{"id":2437,"date":"2022-01-07T18:37:32","date_gmt":"2022-01-07T17:37:32","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2437"},"modified":"2022-01-07T18:37:35","modified_gmt":"2022-01-07T17:37:35","slug":"ian-rankin-sous-sa-rude-ecosse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2437","title":{"rendered":"IAN RANKIN : SOUS SA RUDE \u00c9COSSE\u2026"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration156.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2439\" width=\"575\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration156.jpg 250w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration156-213x300.jpg 213w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration156-21x30.jpg 21w\" sizes=\"(max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption>Ken Stott, John Rebus dans une s\u00e9rie qu&rsquo;on aimerait voir par ici. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>On a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici de Ian Rankin et de son inspecteur Rebus, du C.I.D (Criminal Investigation Department), la police d\u2019\u00c9dimbourg. Un dr\u00f4le de pistolet, mal embouch\u00e9, mal aimable et col\u00e9rique. Une t\u00eate de lard ou de cochon, au choix. Tous les livres de Rankin ne mettent pas en sc\u00e8ne Rebus, mais ce sont indiscutablement ses meilleurs. Quant \u00e0 lui, Rankin, c\u2019est l\u2019auteur de polar britannique le plus int\u00e9ressant actuellement, avec David Peace \u2013 qui a abandonn\u00e9 le genre \u2013 et Jake Arnott. Portrait de l\u2019artiste en jeune rebelle, aussi bien fan de rock que de football.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, j\u2019ai pris l\u2019habitude de lire un pav\u00e9 de Rankin pendant la tr\u00eave des confiseurs. Pourquoi Rankin&nbsp;? Parce que&nbsp;!, r\u00e9pondrais-je. Toujours est-il qu\u2019il m\u2019aide \u00e0 passer cette p\u00e9riode assez sinistre, entre deux r\u00e9veillons, dans l\u2019obscurit\u00e9 et la pluie, le plus souvent. Un temps de cochon, un temps d\u2019\u00e9cossais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cossais, Ian Rankin l\u2019est assur\u00e9ment. N\u00e9 en 1960 \u00e0 Cardenden, dans la r\u00e9gion de Fife, pas tr\u00e8s loin d\u2019\u00c9dimbourg o\u00f9 il situe l\u2019action de ses romans. Il fait partie d\u2019un groupe de rock pour lequel il \u00e9crit des chansons et, remarqu\u00e9 par un professeur pour ses talents litt\u00e9raires, va produire une th\u00e8se de doctorat sur la litt\u00e9rature \u00e9cossaise. Apr\u00e8s avoir fait 36 m\u00e9tiers, il donne des cours de litt\u00e9rature \u00e0 la prestigieuse universit\u00e9 d\u2019\u00c9dimbourg.<\/p>\n\n\n\n<p>Changement de pied en 1986. Il \u00e9pouse Miranda Harvey (le nom de Harvey, Jack, lui servira de pseudonyme), et le couple va s\u2019installer \u00e0 Londres o\u00f9 ils resteront cinq ans avant de s\u2019exiler dans un petit village du P\u00e9rigord. On pense au grand Robin Cook, l\u2019auteur du fameux <em>Cr\u00e8me anglaise<\/em>, dont la trajectoire emprunte beaucoup \u00e0 celle de Rankin.<\/p>\n\n\n\n<p>Il commence \u00e0 \u00e9crire ses romans policiers et notamment ses Rebus. Des romans non traduits en fran\u00e7ais ce qui lui vaut une r\u00e9putation d\u2019aimable plaisantin dilettante et un peu fain\u00e9ant dans son village. Mais Rankin \/ Harvey est plut\u00f4t un for\u00e7at de la plume, et ses romans paraissent r\u00e9guli\u00e8rement en Grande-Bretagne avant, plus tard, d\u2019\u00eatre traduits dans plusieurs langues.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aura mis quelques temps \u00e0 se trouver et son premier livre paru en 1986, <em>The flood<\/em>, est un roman d\u2019apprentissage. Il s\u2019essaye ensuite \u00e0 l\u2019espionnage fa\u00e7on Le Carr\u00e9 avant de trouver son personnage et d\u2019\u00e9crire son premier Rebus,<em> L\u2019\u00e9trangleur d\u2019\u00c9dimbourg<\/em>, qui remporte un succ\u00e8s d\u2019estime.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Rankin, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t une plaisanterie et un jeu litt\u00e9raire et le futur professeur d\u2019universit\u00e9 qu\u2019il se destine \u00e0 \u00eatre ne veut pas \u00eatre identifi\u00e9 comme un auteur de polar. Mais le public a choisi pour lui et c\u2019est Rebus qui est pl\u00e9biscit\u00e9. Suivront 23 \u00e9pais romans policiers avec son h\u00e9ros et son assistante, le sergent Siobhan Clarke. Ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de faire para\u00eetre des romans classiques, des nouvelles plus les s\u00e9ries Jack Harvey et Malcolm Fox. Un for\u00e7at de la plume on vous dit, quelque part entre Simenon et James Ellroy. Au moins pour la quantit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Rankin dira que ses romans policiers sont un pr\u00e9texte pour parler de l\u2019\u00c9cosse. <em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>Je diss\u00e9quais une nation&nbsp;\u00bb<\/em>, et c\u2019est bien ce qui nous int\u00e9resse. La suite est connue&nbsp;: des records de vente, des dipl\u00f4mes honoris causa dans les universit\u00e9s du pays, des collaborations \u00e0 la <em>BBC<\/em>, des breloques comme l\u2019ordre de l\u2019empire britannique et m\u00eame un circuit touristique \u00e0 \u00c9dimbourg sur la piste de Rebus. C\u2019est la gloire venue tardivement frapper \u00e0 sa porte, lui qui se destinait \u00e0 une carri\u00e8re d\u2019universitaire discret avec la litt\u00e9rature comme violon d\u2019Ingres.<\/p>\n\n\n\n<p>John Rebus est un homme d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, alcoolique, tabagiste, solitaire et divorc\u00e9. Il est r\u00e9put\u00e9 aupr\u00e8s de ses coll\u00e8gues pour son caract\u00e8re difficile \u2013 euph\u00e9misme -, mais est fid\u00e8le en amiti\u00e9 et aime son m\u00e9tier de flic passionn\u00e9ment, y trouvant un moyen d\u2019exercer la justice et de rendre le monde un peu plus habitable en le d\u00e9barrassant de quelques crapules malfaisantes. On peut appeler \u00e7a un sacerdoce, ou un apostolat. Rebus est donc une sorte de chevalier \u00e0 la Chandler qui ferait moins penser \u00e0 Don Quichotte qu\u2019\u00e0 Sancho Pan\u00e7a, mais la geste est tout aussi noble.<\/p>\n\n\n\n<p>Rankin lui a donn\u00e9 des origines polonaises et, comme Maigret, il est plut\u00f4t lourd, trapu et massif. Il sait se battre, semble tout faire de travers et mener ses enqu\u00eates \u00e0 l\u2019instinct, sauf qu\u2019il finit toujours par mettre dans le mille apr\u00e8s une s\u00e9rie d\u2019erreurs et de libert\u00e9s prises avec la proc\u00e9dure et les codes de la maison, ce qui lui vaut l\u2019hostilit\u00e9 de ses sup\u00e9rieurs&nbsp;; m\u00eame si ses subordonn\u00e9s le prennent en affection pour ses rudes mani\u00e8res de gros chien pataud.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, et c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019essentiel, Rankin, par la bouche de Rebus, parle beaucoup de football, du foot \u00e9cossais \u00e9videmment. Lui supporte les Hearts alors que sa coll\u00e8gue, la belle Siobhan, est derri\u00e8re les Hibernians, l\u2019autre club de la ville. Il peut aussi bien parler d\u2019Aberdeen, des clubs de Dundee ou de Glasgow avec la m\u00eame passion et la m\u00eame comp\u00e9tence. Une encyclop\u00e9die ambulante. Rankin aime aussi le rock, et chacun de ses Rebus est truff\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 ses groupes favoris&nbsp;: Led Zeppelin, R.E.M, Roxy Music, Clash ou Radiohead, avec une tendresse toute particuli\u00e8re pour les groupes du pays&nbsp;: Average White Band, Mogwai, Simple Minds, Franz Ferdinand ou Primal Scream. L\u00e0 aussi, ses connaissances sont impressionnantes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00c9cosse de Ian Rankin n\u2019est pas celle, folklorique, des ch\u00e2teaux, des fant\u00f4mes, du whisky, des cornemuses et des kilts. Il se coltine all\u00e8grement les probl\u00e8mes sociaux et soci\u00e9taux du pays&nbsp;: ch\u00f4mage de masse, drogues dures, pauvret\u00e9, sida\u2026 On parle beaucoup de politique, mine de rien, chez Rankin o\u00f9 reviennent parfois en toile de fond les rudes ann\u00e9es Thatcher, le conflit Nord-irlandais et les n\u00e9o-travaillistes \u00e0 la Blair ou Brown qui ont trahi la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait citer p\u00eale-m\u00eale quelques Rebus inoubliables&nbsp;: <em>Exit music<\/em> (un titre de Radiohead), <em>La colline des chagrins<\/em>, <em>Causes mortelles<\/em>, <em>Debout dans la tombe d\u2019un autre<\/em>, L<em>e carnet noir<\/em>, <em>Le jardin des pendus<\/em> ou encore <em>L\u2019appel des morts<\/em> (un Le Carr\u00e9 s\u2019intitulait <em>L\u2019appel du mort<\/em>), sans oublier cette derni\u00e8re lecture qui justifie cet article&nbsp;: <em>Une derni\u00e8re chance pour Rebus<\/em> (<em>Resurrection men<\/em> en V.O), paru en 2006. (1)<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9cole de police o\u00f9 la \u00ab&nbsp;horde sauvage&nbsp;\u00bb (the wild bunch) de flics durs \u00e0 cuire, indisciplin\u00e9s et mal embouch\u00e9s doit subir un recyclage pour revenir dans le droit chemin. Sont pr\u00e9sents une demi-douzaine de ripoux et Rebus, envoy\u00e9 l\u00e0 sous couverture par son sup\u00e9rieur pour infiltrer le groupe et inviter ses membres \u00e0 commettre le crime de trop&nbsp;: le sac d\u2019un d\u00e9p\u00f4t o\u00f9 la police stocke la drogue saisie. D\u00e9j\u00e0, les ripoux sont suspect\u00e9s d\u2019avoir doubl\u00e9 un truand notoire et de lui avoir subtilis\u00e9 l\u2019argent de ses casses. Le groupe est invit\u00e9 par ailleurs \u00e0 mener une contre-enqu\u00eate, en guise d\u2019exercice, sur le meurtre d\u2019un voyou de Glasgow de m\u00e8che avec la p\u00e8gre, une affaire dans laquelle Rebus a tremp\u00e9, ce qui met la puce \u00e0 l\u2019oreille de ses coll\u00e8gues quant \u00e0 ses intentions.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi le meurtre d\u2019un riche marchand d\u2019art et une histoire de tableau vol\u00e9. L\u2019assassinat d\u2019une prostitu\u00e9e exer\u00e7ant ses talents dans un salon de massage. Un petit truand retrouv\u00e9 \u00e9trangl\u00e9 puis noy\u00e9. Le tout sur fond de rivalit\u00e9s et d\u2019inimiti\u00e9s tenaces entre services de police de diff\u00e9rents endroits.<\/p>\n\n\n\n<p>Autant d\u2019affaires en apparence disparates mais qui finissent par se rejoindre et n\u2019en plus faire qu\u2019une. La grosse affaire o\u00f9 plane l\u2019ombre de Gerry \u00ab&nbsp;Big Ger&nbsp;\u00bb Cafferty, l\u2019ennemi jur\u00e9 de Rebus, gangster qui terrorise la ville et la met en coupe r\u00e9gl\u00e9e. Drogue, jeu, prostitution, vols, chantages et escroqueries en tous genres, rien ne lui \u00e9chappe et il touche \u00e0 tout. Il touche sur tout en r\u00e9gnant sur une petite arm\u00e9e de petits criminels qui lui sont redevables et en graissant la patte des notables ou en faisant ami \u2013 ami avec des pontes de la police.<\/p>\n\n\n\n<p>Big Ger, ou l\u2019incarnation du mal que Rebus n\u2019en finit pas de poursuivre. Une sorte de diable \u00e9cossais sup\u00e9rieurement intelligent et suffisamment prudent pour s\u2019en tirer \u00e0 chaque fois \u00e0 bon compte. La haine de Rebus \u00e0 l\u2019endroit de Big Ger fait peur, et c\u2019est l\u00e0 la force des romans de Rankin o\u00f9 on alterne entre des sc\u00e8nes dr\u00f4les et enlev\u00e9es et d\u2019autres qui tiennent plus de la trag\u00e9die o\u00f9 le bien affronte la mal dans un combat sans merci.<\/p>\n\n\n\n<p>Rankin \u00e9crit bien et on sent qu\u2019il a des \u00e9tudes litt\u00e9raires derri\u00e8re lui. Ce n\u2019est pas le cas de tous les auteurs de romans policiers h\u00e9las. Il sait trouver un savant \u00e9quilibre entre les dialogues et les paragraphes consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019action, aux descriptions ou aux r\u00e9flexions de ou sur ses divers personnages. Pour ne rien g\u00e2ter, son humour est ravageur et il n\u2019est pas rare qu\u2019un \u00e9clat de rire nous prenne au d\u00e9tour d\u2019une page.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, en esp\u00e9rant donner envie \u00e0 celles et ceux qui ne le connaissent pas encore. Pour ma part, je suis heureux d\u2019avoir encore quelques Rebus \u00e0 lire, pour les tr\u00eaves des confiseurs encore \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>(1)&nbsp;: Une derni\u00e8re chance pour Rebus \u2013 Ian Rankin \u2013 \u00c9ditions du Masque \u2013 2006.<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>3 janvier 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 ici de Ian Rankin et de son inspecteur Rebus, du C.I.D (Criminal Investigation Department), la police d\u2019\u00c9dimbourg. Un dr\u00f4le de pistolet, mal embouch\u00e9, mal aimable et col\u00e9rique. Une t\u00eate de lard ou de cochon, au choix. 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