{"id":2206,"date":"2021-09-05T12:26:51","date_gmt":"2021-09-05T10:26:51","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2206"},"modified":"2021-09-06T17:04:22","modified_gmt":"2021-09-06T15:04:22","slug":"expo-peret-a-nantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2206","title":{"rendered":"EXPO P\u00c9RET \u00c0 NANTES"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Expert en anars et potes (contrep\u00e8terie bancale mais vaguement surr\u00e9aliste)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"650\" height=\"366\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/illustration114.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2208\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/illustration114.jpg 650w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/illustration114-300x169.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/illustration114-600x338.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/illustration114-30x17.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><figcaption>illustrations de l&rsquo;article de Dominique Rabourdin (commissaire de l&rsquo;exposition) sur le livre de Barth\u00e9l\u00e9my Schwartz <em>Benjamin P\u00e9ret ou l&rsquo;astre noir du surr\u00e9alisme<\/em>. Avec leur permission (du moins on l&rsquo;esp\u00e8re).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Et si Nantes \u00e9tait la vraie capitale fran\u00e7aise du surr\u00e9alisme\u00a0? Breton adorait la ville, Jacques Baron et Jacques Vach\u00e9 y sont n\u00e9s. Benjamin P\u00e9ret, lui, est de Rez\u00e9 \u2013 autant dire la banlieue. La m\u00e9diath\u00e8que de Nantes lui consacrait une belle exposition et, entre deux sessions de l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9, on est all\u00e9s y jeter un \u0153il. On n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us. M\u00eame si P\u00e9ret n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 notre surr\u00e9aliste favori, sa vie et son \u0153uvre m\u00e9ritaient bien ce d\u00e9tour.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Insulter ou gifler un pr\u00eatre&nbsp;? Ni l\u2019un ni l\u2019autre. C\u2019\u00e9tait une photographie connue publi\u00e9e dans la revue <em>La r\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> et l\u00e9gend\u00e9e comme suit&nbsp;: \u00ab&nbsp;notre collaborateur, Benjamin P\u00e9ret, injuriant un pr\u00eatre&nbsp;\u00bb. Et la revue dirig\u00e9e par Pierre Naville, militant trotskiste, de montrer un P\u00e9ret goguenard comme ricanant au passage d\u2019un pr\u00eatre en chapeau et soutane. Rire garanti par un anti-cl\u00e9rical visc\u00e9ral, aussi enrag\u00e9 contre les cur\u00e9s que contre les fascistes et les staliniens. Ce n\u2019est pas pour rien que P\u00e9ret vira vite sa cuti communiste pour en venir au trotskisme puis \u00e0 l\u2019anarchisme.<\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e9ret a toujours \u00e9t\u00e9 le favori d\u2019Andr\u00e9 Breton, une longue amiti\u00e9 ind\u00e9fectible a uni les deux hommes \u00e0 travers les \u00e9pisodes de leurs vies. C\u2019est un po\u00e8te parfois inspir\u00e9, usant volontiers de l\u2019injure, de la provocation et du scabreux, mais bien inf\u00e9rieur aux quatre cavaliers de l\u2019apocalypse surr\u00e9aliste&nbsp;: Artaud, Aragon, Crevel et Soupault. Mais, plus que son art, c\u2019est sa vie qui est passionnante et, par bonheur, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que montre l\u2019exposition.<\/p>\n\n\n\n<p>Manuscrits, po\u00e8mes, livres, coupures de presse, peintures et photographies couvrent les tables et les murs de ces salles ouvertes au public (et gratuitement, salut les radins&nbsp;!) dans la m\u00e9diath\u00e8que de Nantes, \u00e0 deux pas des quais. Une exposition bourr\u00e9e de tr\u00e9sors perdus rescap\u00e9s de nombreuses collections qui disent \u00e0 peu pr\u00e8s tout du sieur P\u00e9ret, m\u00eame si l\u2019individu dans sa complexit\u00e9 garde enti\u00e8re une part de myst\u00e8re. C\u2019est bien le moins pour un surr\u00e9aliste.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qui est exactement Benjamin P\u00e9ret&nbsp;? Il na\u00eet le 4 juillet 1899 \u00e0 Rez\u00e9 (Loire Atlantique), on l\u2019a dit. Infirmier durant la premi\u00e8re guerre mondiale, il est t\u00e9moin des atrocit\u00e9s du front, aux premi\u00e8res loges, ce qui fera de lui un pacifiste irr\u00e9ductible. De retour \u00e0 la vie civile, il s\u2019int\u00e9resse aux productions des dada\u00efstes et des premiers surr\u00e9alistes et c\u2019est sa propre m\u00e8re qui lui m\u00e9nage un rendez-vous avec celui qui va devenir leur pape, Andr\u00e9 Breton. La m\u00e8re P\u00e9ret fait l\u2019emplette du premier num\u00e9ro de <em>Litt\u00e9rature<\/em>, la revue des surr\u00e9alistes, et recommande son fils au ma\u00eetre qui re\u00e7oit ses disciples dans son appartement de la rue Fontaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Vite dans le bain, il participe sous les traits du soldat inconnu au proc\u00e8s \u00ab&nbsp;pour rire&nbsp;\u00bb de Maurice Barr\u00e8s organis\u00e9 par les dada\u00efstes. \u00c0 travers l\u2019\u00e9crivain patriote et r\u00e9actionnaire, c\u2019est le nationalisme, le chauvinisme, le militarisme, le bon sens et la b\u00eatise bourgeoises qui constituent les principaux chefs d\u2019accusation. P\u00e9ret se r\u00e9v\u00e8le irr\u00e9sistible dans le r\u00f4le, saisissant de v\u00e9rit\u00e9 et provoquant des hurlements de rire. En 1924, il figure en bonne place du premier manifeste surr\u00e9aliste r\u00e9dig\u00e9 par Breton, de m\u00eame qu\u2019il sera l\u2019un des po\u00e8tes vivants de son <em>Anthologie de l\u2019humour noir.<\/em> Une mani\u00e8re de reconnaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement aux nombreux artistes r\u00e9pudi\u00e9s par Breton dans le deuxi\u00e8me manifeste en 1929 (Artaud pour mysticisme, Aragon pour stalinisme, Soupault pour activit\u00e9 journalistique, Crevel pour homosexualit\u00e9\u2026), P\u00e9ret aura toujours son nom en bonne place dans toutes les listes de surr\u00e9alistes dress\u00e9es des ann\u00e9es 1920 aux ann\u00e9es 1950. Tout le monde n\u2019aura pas ce privil\u00e8ge. De l\u00e0 \u00e0 voir en lui un bon soldat du surr\u00e9alisme et un fid\u00e8le servant de Breton, il y a un pas que certains ont franchi.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment du second manifeste, il a d\u00e9j\u00e0 cinq recueils de po\u00e9sie \u00e0 son actif, dont les deux plus c\u00e9l\u00e8bres&nbsp;: <em>Les rouilles encag\u00e9es<\/em> (savourons la contrep\u00e8terie) en 1929, illustr\u00e9e admirablement par des dessins de Yves Tanguy et <em>Le grand jeu<\/em>, son premier livre chez Gallimard, ce grand jeu qui est un peu le saint Graal des surr\u00e9alistes, m\u00e9lange de mysticisme et d\u2019onirisme pour arriver de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9, aux confins du r\u00eave et de la d\u00e9raison.<\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e9ret signe parfois de son nom et use de divers pseudonymes dont celui de Satyremont (contraction de satyre et de Lautr\u00e9amont) ou encore Peralta, parfois Peralda, d\u00e9j\u00e0 fascin\u00e9 par l\u2019Espagne et le continent Sud-am\u00e9ricain. Ses \u0153uvres compl\u00e8tes sont \u00e0 feuilleter dans l\u2019exposition.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le passager du transatlantique<\/em>, son premier recueil, avait \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9 par Hans Arp et c\u2019est une constante chez P\u00e9ret de travailler avec les plus grands artistes de son temps, Max Ernst et Paul \u00c9luard en t\u00eate. D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette exposition riche en illustrations. Mais l\u2019homme n\u2019a pas la po\u00e9sie tendre des baladins et c\u2019est un redoutable pol\u00e9miste dont on peut se d\u00e9lecter de la hargne dans <em>Ne visitez pas l\u2019exposition coloniale<\/em>, un texte cosign\u00e9 par Breton, \u00c9luard et Georges Sadoul en 1931. <em>Je ne mange pas de ce pain-l\u00e0<\/em>, en 1936, est encore plus r\u00e9v\u00e9lateur de son c\u00f4t\u00e9 vachard, teigneux, et c\u2019est dans <em>Le d\u00e9shonneur des po\u00e8tes<\/em> (1945) qu\u2019il portera l\u2019estocade contre la gent litt\u00e9raire de son temps, entre collabos \u00e0 la Drieu La Rochelle ou mondains \u00e0 la Cocteau. Le titre fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019anthologie de Pierre Seghers <em>L\u2019honneur des po\u00e8tes<\/em> et on devine que les auteurs encens\u00e9s par Seghers ne trouvent pas gr\u00e2ce aux yeux de P\u00e9ret dont la saine col\u00e8re est \u00e0 son comble. P\u00e9ret ne fait pas de quartiers et ne prend pas de prisonniers. En joue&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est durant les ann\u00e9es 1920 qu\u2019il a aussi fait valoir des talents de journaliste pamphl\u00e9taire dans <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, o\u00f9 il r\u00e9dige une chronique anticl\u00e9ricale avant que de quitter le journal dont il d\u00e9sapprouve la d\u00e9rive stalinienne. Aussi f\u00e9roce en po\u00e9sie que lucide en politique. Mais revenons \u00e0 cette ann\u00e9e 1929, choisie \u00e9galement pour titre d\u2019un hymne \u00e0 la masturbation publi\u00e9 avec Aragon avec des photographies suggestives de la demi-mondaine Kiki de Montparnasse prises par Man Ray. \u00ab&nbsp;Je suis fouteur, voil\u00e0 ma gloire&nbsp;\u2026 \/ \u2026 Je d\u00e9charge sur ton chien&nbsp;\u00bb. L\u00e0 o\u00f9 Aragon s\u2019envole pour les sommets litt\u00e9raires avec son cycle du <em>Monde r\u00e9el<\/em>, P\u00e9ret reste fid\u00e8le \u00e0 une po\u00e9sie foutraque et mal pensante qui peut parfois incliner vers le pamphlet et la politique (<em>Les syndicats contre la r\u00e9volution<\/em>, en 1952). Une sorte de Pr\u00e9vert qui aurait lu Marx et Trotski.<\/p>\n\n\n\n<p>Trotski justement, qui prendra une place importante dans sa vie. D\u2019abord lors de son exil br\u00e9silien (1929 \u2013 1931), quand il \u00e9pouse la cantatrice Elsie Houston dont le fr\u00e8re, Mario Pedrosa, est un militant infatigable de la cause trotskiste. Il fait du journalisme et est expuls\u00e9 en tant qu\u2019agitateur communiste, ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019Union communiste (parti \u00e0 la gauche du PCF). Mais P\u00e9ret n\u2019est pas un r\u00e9volutionnaire de salon et il est volontaire pour la guerre d\u2019Espagne, s\u2019engageant avec les trotskistes (encore) du POUM avant de diriger un groupe anarchiste de la colonne Durutti sur le front de Teruel, la ville de l\u2019Aragon lieu de la bataille la plus longue et le plus meurtri\u00e8re entre les troupes franquistes et les r\u00e9publicains. De tels engagements forcent le respect.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fait la rencontre \u00e0 Barcelone de sa future femme, Remedios Varo.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la p\u00e9riode br\u00e9silienne et la p\u00e9riode espagnole, c\u2019est la p\u00e9riode mexicaine. De retour \u00e0 Paris en 1940, P\u00e9ret est accus\u00e9 de d\u00e9sertion et emprisonn\u00e9 \u00e0 Rennes pour \u00ab&nbsp;reconstitution de ligue dissoute&nbsp;\u00bb (en fait pour appartenir \u00e0 une organisation dissoute par P\u00e9tain). Il est lib\u00e9r\u00e9 et s\u2019enfuit au Mexique avec sa jeune \u00e9pouse et, l\u00e0-bas, il se passionne pour l\u2019art et la culture Maya, suivant les traces d\u2019Artaud mais en moins mystique exalt\u00e9. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Breton est re\u00e7u par Trotski \u00e0 Mexico et o\u00f9 le gourou, le ma\u00eetre &#8211; au verbe \u00e9tincelant et \u00e0 l\u2019excommunication facile &#8211; appara\u00eet comme un petit gar\u00e7on timide devant le vieux. P\u00e9ret reviendra en France dans les bagages de Breton, exil\u00e9 lui aux \u00c9tats-Unis (\u00ab&nbsp;du fin fond du Colorado, je te salue, Pierre Fourrier!).<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9par\u00e9 de Remedios Varo, il coordonne les activit\u00e9s du groupe surr\u00e9aliste \u00e0 Paris quand Breton s\u2019est retir\u00e9 dans sa vieille demeure de Saint-Cirq La Popie (Lot), sans renier ses engagements politiques et en continuant \u00e0 \u00e9crire de la po\u00e9sie. Il publiera encore une dizaine de recueils entre 1946 et 1959, dont <em>Feu central<\/em> (avec encore des illustrations sublimes de Tanguy) en 1947, <em>Anthologie de l\u2019amour sublime<\/em> en 1956 et, pour finir, <em>Gigot sa vie son \u0153uvre<\/em> l\u2019ann\u00e9e suivante. Il meurt en 1959.<\/p>\n\n\n\n<p>Que reste-t-il de P\u00e9ret aujourd\u2019hui&nbsp;? Un po\u00e8te, un pamphl\u00e9taire et un militant compl\u00e8tement oubli\u00e9s, et cette exposition est l\u00e0 pour rappeler qu\u2019il n\u2019est pas et n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une sorte de fou du roi Breton, po\u00e8te mineur que sa fid\u00e9lit\u00e9 au ma\u00eetre aurait rehauss\u00e9. On a \u00e0 faire \u00e0 un grand monsieur comme seules ces ann\u00e9es-l\u00e0 pouvaient en produire. \u00c0 la fois \u00e9crivain, humoriste et activiste. Comme Blondin, il aurait pu \u00e9crire sur sa carte de visite&nbsp;: profession amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est le seul \u00e0 ne s\u2019\u00eatre jamais f\u00e2ch\u00e9 avec Breton, et \u00e7a restera son principal titre de gloire.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>LA PAROLE EST \u00c0 P\u00c9RET \u2013 M\u00e9diath\u00e8que Jacques Demy \u00e0 Nantes \u2013 jusqu\u2019au 19 septembre.<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>5 septembre 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Expert en anars et potes (contrep\u00e8terie bancale mais vaguement surr\u00e9aliste) Et si Nantes \u00e9tait la vraie capitale fran\u00e7aise du surr\u00e9alisme\u00a0? Breton adorait la ville, Jacques Baron et Jacques Vach\u00e9 y sont n\u00e9s. Benjamin P\u00e9ret, lui, est de Rez\u00e9 \u2013 autant dire la banlieue. 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