{"id":2411,"date":"2021-12-11T19:33:47","date_gmt":"2021-12-11T18:33:47","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2411"},"modified":"2021-12-11T19:33:49","modified_gmt":"2021-12-11T18:33:49","slug":"les-prenoms-ont-ete-changes-27","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2411","title":{"rendered":"LES PR\u00c9NOMS ONT \u00c9T\u00c9 CHANG\u00c9S (27)"},"content":{"rendered":"\n<p><em><u><strong>PRISCILLA<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/illustration151.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2413\" width=\"577\" height=\"483\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/illustration151.jpg 283w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/illustration151-30x25.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>Priscilla ou Fleur ? Illustration Daniel Grardel pour un texte d&rsquo;un certain Didier Delinotte (voir sur son blog).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Elle se pr\u00e9nommait Priscilla, comme la reine \u00e9lue par le roi du rock\u2019n\u2019roll dont on se moquait pour ce qu\u2019il \u00e9tait devenu&nbsp;: un ob\u00e8se \u00e0 costumes ridicules et rouflaquettes grotesques roucoulant pour des rombi\u00e8res emperlouz\u00e9es et leurs chevaliers servants, \u00e0 Las Vegas. Mais m\u00eame si l\u2019idole avait roul\u00e9 par terre, les petits bourgeois de ma classe trouvaient encore ce pr\u00e9nom plut\u00f4t pr\u00e9tentieux eu \u00e9gard \u00e0 une fille issue d\u2019un milieu modeste, en fait une fille d\u2019immigr\u00e9s polonais dont la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration s\u2019\u00e9reintait dans l\u2019industrie textile. C\u2019est ce qu\u2019elle m\u2019avait confi\u00e9e plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait tous les deux en Premi\u00e8re G3, pour un bac dit \u00ab&nbsp;de technicien&nbsp;\u00bb en techniques commerciales, justement. Nous n\u2019\u00e9tions cens\u00e9s rien n\u2019ignorer des ruses de la publicit\u00e9, des pi\u00e8ges du marketing, des techniques de vente, des \u00e9tudes de march\u00e9 ou de la psychologie du consommateur. L\u2019horreur \u00e9conomique dans toute son obsc\u00e9nit\u00e9. De toute fa\u00e7on, on nous avait fait comprendre qu\u2019il s\u2019agissait l\u00e0 d\u2019un baccalaur\u00e9at au rabais et, l\u2019eussions-nous d\u00e9croch\u00e9 au terme de nos \u00e9tudes qu\u2019il n\u2019y aurait pas lieu de pavoiser. C\u2019\u00e9tait bien avant qu\u2019un chanteur de vari\u00e9t\u00e9 bien \u00e0 droite nous mette tout \u00e7a en chanson.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait un coll\u00e8ge catholique qui s\u2019ouvrait \u00e0 la mixit\u00e9. Les premi\u00e8res filles avaient fait de timides entr\u00e9es dans les sections G et B, le bac dit \u00ab&nbsp;\u00e9conomique&nbsp;\u00bb, sans que les frais de scolarit\u00e9 ne fussent moins on\u00e9reux. Le directeur, un vieux con bouffi d\u2019orgueil qu\u2019on baptisait \u00e0 part lui Louis XIV (et tout \u00e9tait ainsi d\u00e9clin\u00e9, de l\u2019intendant Fouquet et du pr\u00e9fet de discipline Colbert jusqu\u2019au jardinier Le N\u00f4tre) avait donc plac\u00e9 deux de ces jeunes filles dans notre classe, \u00e0 titre exp\u00e9rimental, disait-il \u00e0 l\u2019envi, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de la conviction que la mixit\u00e9 \u00e9tait dans l\u2019air du temps et qu\u2019il comptait sur nous pour r\u00e9server \u00e0 ces demoiselles le meilleur accueil. Il ne semblait pas trop savoir \u00e0 qui il avait \u00e0 faire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mon professeur de droit, un Belge qui tenait un cabinet d\u2019avocat \u00e0 Mouscron, ville o\u00f9 il exer\u00e7ait \u00e9galement les fonctions d\u2019\u00e9chevin, m\u2019avait pr\u00e9venu&nbsp;: \u00ab&nbsp;eux trouveront toujours le moyen de retomber sur leurs pieds, pas vous. Alors arr\u00eatez de rigoler et \u00e9coutez&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Eux, c\u2019\u00e9taient les fils de bourgeois renvoy\u00e9s de toutes les \u00e9coles catholiques de la contr\u00e9e avec deux ou trois ans de retard qui moquaient les besogneux fils des classes moyennes dont j\u2019\u00e9tais. Je ne sais pas si monsieur Nassens, notre professeur, avait lu Bourdieu et s\u2019\u00e9tait frott\u00e9 au concept de reproduction sociale, mais il r\u00e9gnait en tout cas dans nos rangs une atmosph\u00e8re de lutte des classes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les demoiselles avaient donc pour pr\u00e9noms Fleur et Priscilla. Fleur, un pr\u00e9nom qu\u2019on trouvait encore plus ridicule que l\u2019autre, \u00e9tait une grande tige un peu fofolle qui semblait tenir \u00e0 faire honneur \u00e0 sa d\u00e9nomination en surjouant la jeune fille en fleurs, avec des robes qui ressemblaient \u00e0 du papier peint, des collants de couleur, des bijoux de pacotille et un maquillage outrancier dans les tons mauves. Priscilla \u00e9tait beaucoup plus classique&nbsp;: une blonde aux cheveux courts et aux yeux gris bleus tombants, un peu boulotte, pas tr\u00e8s jolie, effac\u00e9e et gentille. Une faute de go\u00fbt en ces temps o\u00f9 les canons de la beaut\u00e9 avaient \u00e0 voir avec les allumettes su\u00e9doises et les dessins de Kiraz dans <em>Paris Match<\/em>. On sentait qu\u2019elle \u00e9tait arriv\u00e9e l\u00e0 sans le vouloir et que, contrairement \u00e0 ses quelques cons\u0153urs qui se croyaient oblig\u00e9es de surjouer la f\u00e9minit\u00e9 et la s\u00e9duction, elle visait plut\u00f4t la discr\u00e9tion, n\u2019ayant d\u2019autre ambition que de se fondre dans un groupe d\u2019\u00e9l\u00e8ves sans distinction de sexe.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les premiers jours, les quolibets et les sous-entendus graveleux \u00e9taient de rigueur, surtout chez les plus \u00e2g\u00e9s qui se vantaient d\u2019avoir depuis longtemps perdu leur pucelage. Bravaches et h\u00e2bleurs, ils connaissaient les femmes et ne se voulaient pas dupes des minauderies et des coquetteries de ces demoiselles venues inopportun\u00e9ment troubler leur monde d\u2019amiti\u00e9s viriles, de bourrades et de chansons paillardes. Les autres \u00e9taient \u00e0 peine plus respectueux, voyant dans l\u2019intrusion de ces repr\u00e9sentantes du sexe faible autant de pi\u00e8ges de nature \u00e0 d\u00e9ranger leur confort et leurs habitudes. Nous \u00e9tions finalement assez peu nombreux \u00e0&nbsp;leur marquer quelque int\u00e9r\u00eat et, arriv\u00e9es fin septembre, elles s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 r\u00e9sign\u00e9es \u00e0 faire profil bas et \u00e0 passer autant que possible inaper\u00e7ues, m\u00eame et surtout l\u2019extravagante Fleur, d\u00e9j\u00e0 bien fl\u00e9trie. Les m\u00e2les avaient su faire respecter leur loi et les intruses n\u2019avaient plus qu\u2019\u00e0 bien se tenir, \u00e0 peine tol\u00e9r\u00e9es. Les m\u00e2les avaient remport\u00e9 cette guerre des sexes larv\u00e9e au b\u00e9n\u00e9fice du nombre et avec les armes de la goujaterie la plus \u00e9hont\u00e9e. Il m\u2019arrivait de plaindre ces filles qui, \u00e0 l\u2019oppression de l\u2019institution scolaire, joignaient ce m\u00e9pris et ces humiliations r\u00e9guli\u00e8res qu\u2019elles subissaient dans leur chair, comme des \u00eatres imparfaits qui n\u2019avaient pas eu l\u2019heur de na\u00eetre dans la complexion physique des dominants et qui, surtout, n\u2019avaient pas leurs fortunes. \u00c9tait-ce parce qu\u2019elle avait senti que je m\u2019int\u00e9ressais \u00e0 elle que Priscilla en vint \u00e0 se rapprocher de moi&nbsp;? C\u2019est en tout cas l\u2019impression que j\u2019avais eu, n\u2019ayant rien d\u2019un Adonis et plut\u00f4t proche de l\u2019arch\u00e9type du nul en gym mal \u00e0 l\u2019aise avec son corps.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait eu un cours d\u2019histoire la semaine apr\u00e8s la mort de Gamal Abdel Nasser et, n\u00e9gligeant l\u2019ordre alphab\u00e9tique conditionnant nos places habituelles, elle \u00e9tait venue s\u2019asseoir \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019absence d\u2019un camarade. Le professeur, monsieur Verlinde, y allait de ses fulgurances g\u00e9opolitiques en nous faisant fr\u00e9mir avec les catastrophes \u00e0 venir apr\u00e8s cet assassinat qui mena\u00e7ait l\u2019\u00e9quilibre du monde. Il nous parlait de la rue arabe, du panarabisme, du nationalisme, des non-align\u00e9s et des fr\u00e8res musulmans. Nous l\u2019\u00e9coutions, fascin\u00e9s par un monde dont nous ne connaissions jusque-l\u00e0 que <em>Les mille et une nuits<\/em> et <em>Ali baba<\/em>. Les \u00e9ternels plaisantins mettaient les rieurs de leur c\u00f4t\u00e9 en faisant remarquer que, des arabes, on en avait assez par ici et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas utile de s\u2019\u00e9tendre sur le sujet. L\u2019\u00e9cole comptait peu de descendants de maghr\u00e9bins, ou alors, des jeunes gar\u00e7ons propres sur eux dont les parents avaient su s\u2019extraire de leur pauvre condition d\u2019immigr\u00e9s. Des bons arabes, donc, mais surtout pas la racaille qui encombrait nos rues et n\u2019avait pas la docile discr\u00e9tion de leurs g\u00e9niteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tais enhardi \u00e0 contre-attaquer, les traitant de racistes et leur demandant express\u00e9ment de ne plus perturber un cours int\u00e9ressant. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019un fils Prouvost, Motte ou Masurel (je ne sais plus et je les confondais tous dans une m\u00eame aversion) amusa la galerie avec une vieille blague sur la diff\u00e9rence entre le Canal de Suez et le Canal de Roubaix&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au Canal de Roubaix, on a des arabes des deux c\u00f4t\u00e9s&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Et tout le monde de s\u2019esclaffer malgr\u00e9 les sourcils en accent circonflexe de Verlinde, qui continuait nonobstant son cours.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais si mon intervention, qu\u2019elle devait juger courageuse, m\u2019avait valu ses bonnes gr\u00e2ces, mais Priscilla m\u2019avait regard\u00e9 dans les yeux en souriant et, devant mon embarras, elle s\u2019\u00e9tait rapproch\u00e9e de moi jusqu\u2019\u00e0 me faire du pied et m\u2019effleurer les mains. Ses attentions ne pass\u00e8rent pas inaper\u00e7ues et, \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation, je subissais d\u00e9j\u00e0 les lazzis des copains \u2013 il fallait bien leur donner un nom \u2013 \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 on allait fumer nos Gauloises ou nos Parisiennes, autrement appel\u00e9es P4, dans le coin des sanitaires d\u2019o\u00f9 les filles devaient se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais pouss\u00e9 mon avantage au cours d\u2019\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale, o\u00f9 une d\u00e9nomm\u00e9e Lemercier s\u2019\u00e9tait propos\u00e9e de nous faire un cours sur les m\u00e9canismes de la bourse. Une partie de la classe avait fait part de son enthousiasme \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du programme, mais quelques gauchistes ou suppos\u00e9s tels s\u2019\u00e9taient permis une lev\u00e9e de bouclier devant une mati\u00e8re qui relevait \u00e0 la fois de l\u2019inint\u00e9ressant et du conditionnement. J\u2019avais pris la t\u00eate de la fronde en faisant comprendre \u00e0 la dame que moi et mes camarades n\u2019en avaient rien \u00e0 faire de la bourse. \u00ab&nbsp;Rien \u00e0 cirer&nbsp;\u00bb, dira quelqu\u2019un bien plus tard. Fran\u00e7oise Lemercier piqua un fard et se rendit \u00e0 nos arguments, laissant frustr\u00e9e une partie de l\u2019auditoire. Comme elle avait conscience de s\u2019affranchir des contraintes acad\u00e9miques en proposant le th\u00e8me, elle obliqua piteusement sur la partie du programme consacr\u00e9e \u00e0 Keynes et \u00e0 l\u2019effet multiplicateur d\u2019investissement. On \u00e9tait maintenant aux \u00c9tats-Unis en 1930, apr\u00e8s la crise, et Priscilla d\u00e9fiait les coinc\u00e9s et les moqueurs en se rapprochant encore plus de moi, jusqu\u2019\u00e0 m\u2019encourager \u00e0 caresser ses jambes sous la table. J\u2019\u00e9tais rouge de confusion et mon c\u0153ur s\u2019acc\u00e9l\u00e9rait en m\u00eame temps qu\u2019une \u00e9rection malvenue commen\u00e7ait \u00e0 poindre. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce cela qu\u2019on appelait l\u2019amour. On n\u2019est pas s\u00e9rieux quand on a 17 ans, comme d\u00e9clamait l\u2019Ardennais dans notre manuel de po\u00e9sie. Je ne les avais pas encore tout \u00e0 fait, mais j\u2019\u00e9tais bien d\u2019accord avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019\u00e9tait embrass\u00e9s apr\u00e8s les cours, sous une porte coch\u00e8re, loin des malfaisants et des envieux. J\u2019avais oubli\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ses imperfections physiques et je me laissais enivrer par son parfum, fier de la tenir dans mes bras et de lui prodiguer mes caresses, \u00e0 elle qui m\u2019avait choisi entre tous ces branleurs fanfarons qui auraient s\u00fbrement souhait\u00e9 \u00eatre \u00e0 ma place. On s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 rendez-vous pour le lendemain, \u00e0 la piscine, o\u00f9 on d\u00e9jouerait la surveillance du prof de gym et des ma\u00eetres-nageurs pour passer un moment dans la salle \u00e0 vapeur. Ce qui fut fait.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais toujours d\u00e9test\u00e9 l\u2019eau et l\u2019odeur de chlore et de javel m\u2019incommodait. Le seul int\u00e9r\u00eat que je retenais de ces p\u00e9nibles sessions r\u00e9sidait dans les confiseries que je m\u2019achetais en abondance \u00e0 la sortie. On \u00e9tait tous les deux en maillots de bain, suant sous les flux vaporeux en nous cachant des quelques adultes qui se trouvaient l\u00e0. On s\u2019embrassait et on se caressait derechef quand un grand costaud tout de blanc v\u00eatu fit irruption dans la pi\u00e8ce en nous enjoignant \u00ab&nbsp;d\u2019aller faire vos saloperies ailleurs&nbsp;\u00bb, sinon quoi il n\u2019h\u00e9siterait pas \u00e0 d\u00e9noncer notre inconduite obsc\u00e8ne \u00e0 notre professeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Adam et Eve chass\u00e9s du paradis terrestre. Il nous fallut bien donner le change et nous mouiller un peu et, pr\u00e8s quelques brasses, elle me fit signe de la suivre dans les cabines des filles, sans me faire remarquer. Je n\u2019en menais pas large, et imaginais mille ruses pour \u00e9chapper \u00e0 la vigilance des moniteurs et pour ne pas attirer l\u2019attention sur une pr\u00e9sence incongrue dans le couloir d\u00e9sert. En cas de malheur, je pourrais toujours dire que je connaissais mal les lieux et que tout le monde pouvait se tromper, m\u00eame si l\u2019incongruit\u00e9 de la situation ne manquerait pas de me ridiculiser, voire pire s\u2019il \u00e9tait av\u00e9r\u00e9 que mes motivations pouvaient \u00eatre de nature libidineuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le plus dur \u00e9tait fait, et, malgr\u00e9 l\u2019embarras r\u00e9ciproque et l\u2019exigu\u00eft\u00e9, nous pouvions enfin \u00e9treindre nos corps nus sans craindre la moindre intrusion, le verrou ferm\u00e9. Elle \u00e9tait plus entreprenante que moi et elle me confia qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 eu des rapports sexuels. Moi j\u2019\u00e9tais puceau et je ne savais pas m\u2019y prendre. Elle avait enlev\u00e9 tomb\u00e9 le maillot et s\u2019\u00e9tait \u00e9tonn\u00e9e que je n\u2019en fisse pas de m\u00eame, jugeant mes pudeurs d\u00e9plac\u00e9es. Je m\u2019ex\u00e9cutai donc et elle s\u2019appr\u00eatait \u00e0 me guider en elle quand je ne sus me retenir, \u00e0 sa grande d\u00e9convenue. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 entendu parler d\u2019\u00e9jaculation pr\u00e9coce, mais je ne me savais pas du nombre des victimes de cet exc\u00e8s de pr\u00e9cipitation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019heure \u00e9tait pass\u00e9e et il nous fallait maintenant sauver les apparences, se rhabiller en vitesse pour elle et quitter la cabine et en faire de m\u00eame de mon c\u00f4t\u00e9 en prenant toutes les pr\u00e9cautions n\u00e9cessaires. J\u2019y parvenais, mettant \u00e0 profit la bousculade qui cl\u00f4turait la s\u00e9ance. Je n\u2019avais plus qu\u2019\u00e0 me ruer sur mes confiseries favorites et \u00e0 regagner les rangs, la laissant en queue de peloton avec Fleur, sa copine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, elle me battit froid et j\u2019avais du mal \u00e0 m\u2019expliquer son attitude. On s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9s apr\u00e8s les cours et j\u2019essayais de l\u2019embrasser, mais elle me repoussa sans m\u00e9nagement. Elle finit par me dire qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait querell\u00e9e avec ses parents et j\u2019ai cru comprendre qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait ouverte de notre aventure \u00e0 sa m\u00e8re qui n\u2019avait pas manqu\u00e9 d\u2019alerter le paternel. On ne pouvait \u00e9carter le risque d\u2019une grossesse et on allait pas donner la pilule \u00e0 une fille de 16 ans. Si elle n\u2019\u00e9tait pas capable de se consacrer \u00e0 ses \u00e9tudes, on h\u00e9siterait pas \u00e0 la changer d\u2019\u00e9cole ou \u00e0 la mettre au travail. Apr\u00e8s tout, sa scolarit\u00e9 co\u00fbtait cher et on se saignait aux quatre veines. Si elle ne faisait pas d\u2019efforts en contrepartie, on aviserait. Je la faisais sourire en lui confiant que j\u2019entendais la m\u00eame chose \u00e0 la maison, mais elle semblait perturb\u00e9e, mal \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne la revis plus le lendemain, ni les jours d\u2019apr\u00e8s. Les vacances de No\u00ebl arrivaient et, le dernier jour, j\u2019avais demand\u00e9 de ses nouvelles au professeur d\u2019histoire, le seul qui semblait lui porter un peu d\u2019int\u00e9r\u00eat. \u00abPriscilla se repose, elle a fait une petite d\u00e9pression nerveuse. Rien de grave, elle va n nous revenir en pleine forme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En janvier, elle n\u2019\u00e9tait pas revenue. Fleur croyait savoir qu\u2019elle ne tenait plus \u00e0 reprendre les cours et qu\u2019elle cherchait du travail. Les deux filles s\u2019\u00e9taient t\u00e9l\u00e9phon\u00e9es et je lui demandais si elle lui avait parl\u00e9 de moi. Elle r\u00e9pondit par la n\u00e9gative, pour me dire au final qu\u2019elle lui avait d\u00e9j\u00e0 confi\u00e9 qu\u2019elle \u00ab&nbsp;m\u2019aimait bien&nbsp;\u00bb. Cela suffisait \u00e0 gonfler mon ego mais n\u2019\u00e9tait pas de nature \u00e0 me rassurer sur elle, la concomitance entre notre aventure et son absence me faisant culpabiliser.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me trimestre \u00e9tait pass\u00e9 et je m\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 aller la voir chez ses parents, quitte \u00e0 devoir affronter l\u2019hostilit\u00e9 de ses g\u00e9niteurs. Elle habitait une petite maison ouvri\u00e8re \u00e0 la limite de Roubaix et de Tourcoing, pr\u00e8s du Fresnoy, un dancing reconverti en cin\u00e9ma. Je sonnais et c\u2019est sa m\u00e8re qui vint m\u2019ouvrir. Une petite petite dame grassouillette en blouse qui respirait la bont\u00e9. Alors que je m\u2019annon\u00e7ais, elle me dit qu\u2019elle me connaissait et que sa fille lui avait parl\u00e9 de moi, qu\u2019elle savait l\u2019affection qu\u2019on se portait et que sa maladie n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 mettre en rapport avec notre relation. J\u2019allais lui en demander plus, quand celui qui devait \u00eatre son mari surgit par l\u2019embrasure de la porte, bousculant sa moiti\u00e9 sans s\u2019excuser. Il \u00e9tait en maillot de corps et en pantoufles et ses bretelles tombaient sur un pantalon en tire-bouchon. \u00ab&nbsp;Vous ne croyez pas en avoir assez fait&nbsp;? Vous allez d\u00e9guerpir tout de suite avant que je vous mette mon pied au cul&nbsp;\u00bb. Je regardai son visage, ses cheveux ras et sa moustache peu fournie. Autant sa femme accusait un embonpoint certain que lui semblait fam\u00e9lique, p\u00e2le et osseux, comme malade.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9cidais de partir sans relever, prenant cong\u00e9 de sa m\u00e8re en ignorant son mari. Il m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 de penser \u00e0 elle en r\u00eavassant. J\u2019aurais \u00e9t\u00e9 une sorte de chevalier lib\u00e9rant sa dulcin\u00e9e des griffes de ses parents qui, craignant une m\u00e9salliance et le d\u00e9shonneur, la tenaient captive.<\/p>\n\n\n\n<p>Je jetai un dernier regard derri\u00e8re moi, vers les fen\u00eatres \u00e9clair\u00e9es des \u00e9tages de la petite maison. Je la vis et je crus voir se dessiner sur son visage un sourire et je ne savais plus trop si elle m\u2019avait fait un signe de la main ou si je l\u2019avais imagin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e scolaire, alors que j\u2019\u00e9tais admis en terminale, Fleur me prit \u00e0 part un matin pour me tendre une lettre que m\u2019adressait Priscilla. \u00c9crite au feutre vert, elle me disait en quelques lignes que j\u2019avais compt\u00e9 pour elle mais qu\u2019il valait mieux ne plus nous revoir. Apr\u00e8s une d\u00e9pression autant due \u00e0 l\u2019\u00e9cole qu\u2019au climat familial, elle avait d\u00e9cid\u00e9 de quitter ses parents et de rejoindre une amie qui pouvait la recruter comme serveuse dans une brasserie, en Belgique. C\u2019\u00e9tait bien la peine de faire des \u00e9tudes commerciales, me dis-je. Elle avait quitt\u00e9 le domicile familial au petit matin, un mercredi \u00e0 5h pr\u00e9cisait-elle, avant le r\u00e9veil de son p\u00e8re une heure plus tard, sans pr\u00e9venir et sans rien dire de ses intentions. Elle concluait en me disant qu\u2019elle me devait ces quelques explications et qu\u2019elle ne m\u2019oubliait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mercredi \u00e0 5h. \u00ab&nbsp;Wednesday morning at 5 o\u2019clock as the day begins. Silently cluching her bedroom door&nbsp;. She\u2019s gone\u00bb. Et toute la journ\u00e9e j\u2019aurai en t\u00eate cette chanson des Beatles&nbsp;: \u00ab&nbsp;she\u2019s leaving home, bye bye&nbsp;\u00bb. Oui, bye bye, baby, bye bye&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>3 d\u00e9cembre 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PRISCILLA Elle se pr\u00e9nommait Priscilla, comme la reine \u00e9lue par le roi du rock\u2019n\u2019roll dont on se moquait pour ce qu\u2019il \u00e9tait devenu&nbsp;: un ob\u00e8se \u00e0 costumes ridicules et rouflaquettes grotesques roucoulant pour des rombi\u00e8res emperlouz\u00e9es et leurs chevaliers servants, \u00e0 Las Vegas. 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