{"id":2468,"date":"2022-01-22T18:40:32","date_gmt":"2022-01-22T17:40:32","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2468"},"modified":"2022-01-22T18:40:34","modified_gmt":"2022-01-22T17:40:34","slug":"avant-propos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2468","title":{"rendered":"AVANT-PROPOS"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Le texte qui suit est l&rsquo;avant-propos d&rsquo;un livre \u00e0 para\u00eetre (peut-\u00eatre) sur les rapports entre rock et football, sobrement intitul\u00e9<em> ROCK &amp; FOOT<\/em> et sous-titr\u00e9 : \u00ab\u00a0deux passions populaires, deux univers voisins\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"739\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration161-739x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2470\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration161-739x1024.jpg 739w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration161-217x300.jpg 217w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration161-768x1064.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration161-650x900.jpg 650w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration161-433x600.jpg 433w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration161-22x30.jpg 22w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/illustration161.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 739px) 100vw, 739px\" \/><figcaption>George Best, trait d&rsquo;union entre les deux univers, en 1976. Le play-boy f\u00e9tard avait d\u00e9j\u00e0 laiss\u00e9 le footballeur loin derri\u00e8re. Photo Wikipedia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait quelque part entre Roubaix et Tourcoing, dans un petit stade nich\u00e9 entre un entrep\u00f4t de la SNCF et une usine textile, avec un pont de chemin de fer en contrebas. Je devais avoir 7 ans et mon fr\u00e8re un peu plus. Mon p\u00e8re \u00e9tait convenu avec un d\u00e9nomm\u00e9 Grenier, \u00e9ducateur et accessoirement entra\u00eeneur des \u00e9quipes de jeunes du club, de nous prendre sous son aile et de faire de nous des sportifs, avec toutes les valeurs et les vertus qu\u2019il mettait derri\u00e8re ce d\u00e9but d\u2019engagement qui rev\u00eatait pour lui une importance particuli\u00e8re. Esprit de corps, abn\u00e9gation, discipline, ce genre de choses.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019entrais dans la cat\u00e9gorie des poussins, et mon fr\u00e8re en pupilles. On ne jouait pas dans la m\u00eame \u00e9quipe, le dimanche matin, o\u00f9 il fallait s\u2019arracher au sommeil pour partir au stade en bus, d\u00e9j\u00e0 rev\u00eatus de nos chaussures \u00e0 crampons et de ses maillots et shorts jaunes et noirs, aux couleurs du club. Jaune et noir, \u00e7a ne repr\u00e9sentait rien pour nous. Les voisins du R.C Lens \u00e9voluaient en jaune et rouge, le F.C Nantes jouait en jaune et vert, le F.C Sochaux portait des tuniques jaunes et bleues, mais personne \u00e0 nos connaissances ne jouait en jaune et noir. Peut-\u00eatre en Belgique\u2026 On ne savait pas trop.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos d\u00e9buts avaient \u00e9t\u00e9 rien moins qu\u2019h\u00e9sitants&nbsp;; malgr\u00e9 d\u2019\u00e9videntes qualit\u00e9s techniques \u2013 \u00e0 ce qu\u2019on disait \u2013 j\u2019avais le souffle court et me voyais souvent rel\u00e9gu\u00e9 au rang infamant de rempla\u00e7ant, sur le banc de touche. Mon fr\u00e8re avait choisi le poste moins concurrenc\u00e9 de gardien de but, ce qui lui valait une place de titulaire indiscutable. On se consolait en allant supporter, l\u2019apr\u00e8s-midi, l\u2019\u00e9quipe premi\u00e8re avec des jeunes issus des quartiers populaires de la ville, un amalgame r\u00e9ussi de fils d\u2019immigr\u00e9s alg\u00e9riens, polonais, italiens ou portugais. Grenier leur faisait confiance, prenant au s\u00e9rieux son r\u00f4le social consistant moins \u00e0 former des gamins pour une tr\u00e8s hypoth\u00e9tique carri\u00e8re de footballeurs professionnels que de les faire \u00e9chapper \u00e0 l\u2019oisivet\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9linquance par la gr\u00e2ce d\u2019un sport collectif o\u00f9 les valeurs de solidarit\u00e9 \u00e9taient mises en avant l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019\u00e9tait pas question de s\u2019en sortir seul.<\/p>\n\n\n\n<p>En coupe de France, Sedan avait battu N\u00eemes en finale et, \u00e0 Berne, en Suisse, les Portugais de Benfica avaient triomph\u00e9 de Barcelone en coupe d\u2019Europe. Au club, on trouvait un joueur fils de polonais surnomm\u00e9 Maryan, un ailier virevoltant d\u2019origine portugaise du nom de Santana et, pour faire bonne mesure, le rejeton d\u2019une famille d\u2019immigr\u00e9s espagnols r\u00e9pondant au nom de Suarez. C\u2019\u00e9tait bon signe.<\/p>\n\n\n\n<p>Me voyant un peu trop souvent sur la touche, mon p\u00e8re avait demand\u00e9 des explications au sieur Grenier qui excipa d\u2019une complexion physique ch\u00e9tive pour ce qui me concernait, pr\u00e9judiciable \u00e0 une titularisation r\u00e9guli\u00e8re sur le terrain. Vex\u00e9 qu\u2019on puisse ainsi tenir sa prog\u00e9niture pour quantit\u00e9 n\u00e9gligeable, voire lui imputer on ne savait quelles tares physiques, il me prit par la main et tourna le dos \u00e0 l\u2019\u00e9ducateur. Sa col\u00e8re n\u2019\u00e9pargna pas mon fr\u00e8re qui dut se faire une raison et abandonner lui aussi la partie.<\/p>\n\n\n\n<p>Fervente catholique, ma m\u00e8re avait insist\u00e9 pour qu\u2019on puisse suivre les activit\u00e9s du patronage dans le quartier et s\u2019int\u00e9grer \u00e0 la meute des louveteaux. Selon elle, dussions-nous arr\u00eater le football qu\u2019il valait mieux \u00e0 tout prendre participer aux \u0153uvres pies de jeunesse sous la f\u00e9rule du cur\u00e9 de la paroisse. On jouait quand m\u00eame un peu au foot, le jeudi apr\u00e8s-midi, et je n\u2019avais aucun mal cette fois \u00e0 m\u2019imposer sur un terrain de fortune \u2013 quasiment une p\u00e2ture ceinte de quatre poteaux de bois o\u00f9 l\u2019abb\u00e9 tenait la kermesse annuelle &#8211; aff\u00fbtant mes dribbles et exp\u00e9rimentant de nouvelles feintes. On avait droit \u00e0 la s\u00e9ance de cin\u00e9ma avec des vieux Charlie Chaplin que l\u2019abb\u00e9 Leblanc \u2013 c\u2019\u00e9tait son nom \u2013 avait d\u00fb se procurer contre une poign\u00e9e d\u2019hosties, du moins le supposait-on. On repartait les poches pleines de Carambars, de chewing-gums Globos (rose tu gagnes et vert tu perds) et de biscuits Rem qu\u2019on nous servait au go\u00fbter avec \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des photographies de footballeurs professionnels qu\u2019on s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 collectionner. Il \u00e9tait difficile de former une \u00e9quipe sur la base de ces figurines, mais je parvenais n\u00e9anmoins \u00e0 composer le onze du Stade de Reims, l\u2019\u00e9quipe qui dominait le championnat avec son football champagne et ses joueurs \u00e9l\u00e9gants, Kopa, Vincent ou Piantoni.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux louveteaux, on s\u2019ennuyait ferme entre deux sorties de journ\u00e9e, deux camps de vacance et deux professions de foi qu\u2019on nous faisait prononcer au pied d\u2019un arbre, pour la promesse, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de raison. Les patrouilles \u00e9taient baptis\u00e9es selon les couleurs des pelages du loup&nbsp;: blanc, noir, gris ou roux. J\u2019\u00e9tais chez les roux, mon fr\u00e8re chez les gris. L\u2019\u00e9t\u00e9, nous partions en train dans la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un ancien ministre de l\u2019agriculture, dans l\u2019Aisne, et j\u2019avais acquis une petite notori\u00e9t\u00e9 en interpr\u00e9tant des chansons de mes idoles y\u00e9y\u00e9s que j\u2019apprenais par c\u0153ur. \u00c7a faisait beaucoup rire les cheftaines qui n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 me faire bisser des tubes de Claude Fran\u00e7ois, de Frank Alamo ou de Richard Anthony. Elles \u00e9taient bon public. Mais c\u2019\u00e9tait \u00e9gal, le football me manquait et je savais maintenant la composition de toutes les \u00e9quipes de premi\u00e8re comme de deuxi\u00e8me division, et j\u2019avais entendu mon institutrice parlait d\u2019hypermn\u00e9sie \u00e0 mes parents qui se demandaient si cela relevait de la pathologie. \u00c0 chaque d\u00e9but de saison, mon fr\u00e8re et moi peignions aux couleurs des diff\u00e9rents clubs des bouts de carton vaguement en forme de maillots que l\u2019on faisait monter ou descendre en fonction des r\u00e9sultats hebdomadaires du dimanche. J\u2019avais toutes les couleurs en t\u00eate et lui s\u2019ex\u00e9cutait docilement avec beaucoup plus de soin que j\u2019aurais pu en mettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la parenth\u00e8se boy-scout, je rechaussais les crampons dans l\u2019\u00e9quipe pupilles \u00ab&nbsp;deuxi\u00e8me ann\u00e9e&nbsp;\u00bb de mon \u00e9cole. Le niveau \u00e9tait moins relev\u00e9 et les maillots ray\u00e9s horizontalement vert et blanc, les couleurs du Celtic de Glasgow ou du Sporting Lisbonne (on connaissait leur maillot car ils avaient rencontr\u00e9 l\u2019Olympique Lyonnais en coupe des coupes). C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mieux et cela rendait enfin possibles les identifications. Apr\u00e8s tout, on \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 assez vieux pour se rendre compte que tout cela \u00e9tait du r\u00eave et qu\u2019une carri\u00e8re de footballeur professionnel n\u2019\u00e9tait pas dans nos cordes. Cela ne m\u2019emp\u00eachait pas de me prendre pour Garrincha ou Raymond Kopa sur mon aile droite et de passer en revue un \u00e0 un des d\u00e9fenseurs un peu balourds mystifi\u00e9s par mes passements de jambes ou mes feintes de corps. L\u2019ailier, cet enfant perdu d\u00e9crit par Montherlant. Mon p\u00e8re sur la touche et les dirigeants appr\u00e9ciaient moyennement cet \u00e9talage de technique et ils me voulaient plus collectif. Inutile d\u2019essayer de dribbler un adversaire quand vous pouviez faire une passe, m\u00eame si je tenais beaucoup \u00e0 la gratuit\u00e9 de l\u2019action et \u00e0 la beaut\u00e9 du geste. Dans un football qui, m\u00eame dans ces cat\u00e9gories, se convertissait au r\u00e9alisme et \u00e0 la tactique, mes soucis d\u2019esth\u00e9tique n\u2019\u00e9taient plus de saison.<\/p>\n\n\n\n<p>On me reprochait mon inefficacit\u00e9 et on n\u2019avait pas tort, tant ma tendance \u00e0 baguenauder, mes vagabondages sur l\u2019aile d\u00e9bouchaient rarement sur des buts ou des actions d\u00e9cisives. Je pr\u00e9f\u00e9rais musarder \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie que pi\u00e9tiner dans la surface. Le football \u00e9tait \u00e0 un tournant&nbsp;: les clubs italiens et espagnols qui dominaient l\u2019Europe gr\u00e2ce \u00e0 leur technique se voyaient supplant\u00e9s par les Anglo-saxons r\u00e9put\u00e9s plus physiques et mieux organis\u00e9s. Rome n\u2019\u00e9tait plus dans Rome et la capitale de l\u2019empire du football se d\u00e9portait au Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon Stade de Reims \u00e9tait depuis deux saisons en deuxi\u00e8me division, l\u2019Angleterre avait remport\u00e9 la coupe du monde \u00e0 Wembley et on se demandait encore si le tir vainqueur de Geoff Hurst, l\u2019attaquant des Trois lions et des Hammers de West Ham, avait bien franchi la ligne. L\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s, le Celtic de Glasgow \u2013 aux couleurs de mon \u00e9cole \u2013 avait battu l\u2019Inter Milan de Sandro Mazzola en finale de la coupe d\u2019Europe et, en 1968, c\u2019\u00e9tait le Manchester United de mon idole George Best qui triomphait du Benfica d\u2019Eusebio.<\/p>\n\n\n\n<p>Georgie Best, un dandy irlandais qui devait descendre d\u2019Oscar Wilde ou de John Millington Synge, avec ses sourcils charbonneux, ses yeux vert d\u2019eau, ses rouflaquettes et ses cheveux longs d\u2019un noir de jais. L\u2019\u00e9quipe d\u2019Irlande du Nord, qu\u2019il incarnait au plus haut point, avait corrig\u00e9 l\u2019URSS en 1964 et l\u2019exploit avait conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Best le statut de h\u00e9ros national. Il aurait aussi bien pu tenir la guitare dans un de ces groupes pop qui alignaient les hits matraqu\u00e9s par les radios pirates et les \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9 pour teenagers, <em>Ready Steady Go<\/em> ou <em>Thank You Lucky Star<\/em>. Best, de par son physique avenant et son humour ravageur, aurait eu toute sa place dans l\u2019Olympe des pop stars du Swinging London, mais il avait choisi le ballon rond, pas la guitare. Il \u00e9tait en tout cas le passeur id\u00e9al entre les deux univers.<\/p>\n\n\n\n<p>Les accointances entre foot et rock \u00e9taient d\u2019ailleurs de moins en moins fortuites pour l\u2019adolescent tourment\u00e9 que j\u2019\u00e9tais devenu. Les Beatles passaient pour des supporters du Liverpool F.C et ils avaient assist\u00e9 \u00e0 une finale de coupe des vainqueurs de coupe entre les Reds de Bill Shankly et le Borussia Dortmund. Rod Stewart disait \u00e0 qui voulait l\u2019entendre son amour des Glasgow Rangers et Ray Davies r\u00e9servait sa ferveur aux Gunners d\u2019Arsenal, comme Roger Daltrey supportait bruyamment Queen\u2019s Park Rangers. The kids are alright&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>En France, il ne faisait pas bon \u00eatre footeux et passionn\u00e9 de rock. Il y avait l\u00e0 faute de go\u00fbt et incompatibilit\u00e9 entre un monde de subversion et de transgression et un autre qui \u00e9tait celui de nos parents avec leurs fausses valeurs d\u2019abn\u00e9gation, de d\u00e9passement de soi et de comp\u00e9titivit\u00e9. En Angleterre, c\u2019\u00e9tait diff\u00e9rent et la jeunesse des classes populaires tenait souvent dans la m\u00eame estime les vedettes du ballon rond et les rock stars, les deux univers finissant par se confondre quand les groupes anglais les plus fameux jouaient \u00e0 Wembley \u2013 temple du football international \u2013 \u00e0 l\u2019invitation du <em>New Musical Express<\/em>. Plus tard, le hooliganisme, les skinheads et les punks viendront renforcer ce compagnonnage.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait la derni\u00e8re ann\u00e9e o\u00f9 je prenais une licence et, d\u00e9j\u00e0 addict \u00e0 la cigarette et mal r\u00e9veill\u00e9, je me tra\u00eenais sur le terrain. Je ne devais qu\u2019\u00e0 ma technique ma s\u00e9lection dans l\u2019\u00e9quipe type, mais j\u2019\u00e9tais devenu largement dispensable. Je supportais de plus en plus mal les conseils de ces profs de gym qui faisaient fonction d\u2019entra\u00eeneurs et j\u2019avais \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 en \u00e9quipe B, ce qui n\u2019\u00e9tait pas loin pour moi du bannissement.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais plus occup\u00e9 par ma collection de E.P et les premiers concerts que je voyais dans une MJC \u00e0 une enc\u00e2blure du terrain. Les groupes, souvent belges, qui s\u2019y produisaient comme les Pebbles ou le Saint-Gilles System n\u2019avaient rien d\u2019exceptionnels, mais cela valait mieux \u00e0 tout prendre que ces tristes matin\u00e9es avec r\u00e9veil matutinal, transport en minibus, mise en tenue dans des vestiaires malodorants, m\u00e9lange de synthol et de paraffine, et matchs interminables sous le vent et sous la pluie la plupart du temps. Il y a longtemps que <em>Rock &amp; Folk<\/em> ou <em>Best<\/em> avaient remplac\u00e9 mes <em>France Football <\/em>et mes <em>Football Magazine.<\/em> J\u2019avais choisi mon camp, comme un d\u00e9fi \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 paternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>En junior premi\u00e8re ann\u00e9e, on jouait dans la banlieue de Lille contre un club qui avait la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre la p\u00e9pini\u00e8re du L.O.S.C. L\u2019un des joueurs n\u2019\u00e9tait autre que Didier Six qui allait conna\u00eetre la carri\u00e8re que l\u2019on sait. Lui jouait les George Best, peut-\u00eatre sans le savoir, s\u2019amusant \u00e0 revenir en arri\u00e8re pour dribbler \u00e0 nouveau ses vis-\u00e0-vis, \u00e9claboussant tout le monde de sa classe. J\u2019\u00e9tais moi aussi sur l\u2019aile, mais incapable de d\u00e9stabiliser l\u2019adversaire qui me taclait avec une r\u00e9gularit\u00e9 de m\u00e9tronome. Je crachais mes poumons, renouvelant des efforts qui restaient vains et m\u2019accablaient d\u2019impuissance. D\u00e9j\u00e0 meurtri et bless\u00e9 dans mon amour propre, j\u2019avais \u00e0 subir les r\u00e9criminations de mes \u00e9ternels tourmenteurs du banc de touche. C\u2019en \u00e9tait trop et je quittais le terrain en jetant mon maillot sur le pr\u00e9. Entre rock et foot, le choix \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fait depuis longtemps mais l\u2019incident l\u2019avait renforc\u00e9. Je n\u2019avais plus \u00e0 passer mes dimanches matins sur des terrains qui ressemblaient parfois \u00e0 des terrains vagues et je m\u2019autorisais des grasses matin\u00e9es dont je n\u2019\u00e9mergeais pour \u00e9couter le \u00ab&nbsp;Sunday Morning&nbsp;\u00bb du Velvet Underground. Entre les p\u00e2querettes des pelouses et les fleurs du mal, j\u2019avais choisi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne m\u2019int\u00e9ressais m\u00eame plus aux scores du Stade de Reims, mon \u00e9quipe favorite, \u00e9tonn\u00e9 de les voir arriv\u00e9s en finale de la coupe en 1977. Deux ans plus t\u00f4t, j\u2019avais quand m\u00eame fait le p\u00e8lerinage \u00e0 l\u2019Arena d\u2019Amsterdam pour voir jouer Johan Cruyff, le joueur qui \u00e0 lui seul incarnait encore une possible jonction entre les deux univers, le rock et le foot. Les nouvelles d\u2019Angleterre \u00e9taient mauvaises, avec des rixes et des batailles rang\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion des derbys entre clubs londoniens. Johnny Rotten se disait lui aussi fan des Gunners et, plus tard, les fr\u00e8res Gallagher seraient des fervents supporters du Manchester United de Eric Cantona.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, apr\u00e8s tout, Elton John avait r\u00e9gn\u00e9 sur le Watford F.C, Bob Marley pratiquait le football et v\u00e9n\u00e9rait les idoles br\u00e9siliennes, sans parler de Ahmet Ertegun, fondateur du Cosmos de New York qui donnerait une seconde vie \u00e0 Pel\u00e9 ou \u00e0 Beckenbauer.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, bien plus tard, mon int\u00e9r\u00eat pour le football reprit toute sa place \u00e0 mesure que celui pour le rock baissait d\u2019intensit\u00e9. Les ann\u00e9es 1980, les ann\u00e9es frics et <em>MTV<\/em> avec le cirque pop et ses animaux tristes avaient fini de me distraire et, tant qu\u2019\u00e0 faire, je pr\u00e9f\u00e9rais revenir \u00e0 mon ancienne passion, \u00e0 mon Stade de Reims et \u00e0 ces petites trag\u00e9dies d\u2019une heure trente d\u2019o\u00f9 on ne sortait pas indemne.<\/p>\n\n\n\n<p>Et j\u2019imaginais d\u2019\u00e9crire un livre qui ferait co\u00efncider les deux univers dans le domaine plus vaste des passions populaires, des faits sociaux qui toujours ont rassembl\u00e9 la jeunesse du monde dans une seule et m\u00eame ferveur. Et de convoquer les fant\u00f4mes d\u2019Antoine Blondin ou d\u2019Albert Camus. Plus pr\u00e8s de nous des David Peace, chantre du Liverpool F.C, de John King, supporter des Spurs de Tottenham et autres Ian Rankin, thurif\u00e9raire des Hearts \u00e9cossais.<\/p>\n\n\n\n<p>En Angleterre, plus qu\u2019en France, le rock et le football sont des marqueurs identitaires pour une jeunesse qui se partage entre l\u2019une et l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terrain vague o\u00f9 on joue au foot c\u00f4toie souvent le garage o\u00f9 l\u2019on r\u00e9p\u00e8te ou le pub o\u00f9 on glande.<\/p>\n\n\n\n<p>Les liens entre football et rock sont multiples, \u00e0 commencer par les passions communes des pop stars, mais ils sont aussi consubstantiels de la r\u00e9volte et, parfois, de la violence qui peuvent affecter les deux mondes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il s\u2019agit plus d\u2019identit\u00e9, de communaut\u00e9 et de recherche du collectif \u2013 y compris dans les amiti\u00e9s et les amours \u2013 pour tenter d\u2019\u00e9chapper \u00e0 un monde froid et cynique qui n\u2019a jamais vu dans la jeunesse des classes populaires que futurs ouvriers r\u00e9sign\u00e9s et employ\u00e9s dociles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le texte qui suit est l&rsquo;avant-propos d&rsquo;un livre \u00e0 para\u00eetre (peut-\u00eatre) sur les rapports entre rock et football, sobrement intitul\u00e9 ROCK &amp; FOOT et sous-titr\u00e9 : \u00ab\u00a0deux passions populaires, deux univers voisins\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait quelque part entre Roubaix et Tourcoing, dans un petit stade nich\u00e9 entre un entrep\u00f4t de la SNCF et une usine textile, avec&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2468\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2470,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2468"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2468"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2468\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2472,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2468\/revisions\/2472"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2470"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2468"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2468"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2468"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}