{"id":2513,"date":"2022-02-03T19:36:03","date_gmt":"2022-02-03T18:36:03","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2513"},"modified":"2022-02-03T19:36:05","modified_gmt":"2022-02-03T18:36:05","slug":"gento-la-fleche-blanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2513","title":{"rendered":"GENTO: LA FL\u00c8CHE BLANCHE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"545\" height=\"682\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration166.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2515\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration166.jpg 545w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration166-240x300.jpg 240w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration166-479x600.jpg 479w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/illustration166-24x30.jpg 24w\" sizes=\"(max-width: 545px) 100vw, 545px\" \/><figcaption>Francisco Gento dans ses oeuvres, un grand d&rsquo;Espagne ! Wikipedia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019\u00e9tait l\u2019inamovible ailier gauche du Real Madrid des ann\u00e9es 1950 &#8211; 1960. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, le club aux couleurs blanches \u00ab&nbsp;merengues&nbsp;\u00bb, passait pour \u00eatre la vitrine du franquisme. Gento partageait avec le caudillo son pr\u00e9nom, Francisco. 18 saisons au Real et une fin de carri\u00e8re discr\u00e8te comme entra\u00eeneur dans des petits clubs, Gento sera nomm\u00e9 ambassadeur du Real en r\u00e9compenses \u00e0 sa longue carri\u00e8re au club. En parall\u00e8le, 43 s\u00e9lections en \u00e9quipe nationale, mais il n\u2019est pas de celle qui remporta le Championnat d\u2019Europe des Nations de 1964. Son seul regret, peut-\u00eatre\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis toujours demand\u00e9 pourquoi on disait \u00ab&nbsp;Rento&nbsp;\u00bb pour quelqu\u2019un dont le patronyme commen\u00e7ait par un G. J\u2019ai compris sur un tard que cela devait participer du m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne linguistique qui faisait prononcer Gand \u00ab&nbsp;Rent&nbsp;\u00bb aux flamands. Les invasions espagnoles, s\u00fbrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Francisco \u00ab&nbsp;Paco&nbsp;\u00bb Lopez, dit Gento, avait d\u00e9but\u00e9 sa carri\u00e8re au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950 au Racing de Santander. Il est originaire de la Cantabrie o\u00f9 il na\u00eet en octobre 1963. La Cantabrie, une province du Nord de l\u2019Espagne dont la capitale est justement Santander.<\/p>\n\n\n\n<p>Gento est donc un surnom, pris en l\u2019honneur du fils d\u2019un roi vandale \u2013 Genseric \u2013 ayant conquis l\u2019Espagne (ou l\u2019Ib\u00e9rie de l\u2019\u00e9poque) au V\u00b0 si\u00e8cle. Les invasions barbares avant les Conquistadors et le si\u00e8cle d\u2019or. Grandeur et d\u00e9cadence.<\/p>\n\n\n\n<p>Efficace \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre brillant, Gento est remarqu\u00e9 par les dirigeants du Real qui le font signer en 1954, justement l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 les Madril\u00e8nes remportent la coupe latine et o\u00f9, un an plus tard, le quotidien <em>l\u2019\u00c9quipe <\/em>et le magazine <em>France Football <\/em>lancent \u00e0 la fois la Coupe d\u2019Europe des clubs champions et le Soulier d\u2019or qui deviendra ballon d\u2019or. Un trait de g\u00e9nie \u00e0 cr\u00e9diter du chti, natif d\u2019Arras, Gabriel Hanot qui m\u00e8ne rondement l\u2019affaire avec le directeur de<em> l\u2019\u00c9quipe<\/em>, Jacques Goddet, et le directeur de la r\u00e9daction de <em>France Football<\/em>, Jacques Ferran. Une \u00e9preuve qui semble faite \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour le chatoyant Real et son onze de r\u00eave o\u00f9 Gento s\u2019est install\u00e9 pour longtemps \u00e0 l\u2019aile gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, le Real va remporter les 4 premi\u00e8res \u00e9ditions, avant de collectionner les titres europ\u00e9ens par la suite. Le Real du milieu des ann\u00e9es 1950, c\u2019est d\u2019abord une attaque meurtri\u00e8re avec comme avant-centre l\u2019Argentin Di Stefano, le divin chauve, son compatriote aussi dou\u00e9, l\u2019inter gauche Hector Rial et, \u00e0 droite, le petit ailier de poche Joseito, un fin technicien virevoltant et malin comme un singe. On trouve aussi \u00e0 l\u2019\u00e9poque des d\u00e9fenseurs solides qui ont pour noms Zarraga, Munoz ou Santamaria. C\u2019est la dream team de l\u2019\u00e9poque et le Stade de Reims d\u2019Albert Batteux se cassera deux fois les dents en finale contre l\u2019invincible armada. Raymond Kopa et Lucien Muller iront se vendre aux Madril\u00e8nes, s\u00fbrs au moins de remporter la coupe aux grandes oreilles sous le paletot blanc du Real.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard viendront le Hongrois Ferenc Puskas au pied gauche magique et le Castillan Luis Del Sol, l\u2019int\u00e9rieur droit \u00e0 la technique impressionnante, sans parler d\u2019Amancio, celui qui remplacera Kopa, retourn\u00e9 \u00e0 Reims, au poste d\u2019ailier droit.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, il faut bien dire que le jeu de Gento est assez st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9. Plut\u00f4t petit et trapu, l\u2019ailier gauche du Real aux cheveux cr\u00e9pus et au visage anguleux se contente souvent de longs d\u00e9boul\u00e9s sur son aile suivis de centres au cordeau qui trouvent souvent les Di Stefano, Puskas, Rial ou Del Sol dans la surface adverse. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e9volue la fl\u00e8che blanche, lanc\u00e9 \u00e0 100 \u00e0 l\u2019heure avec une vitesse fulgurante qui ne g\u00e8ne en rien sa conduite de balle. Car c\u2019est bien l\u00e0 les sp\u00e9cificit\u00e9s de Gento, sa vitesse de course et la puissance de ses centres. On peut quand m\u00eame lui reconna\u00eetre des qualit\u00e9s de dribbleur, mais ce n\u2019est pas Garrincha ou Ja\u00efrzinho, loin s\u2019en faut. C\u2019est plut\u00f4t un m\u00e9tronome, une fus\u00e9e, un avion qui lance des missiles assassins faisant mouche pour semer la panique et le d\u00e9sordre dans les d\u00e9fenses de toutes les \u00e9quipes ayant l\u2019outrecuidance de d\u00e9fier le grand Real.<\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps, il endosse la maillot rouge \u00e0 liser\u00e9s jaunes de la Roja o\u00f9 son jeu ne varie pas d\u2019un iota&nbsp;: longues courses lin\u00e9aires ponctu\u00e9es par des centres pr\u00e9cis. Mais Gento est aussi capable de d\u00e9cocher des tirs lointains, des 30 ou m\u00eame 40 m\u00e8tres, un peu dans le style de l\u2019ailier gauche de la Sele\u00e7ao P\u00e9p\u00e9, celui qui servait Pel\u00e9 et Coutinho de ses centres assassins.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, le Real c\u00e8de le sceptre aux rivaux catalans du Bar\u00e7a et aux Portugais de Benfica. L\u2019\u00e9quipe est toujours aussi s\u00e9duisante, mais ses vedettes vieillissent et il est temps de songer \u00e0 la rel\u00e8ve&nbsp;. Est-ce pour cette raison que Gento ne sera pas s\u00e9lectionn\u00e9 avec l\u2019\u00e9quipe d\u2019Espagne qui remportera le Championnat d\u2019Europe des Nations en battant l\u2019U.R.S.S (tenant du titre) en finale, en 1964. Il faut dire qu\u2019en 1960, Franco avait interdit \u00e0 la Roja de disputer un quart de finales contre les Russes, au nom de la lutte contre la l\u00e8pre du communisme international. Rancunier, le caudillo se souvient que la Russie de Staline s\u2019\u00e9tait port\u00e9e, de fa\u00e7on pas du tout d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e et avec des strat\u00e9gies tordues, au secours des R\u00e9publicains espagnols. Un peu de g\u00e9opolitique ne nuit pas quand on parle de football international.<\/p>\n\n\n\n<p>Gento a quand m\u00eame disput\u00e9 les coupes du monde de 1962 et 1966, m\u00eame si la Roja a \u00e9t\u00e9 par deux fois \u00e9limin\u00e9e au niveau des poules de qualification.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Real a quand m\u00eame de beaux restes, remportant la premi\u00e8re coupe intercontinentale, en 1960, aux d\u00e9pens des Uruguayens du Penarol Montevideo. Gento a encore l\u2019occasion de briller en inscrivant le cinqui\u00e8me but de son \u00e9quipe, au match retour \u00e0 Santiago Bernabeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux fois battus en finale, en 1962 contre Benfica et en 1964 contre l\u2019Inter de Milan, le Real reprend son titre en 1966, en battant les Yougoslaves du Partizan de Belgrade en finale, m\u00eame si cette ann\u00e9e-l\u00e0 ils ratent le titre national d\u2019un point, lequel \u00e9choit aux rivaux de l\u2019Atletico.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quipe a chang\u00e9 de physionomie avec des petits nouveaux. Outre Amancio, on peut admirer les talents conjugu\u00e9s des Pachin, Zocco, Pirri, Grosso, Velazquez et autres Sanchis. Gento fait figure de valeureux ancien symbolisant la continuit\u00e9 tranquille entre les deux \u00e9poques glorieuses du Real de Madrid, indomptable dans son antre de Bernabeu. Il est d\u2019ailleurs devenu capitaine, arborant fi\u00e8rement le brassard lui ayant \u00e9t\u00e9 remis par Di Stefano. Une sorte d\u2019adoubement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de 1967, le centre de gravit\u00e9 footballistique de l\u2019Europe s\u2019oriente au Nord. Les clubs latins d\u00e9clinent et laissent dominer les formations anglo-saxonnes. Les regards se tournent vers Glasgow et Manchester, bient\u00f4t Amsterdam et Munich, puis Liverpool. Le Real n\u2019est m\u00eame plus abonn\u00e9 aux places d\u2019honneur, et c\u2019est l\u2019Atletico qui dispute la finale de 1974 contre le Bayern.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis longtemps, Gento n\u2019est plus de la partie, honorant sa derni\u00e8re cape en \u00e9quipe nationale en 1969 et son ultime s\u00e9lection avec le Real deux ans plus tard, en 1971. C\u2019est l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 le Real dispute une finale de coupe d\u2019Europe, la Coupe d\u2019Europe des vainqueurs de coupe, contre les Londoniens de Chelsea. Une finale perdue qui voit Gento faire un dernier tour de piste avant de tirer sa r\u00e9v\u00e9rence, \u00e0 37 ans quand m\u00eame, une long\u00e9vit\u00e9 inhabituelle pour un joueur de champ.<\/p>\n\n\n\n<p>Gento aura collectionn\u00e9 les titres de champion d\u2019Espagne et de champion d\u2019Europe, les coupes d\u2019Espagne et les coupes du roi. Il aura \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 dans l\u2019\u00e9quipe de la FIFA en 1963 et class\u00e9 38\u00b0 au classement historique des buteurs du championnat d\u2019Espagne avec un total honorable de 128 buts.<\/p>\n\n\n\n<p>Il va entra\u00eener la r\u00e9serve du Real Madrid puis des \u00e9quipes modestes des divisions perdues espagnoles comme le CD Castellon, le CF Palencia ou, plus relev\u00e9, le Grenade CF qui sera sa derni\u00e8re aventure. Il pourra, on l\u2019a dit, devenir le fier ambassadeur des Merengues \u00e0 travers le monde, fort d\u2019un palmar\u00e8s impressionnant avec le Real&nbsp;: 6 coupes d\u2019Europe, deux coupes latines, une coupe intercontinentale, 12 titres de champion d\u2019Espagne et deux coupes d\u2019Espagne. De quoi s\u2019\u00e9teindre avec le sens du devoir accompli, ce qu\u2019il ne manqua pas de faire le 18 janvier 2022, \u00e0 l\u2019\u00e2ge canonique de 88 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Gento a pu ainsi troquer son maillot blanc immacul\u00e9 contre un linceul de la m\u00eame couleur. Puisse-t-il retrouver ses amis Di Stefano, Puskas, Del Sol ou Kopa au paradis des gentlemen footballeurs, o\u00f9 il sera accueilli \u00e0 bras ouverts. Viva Francesco Paco Lopez, l\u2019inoubliable Gento, dont j\u2019avais du mal \u00e0 suivre les courses folles sur mon \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision dans les finales de coupes d\u2019Europe de mon enfance. Tellement il allait vite et tant il frappait fort.<\/p>\n\n\n\n<p>Gento, la fl\u00e8che blanche, un grand d\u2019Espagne&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>23 janvier 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait l\u2019inamovible ailier gauche du Real Madrid des ann\u00e9es 1950 &#8211; 1960. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, le club aux couleurs blanches \u00ab&nbsp;merengues&nbsp;\u00bb, passait pour \u00eatre la vitrine du franquisme. 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