{"id":2611,"date":"2022-04-08T16:08:16","date_gmt":"2022-04-08T14:08:16","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2611"},"modified":"2022-04-08T16:08:18","modified_gmt":"2022-04-08T14:08:18","slug":"gerard-lanners-et-bouli-depardieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2611","title":{"rendered":"G\u00c9RARD LANNERS ET BOULI DEPARDIEU"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>On cause pas beaucoup cin\u00e9ma dans ce blog. Rappelons qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine consacr\u00e9 au rock, au football, \u00e0 la litt\u00e9rature et au social (devenu de plus en plus politique au fil du temps). Mais on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 d\u2019expos, de presse ou de th\u00e9\u00e2tre. Alors pourquoi pas\u00a0?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 ma droite, G\u00e9rard Gropardieu, comme on dit \u00e0<em> Groland<\/em>, colossal acteur qui tient un film \u2013 <em>Robuste<\/em> \u2013 gr\u00e2ce \u00e0 son corps, \u00e0 sa pr\u00e9sence et \u00e0 l\u2019\u00e9motion qu\u2019il d\u00e9gage. \u00c0 ma gauche, Bouli Lanners, le Belge qu\u2019on aime bien, que ce soit l\u2019acteur ou le r\u00e9alisateur. L\u2019un et l\u2019autre humains, attendrissants et sensibles. De Lanners, <em>L\u2019ombre d\u2019un mensonge<\/em> qui est son cinqui\u00e8me long m\u00e9trage, et on avait d\u00e9j\u00e0 pu appr\u00e9cier de lui <em>Eldorado <\/em>ou<em> Les G\u00e9ants<\/em>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bouli Lanners futur Depardieu&nbsp;? On ne lui souhaite pas&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>ROBUSTE <\/em>de Constance MEYER, avec G\u00e9rard DEPARDIEU et D\u00e9borah LUKUMUENA.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord l\u2019histoire bross\u00e9e \u00e0 gros traits, et on est s\u00fbrs de ne pas \u00ab&nbsp;spoiler&nbsp;\u00bb le film tant il ne s\u2019y passe pas grand-chose du point de vue du sc\u00e9nario, ce qui n\u2019est pas sans provoquer parfois un ennui diffus. Une star de cin\u00e9ma vieillissante appel\u00e9e Georges (on devine qui \u00e7a peut \u00eatre), vit seul et d\u00e9pass\u00e9 par le monde qui l\u2019entoure. Il s\u2019empiffre \u00e0 longueur de journ\u00e9es et, la nuit, il souffre d\u2019insomnies et de crises de tachycardie. Son garde du corps, factotum, secr\u00e9taire et bien d\u2019autres choses, Lalou, doit le quitter quelques semaines pour aller dans son pays enterrer son p\u00e8re. Incapable de rester seul, l\u2019acteur demande \u00e0 son agent de lui trouver un rempla\u00e7ant. Ce sera une rempla\u00e7ante, une championne de lutte sp\u00e9cialiste de la s\u00e9curit\u00e9 (des individus et des p\u00e9rim\u00e8tres), en surpoids elle aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e du film, ou plut\u00f4t la fausse bonne id\u00e9e de la r\u00e9alisatrice (dont c\u2019est le premier film) est de saisir tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette rencontre de deux univers a priori \u00e9trangers l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. A\u00efssa (la rempla\u00e7ante) est une sportive, une fonceuse, une force de la nature peu encline aux \u00e9tats d\u2019\u00e2me et \u00e0 l\u2019auto-apitoiement. Son amant, ou son \u00ab&nbsp;boyfriend&nbsp;\u00bb plut\u00f4t, a l\u2019air d\u2019un type assez l\u00e9ger qui l\u2019aime \u00e0 sa fa\u00e7on et l\u2019une des sc\u00e8nes les plus int\u00e9ressantes du film est l\u2019intrusion de Georges dans un restaurant chinois o\u00f9 A\u00efssa d\u00eene avec son petit ami&nbsp;; l\u2019acteur d\u00e9barquant l\u00e0 comme un chien dans un jeu de quilles et obligeant celui-ci \u00e0 avouer qu\u2019il n\u2019aime pas vraiment cette femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de sc\u00e8nes semblent facultatives, notamment ces combats de lutte et ces s\u00e9ances d\u2019entra\u00eenement qui ne visent qu\u2019\u00e0 mettre en \u00e9vidence l\u2019amiti\u00e9 entre A\u00efssa et une jeune sportive aussi t\u00e9nue et fine qu\u2019elle est forte et massive. Plus les sempiternelles fugues d\u2019un acteur qui s\u2019ennuie&nbsp;; un ennui profond qui cr\u00e8ve l\u2019\u00e9cran. H\u00e9las.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand m\u00e9rite du film est de nous proposer le portrait touchant d\u2019un acteur vieillissant, malheureux et compl\u00e8tement largu\u00e9. Un grand gosse (un gros gosse plut\u00f4t), un gamin perdu qui transpire, qui hal\u00e8te, qui souffle, qui souffre. Il loupe ses rendez-vous, rate des tournages (ce qui lui vaut des proc\u00e8s avec dommages et int\u00e9r\u00eats), manque \u00e0 ses obligations. Il veut juste qu\u2019on lui foute la paix ou \u2013 variante \u2013 qu\u2019on le laisser crever. Seule la cuisine et la bouffe ne sont pas n\u00e9glig\u00e9es, pas plus que ses fugues nocturnes o\u00f9 il part se saouler dans tous les troquets de passage. Et sa moto qui lui vaut des accidents, et des agressions. Et sa piscine o\u00f9 il s\u2019\u00e9broue comme un hippopotame. Une sorte de d\u00e9b\u00e2cle \u00e0 la fois physique et mentale, avec parfois quelques fulgurances po\u00e9tiques dont il est encore capable, comme des \u00e9clairs fugaces dans un ciel de plomb.<\/p>\n\n\n\n<p>On a beau savoir les pires choses sur lui, son exil fiscal, ses propos de caf\u00e9 du commerce, sa grande gueule qu\u2019il ferait bien de fermer, ses c\u00f4t\u00e9s voyou et brute \u00e9paisse, ses relations contestables et ses admirations ind\u00e9fendables (suivez mon regard)&nbsp;; on ne peut s\u2019emp\u00eacher de l\u2019aimer le gros G\u00e9rard (puisque aussi bien c\u2019est lui, autant le nommer une bonne fois pour toutes).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat du film, si on veut bien lui en trouver un, c\u2019est cette cohabitation des corps, car son corps \u00e0 elle est aussi probl\u00e9matique&nbsp;: peu f\u00e9minin, hors norme, difficile, en dehors des canons de la beaut\u00e9. Deux corps qui d\u2019abord s\u2019\u00e9vitent, se flairent, se reniflent pour finalement s\u2019apprivoiser, int\u00e9grer leurs volumes, s\u2019\u00e9pauler, s\u2019appr\u00e9cier, lui apprenant d\u2019elle et elle apprenant de lui. Il en fait sa baby-sitter, sa nurse et sa petite s\u0153ur, voire sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re sc\u00e8ne est, comme attendu, une sc\u00e8ne de tournage dans un ch\u00e2teau avec un dialogue amoureux entre l\u2019acteur et une jeune femme qui lui donne la r\u00e9plique. L\u00e0, on voit Depardieu, son gros bide, ses bajoues, son gros pif et ses jambes \u00e9l\u00e9phantesques qui devient un \u00eatre de gr\u00e2ce et de po\u00e9sie. Quand la b\u00eate souffrante et \u00e9cumante se fait homme, acteur \u00e9mouvant, sensible et terriblement humain. Car c\u2019est aussi \u00e7a Depardieu. Une institution branlante mais un monument du cin\u00e9ma fran\u00e7ais quand il daigne se tenir debout.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au film, sa vision est dispensable, malgr\u00e9 de bons moments.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019OMBRE D\u2019UN MENSONGE de Bouli LANNERS, avec Bouli LANNERS, Michele FAIRLEY \u2013 Clovis CORNILLAC&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"717\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-717x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2613\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-717x1024.jpg 717w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-210x300.jpg 210w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-768x1097.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-1075x1536.jpg 1075w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-1434x2048.jpg 1434w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-1400x2000.jpg 1400w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-1120x1600.jpg 1120w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-840x1200.jpg 840w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-630x900.jpg 630w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-420x600.jpg 420w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182-21x30.jpg 21w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/illustration182.jpg 1792w\" sizes=\"(max-width: 717px) 100vw, 717px\" \/><figcaption>L&rsquo;afffiche du film. Michelle et Bouli, the couple of the year !<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00eele de Lewis, une petite \u00eele \u00e9cossaise, pas tr\u00e8s loin d\u2019Inverness. Au Nord de l\u2019\u00c9cosse ou au sud de nulle part, comme on veut. Phil, le personnage principal incarn\u00e9 par Bouli Lanners, travaille dans une ferme \u00e0 poser des piquets et \u00e0 r\u00e9parer des cl\u00f4tures avec le petit-fils du propri\u00e9taire&nbsp;; de temps en temps, il sort le cadavre d\u2019un mouton qui s\u2019est noy\u00e9. On apprend par la suite que Phil est Belge et qu\u2019il s\u2019est enfui de chez ses parents \u00e0 la suite d\u2019une ultime dispute avec son p\u00e8re. Il a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019installer sur cette \u00eele dont il a entendu parler&nbsp;; cette \u00eele battue par les vents et par la pluie et qui est pour lui synonyme de terre vierge, de terra incognita, de nouveau d\u00e9part, de libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res images nous font penser aux romans de Michel D\u00e9on ayant pour cadre l\u2019Irlande. La pluie, le vent, l\u2019\u00e9glise, le r\u00e9v\u00e9rend, le patriarche gentleman-farmer, son fils, son petit-fils et sa fille Emily. Sa fille incarn\u00e9e par la myst\u00e9rieuse Michele Fairley, une actrice irlandaise qu\u2019on a pu voir dans des s\u00e9ries comme <em>Games of throne<\/em> ou <em>24 heures chrono<\/em>. Un visage taill\u00e9 \u00e0 coups de serpe, pommettes saillantes et regard d\u2019oiseau de proie. Une beaut\u00e9 sombre, difficile. Elle s\u2019habille en noir, chapeau compris, pour assister aux offices protestants et tient le r\u00f4le de ma\u00eetresse de maison \u00e0 la ferme. Les gens du village l\u2019appellent \u00ab&nbsp;le gla\u00e7on&nbsp;\u00bb pour une r\u00e9serve qui tient de la froideur.<\/p>\n\n\n\n<p>Phil est victime d\u2019un AVC et s\u2019est effondr\u00e9 sur la plage, comme un animal marin rejet\u00e9 par la vague. On apprend longtemps apr\u00e8s que c\u2019est son deuxi\u00e8me et qu\u2019il en avait d\u00e9j\u00e0 fait un en Belgique. Emily se signale \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019Inverness comme \u00e9tant sa r\u00e9f\u00e9rente et elle servira de chauffeur \u00e0 un Phil devenu amn\u00e9sique. Il reprend son boulot et ses habitudes, sauf qu\u2019il a h\u00e9rit\u00e9 d\u2019un chien dont il n\u2019a aucun souvenir et, surtout, qu\u2019il a maintenant une femme qui veille sur lui. Il n\u2019en garde le souvenir que de la fille de son patron, pas tr\u00e8s bienveillante nagu\u00e8re \u00e0 son \u00e9gard, pas sp\u00e9cialement chaleureuse envers lui.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient cette ombre d\u2019un mensonge dont on ne dira rien de plus, sous peine de d\u00e9voiler une intrigue subtile et pleine de myst\u00e8re. Ajoutons que le fr\u00e8re de Phil, Beno\u00eet, rapplique de sa Belgique natale pour inciter son fr\u00e8re \u00e0 repartir avec lui. C\u2019est Clovis Cornillac qu\u2019on appr\u00e9cie moyennement mais qui est ici convaincant. Des fr\u00e8res ennemis, en conflit ouvert et n\u2019ayant pas eu le m\u00eame rapport avec un p\u00e8re autoritaire et taiseux.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond, une putain d\u2019histoire d\u2019amour&nbsp;! \u00c9mouvante et tendre, \u00e0 l\u2019image du r\u00e9alisateur qui trimballe sa carcasse couverte de tatouages comme une \u00e2me en peine, un c\u0153ur en exil. Lanners a un c\u00f4t\u00e9 Pierrot lunaire en m\u00eame temps qu\u2019animal, grosse boule de chair velue qui appelle l\u2019affection. C\u2019est un tendre et \u00e7a se voit, un hyper-sensible sous des dehors bourrus, un nounours triste et inconsolable. Son cin\u00e9ma est comme lui, affectif et sans appr\u00eat, fraternel, d\u00e9licat et pudique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les images sont superbes et une m\u00e9lancolie poisseuse s\u2019en d\u00e9gage avec la mer gris-bleue, les nuages sombres et bas, les verts p\u00e2turages, les falaises abruptes et les moutons blancs. On entend presque chanter Ferrat&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;<\/em><em>raconte-moi la mer, dis-moi le go\u00fbt des algues \/ et le bleu et le vert qui dansent sur les vagues&nbsp;\u00bb. <\/em>Air connu.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne se passe pas grand-chose non plus sur l\u2019\u00e9cran et les p\u00e9rip\u00e9ties sont rares mais, l\u00e0 o\u00f9 on peut le d\u00e9plorer pour <em>Robuste<\/em>, on en est presque \u00e0 s\u2019en f\u00e9liciter pour <em>L\u2019ombre d\u2019un mensonge<\/em>, avec une sorte de gr\u00e2ce qui plane tout du long d\u2019un film nous laissant \u00e0 la fin au bord des larmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Merci pour tout, \u00ab&nbsp;Wooly&nbsp;\u00bb Bouli&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La version anglaise du film a pour titre <em>Nobody has to know<\/em>, titre encore plus explicite.<\/p>\n\n\n\n<p><em>6 avril 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On cause pas beaucoup cin\u00e9ma dans ce blog. Rappelons qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine consacr\u00e9 au rock, au football, \u00e0 la litt\u00e9rature et au social (devenu de plus en plus politique au fil du temps). Mais on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 d\u2019expos, de presse ou de th\u00e9\u00e2tre. 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