{"id":2706,"date":"2022-05-20T20:15:17","date_gmt":"2022-05-20T18:15:17","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2706"},"modified":"2022-05-20T20:15:19","modified_gmt":"2022-05-20T18:15:19","slug":"punk-rock-45-ans-et-des-poussieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2706","title":{"rendered":"PUNK-ROCK : 45 ANS ET DES POUSSI\u00c8RES"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"800\" height=\"533\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration203.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2708\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration203.jpg 800w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration203-300x200.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration203-768x512.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration203-600x400.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/illustration203-30x20.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Les Pistols au Paradiso d&rsquo;Amsterdam en 1977 &#8211; Wikipedia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Apr\u00e8s Lester Bangs la fois derni\u00e8re, proph\u00e8te du punk, il nous a sembl\u00e9 pertinent de revenir sur cette p\u00e9riode de chaos. Disons plut\u00f4t un moment, que l\u2019on peut dater de l\u2019automne 1976 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1977. 1977 qui restera la grande ann\u00e9e punk, comme 1967 avait \u00e9t\u00e9 l\u2019ann\u00e9e hippie dix ans auparavant. Un petit voyage \u00e0 Londres et \u00e0 New York, les sc\u00e8nes o\u00f9 l\u2019action (et il y en a eu) s\u2019est jou\u00e9e. La sc\u00e8ne punk \u00e0 travers quelques groupes m\u00e9morables qui ont bott\u00e9 le cul des baba-cools et \u00e9crit un nouveau langage musical tout de bruit et de fureur.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pop music avec ses tendances hard-rock, blues boom, acide rock ou rock progressif s\u2019\u00e9tait enlis\u00e9e dans la grandiloquence et la pompe. Des b\u00e2illements nous venaient \u00e0 la lecture de la presse rock du milieu des ann\u00e9es 1970&nbsp;: Yes, les Stones, le Jefferson Starship, Emerson Lake &amp; Palmer, Genesis, Pink Floyd, Led Zeppelin, les Stones ou Jethro Tull. Le grand cirque pop d\u00e9ployait son chapiteau dans toutes les villes du monde aux simples fins de passer la monnaie (\u00ab&nbsp;money&nbsp;\u00bb, comme ils chantaient).<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9sistance s\u2019organisait. D\u2019abord \u00e0 Londres, comme d\u2019habitude, avec la sc\u00e8ne pub-rock des Doctor Feelgood, Eddie &amp; The Hot Rods, Ducks Deluxe et autres Kilburn &amp; the Highroads (Ian Dury). Rien de transcendant, mais des classiques du rock\u2019n\u2019roll revisit\u00e9s, un peu comme les groupes du Swinging London en avaient us\u00e9 avec le blues des pionniers. C\u2019est \u00e0 la fin 1974 qu\u2019on avait entendu parler de ces groupes et les deux albums de Ducks Deluxe (<em>Ducks Deluxe<\/em> et <em>Taxi to the terminal zone<\/em>) comme le premier Feelgood (<em>Down by the jetty<\/em>) avaient fait un bien fou. L\u2019Open market de Marc Zermati, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du trou des Halles, en s\u2019y trompait pas qui les passait en boucle.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait d\u00e9j\u00e0 senti un vent de fra\u00eecheur avec le rock d\u00e9cadent, mais Bowie et Roxy Music \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 repartis dans les travers de leurs a\u00een\u00e9s, victimes d\u2019une pop starisation d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1970 qui n\u2019\u00e9pargnait pas non plus les Rod Stewart ou Elton John. Beaucoup de strass et de paillettes, mais d\u00e9j\u00e0 un alanguissement g\u00e9n\u00e9ral dans la sophistication, l\u2019emphase et l\u2019acad\u00e9misme. Le Punk-rock allait gifler toutes ces ic\u00f4nes maquill\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, les bruits de l\u2019ombre nous provenaient de New York, relay\u00e9s d\u00e8s 1974 par Paul Alessandrini dans sa chronique des avant-gardes dans <em>Rock &amp; Folk<\/em>. Il nous parlait des folles nuits du CBGB et du Max\u2019s Kansas City avec des noms qu\u2019on ne connaissait pas, ou pas encore&nbsp;: les Ramones, Television ou Patti Smith. Des noms qu\u2019on pouvait aussi lire, si on lisait l\u2019anglais, dans <em>Creem Magazine<\/em> et qui apparaissaient sous la plume de Lester Bangs ou des chroniqueurs \u00e9lectriques de la bible de Detroit.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa rubrique White trash, Yves \u00ab&nbsp;Sweet punk&nbsp;\u00bb Adrien nous rappelait les grandes heures du Swinging London et r\u00e9habilitait des groupes comme les Troggs ou les Pretty Things qui se faisaient une nouvelle jeunesse \u00e0 l\u2019ombre des d\u00e9cadents. R\u00e9habiliter la merde, disaient d\u2019aucuns. \u00ab&nbsp;Je chante le rock \u00e9lectrique&nbsp;\u00bb. Adrien s\u2019\u00e9tait fait aussi le thurif\u00e9raire des groupes am\u00e9ricains les plus radicaux&nbsp;: Flamin\u2019 Groovies, Stooges, Velvet Underground, Fugs et autres Steppenwolf. Les extases hippies et les festivals pop \u00e9taient loin derri\u00e8re et c\u2019\u00e9tait maintenant d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, d\u2019outrage, d\u2019\u00e9nergie et de puissance qu\u2019on nous entretenait. Les New York Dolls d\u00e9barquaient en France en collants r\u00e9silles et Lou Reed, Nico et John Cale se produisaient ensemble au Bataclan. Le rock du watergate nous faisait vibrer au son lourd des trois guitares du Blue \u00d6yster Cult. Tout pouvait recommencer&nbsp;? On y croyait.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autant que Philippe Garnier nous permettait de juger sur pi\u00e8ces avec ses chroniques envoy\u00e9es depuis toutes les villes am\u00e9ricaines de province. From Ploucville (USA). Il nous parlait des groupes de Boston, de Cleveland, de San Francisco et bien s\u00fbr de son Los Angeles d\u2019adoption. On connaissait maintenant Devo, Pere Ubu, les Real Kids, Willie \u00ab&nbsp;Loco&nbsp;\u00bb Alexander&nbsp;, les Modern Lovers, X, le Dwight Twiley Band, les Fleshtones et l\u2019oncle Garnier ne manquait pas d\u2019interviewer les Cramps ou de retracer la vie et l\u2019\u0153uvre de naufrag\u00e9s de l\u2019\u00e8re psych\u00e9d\u00e9lique, de Roky Eriksson \u00e0 Doug Sahm. Bref, a real cool time.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec \u00ab&nbsp;my friend Jack&nbsp;\u00bb, on achetait des disques par brass\u00e9e chez l\u2019Ours, \u00e0 Music Action et on \u00e9coutait tout \u00e7a le soir venu, quand un concert quelconque ne nous faisait pas quitter nos chambr\u00e9es. On avait vu tout ce qu\u2019il y avait de visible dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, Porte de Pantin ou dans des salles plus intimes.<\/p>\n\n\n\n<p>En juin 1976, on avait entendu parler d\u2019un concert des Sex Pistols au Chalet du lac, \u00e0 Vincennes. Nous n\u2019y \u00e9tions par all\u00e9s et nous avions pass\u00e9 notre vie \u00e0 le regretter. Johnny le pourri et ses Pistols allaient propulser \u00e0 la face du monde leur rock impudent et provocateur, et on se ruerait \u00e0 l\u2019Open market pour d\u00e9gotter leurs premiers singles chez EMI (\u00ab&nbsp;Anarchy In The UK&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;God Save The Queen&nbsp;\u00bb). Pour nous, la guerre \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Lames de rasoir en pendentifs, \u00e9pingles de nourrice un peu partour et cuirs luisants, nous \u00e9tions all\u00e9s \u00e0 Londres pour voir de quoi il pouvait bien s\u2019agir. Des petits Vince Taylor que le ridicule ne tuerait pas. Nous avions rat\u00e9 les Flamin\u2019 Groovies qui nous rejouaient les grandes heures de la Beatlemania, mais nous n\u2019avions pas manqu\u00e9 Damned, les Stranglers ou le Tyla Gang (un groupe n\u00e9 de la dissolution des Ducks Deluxe comme Brinsley Schwarz ou les Motors). Les Damned au Victoria Theatre et les Stranglers \u00e0 la Roundhouse (avec les Dictators en premi\u00e8re partie) dans une ambiance pourrie o\u00f9 l\u2019agressivit\u00e9 et la haine \u00e9taient diffuses. Rien \u00e0 voir avec les concerts tranquilles avec shilom et patchouli.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus tard, nous avions remis \u00e7a et, entre l\u2019achat de sacs de 45 tours chez Rock On et des vir\u00e9es chez Grany\u2019s et dans les magasins de fringue, on allait tous les soirs au Music Machine, au Dingwall\u2019s ou au 100 Club, rep\u00e8res des punks anglais (et aussi des Teddy-boys avec lesquels des bagarres \u00e9clataient parfois). Les Jam nous impressionnaient par leurs influences mods qu\u2019ils faisaient revivre et Clash tirait le punk vers la politique et le social, l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait devenu de bon ton d\u2019adopter les discours catastrophistes et nihilistes en vogue. \u00ab&nbsp;No future&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Greil Marcus sortira un livre rest\u00e9 fameux sur ces ann\u00e9es-l\u00e0, <em>Lipstick traces<\/em>, o\u00f9 il fait le parall\u00e8le entre le mouvement punk, les dada\u00efstes et les situationnistes. Un exercice de haute voltige intellectuelle impeccablement r\u00e9ussi par un grand th\u00e9oricien du rock. D\u2019autres livres sont sortis sur le Punk, dont ceux de Pacadis ou de Eudeline, moins brillants et plus narcissiques. Sans compter les revues et les fanzines, de <em>Bazooka<\/em>, du <em>Regard moderne<\/em> ou de <em>Sordide sentimental<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le punk \u00e9tait devenu \u00e0 la mode et il nous fallait passer \u00e0 autre chose, sous peine de r\u00e9cup\u00e9ration par les magazines grand public, la radio FM et la t\u00e9l\u00e9vision robinet \u00e0 clips.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques ultimes pitreries aux \u00c9tats-Unis et avec Ronald Biggs (auteur du hold-up du train postal exil\u00e9 au Br\u00e9sil), les Pistols se s\u00e9paraient dans la d\u00e9bandade \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1977. Sid tuait Nancy au Chelsea Hotel et la l\u00e9gende noire du punk-rock pouvait s\u2019\u00e9crire. Les hippies avaient eu Brian Jones, Jim Morrison, Jimi Hendrix et Janis Joplin. Nous aurons Sid Vicious, Lester Bangs et bient\u00f4t Johnny Thunders. On se contenterait de \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019automne 1977, on parlait de New wave avec le Punk qui se tintait de Reggae, de Ska, de Pop, de Hard ou de Rock progressif. Clash tenait la vedette des concerts Rock against racism quand d\u2019autres punks se radicalisaient \u00e0 l\u2019extr\u00eame-droite. On avait Elvis Costello et XTC pour le meilleur&nbsp;; Sting ou Joe Jackson pour le pire. Puis Madness, les Specials et toute une vague n\u00e9o-skinhead qui enflammait les discoth\u00e8ques, \u00e0 d\u00e9faut des rues.<\/p>\n\n\n\n<p>Thatcher \u00e9tait arriv\u00e9e au pouvoir, renversant les travaillistes incapables de juguler la crise, le ch\u00f4mage, la pauvret\u00e9 institutionnalis\u00e9e et les tensions ethniques. On pouvait entrer de plain-pied dans l\u2019enfer lib\u00e9ral et les punks se voyaient marginalis\u00e9s dans les ann\u00e9es 1980 par une nouvelle classe montante arrogante et pleine de morgue. Place \u00e9tait faite pour les groupes \u00ab&nbsp;romantiques&nbsp;\u00bb \u00e0 la Spandau Ballet, Duran Duran ou Depeche Mode (des ped\u2019s moches, on disait). Pouacre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>En France, les folles nuits du Palace pouvaient commencer avec un Yves Adrien \u00e0 cheveux coup\u00e9s et costards trois pi\u00e8ces, p\u00e9riode<em> Fa\u00e7ade<\/em>. Les derniers punks \u00e0 chien hantaient encore le Gibus et les radios libres passaient les hymnes punk presque par nostalgie.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, le Punk s\u2019embourbait dans un mouvement \u00ab&nbsp;arty&nbsp;\u00bb pr\u00e9tentieux. Il fallait bien que cela se termine comme \u00e7a, au pays d\u2019Andy Warhol. Reagan rempla\u00e7ait Carter et les loups de Wall street et les Yuppies allaient rel\u00e9guer les punks au rang d\u2019aimables antiquit\u00e9s. Restaient quelques survivances, comme les Cramps et les inamovibles Ramones.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas, c\u2019est \u00e9gal, on a bien rigol\u00e9, juste avant de s\u2019enliser dans la crise et les menaces de troisi\u00e8me guerre mondiale. Gaba&nbsp;! Gaba&nbsp;! Hey&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>9 mai 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s Lester Bangs la fois derni\u00e8re, proph\u00e8te du punk, il nous a sembl\u00e9 pertinent de revenir sur cette p\u00e9riode de chaos. Disons plut\u00f4t un moment, que l\u2019on peut dater de l\u2019automne 1976 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1977. 1977 qui restera la grande ann\u00e9e punk, comme 1967 avait \u00e9t\u00e9 l\u2019ann\u00e9e hippie dix ans auparavant. 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