{"id":2497,"date":"2022-02-03T18:41:01","date_gmt":"2022-02-03T17:41:01","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2497"},"modified":"2022-02-03T18:41:04","modified_gmt":"2022-02-03T17:41:04","slug":"les-prenoms-ont-ete-changes-29","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2497","title":{"rendered":"LES PR\u00c9NOMS ONT \u00c9T\u00c9 CHANG\u00c9S (29)"},"content":{"rendered":"\n<p><em><u><strong>REGINALD ET NICOLAS<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration163.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2499\" width=\"577\" height=\"432\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration163.jpeg 259w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration163-30x22.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>Je passais mes soir\u00e9es dans un bistrot de Fives Lille qui s\u2019appelait Le penalty&#8230;<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em><u><strong>I&rsquo;m proud of my life \/ But don&rsquo;t ask me why<br>&lsquo;Cause if I told ya \/ I&rsquo;d probably\u2026<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Je suis fier de ma vie \/ Mais ne me demandez pas pourquoi<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Car si je vous le disais \/ Je finirai probablement par pleurer.<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Primitive \/ The Cramps<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas exactement quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 les d\u00e9tester tous les deux&nbsp;: Nicolas, avec sa gueule de petit voyou \u00e0 la James Dean et ses lunettes \u00e0 verres teint\u00e9s&nbsp;; Reginald, avec ses yeux bleus layette et son visage d\u2019ange dont il \u00e9tait fier que certaines femmes le compare \u00e0 Alain Delon. \u00ab&nbsp;Alain Deloin&nbsp;\u00bb, rectifiai-je immanquablement en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un sketch fameux, et je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de me rem\u00e9morer ce trait d\u2019humour de Jean Dutourd qui voyait en Truman Capote \u00ab&nbsp;une Brigitte Bardot en moche&nbsp;\u00bb. J\u2019ajoutai \u00e0 ma mauvaise foi, car il portait beau en r\u00e9alit\u00e9, cette description d\u2019un personnage cens\u00e9 lui ressembler dans un livre d\u2019Annie Ernaux, <em>Passion simple<\/em>, que j\u2019avais class\u00e9 h\u00e2tivement en roman pour midinette. J\u2019avais grand tort.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9t\u00e9 1995 et j\u2019\u00e9tais entre deux eaux, entre deux chaises, \u00ab&nbsp;in limbo&nbsp;\u00bb, comme disent les Anglais. Il n\u2019y avait pas eu de miracle, Chirac \u00e9tait pass\u00e9 comme je le redoutais et je venais de quitter ma femme, ma concubine, au bout de 17 ans de vie commune (<em>\u00ab&nbsp;on est pas s\u00e9rieux quand on a 17 ans&nbsp;\u00bb<\/em>) et je n\u2019avais pas encore rejoint celle que je devais \u00e9pouser un an plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passais mes soir\u00e9es dans un bistrot de Fives Lille qui s\u2019appelait Le penalty, tenu par un petit barbu d\u00e9garni avec un air d\u2019\u00e9ternel endormi qu\u2019on surnommait Pantoufle, \u00e0 cause de tendances casani\u00e8res qui le voyaient servir en charentaises et passer le plus clair de son temps \u00e0 lire les quotidiens r\u00e9gionaux de A \u00e0 Z, derri\u00e8re son comptoir et au m\u00e9pris des piliers de bar d\u00e9courag\u00e9s d\u2019engager la conversation avec lui. Un personnage.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passais beaucoup de temps, donc, avec Reginald et Nicolas. Le tarif vesp\u00e9ral \u00e9tait de 5 ou 6 bi\u00e8res chacun, avec en sus les effluves de shit qu\u2019ils m\u2019envoyaient dans les narines. Je r\u00e9pliquais avec mes Dunhill longues. Eux buvaient des bi\u00e8res \u00e0 pisser, des bibines au tirage citronn\u00e9es genre \u00ab&nbsp;blanches&nbsp;\u00bb et, refusant de commettre ce qui me paraissait une faute de go\u00fbt, j\u2019exigeais des bi\u00e8res de garde \u00e0 9\u00b0 de moyenne, ce qui me faisait aborder en premier les rivages de l\u2019ivresse. Je passais la nuit chez l\u2019un ou chez l\u2019autre, allong\u00e9 sur un divan avec la gueule de bois et j\u2019\u00e9tais souvent r\u00e9veill\u00e9 par leur gamin \u2013 ils avaient tous deux charge d\u2019\u00e2me et avaient tous deux un fils \u2013 qui s\u2019inqui\u00e9tait de ma pr\u00e9sence avant de me souhaiter bruyamment la bienvenue. Tous les matins, je me r\u00e9veillais en voyant le visage de la femme que je venais de quitter et en me posant cette question qui nourrissait ma culpabilit\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard&nbsp;: \u00ab&nbsp;pourquoi tu es parti&nbsp;?&nbsp;\u00bb et, surtout, \u00ab&nbsp;pour qui&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Reginald et Nicolas avaient en commun d\u2019\u00eatre des amis de ma future femme, et, jaloux comme un tigre parano\u00efaque, je les soup\u00e7onnais d\u2019avoir des vues sur elle et d\u2019\u00eatre des rivaux d\u00e9j\u00e0 bien install\u00e9s dans la place. Ils \u00e9taient gentils, avenants, \u00ab&nbsp;cool&nbsp;\u00bb, quand j\u2019\u00e9tais rong\u00e9 par le chagrin et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9. Non, je n\u2019\u00e9tais pas \u00ab&nbsp;cool&nbsp;\u00bb, un mot que je d\u00e9testais et une phrase que j\u2019avais souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7oise, celle que je convoitais. J\u2019avais pour moi la profession de foi de mon critique de rock favori, le regrett\u00e9 Lester Bangs, qui se vantait de n\u2019avoir jamais \u00e9t\u00e9 cool, cette sorte d\u2019inclination b\u00e9ate \u00e0 la tol\u00e9rance, \u00e0 la bienveillance et \u00e0 l\u2019\u00e9clectisme qui tenait pour lui autant de l\u2019absence de point de vue que de la mollesse d\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais connu Nicolas au syndicat. Un dragueur imp\u00e9nitent qui jouait de son physique avantageux mais aussi, je m\u2019en rendis compte assez vite, un pervers narcissique et un mythomane.<\/p>\n\n\n\n<p>Je venais de d\u00e9missionner de mon mandat au Bureau f\u00e9d\u00e9ral de mon organisation, me jugeant s\u00e9v\u00e8rement inapte \u00e0 remplir le moindre r\u00f4le dans la d\u00e9finition de la politique du syndicat et r\u00e9duit \u00e0 un r\u00f4le mineur de correspondant de province juste bon \u00e0 l\u2019ouvrir pour \u00e9voquer les luttes locales. C\u2019\u00e9tait un apport bien modeste dans une assembl\u00e9e o\u00f9 les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Gramsci, \u00e0 L\u00e9nine, \u00e0 Trotsky ou au situationnisme abondaient. En tant que suppl\u00e9ant, je gardais le silence dans les d\u00e9bats portant sur les strat\u00e9gies syndicales qui tournaient toutes autour de la p\u00e9tition contre la privatisation de la Cosmod\u00e9moniaque, l\u2019organisation possible d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum, la prochaine gr\u00e8ve qu\u2019on souhaitait reconductible et la lutte contre les r\u00e8gles de gestion qui pr\u00e9figuraient l\u2019ouverture du capital et ce qu\u2019ils appelaient pudiquement la lib\u00e9ralisation, soi-disant exig\u00e9e par les instances europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de la derni\u00e8re s\u00e9ance, je quittais la salle \u00e0 la pause avec un petit billet gliss\u00e9 \u00e0 la secr\u00e9taire o\u00f9 j\u2019excipais d\u2019un malaise pour prendre cong\u00e9. J\u2019avais eu dans la t\u00eate, comme une obsession, ces vers d\u2019une chanson de Dylan qui me ramenait \u00e0 mes amours contrari\u00e9es&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;you better do something quick, she\u2019s your lover now&nbsp;\u00bb<\/em>. Oui, je devais faire quelque chose rapidement pour gagner la partie, et ce n\u2019\u00e9tait pas en restant dans ce c\u00e9nacle vou\u00e9 \u00e0 faire triompher le mouvement social que ma cause allait progresser.<\/p>\n\n\n\n<p>Nicolas m\u2019encourageait \u00e0 continuer \u00e0 si\u00e9ger. Il \u00e9tait bon public, m\u2019aimait bien et lisait mes romans non publi\u00e9s avec des avis \u00e9clair\u00e9s et des commentaires pertinents. J\u2019avais enfin un lecteur. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 venu chez moi, en Belgique, et avait admir\u00e9 ma discoth\u00e8que, non sans relever la relative pauvret\u00e9 du rayon Hard-rock, lui qui ne jurait que par Page et Plant. C\u2019\u00e9tait bien son genre, princes voyous et romantisme noir.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9cembre 1995 avait laiss\u00e9 des traces. Par acquis de conscience, je participais \u00e0 une derni\u00e8re r\u00e9union f\u00e9d\u00e9rale avant un congr\u00e8s \u00e0 Forges-les-Eaux. Muet comme \u00e0 mon habitude et lass\u00e9 de voir mes rares propos jamais repris en synth\u00e8se, je m\u2019amusais de voir les membres \u00e9minents du bureau se disputer un num\u00e9ro du <em>Nouvel Observateur<\/em> o\u00f9 on parlait d\u2019eux, de la cr\u00e9ation de syndicats \u00e9ponymes dans diff\u00e9rents secteurs professionnels comme de leur contribution capitale \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019A.C&nbsp;! ou du DAL. Leur quart d\u2019heure de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Vanit\u00e9 des vanit\u00e9s\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Reginald, lui, n\u2019\u00e9tait pas syndiqu\u00e9, enfin par encore. Il a fini par adh\u00e9rer gr\u00e2ce \u00e0 mon industrie et \u00e0 ma persuasion. C\u2019\u00e9tait un ami de Fran\u00e7oise, un ami de longue date, vacances pass\u00e9es ensemble, sports d\u2019hiver et week-ends \u00e0 la mer. Il \u00e9tait en m\u00e9nage avec une certaine B\u00e9atrice, qu\u2019il m\u00e9prisait ouvertement, laissant entendre qu\u2019elle lui avait mis le grappin dessus en se faisant faire un enfant&nbsp;; mani\u00e8re \u00e9l\u00e9gante de regretter sa carri\u00e8re de play-boy \u00e0 la manque collectionnant les succ\u00e8s f\u00e9minins. C\u2019est vrai qu\u2019il y allait un peu \u00e0 la hussarde et qu\u2019il n\u2019avait pas froid aux yeux. Et \u00e7a marchait, si l\u2019on en croyait ses nombreux r\u00e9cits de Casanova de supermarch\u00e9s qui constituaient l\u2019essentiel de sa conversation. B\u00e9atrice, elle, \u00e9tait une petite brunette aux traits eurasiens, gentille et d\u2019une modestie touchante, elle qui avait beaucoup lu et en savait plus que Reginald dans tous les domaines. Je l\u2019aimais bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Reginald n\u2019\u00e9tait jamais venu \u00e0 mon domicile de la fronti\u00e8re, mais il avait eu l\u2019occasion de voir mes cartons de disques emmen\u00e9s \u00e0 mon appartement provisoire apr\u00e8s mon d\u00e9part. J\u2019\u00e9tais sid\u00e9r\u00e9 devant sa r\u00e9action en face de mes quelques 2000 albums, celle-ci consistant \u00e0 me citer deux ou trois groupes obscurs en d\u00e9plorant leur absence. \u00ab&nbsp;T\u2019as rien de The Room, par exemple, ou des Holy Modal Rounders&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Je l\u2019aurais \u00e9trangl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, je m\u2019installais chez Fran\u00e7oise avec sa fille Fanny et Reginald \u00e9tait devenu l\u2019ami du couple. Je recevais r\u00e9guli\u00e8rement des appels t\u00e9l\u00e9phoniques de Marthe, la d\u00e9laiss\u00e9e, qui me demandait de lui envoyer des ch\u00e8ques pour le prix de ma culpabilit\u00e9 et qui voyait dans notre rupture la cause principale de la mort de son p\u00e8re. Je ne me savais pas aussi malfaisant.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Reginald, on faisait du v\u00e9lo, des grandes randonn\u00e9es entre derri\u00e8re chez moi (on avait lou\u00e9 une maison dans la banlieue de Lille) et Armenti\u00e8res et au-del\u00e0, en remontant la Marque, la De\u00fble et la Lys. On buvait la bi\u00e8re du r\u00e9confort dans une p\u00e9niche sur la De\u00fble avant de renfourcher nos b\u00e9canes. En famille, on allait parfois \u00e0 la mer, au Cap Gris-Nez ou dans des auberges des Monts de Flandres. Reginald nous sortait, Fran\u00e7oise et moi, avec B\u00e9atrice et leur fils Quentin qui braillait et \u00e9chappait \u00e0 leur vigilance jusqu\u2019\u00e0 nous g\u00e2cher la plupart de ces moments.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils \u00e9taient venus \u00e0 une soir\u00e9e un peu avant notre mariage. Nicolas, Reginald, leurs \u00e9pouses et leurs fils. Fran\u00e7oise et moi, on avait pas arr\u00eat\u00e9 de courir apr\u00e8s leur prog\u00e9niture indisciplin\u00e9e qui montait et descendait les escaliers en poussant des cris d\u2019orfraie. Eux restaient tranquillement assis en fumant des joints et en vidant leurs verres, impassibles devant les all\u00e9es et venues de leurs \u00e9pouses auxquelles ils d\u00e9l\u00e9guaient la charge des enfants. B\u00e9atrice pour Reginald et une certaine Maryline pour Nicolas, une caricature de lectrice de<em> Cosmopolitan<\/em>, habill\u00e9e sexy comme une demi-mondaine et maquill\u00e9e comme une auto-tamponneuse. L\u2019une de ces soir\u00e9es pourries o\u00f9 on attend patiemment que cela se termine, quitte \u00e0 abr\u00e9ger quelque peu la s\u00e9ance, car j\u2019avais l\u2019impression que tout cela ne finirait jamais. J\u2019\u00e9tais autant effar\u00e9 par leur passivit\u00e9 devant les situations que par leur propension infinie \u00e0 parler d\u2019eux. Vers 3 heures du matin, je les jetais quasiment dehors, Fran\u00e7oise me reprochant ma brusquerie quand moi je lui faisais grief de minauder devant le beau Reginald. Je craignais d\u00e9j\u00e0 les affres du cocufiage, bien que n\u2019\u00e9tant pas encore mari\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui fut fait en juin de cette ann\u00e9e 1996 o\u00f9 j\u2019avais la d\u00e9sagr\u00e9able impression que tout m\u2019\u00e9chappait. Je m\u2019\u00e9tais laiss\u00e9 pousser la barbe et, avec mes humeurs du moment, je devais ressembler \u00e0 un personnage de Dosto\u00efevski, genre proph\u00e8te nihiliste traquant l\u2019hypocrisie l\u00e0 o\u00f9 elle se trouvait. Reginald et Nicolas \u00e9taient pr\u00e9sents ce jour-l\u00e0, m\u2019encourageant de la voix et du geste pour mon entr\u00e9e dans la vie matrimoniale. J\u2019ai presque tout oubli\u00e9 de ce jour-l\u00e0, pas taill\u00e9 pour le r\u00f4le que j\u2019\u00e9tais cens\u00e9 jouer. Tout oubli\u00e9 sauf le petit jeu de Nicolas, tr\u00e8s assidu aupr\u00e8s de la&nbsp;mari\u00e9e, pas plus que celui de Reginald avec Fanny, jeune fille r\u00eavant de grand amour et de passions surhumaines, dont la chevelure blonde \u00e9tait ceinte d\u2019une couronne de fleurs d\u2019orangers. Reginald qui, je l\u2019avais remarqu\u00e9, n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 draguer \u00e9hont\u00e9ment les femmes de mes amis, sans vergogne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne nous restait plus, pour nous conformer \u00e0 la tradition, qu\u2019\u00e0 partir en voyage de noces, en Tunisie. Dans une usine \u00e0 touristes pr\u00e8s de Nabeul o\u00f9 je passais mes soir\u00e9es \u00e0 tenter d\u2019\u00e9chapper \u00e0 des gentils animateurs d\u00e9sireux de me faire participer \u00e0 des activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives d\u2019une d\u00e9bilit\u00e9 sans nom. \u00ab&nbsp;Laziza la petite gazelle&#8230;&nbsp;\u00bb. J\u2019avais acquis une certaine notori\u00e9t\u00e9 en gagnant quasiment tous les jours aux \u00ab&nbsp;jeux-caf\u00e9&nbsp;\u00bb, des questions genre Trivial poursuite o\u00f9 mes r\u00e9ponses syst\u00e9matiques d\u00e9courageaient les concurrents. Mais puisqu\u2019on me demandait de participer\u2026Heureusement, je pouvais encore m\u2019enfermer pour regarder les matchs de l\u2019Euro en Angleterre, un passe-temps que personne ne me contestait.<\/p>\n\n\n\n<p>Sit\u00f4t rentr\u00e9s, on avait retrouv\u00e9 Nicolas et Reginald qui m\u2019insupportaient de plus en plus. Ils revinrent tous un soir, avec femmes et enfants, et j\u2019avais l\u2019impression de revivre le cauchemar de la derni\u00e8re soir\u00e9e, avec leurs p\u00e9tards malodorants et leurs cuites soporifiques. Je soup\u00e7onnais Nicolas d\u2019\u00eatre l\u2019auteur de messages d\u00e9lirants laiss\u00e9s sur notre r\u00e9pondeur, du genre \u00ab&nbsp;Alex ch\u00e9ri, renonce \u00e0 ton mariage et viens te consoler dans mes bras&nbsp;\u00bb, avec une voix de cr\u00e9celle. J\u2019\u00e9tais atterr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nicolas venait de se faire \u00e9lire, au bout de basses intrigues et de sombres alliances, secr\u00e9taire du syndicat et Reginald s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 trop pressant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ma belle-fille. Dans un mauvais soir, je les cong\u00e9diais en les insultant&nbsp;. J\u2019en \u00e9tais venu \u00e0 hurler : <em>\u00ab<\/em><em>foutez-moi le camp, sombres cr\u00e9tins, <\/em><em>putains d\u2019hypocrites obs\u00e9d\u00e9s avec une bite \u00e0 la place du cerveau. Vous me d\u00e9gouttez. Je ne veux plus vous voir&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/em> Ils s\u2019ex\u00e9cut\u00e8rent, avec \u00e9pouses et enfants et ma femme me battit froid une semaine durant pour cet esclandre dont elle essaya de r\u00e9duire les cons\u00e9quences par quelques coups de t\u00e9l\u00e9phone diplomatiques, en insistant sur mon instabilit\u00e9. Mais pas le mauvais cheval&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais au plus mal, et je retournais \u00e0 mon appartement que je n\u2019avais pas encore r\u00e9sili\u00e9. J\u2019allais voir un m\u00e9decin, le docteur Herensick, un malade mental adepte des Gesalt th\u00e9rapies qui s\u2019\u00e9tait ing\u00e9ni\u00e9 \u00e0 ranimer des souvenirs p\u00e9nibles ayant trait \u00e0 mon enfance et \u00e0 ma famille, jusqu\u2019\u00e0 ce que j\u2019en pleure. J\u2019envisageais une hospitalisation et je joignais un centre de sant\u00e9 mentale aux fins d\u2019admission, jusqu\u2019\u00e0 ce que Fran\u00e7oise et Fanny vinssent me retrouver et rappellent l\u2019\u00e9tablissement pour les informer qu\u2019il s\u2019\u00e9tait agi d\u2019une erreur. Apr\u00e8s tout, mon fr\u00e8re avait pass\u00e9 sa vie en h\u00f4pital psychiatrique, et ma m\u00e8re avant lui, alors pourquoi pas moi&nbsp;? Il me semblait de la plus \u00e9l\u00e9mentaire solidarit\u00e9 familiale que de passer au moins quelques semaines enferm\u00e9, comme eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Rentr\u00e9 \u00e0 la maison, je reprenais le travail et renouais avec le syndicat. J\u2019avais eu des mots avec Nicolas et on en \u00e9tait venus aux mains. J\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait l\u2019auteur des canulars t\u00e9l\u00e9phoniques douteux, ce qu\u2019il niait farouchement. Il finit par divorcer et repartir chez son p\u00e8re du c\u00f4t\u00e9 de Douai. Je ne le regrettais pas. Il finit par quitter le syndicat quand, \u00e0 cours de mandats \u00e0 la suite d\u2019un complot ourdi contre lui par ceux-l\u00e0 m\u00eame qui l\u2019avaient fait roi, il rejoignit la CFTC, un ralliement plus que surprenant qui interrogeait ses convictions. Pour Reginald, c\u2019\u00e9tait plus compliqu\u00e9 compte tenu des rapports amicaux qu\u2019il entretenait avec Fran\u00e7oise et sa fille. Je le supportais encore un peu, en lui faisant comprendre que j\u2019avais toujours vu clair dans son jeu et que je savais \u00e0 quoi m\u2019en tenir en ce qui le concernait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la faveur d\u2019une \u00e9lection compl\u00e9mentaire au Bureau f\u00e9d\u00e9ral, je rempilais, cette fois plus actif et plus concern\u00e9. Je militais localement \u00e0 A.C&nbsp;!, dans un collectif de Sans papiers (c\u2019\u00e9tait apr\u00e8s Saint-Bernard) et dans une coordination altermondialiste qui pr\u00e9figurait Attac contre des accords commerciaux sc\u00e9l\u00e9rats sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019OCDE. J\u2019avais enfin trouv\u00e9 le moyen d\u2019\u00e9teindre le feu de mon enfer intime et d\u2019oublier un peu mon ego en embrassant des causes justes qui valaient qu\u2019on les d\u00e9fende, solidairement.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais surtout oubli\u00e9 Nicolas, Reginald, et tous ces mecs cool pour qui ces engagements \u00e9taient vains et d\u00e9risoires. Eux savaient d\u2019instinct qu\u2019il valait mieux se regarder le nombril et draguer tout ce qui passait avec leurs sourires \u00e0 manger de la merde et leurs plaisanteries de gar\u00e7ons de bain.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah quel final&nbsp;! C\u2019est presque du r\u00e9alisme socialiste. Aragon et Castille\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>30 janvier 2022 &nbsp;<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>REGINALD ET NICOLAS I&rsquo;m proud of my life \/ But don&rsquo;t ask me why&lsquo;Cause if I told ya \/ I&rsquo;d probably\u2026 Je suis fier de ma vie \/ Mais ne me demandez pas pourquoi Car si je vous le disais \/ Je finirai probablement par pleurer. Primitive \/ The Cramps Je ne sais pas exactement&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2497\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2499,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2497"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2497"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2497\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2501,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2497\/revisions\/2501"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2497"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2497"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2497"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}