{"id":2282,"date":"2021-10-02T19:50:57","date_gmt":"2021-10-02T17:50:57","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2282"},"modified":"2021-10-02T19:50:58","modified_gmt":"2021-10-02T17:50:58","slug":"melvin-van-peebles-dhara-kiri-a-la-blaxploitation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2282","title":{"rendered":"MELVIN VAN PEEBLES : D&rsquo;HARA KIRI \u00c0 LA BLAXPLOITATION"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"686\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/illustration130-686x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2284\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/illustration130-686x1024.jpg 686w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/illustration130-201x300.jpg 201w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/illustration130-768x1146.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/illustration130-603x900.jpg 603w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/illustration130-402x600.jpg 402w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/illustration130-20x30.jpg 20w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/illustration130.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 686px) 100vw, 686px\" \/><figcaption>T&rsquo;as bless\u00e9 ma m\u00e8re, t&rsquo;as bless\u00e9 mon p\u00e8re, mais tu me blesseras pas, foi de Van Peebles<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Romancier, d\u00e9conneur, humoriste, cin\u00e9aste, producteur, musicien\u2026 Le grand Melvin Van Peebles, p\u00e8re de Mario, vient de nous quitter dans un grand \u00e9clat de rire. Une plume d\u00e9couverte dans le <em>Hara Kiri<\/em> des ann\u00e9es 1960 o\u00f9 ce natif de Chicago avait atterri on ne sait trop comment. Puis des romans, des scenarii et des films. Ami de Topor, de Jacques Sternberg, de Copi ou de Sin\u00e9, il \u00e9tait un personnage lumineux, g\u00e9n\u00e9reux et solaire, opposant l\u2019arme du rire \u00e0 la b\u00eatise \u00e0 front de taureau et au racisme. On lui rend hommage ici, comme on l\u2019a fait pour Bouteille et pour tous les compagnons de route du regrett\u00e9 <em>Hara Kiri<\/em>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019appelait Melvin Peebles, le \u00ab&nbsp;van&nbsp;\u00bb ayant \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 apr\u00e8s, peut-\u00eatre pour faire hollandais, allez savoir. Il \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Chicago en 1932 et les derni\u00e8res photographies de lui nous le montrent tel qu\u2019il a toujours \u00e9t\u00e9, avec de grands yeux o\u00f9 se lisent la bont\u00e9, une barbe blanche sur la peau noire et l\u2019inamovible casquette et les lunettes rondes. Toujours d\u2019une rare \u00e9l\u00e9gance, le Melvin, et pas seulement vestimentaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Juste apr\u00e8s des \u00e9tudes secondaires moyennes, il s\u2019engage dans l\u2019U.S Air Force o\u00f9 il restera trois ans et demi. On ne sait trop si c\u2019est par patriotisme ou par distraction, mais c\u2019est ainsi. Au milieu des ann\u00e9es 1950, sit\u00f4t d\u00e9mobilis\u00e9, il part vivre \u00e0 Mexico City o\u00f9 il gagne sa vie en faisant des portraits, puis il revient aux \u00c9tats-Unis, mais cette fois sur la c\u00f4te ouest, \u00e0 San Francisco o\u00f9 il est conducteur de tramway. L\u00e0 aussi, on ne l\u2019imagine pas trop aux commandes d\u2019un street car d\u00e9valant les rues pentues de Frisco, mais Van Peebles n\u2019est jamais o\u00f9 on l\u2019attend.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas, c\u2019est \u00e0 San Francisco qu\u2019il s\u2019inspire de son exp\u00e9rience professionnelle pour \u00e9crire un premier texte, une longue nouvelle (<em>The Big Heart<\/em>), qu\u2019il fait publier, l\u2019accompagnant de photos de la ville prises par lui. Car notre homme est \u00e9galement \u00e0 l\u2019aise avec la photographie et le cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>Il r\u00e9alise un premier court m\u00e9trage <em>Pickup men for herrick<\/em>, en 1957 et en fera deux autres dans la foul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019ici, on peut le prendre pour un honn\u00eate travailleur noir am\u00e9ricain qui nourrit des passions culturelles, sans trop se projeter dans un avenir qu\u2019il sait limit\u00e9 dans un pays qui n\u2019a pas encore accord\u00e9 les Droits civiques aux noirs et o\u00f9 le racisme est encore pr\u00e9gnant dans les \u00e9tats du sud (et pas que l\u00e0).<\/p>\n\n\n\n<p>Fort de ses premiers courts m\u00e9trages, il met le cap au sud et part pour Los Angeles o\u00f9 il compte bien tenter sa chance \u00e0 Hollywood. Les acteurs noirs ne sont pas l\u00e9gions et les r\u00e9alisateurs encore moins. On se garde de lui faire des propositions s\u00e9rieuses et il quitte Hollywood la queue basse, choisissant New York pour s\u2019\u00e9tablir au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas pour longtemps, car la chance lui sourit et il rencontre un Fran\u00e7ais qui a vu ses premiers courts m\u00e9trages, les a appr\u00e9ci\u00e9s et lui propose de rentrer avec lui \u00e0 Paris.<em> 500 balles<\/em> ne sort qu\u2019en 1963 et, en attendant de pouvoir vivre de son art, Van Peebles traduit le magazine humoristique <em>Mad<\/em> en fran\u00e7ais et, surtout, \u00e9crit des nouvelles dr\u00f4les et enlev\u00e9es, toujours \u00e0 la limite de l\u2019absurde et du non-sens, dans le <em>Hara Kiri<\/em> de Choron et Cavanna. On se r\u00e9galera de ses \u00e9crits entre 1963 et 1966, fin du premier <em>Hara Kiri<\/em> interdit par De Gaulle.<\/p>\n\n\n\n<p>Un recueil de ces nouvelles para\u00eetra en 2014 chez Wombat, avec une belle pr\u00e9face de Andr\u00e9 Hardelet sous un titre (<em>Le Chinois du XIV\u00b0<\/em>) qui n\u2019a pas grand-chose \u00e0 voir avec cette douzaine de contes drolatiques et insolites o\u00f9 se d\u00e9ploient toutes les nuances de noir de l\u2019humour de l\u2019auteur. On pense notamment \u00e0 ce <em>Conte du ricain noir<\/em> o\u00f9 des amis dans un bistrot se demandent quel est l\u2019\u00e9tat le plus long des \u00c9tats-Unis. Le narrateur r\u00e9pond invariablement la Virginie Occidentale, au motif que, lorsqu\u2019il y a pris un train pour rentrer chez lui \u00e0 Chicago et s\u2019est retrouv\u00e9 par inadvertance dans un wagon \u00ab&nbsp;interdit aux noirs&nbsp;\u00bb, il a d\u00fb se cacher le visage avec son manteau durant tout le voyage en priant pour qu\u2019aucun blanc ne s\u2019aper\u00e7oive de sa m\u00e9prise. Un tr\u00e8s long voyage tenaill\u00e9 par la peur et dont chaque seconde aurait pu conduire au lynchage.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi \u00e7a Van Peebles, un rire qui masque pudiquement la souffrance et sert d\u2019onguent contre la haine et la b\u00eatise.<\/p>\n\n\n\n<p>Son premier long m\u00e9trage sort en 1968, <em>La permission<\/em>, avec, entre autres, Christian Marin, Nicole Berger et Pierre Doris. Il tient le r\u00f4le principal de Turner, un militaire noir am\u00e9ricain qui d\u00e9cide de passer 3 jours de permission \u00e0 Paris avec sa copine. Le couple d\u00e9cide de partir pour la Normandie, mais les locaux ne voient pas d\u2019un bon \u0153il ce couple mixte et leur s\u00e9jour est g\u00e2ch\u00e9 par les pr\u00e9jug\u00e9s raciaux exprim\u00e9s \u00e0 bas bruit. \u00c0 son retour, le G.I est consign\u00e9 et sa permission se voit suspendue. L\u2019actrice Nicole Berger mourra accidentellement peu de temps apr\u00e8s la sortie du film.<\/p>\n\n\n\n<p>En plus de l\u2019\u00e9criture et du cin\u00e9ma, notre touche \u00e0 tout \u00e9crit aussi des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et des chansons avec un premier disque, <em>Brer soul<\/em>, qui sort chez A&amp;M en 1969. Du \u00ab&nbsp;parl\u00e9 chant\u00e9&nbsp;\u00bb qui le rapproche des Black Poets de Gil Scott Heron avant les rappers et les slammers du 21\u00b0 si\u00e8cle. \u00c0 sa mani\u00e8re, un pr\u00e9curseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour \u00e0 Hollywood \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 James Brown chante \u00ab&nbsp;Say It Loud, I\u2019m Black And I\u2019m Proud&nbsp;\u00bb, o\u00f9 Sun Ra et son orchestre intergalactique sid\u00e8rent l\u2019univers du jazz, o\u00f9 les chanteurs de Soul music (Curtis Mayfield, Stevie Wonder, Al Green ou Marvin Gaye) quittent les hauteurs des hit-parades pour des textes politiques et des musiques moins suaves.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi le temps venu, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, de la Blaxploitation, soit un cin\u00e9ma aux mains des noirs avec acteurs, sc\u00e9naristes, r\u00e9alisateurs et producteurs noirs, pour contrebalancer le racisme toujours latent \u2013 et souvent implicite \u2013 de Hollywood.<\/p>\n\n\n\n<p>On sait que Mario Van Peebles, le fils de Melvin, brillera dans cet Hollywood noir par ses films tr\u00e8s politiques, et il en sera, avec son ami Spike Lee, l\u2019un des piliers. Les premiers films de la Blaxploitation seront l\u2019\u0153uvre de Melvin Van Peebles ou de John Singleton, et on pourra y entendre des bandes sonores de nouveaux artistes noirs parmi lesquels Isaac Hayes ou David Porter.<\/p>\n\n\n\n<p>Van Peebles joue dans <em>Watermelon man<\/em>, en 1970, un film de Herman Raucher. L\u2019histoire d\u2019un raciste blanc ordinaire qui se r\u00e9veille dans la peau d\u2019un noir. Il passe ensuite \u00e0 la r\u00e9alisation pour <em>Sweet, Sweetback\u2019s Badass Song <\/em>(1971) &#8211; soit litt\u00e9ralement la chanson du sale trou du cul de beau derri\u00e8re &#8211; l\u2019histoire, tr\u00e8s autobiographique, d\u2019un jeune noir (Sweetback) \u00e9lev\u00e9 dans un bordel et d\u00e9niais\u00e9 par des prostitu\u00e9es accus\u00e9 d\u2019un meurtre qu\u2019il n\u2019a pas commis. Sweetback est la vedette d\u2019un show pornographique et c\u2019est son patron \u2013 prox\u00e9n\u00e8te qui l\u2019a livr\u00e9 \u00e0 la police pour offrir un suspect \u00e0 la communaut\u00e9 noire. Sweetback est menott\u00e9 \u00e0 un militant black panther, Mu-mu, et tous deux parviennent \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la police. La suite du film raconte la cavale des deux jeunes noirs, du quartier noir de South Central (Los Angeles), jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re mexicaine.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce film qui donnera naissance \u00e0 la Blaxploitation et permettra aux noirs am\u00e9ricains de se lib\u00e9rer des canons de Hollywood.<\/p>\n\n\n\n<p>Van Peebles fera encore 7 films comme r\u00e9alisateur, des films dont il composera \u00e9galement les bandes sonores. Il fera l\u2019acteur dans une bonne trentaine de films, dont plusieurs de son fils Mario. Mais c\u2019est comme sc\u00e9nariste qu\u2019il va vraiment s\u2019imposer avec une dizaine de scenarii qui en feront LE sc\u00e9nariste de la Blaxploitation. Il sera aussi monteur et producteur de plusieurs films, souvent prim\u00e9s dans des festivals internationaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre polar, film militant, film \u00e9rotique et film d\u2019action, Melvin Van Peebles aura abord\u00e9 tous les genres, sauf le western ou la science-fiction (et encore). Il est arriv\u00e9 \u00e0 Paris un peu par hasard et c\u2019est surtout ses ann\u00e9es parisiennes qui nous int\u00e9ressent, ses nouvelles et son premier long m\u00e9trage. Il est peu d\u2019artistes ayant un champ d\u2019activit\u00e9 aussi large, un vrai talent multi-media comme on dirait aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Van Peebles est surtout attachant pour l\u2019esprit de libert\u00e9 qu\u2019il a insuffl\u00e9 \u00e0 toute son \u0153uvre, \u00e0 sa malice et \u00e0 sa fantaisie. Un grand noir rigolard, amical et fraternel. Un artiste qui a transcend\u00e9 les souffrances de son peuple pour donner \u00e0 voir un monde o\u00f9&nbsp;l\u2019absurde, l\u2019humour et la cocasserie colorent de teintes vives une r\u00e9alit\u00e9 grise, entre noir et blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aura \u00e9t\u00e9 aussi important qu\u2019un Chester Himes, immortel auteur des polars jubilatoires mettant en sc\u00e8ne les policiers de Harlem Fossoyeur Jones et Ed Cercueil. On ne peut faire beaucoup mieux comme hommage.<\/p>\n\n\n\n<p>Melvin Peebles nous a quitt\u00e9s le 21 septembre, il avait 89 ans. Il doit se trouver au paradis des brothers, quelque part entre Mohammed Ali et Little Richard. RIP it up&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>23 septembre 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Romancier, d\u00e9conneur, humoriste, cin\u00e9aste, producteur, musicien\u2026 Le grand Melvin Van Peebles, p\u00e8re de Mario, vient de nous quitter dans un grand \u00e9clat de rire. 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