, de l\u2019\u00e2ge d\u2019or du rock\u2019n\u2019roll et des premiers Chuck Berry chez Chess, jusqu\u2019aux plus r\u00e9cent opus des d\u00e9cadents anglais (Bowie, Roxy) et am\u00e9ricains (le Blue \u00d6yster Cult, les New York Dolls, les Sparks\u2026). Il me fallait tout et mon seul but dans la vie \u00e9tait d\u2019amasser 45 et 33 tours de cette discoth\u00e8que id\u00e9ale.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019allais souvent chez Champs Disques ou \u00e0 Lido Musique, sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es, pas trop loin du bureau de poste de la rue Miromesnil. J\u2019en profitais pour passer une t\u00eate dans la rue Bayard ou dans la rue Fran\u00e7ois 1\u00b0 pour voir, \u00e0 l\u2019\u00e9cran du hall qu\u2019on voyait depuis la rue, la t\u00eate de ces meneurs de jeu qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019\u00e9taient pas encore des vedettes de la t\u00e9l\u00e9vision recycl\u00e9es. Plus tard, mon terrain de chasse s\u2019agrandirait et j\u2019ajouterai Music Action, la tani\u00e8re de l\u2019ours \u00e0 Od\u00e9on, l\u2019Open Market de Marc Zermati avec ses humeurs contrast\u00e9es et Dave Music \u00e0 R\u00e9publique, l\u00e0 o\u00f9 on trouvait encore le plus de vieux trucs des ann\u00e9es 60. Il y avait aussi G\u00e9vaudan pour les imports, Clementine pour le kraut-rock et Discos sur le boulevard Saint-Michel, la magasin dont le propri\u00e9taire n\u2019\u00e9tait autre que Jean-Bernard Hebey, que j\u2019\u00e9coutais tous les soirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Venu de ma province, je d\u00e9couvrais des tas d\u2019endroits dont j\u2019avais entendu les noms \u00e0 la radio. La salle Pleyel, les concerts Pasdeloup, le palais des congr\u00e8s de la Porte Maillot\u2026 C\u2019est \u00e0 Lido Musique que j\u2019achetai mon premier Tim Buckley, <em>Greetings from L.A.<\/em> Je l\u2019avais achet\u00e9 sur les conseils de <em>Rock &amp; Folk<\/em> o\u00f9 les articles laudateurs sur lui, qu\u2019ils soient sign\u00e9s Garnier, Dister, Alessandrini ou Paringaux ne manquaient pas, depuis quelques ann\u00e9es. Une telle unanimit\u00e9 avait quelque chose de suspect et, l\u00e0 o\u00f9 un Jacques Vassal encensait le chanteur folk, Philippe Paringaux saluait ses textes, entre symbolisme et surr\u00e9alisme sur fond de r\u00e9alit\u00e9s am\u00e9ricaines et Paul Alessandrini glosait sur ses d\u00e9rapages free-jazz et sa modernit\u00e9. Comme s\u2019il y avait plusieurs Tim Buckley. Une sorte de schizophr\u00e9nie musicale o\u00f9 les facettes du personnage \u00e9taient tellement multiples qu\u2019on finissait par s\u2019y perdre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Greetings from L.A<\/em> n \u2018\u00e9tait pas en haut de la pile, il y avait une telle concurrence, et le disque n\u2019\u00e9tait pas son meilleur. D\u2019autres vertiges nous saisissaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ne serait-ce que les tr\u00e9sors du rock d\u00e9cadent avec Londres qui redevenait progressivement la capitale mondiale incontest\u00e9e de la chose pop. Bowie mais aussi, dans ses bagages, Mott The Hoople, les Pretty Things, et aussi les Kinks, mon groupe favori, qui profitaient de la vague pour se rappeler \u00e0 notre tendre souvenir. C\u2019\u00e9tait mon premier contact avec Tim Buckley, un rendez-vous rat\u00e9, mais j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 impressionn\u00e9 par cette gueule d\u2019ange, cette tignasse abondante qui faisait comme une aur\u00e9ole et ce regard triste. La pochette, fa\u00e7on carte postale, montrait une vue a\u00e9rienne de la baie de Los Angeles, et je me disais que la cit\u00e9 des anges devait parfaitement lui convenir, \u00e0 lui, l\u2019ange vagabond.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1974, <em>Actuel <\/em>avait fait de son<em> Look at the fool<\/em> l\u2019album du mois. \u00c7a valait le coup de risquer encore une oreille. Sur la pochette, son visage \u00e9tait dessin\u00e9, plus marqu\u00e9, le cheveu plus court et le sourire contraint, avec l\u2019oc\u00e9an \u00e0 perte de vue derri\u00e8re. Malgr\u00e9 toutes les critiques enthousiastes et les lointains \u00e9chos d\u2019une tourn\u00e9e mondiale, je restais encore sur ma faim et rangeais Tim Buckley dans le m\u00eame rayon que ces po\u00e8tes folk-singers dont mon mensuel favori nous rebattait les oreilles&nbsp;; les Loudon Wainwright III, Gordon Lightfoot et autres Tim Hardin. Des enfants de Woody Guthrie et d\u2019Odetta, chantres de l\u2019Am\u00e9rique, en route pour la gloire. Chez Buckley, on ne pouvait que rester admiratif devant cette voix haut perch\u00e9e aux intonations presque f\u00e9minines. Cinq octaves et demi, avais-je lu, et je ne savais pas trop \u00e0 quoi \u00e7a correspondait, mais il \u00e9tait soulign\u00e9 \u00e0 quel point c\u2019\u00e9tait exceptionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, j\u2019avais pris mon ticket pour la f\u00eate de <em>l\u2019Humanit\u00e9<\/em> chez des camarades de mon bureau de poste. L\u2019occasion de voir enfin, plus en os qu\u2019en chair, le grand Tim Buckley annonc\u00e9 sur l\u2019affiche. Apr\u00e8s un \u00e9t\u00e9 \u00e9touffant, septembre arrivait et la nouvelle de sa mort avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 relat\u00e9e par la presse sp\u00e9cialis\u00e9e, quand les organisateurs de la f\u00eate ne semblaient m\u00eame pas au courant. Le public lambda l\u2019attendait toujours. L\u2019attendrait longtemps. Il \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une overdose d\u2019h\u00e9ro\u00efne, disait-on. L\u2019ange avait un pied-bot et un singe sur le dos. Exit.<\/p>\n\n\n\n<p>La baudruche du rock progressif avait crev\u00e9 et, avec mon ami Jacques, on allait autant que possible \u00e0 Londres constater de visu le retour d\u2019un rock fruste, certes, mais diablement jouissif. C\u2019\u00e9tait le pub rock de Doctor Feelgood et des Ducks Deluxe, le Tyla Gang et Eddie And The Hot Rods. Avant la d\u00e9ferlante punk, l\u2019espoir renaissait. Zermati vendait leurs singles comme des petits pains \u00e0 une faune de zonards en mal de d\u00e9cibels et l\u2019\u00e9vocation d\u2019artistes comme Tim Buckley, \u00e9tiquet\u00e9s trop rapidement ic\u00f4nes des ann\u00e9es baba-cool, ne recueillait plus que b\u00e2illements.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre l\u2019Open Market pour les disques, la librairie Parall\u00e8le pour les livres, Harry Cover pour les t.shirts, les Halles \u00e9taient devenues l\u2019\u00e9picentre de nos vies. Les Sex Pistols passaient au Chalet du lac \u00e0 Vincennes et on \u00e9coutait leurs premiers singles en pogotant maladroitement. Suivraient Damned, Clash, Jam et tant d\u2019autres, pour une sorte de renaissance inesp\u00e9r\u00e9e du rock\u2019n\u2019roll, apr\u00e8s qu\u2019on se soit d\u00e9senglu\u00e9s de cette pop adulte grandiloquente et amphigourique. Nous avions l\u2019impression de rena\u00eetre. Chez John Peel, \u00e0 la BBC, Johnny le Pourri citait, au rang de ses influences, les noms de Nick Drake ou de Peter Hammill. \u00c0 ce compte-l\u00e0, il aurait pu aussi bien citer Tim Buckley.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi, j\u2019y \u00e9tais all\u00e9 voir d\u2019une fa\u00e7on un peu moins superficielle. Je m\u2019\u00e9tais pay\u00e9 les deux albums r\u00e9put\u00e9s les meilleurs de cette mani\u00e8re de Rimbaud amerloque mort \u00e0 28 ans, soit un an trop tard pour figurer dans le carr\u00e9 d\u2019as des \u00ab&nbsp;morts \u00e0 27 ans&nbsp;\u00bb&nbsp;: Brian Jones, Jim Morrison, Jimi Hendrix et Janis Joplin. <em>Goodbye and Hello<\/em> et <em>Happy \/ Sad<\/em>, deux merveilles que j\u2019\u00e9tais maintenant en \u00e9tat d\u2019appr\u00e9cier. Il y avait toujours la voix, sublime, des compositions admirables, d\u2019une construction complexe qui devait beaucoup \u00e0 la musique classique et des textes qui ouvraient sur un univers personnel imag\u00e9, color\u00e9, infini. Un barde celte, un druide c\u00e9leste, un chantre magique dont la plainte languide couvrait l\u2019immensit\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s am\u00e9ricaines. J\u2019\u00e9tais maintenant convaincu et je pouvais me procurer le reste, tous ces albums manquants plus difficiles d\u2019acc\u00e8s qui convoquaient \u00e0 la fois Federico Garcia Lorca et Albert Ayler.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis vinrent les ann\u00e9es 80. Les ann\u00e9es MTV o\u00f9 se montraient les idoles new wave peroxyd\u00e9es et les reines d\u2019un jour. Le cirque pop \u00e0 son z\u00e9nith avec ses animaux tristes ne jurant plus que par le sexe, la poudre et le fric. Seul Prince et quelques groupes, dont R.E.M et Sonic Youth, sauvaient l\u2019honneur. De Tim Buckley, on ne parlait plus, perdu \u00e0 jamais dans les limbes d\u2019un rock californien englouti maintenant sous le hard-rock, les d\u00e9cibels et la vulgarit\u00e9. Exit encore, pour une deuxi\u00e8me mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Au mitan des ann\u00e9es 90, un jeune homme du nom de Jeff Buckley sortait un album du feu de dieu&nbsp;: <em>Grace<\/em>, le bien nomm\u00e9. Un moment de gr\u00e2ce en v\u00e9rit\u00e9, avec cette sublime reprise du \u00ab&nbsp;Hallelujah&nbsp;\u00bb de Leonard Cohen et des compositions originales dignes de son paternel, un p\u00e8re qui ne l\u2019avait jamais reconnu, lui-m\u00eame traumatis\u00e9 par le souvenir de son propre p\u00e8re, grand-p\u00e8re de Jeff, revenu de la seconde guerre mondiale avec une pi\u00e8ce de m\u00e9tal greff\u00e9e \u00e0 m\u00eame le cr\u00e2ne.<\/p>\n\n\n\n<p>De quoi revenir \u00e0 Tim Buckley, au grand Tim Buckley qui, parti d\u2019un folksong plut\u00f4t acad\u00e9mique, est arriv\u00e9 aux rivages du free-jazz et de la musique contemporaine&nbsp;; une musique soutenant toujours une po\u00e9sie hallucin\u00e9e devant autant aux bardes celtes qu\u2019aux romantiques anglais, aux \u00e9crivains symbolistes qu\u2019aux po\u00e8tes surr\u00e9alistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Une sorte de faille sismique spatio-temporelle o\u00f9 Mallarm\u00e9 rencontrerait Frank Zappa, o\u00f9 Baudelaire s\u2019acoquinerait avec Ornette Coleman, o\u00f9 Lewis Carroll tombait dans les bras d\u2019Erik Satie. Un monde \u00e9trange et f\u00e9erique dont les \u00e9l\u00e9ments sont des couleurs et des sons. Son cr\u00e9ateur est un certain Timothy Charles Buckley III, pass\u00e9 au-del\u00e0 du r\u00eave, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, un apr\u00e8s-midi bleu de l\u2019\u00e9t\u00e9 1975. Il y a presque un demi-si\u00e8cle. Autant dire une \u00e9ternit\u00e9 qui aura vu Tim Buckley prendre la force du mythe et les accents de la l\u00e9gende. Voici son histoire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On \u00e9tait en d\u00e9cembre 1972. Je venais d\u2019\u00e9marger comme auxiliaire \u00e0 l\u2019administration des Postes qui m\u2019avait gratifi\u00e9 de mes deux premi\u00e8res paies. Des sommes modiques mais qui me permettaient n\u00e9anmoins de rattraper mon retard et de faire l\u2019acquisition des disques immanquables de la p\u00e9riode. 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