{"id":2508,"date":"2022-02-03T19:15:36","date_gmt":"2022-02-03T18:15:36","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2508"},"modified":"2022-02-03T19:15:38","modified_gmt":"2022-02-03T18:15:38","slug":"california-boys","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2508","title":{"rendered":"CALIFORNIA BOYS"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"600\" height=\"600\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration165.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2510\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration165.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration165-300x300.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration165-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration165-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 sans fin. <em>Surfer girl<\/em>, troisi\u00e8me album du groupe, disponible chez Discogs<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Les Beach Boys ont 60 ans. Il ne s\u2019agit pas ici de raconter leur histoire. Il y faudrait un livre, au moins en deux tomes si on entend faire un travail exhaustif. Comme pour les Beatles, on va se contenter d\u2019\u00e9voquer leurs d\u00e9buts, sur fond de plages ensoleill\u00e9es et de Surf rock, un genre bien oubli\u00e9 aujourd\u2019hui mais qui a servi de bande sonore \u00e0 la jeunesse californienne au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. Un petit voyage nostalgique au paradis adolescent des \u00e9t\u00e9s sans fin. Fun&nbsp;! Fun&nbsp;! Fun&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Hawthorne est une ville qui se situe dans la banlieue sud-ouest de Los Angeles, juste devant le Pacifique. Son patronyme \u00e9voque l\u2019immortel auteur de<em> La lettre \u00e9carlate<\/em>, roman gothique mettant en sc\u00e8ne des pionniers de la Nouvelle-Angleterre et o\u00f9 puritanisme et sorcellerie se donnent la main dans un sabbat fun\u00e8bre.<\/p>\n\n\n\n<p>La sorcellerie ici est musicale, et elle tient plut\u00f4t de l\u2019enchantement. Le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 des Wilson, une famille bourgeoise dont le p\u00e8re poss\u00e8de une entreprise de mat\u00e9riel a\u00e9ronautique t\u00e9moigne tr\u00e8s jeune de dons exceptionnels pour la musique. N\u00e9 au solstice d\u2019\u00e9t\u00e9 1942, il compose ses premiers titres au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, m\u00e9lange d\u00e9j\u00e0 subtil du rock\u2019n\u2019roll des pionniers (notamment Eddie Cochran, voisin de Bell Gardens) et d\u2019harmonies vocales qui paraissent tomb\u00e9es du ciel. Des chansons na\u00efves et entra\u00eenantes con\u00e7ues sous l\u2019influence des Four Freshmen, l\u2019un des premiers groupes de Surf-rock.<\/p>\n\n\n\n<p>Car 1961 est l\u2019ann\u00e9e de l\u2019\u00e9mergence du Surf-rock en Californie, puis dans tout le pays. Une musique inspir\u00e9e du rock\u2019n\u2019roll et du College rock des roucouleurs crant\u00e9s \u00e0 la Del Shannon, Ricky Nelson ou Frankie Avalon, mais avec en plus le soleil californien et le bercement des vagues. Le Surf-rock est une musique joyeuse pour adolescents heureux vivant un \u00e9t\u00e9 \u00e9ternel au paradis californien. Les premiers groupes ont pour noms Jan &amp; Dean, les Trashmen, les Surfaris, les Rivieras, les Ventures (versant instrumentale) et bient\u00f4t les Beach Boys.<\/p>\n\n\n\n<p>La basse \u00e9tant pr\u00e9pond\u00e9rante dans la Surf-music, Brian Wilson d\u00e9bute sur cet instrument et c\u2019est une affaire familiale puisque son fr\u00e8re Dennis, d\u00e9j\u00e0 play-boy athl\u00e9tique l\u00e0 o\u00f9 son a\u00een\u00e9 a une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 l\u2019ob\u00e9sit\u00e9, se met \u00e0 la batterie. Il est n\u00e9 le 4 d\u00e9cembre 1944 et a \u00e0 peine 18 ans quand le groupe est lanc\u00e9. Juste un peu plus vieux que Carl, le dernier des Wilson qui, n\u00e9 lui au solstice d\u2019hiver 1946, en a \u00e0 peine 16. Il commence par jouer les utilit\u00e9s puisque c\u2019est le cousin Mike Love qui fait la premi\u00e8re voix, au milieu d\u2019improvisations et d\u2019harmonies vocales constantes de tous les autres et, comme guitariste, ce sera Al Jardine, camarade de lyc\u00e9e de Brian et d\u00e9j\u00e0 musicien accompli dont la r\u00e9putation n\u2019est plus \u00e0 faire. C\u2019est donc Mike Love qui fait figure de doyen dans cette formation juv\u00e9nile&nbsp;: il 20 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Dennis qui aurait propos\u00e9 \u00e0 Brian d\u2019\u00e9crire sa premi\u00e8re chanson commercialisable en s\u2019inspirant des corps bronz\u00e9s d\u00e9fiant les vagues g\u00e9antes. C\u2019est \u00ab&nbsp;Surfin\u2019&nbsp;\u00bb, un prototype qui contient en g\u00e9sine toutes les premi\u00e8res chansons des Beach Boys&nbsp;: basse souple en avant, batterie m\u00e9tronome, guitare \u00ab&nbsp;twangy&nbsp;\u00bb \u00e0 la Duane Eddy, textes simplets \u00e9voquant les amours de plage et \u2013 le plus important \u2013 ces vocaux enchanteurs, en harmonie, avec force ouh ouh ouh et backing vocaux omnipr\u00e9sents. D\u00e9j\u00e0 la marque des Beach Boys, m\u00eame si le morceau doit beaucoup \u00e0 Chuck Berry.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019entregent du p\u00e8re Wilson, le disque sort chez une petite compagnie locale, Candix et, en d\u00e9cembre 1961, \u00ab&nbsp;Surfin\u2019&nbsp;\u00bb devient un hit non moins local. La r\u00e9putation du groupe leur vaut de faire un essai aux studios Capitol o\u00f9 le producteur Nik Venet leur fait enregistrer une autre des chansons que Brian a en r\u00e9serve&nbsp;: \u00ab&nbsp;Surfin\u2019 Safari&nbsp;\u00bb, et il est enthousiaste, pr\u00e9disant le succ\u00e8s aux jeunes imp\u00e9trants. C\u2019est exactement ce qui arrive, et les Beach Boys sont convi\u00e9s par le m\u00eame Venet \u00e0 mettre en bo\u00eete leur premier album chez Capitol \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1962. <em>Surfin\u2019 Safari<\/em> sort d\u00e9but octobre et les surfers se l\u2019arrachent, consid\u00e9rant l\u2019album comme une sorte de manifeste pour leur mode de vie h\u00e9doniste.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la vague du Surf-rock est en passe de refluer et Capitol exige des Beach Boys qu\u2019ils lui montrent autre chose. La multinationale am\u00e9ricaine va importer les Beatles aux \u00c9tats-Unis et c\u2019est d\u2019un succ\u00e8s international \u00e0 la Beatles qu\u2019elle r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me album, <em>Surfin\u2019 USA<\/em> (aussi appel\u00e9 <em>Finders Keepers<\/em>) est pr\u00eat en un mois et peut sortir en mai 1963. Un saut qualitatif par rapport au premier qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un brouillon. Brian Wilson compose la majeure partie de l\u2019album, mais il cosigne d\u00e9j\u00e0 certains morceaux avec des paroliers comme Charlie Christian et celui qui restera longtemps son alter ego, Gary Usher.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais plus qu\u2019un groupe \u00e0 albums, les Beach Boys sont des faiseurs de tubes et le single leur va \u00e0 ravir. Leurs trois premiers singles, issus des premiers albums, se vendent comme petits pains mais on n\u2019a encore rien vu et il faut attendre 1964 pour voir vraiment ce dont ils sont capables, des smash-hits comme \u00ab&nbsp;I Get Around&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Fun&nbsp;! Fun&nbsp;! Fun&nbsp;!&nbsp;\u00bb. <em>Surfer girl<\/em>, leur troisi\u00e8me album sorti en septembre 1963, s\u2019enrichit de m\u00e9lodies suaves (\u00ab&nbsp;In My Room&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Surfer Girl&nbsp;\u00bb) et de hits aussi efficaces qu\u2019enjou\u00e9s (\u00ab&nbsp;Little Deuce Coupe&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Catch A Wave&nbsp;\u00bb). Brian Wilson n \u2018en est plus aux niaiseries rythm\u00e9es du Surf-rock mais a subi l\u2019influence de Phil Spector, le producteur prodige qui, avec les Ronettes ou les Crystals, construit son mur du son, sa martingale pour obtenir un hit.<\/p>\n\n\n\n<p>Brian Wilson ne s\u2019est pas relev\u00e9 du \u00ab&nbsp;Be My Baby&nbsp;\u00bb qu\u2019il a \u00e9cout\u00e9 1000 fois sans en percer le myst\u00e8re. Il fera presque mieux avec \u00ab&nbsp;Don\u2019t Worry Baby&nbsp;\u00bb, m\u00eame m\u00e9lodie sublime, m\u00eame production grandiose, m\u00eame ch\u0153urs s\u00e9raphiques et m\u00eames envol\u00e9es lyriques. Deux hymnes au paradis bleu de l\u2019adolescence. Sa voie est trac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Une voie royale \u00e0 laquelle son paternel fait obstacle. Brian n\u2019a plus envie de tourner, supportant mal les voyages en avion et les clameurs des fans. Son r\u00eave, qu\u2019il r\u00e9alisera un peu plus tard, serait de composer toute la journ\u00e9e sur son piano, les casque sur les oreilles et les pieds dans un bac \u00e0 sable pour lui rappeler sensuellement la plage. Un Jean-S\u00e9bastien Bach au soleil qui tutoie les anges. Tel que Guy Pellaert l\u2019a portraitur\u00e9 dans sa chapelle sixties du rock&nbsp;: <em>Bye bye, bye bye baby bye bye<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire \u00e0 ce stade que le p\u00e8re Wilson lui fait la vie dure. Il s\u2019est improvis\u00e9 manager, terrorise ses fils et leur met une pression colossale. C\u2019est \u00e9videmment l\u2019a\u00een\u00e9, celui qui compose, qui est le plus tyrannis\u00e9, sans cesse rabaiss\u00e9 et humili\u00e9. Apr\u00e8s Spector et ses filles, on lui demande de faire mieux que les Beatles et, en g\u00e9nie productiviste, Brian Wilson fait presque mieux&nbsp;: <em>Shut down <\/em>(qui contient \u00ab&nbsp;Don\u2019t Worry Baby&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Fun Fun Fun&nbsp;\u00bb), <em>All summer long<\/em> (avec \u00ab&nbsp;All Summer Long&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;I Get Around&nbsp;\u00bb) pour l\u2019ann\u00e9e 1964, sans parler de leur <em>Christmas album<\/em> qui peut \u00eatre jou\u00e9 tous les matins de No\u00ebl avec celui de Phil Spector. Riche ann\u00e9e \u00e9galement c\u00f4t\u00e9 singles, qui les voit sortir des hits comme \u00ab&nbsp;Help Me Rhonda&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Do You Wanna Dance&nbsp;\u00bb. Avant les Byrds, les Beach Boys sont devenus les Beatles am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais d\u00e9j\u00e0, le mal couve et l\u2019ann\u00e9e 1965 sera celle o\u00f9 le g\u00e9nie flamboyant va commencer \u00e0 perdre pied. Sur le plan musical, les Beach Boys assurent plus que jamais avec rien moins que trois albums&nbsp;: <em>Beach Boys Today<\/em>, <em>Beach Boys Party<\/em> et le splendide <em>Summer days and summer nights<\/em> (juillet 1965) qui, avec des perles comme \u00ab&nbsp;California Girls&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Girl Don \u2018t Tell Me&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Amusement Park USA&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Salt Lake City&nbsp;\u00bb, pr\u00e9figure d\u00e9j\u00e0 les chefs-d\u2019\u0153uvre que seront <em>Pet Sounds<\/em> ou <em>Smiley Smile.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la fin 1964, Brian Wilson quitte une tourn\u00e9e europ\u00e9enne, rapatri\u00e9 apr\u00e8s s\u2019\u00eatre enferm\u00e9 dans sa chambre et avoir bu plus que de raison. D\u00e9but 1965, il pique une crise de nerfs dans un avion et commande au pilote de retourner \u00e0 Los Angeles. Presque un d\u00e9tournement. Rendu \u00e0 Los Angeles, il est en butte aux r\u00e9criminations de son p\u00e8re et ce sera sa premi\u00e8re d\u00e9pression nerveuse, qu\u2019il tentera de soigner \u00e0 coup de pilules d\u2019acide lysergique en guise d\u2019anti-d\u00e9presseurs. Mauvaise m\u00e9decine.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, les Beach Boys tentent de le remplacer par le chanteur Glenn Campbell et le pianiste canadien Bruce Johnston, qui va devenir membre du groupe \u00e0 part enti\u00e8re. Brian Wilson, lui, peut passer sa convalescence \u00e0 accoucher de ses futures merveilles, mais c\u2019est une autre histoire que l\u2019on contera peut-\u00eatre un jour. God only knows. On aura eu \u00ab&nbsp;Barbara Ann&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Then I Kissed Her&nbsp;\u00bb (toujours sous influence Spector) en hors-d\u2019\u0153uvre aux monuments sonores \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Brian Wilson pourra dire adieu au surf, au soleil et aux vagues et il va pouvoir entrer dans un long hiver.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;I believe you, Mr Wilson, I believe you anyway<br>And I&rsquo;m always thinking of you, When I hear your music play&nbsp;\u00bb.<\/em> John Cale, \u00ab&nbsp;Mister Wilson&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>25 janvier 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Beach Boys ont 60 ans. Il ne s\u2019agit pas ici de raconter leur histoire. Il y faudrait un livre, au moins en deux tomes si on entend faire un travail exhaustif. 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