{"id":2697,"date":"2022-05-20T19:05:09","date_gmt":"2022-05-20T17:05:09","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2697"},"modified":"2022-05-20T19:05:11","modified_gmt":"2022-05-20T17:05:11","slug":"lis-cha-gamin-cest-du-belge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2697","title":{"rendered":"LIS CHA G\u00c2MIN, C\u2019EST DU BELGE!"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration200.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2698\" width=\"577\" height=\"807\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration200.jpg 236w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration200-215x300.jpg 215w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration200-21x30.jpg 21w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>Lagaffe par Franquin, avec Spirou et Fantasio. \u00c9ditions Dupuis \u00e0 Marcinelle (B).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong><em>Moi je suis un fana des bandes dessin\u00e9es,<\/em> chantait jadis Guy Marchand dans les \u00e9missions de vari\u00e9t\u00e9 de Jean-Christophe Averty. J\u2019\u00e9tais aussi un fana dans mon enfance, mais de la Bande dessin\u00e9e belge presque exclusivement. Celle des \u00e9ditions Casterman de Bruxelles avec <em>Le journal de Tintin<\/em> et surtout des \u00e9ditions Dupuis \u00e0 Marcinelle avec<em> Le journal de Spirou<\/em>. Sans parler du franco-belge <em>Record<\/em> avec d\u00e9j\u00e0 le Goscinny d\u2019avant <em>Pilote<\/em>, dont on parlera une prochaine fois. <em>Pilote <\/em>qui justement a succ\u00e9d\u00e9 aux Belges avant que <em>Charlie Hebdo <\/em>et les publications des \u00e9ditions du Square ne rangeassent le m\u00eame <em>Pilote<\/em> aux oubliettes. Encore une passion, mais pas chronique celle-l\u00e0, la plupart des B.D modernes me tombent des mains.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais 7 ans et d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019on appelait l\u2019\u00e2ge de raison quand les bandes dessin\u00e9es que les cur\u00e9s nous mettaient en main ne m\u2019int\u00e9ressaient que peu. Les <em>Fripounet Marisette<\/em>, <em>Perlin et Pimpin<\/em> et autres <em>Sylvain et Sylvette<\/em> ne m\u2019arrachaient pas le moindre sourire et ces r\u00e9cits laborieux m\u2019endormaient. Les pr\u00eatres nous mettaient en garde contre des publications communistes \u2013 rien que \u00e7a \u2013 comme <em>Vaillant<\/em>, qui publiait \u00e0 l\u2019\u00e9poque <em>Pif le chien<\/em> ou le <em>Gai luron<\/em> de Gotlib. Le diable \u00e9tait donc dissimul\u00e9 sous les dehors de chiens d\u00e9pressifs ou farceurs. Vade r\u00e9tro&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement, ma vie allait changer avec la bande dessin\u00e9e belge. D\u2019abord <em>Le journal de Tintin<\/em>. Tout le monde connaissait Tintin et j\u2019en avais d\u00e9j\u00e0 lu, sans jamais devenir un tintinophile distingu\u00e9. Mais il y avait aussi le cow-boy <em>Chic<\/em><em>k<\/em><em> Bill <\/em>(avec le bandit Kid Ordin), le perroquet <em>Coconut<\/em>, <em>Blake et Mortimer<\/em>, Ric Hochet ou <em>Quick et Flupke<\/em>. <em>Le journal de Tintin<\/em> avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1946 par Andr\u00e9 Sinave en collaboration avec Herg\u00e9 et on pouvait y lire en feuilleton les aventures de <em>Blake et Mortimer<\/em>, d\u2019Edgar P. Jacobs, <em>Alix le Gaulois<\/em> de Jacques Martin ou <em>Quick et Flupke<\/em> du m\u00eame Herg\u00e9. Le journal, comme les albums de Tintin, \u00e9taient publi\u00e9s par les \u00e9ditions du Lombard avant le groupe Casterman.<\/p>\n\n\n\n<p>Bob De Moor fut le premier vrai r\u00e9dacteur en chef du <em>Journal de Tintin<\/em> et il fit venir de nouveaux dessinateurs dans les ann\u00e9es 1950&nbsp;: Goscinny et Uderzo pour <em>Oumpah Pah<\/em>, Tibet pour <em>Chick Bill<\/em> et <em>Ric Hochet<\/em> ou Jean Graton avec<em> Michel Vaillant<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit du succ\u00e8s international du Tintin de Herg\u00e9, <em>Le journal de Tintin <\/em>est s\u00e9rieusement concurrenc\u00e9 par un autre journal pour enfants n\u00e9 lui aussi en 1946 (m\u00eame s\u2019il existait d\u00e9j\u00e0 une premi\u00e8re version avant-guerre), il s\u2019agit du<em> Journal de Spirou<\/em>, le nom d\u2019un petit groom \u00e0 qui il arrive des tas d\u2019aventures. Un spirou, en patois wallon, est un garnement, un sale gamin.<\/p>\n\n\n\n<p>De Moor sent le vent du boulet et il va d\u00e9baucher des dessinateurs de la maison d\u2019en face, Andr\u00e9 Franquin d\u2019abord, qui reviendra chez <em>Spirou<\/em> pour y faire vivre son Gaston Lagaffe, et Greg qui, lui, transportera son <em>Achille Talon <\/em>chez les Fran\u00e7ais de <em>Pilote <\/em>dont il sera un moment r\u00e9dacteur en chef.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire que <em>Spirou<\/em> et son journal sont beaucoup plus int\u00e9ressants, dr\u00f4les et irr\u00e9v\u00e9rencieux que <em>Tintin<\/em>, toujours un peu coinc\u00e9 pour un jeune lectorat sous emprise catholique. On y trouve \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je le lis <em>Lucky Luke<\/em>, de Morris (avant d\u2019\u00eatre rejoint par Goscinny),<em> Johan et Pirlouit<\/em> du g\u00e9nial Peyo inventeur des Schtroumphs, <em>Barbe noire <\/em><em>et le vieux Nick<\/em>, de Remacle, sans compter <em>Marc Dacier<\/em>, <em>la Patrouille des castors<\/em>, <em>Gil Jourdan<\/em> et tant d\u2019autres. \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je l\u2019ai lu (1961 \u00e0 1965 en gros), les r\u00e9dacteurs en chef \u00e9taient Jan De Moor (qui signait ses B.D Jidehem) puis Yvan Delporte, sc\u00e9nariste inspir\u00e9 pr\u00eatant main forte \u00e0 tous les dessinateurs en mal d\u2019inspiration. Gir ou Giraud, futur Moebius, dessinait<em> Jerry Spring<\/em> quand Franquin \u00e9tait revenu avec un Lagaffe irr\u00e9sistible et il cr\u00e9ait aussi <em>Spirou et Fantasio<\/em> (avec Jidehem). Pour la petite histoire, Franquin avait pris la suite de Jij\u00e9 qui avait lui-m\u00eame remplac\u00e9 Rob-Vel pour une bande dessin\u00e9e bourr\u00e9e d\u2019humour et d\u2019invention. Sinon, Roba dessinait Boule et Bill, un enfant et son chien moyennement amusants, mais il \u00e9tait bien meilleur avec <em>Beno\u00eet Brisefer<\/em>, un gamin de Charleroi toujours fourr\u00e9 dans des aventures p\u00e9rilleuses.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le journal de Spirou<\/em> \u00e9tait donc mon journal favori et je d\u00e9laissais les vieux raseurs comme <em>l\u2019oncle Paul <\/em>ou<em> Buck Danny <\/em>pour me d\u00e9lecter de mes trois auteurs favoris&nbsp;: Morris, Peyo et Remacle sur lesquels il n\u2019est pas inutile de revenir. Morris, son far-west et ses l\u00e9gendes&nbsp;; Peyo et son Moyen-\u00e2ge f\u00e9erique et Remacle et ses pirates des 7 mers. On s\u2019amusait en s\u2019instruisant, \u00e0 moins que ce ne soit l\u2019inverse, mais on riait beaucoup et le journal nous transportait dans un monde fantastique qui nous faisait oublier nos tristes r\u00e9alit\u00e9s scolaires.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Lucky Luke<\/em> d\u2019abord. Le cow-boy solitaire qui tirait plus vite que son ombre. Son cheval Jolly Jumper, son chien Ran tan plan, le plus b\u00eate de l\u2019ouest, et ses ennemis jur\u00e9s, les quatre cousins Dalton (puisque les vrais n\u2019avaient pas ces pr\u00e9noms-l\u00e0). Morris a commenc\u00e9 seul pendant une dizaine d\u2019albums, et pas les plus mauvais, avant que Ren\u00e9 Goscinny ne prenne en main le sc\u00e9nario pour des albums plus didactiques sur l\u2019ouest am\u00e9ricain et ses l\u00e9gendes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier album, <em>Sous le ciel de l\u2019Oklahoma<\/em>, est quelconque, mais peu \u00e0 peu apparaissent les th\u00e8mes majeurs de la s\u00e9rie&nbsp;: tous les aspects de la conqu\u00eate de l\u2019ouest am\u00e9ricain vus \u00e0 travers la lutte entre le bien et le mal. Le bien, le cow-boy nonchalant qui fait triompher le droit et la justice, et le mal avec une armada de desperados \u2013 r\u00e9els ou fictifs &#8211; parmi lesquels Billy The Kid, Jesse James, Calamity Jane, Pat Poker et le juge Roy Bean. Et les Dalton bien s\u00fbr, avec Averell, le plus grand et le plus idiot, Joe le teigneux&nbsp;; les autres, Jack et William, \u00e9tant plut\u00f4t des faire-valoirs. Les \u00e9pisodes les plus croustillants ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s au milieu des ann\u00e9es 1960&nbsp;: <em>En remontant le Mississippi,<\/em> <em>Les collines noires <\/em>ou<em>La Caravane, plus <\/em><em>Les Dalton se rach\u00e8tent.<\/em> On passera aussi la fronti\u00e8re canadienne avec <em>Les Dalton dans le Blizzard<\/em> et la fronti\u00e8re mexicaine avec <em>Tortilla pour les Dalton<\/em>. L\u2019arriv\u00e9e de Goscinny au sc\u00e9nario am\u00e8nera beaucoup d\u2019humour et d\u2019ironie \u00e0 la B.D, mais l\u2019effort de documentation est consid\u00e9rable du d\u00e9but \u00e0 la fin et les amateurs de Western et les r\u00eaveurs d\u2019Am\u00e9rique s\u2019y retrouveront.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Johan<\/em> est une sorte de jouvenceau, preux chevalier toujours pr\u00eat \u00e0 sortir l\u2019\u00e9p\u00e9e pour d\u00e9fendre la veuve et l\u2019orphelin. <em>Pirlouit<\/em> est un nain joyeux d\u00e9barqu\u00e9 en cours de s\u00e9rie (<em>Le lutin du bois aux roches<\/em>). Les deux forment un duo cocasse qui s\u2019attaque aux m\u00e9chants nobliaux, aux pseudo-magiciens, aux courtisans hypocrites et aux soudards de toutes les arm\u00e9es. Ils sont au service d\u2019un roi d\u00e9bonnaire qui s\u2019ennuie en son ch\u00e2teau o\u00f9 il ne se passerait pas grand-chose, n\u2019\u00e9tait la pr\u00e9sence de nos h\u00e9ros.<\/p>\n\n\n\n<p>Peyo dessine seul, et on lui doit l\u2019intrusion des Schtroumphs dans l\u2019\u00e9pisode des <em>La guerre des 7 fontaines<\/em> (puis <em>La fl\u00fbte \u00e0 six schtroumphs<\/em>). L\u00e0 aussi, le meilleur se situe au milieu des ann\u00e9es 1960 avec<em> L\u2019anneau des Castellac<\/em> et <em>Le pays maudit<\/em>. Peyo brasse joyeusement tous les clich\u00e9s de l\u2019imaginaire m\u00e9di\u00e9val&nbsp;: sorci\u00e8res, nobles cruels, fant\u00f4mes, magiciens, troubadours, roitelets d\u2019op\u00e9rette, bandits de grand chemin, gentes dames et nobles seigneurs. C\u2019est toujours jouissif et on en redemande. Se m\u00e9fier des derni\u00e8res \u00e9ditions qui sont l\u00e0 uniquement pour surfer sur la marque.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, <em>Barbe noire et Le vieux Nick<\/em>, de Remacle. Le monde de la piraterie avec un forban (barbe noire) toujours contrari\u00e9 par un serviteur, encore une fois, du bien et de la justice en la personne chenue du Vieux Nick, un corsaire au service du roi. On pense \u00e0 Stevenson, \u00e0 Kipling, \u00e0 Poe et tous ces r\u00e9cits de marins et de batailles navales. On pense aussi au <em>Pepito<\/em> de Luciano Bottaro et des bandes dessin\u00e9es de l\u2019in\u00e9narrable Benito Jacovitti (<em>Coco Bill<\/em>, entre autres). C\u2019est assez dire le niveau et \u00e0 quel point on rigole avec ces vieux loups de mer et ces pirates des Cara\u00efbes toujours en qu\u00eate d\u2019un tr\u00e9sor quelque part dans les \u00eeles.<\/p>\n\n\n\n<p>On aurait pu parler plus longuement de <em>La patrouille des castors <\/em>ou de <em>Jerry Spring<\/em>, mais il faut bien avouer qu\u2019on en a pas gard\u00e9 grand souvenir. On se souvient en revanche des auteurs&nbsp;: Jean-Michel Charlier pour les castors et Jean Giraud pour<em> Jerry Spring<\/em>, des signatures qui s\u2019imposeront dans l\u2019univers de la bande dessin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait aussi le franco-belge <em>Record<\/em>, plut\u00f4t magazine pour jeunes un peu niais o\u00f9 on pouvait n\u00e9anmoins lire les hilarantes aventures de <em>Max l\u2019explorateur<\/em>, de Guy Bara, et les premi\u00e8res planches du <em>Grand Vizir Iznogoud<\/em>, de Jean Tabary et Goscinny (au sc\u00e9nario comme toujours). <em>Record <\/em>\u00e9tait un mensuel qui flattait les engouements d\u2019une jeunesse \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb avec des h\u00e9ros pilotes de ligne ou coureurs automobiles. Autant dire qu\u2019on n\u2019\u00e9tait pas fans.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques bandes dessin\u00e9es seront reprises par <em>Pilote<\/em>, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019industrie d\u2019un Ren\u00e9 Goscinny qui lancera le magazine d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1950, avec <em>Asterix et Obelix<\/em> en vedette. Il en sera le directeur entour\u00e9 de r\u00e9dacteurs en chef comme Charlier, Greg puis Vidal. Avec le grand Marcel Gotlib, Mandryka, Alexis, Sol\u00e9, Bretecher, Moebius, Druillet, Fred, Lob, Christin et M\u00e9zi\u00e8re et on en passe. Sans parler des transfuges du premier <em>Hara Kiri <\/em>comme G\u00e9b\u00e9, Cabu ou Reiser. Mais c\u2019est Dargaud et c\u2019est fran\u00e7ais, donc hors-sujet pour ce qui nous occupe.<\/p>\n\n\n\n<p>On reparlera de <em>Pilote<\/em> une prochaine fois, \u00ab&nbsp;le journal qui s\u2019amuse \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir&nbsp;\u00bb, un journal qu\u2019on a lu \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, vite remplac\u00e9 par mon <em>Charlie Hebdo<\/em> et les \u00e9ditions du Square. Mais c\u2019est une autre histoire, comme dit l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Moi je suis un fana des bandes dessin\u00e9es, c\u2019est mieux qu\u2019la t\u00e9l\u00e9, c\u2019est mieux qu\u2019le cin\u00e9<\/em> (air connu).<\/p>\n\n\n\n<p><em>11 mai 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Moi je suis un fana des bandes dessin\u00e9es, chantait jadis Guy Marchand dans les \u00e9missions de vari\u00e9t\u00e9 de Jean-Christophe Averty. J\u2019\u00e9tais aussi un fana dans mon enfance, mais de la Bande dessin\u00e9e belge presque exclusivement. 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