{"id":2795,"date":"2022-07-01T17:57:40","date_gmt":"2022-07-01T15:57:40","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2795"},"modified":"2022-07-15T18:25:49","modified_gmt":"2022-07-15T16:25:49","slug":"notes-de-lecture-30","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2795","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (30)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"800\" height=\"1018\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/illustration215.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2797\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/illustration215.jpg 800w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/illustration215-236x300.jpg 236w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/illustration215-768x977.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/illustration215-707x900.jpg 707w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/illustration215-472x600.jpg 472w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/illustration215-24x30.jpg 24w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Maurice Leblanc, une belle t\u00eate d&rsquo;honn\u00eate homme. Photo Wikipedia.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>MAURICE LEBLANC \u2013 <em>L\u2019\u0152UVRE DE MORT<\/em> \u2013 \u00c9ditions des Falaises.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On connaissait Maurice Leblanc par ses romans policiers ou plut\u00f4t ses livres o\u00f9 le myst\u00e8re se m\u00eale aux intrigues criminelles\u00a0:<em> 813<\/em>, <em>L\u2019aiguille creuse<\/em>&#8230; L&rsquo;anc\u00eatre du polar moderne.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une toute autre facette de Leblanc que nous fait d\u00e9couvrir un petit \u00e9diteur normand vou\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 du romancier. Les \u00e9ditions des falaises ont r\u00e9\u00e9dit\u00e9 les romans de jeunesse de Leblanc, ceux qui pr\u00e9c\u00e8dent ses succ\u00e8s litt\u00e9raires d\u2019anc\u00eatre du polar.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un Leblanc \u00ab&nbsp;fin de si\u00e8cle&nbsp;\u00bb, d\u00e9cadent que l\u2019on d\u00e9couvre ici. Un romancier au style pr\u00e9cieux qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 user de coquetteries litt\u00e9raires. On croirait parfois lire du Flaubert, que certaines constructions de phrases un rien tarabiscot\u00e9es rappelle. On sent que Leblanc a d\u00fb passer du temps \u00e0 construire son texte, soupesant au mot pr\u00e8s phrases et paragraphes jusqu\u2019\u00e0 aboutir \u00e0 une sorte de perfection.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9crivains d\u00e9cadents et symbolistes qu\u2019il nous entra\u00eene, et on pense \u00e0 Huysmans, \u00e0 Alphonse Karr, \u00e0 Jean Lorrain, \u00e0 Villiers de l\u2019Isle Adam ou aux Belges Maeterlinck et Rodenbach. C\u2019est un roman qui fait penser au superbe<em> Aux abois <\/em>de Thomas Bernard \u00e0 qui il emprunte sa construction et son d\u00e9sespoir. C\u2019est dire que la barre est plac\u00e9e haut, et que Leblanc est m\u00e9connaissable pour qui n\u2019a lu que ses succ\u00e8s maintes fois adapt\u00e9s au cin\u00e9ma ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019\u0153uvre de mort<\/em> est l\u2019histoire d\u2019un parricide que Marc H\u00e9lienne, le h\u00e9ros (il n\u2019y a quasiment que lui dans ce roman du d\u00e9but \u00e0 la fin et il tient la plume, les autres personnages sont presque fantomatiques) croit avoir commis. Il a trafiqu\u00e9 les m\u00e9dicaments de son p\u00e8re pour h\u00e2ter sa mort mais il ne sait plus tr\u00e8s bien si ses tripatouillages d\u2019apothicaire ont eu du succ\u00e8s. En attendant le tr\u00e9pas paternel qu\u2019il imagine imminent, il voyage dans l\u2019Europe du Sud (Italie, Espagne puis l\u2019Alg\u00e9rie) et tombe amoureux d\u2019une jeune fille qui lui sert de mod\u00e8le alors qu\u2019il s\u2019adonne \u00e0 la peinture.<\/p>\n\n\n\n<p>Le meurtre, le parricide, avait pour objectif de le lib\u00e9rer des contraintes mat\u00e9rielles en h\u00e9ritant, lui qui menait une existence de jeune homme pauvre. Mais l\u2019acte, s\u2019il lui assure une assise mat\u00e9rielle, va lui empoisonner la vie. Le remord et la culpabilit\u00e9 l\u2019emp\u00eacheront de jouir de cette vie de bourgeois ais\u00e9 et il aura beau se distraire dans l\u2019art, dans l\u2019\u00e9tude, dans les orgies ou dans le luxe, rien n\u2019y fera. La mort et le souvenir de son crime sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre en lui et il doit payer, \u00e9pier.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019il ne pourra s\u2019adonner au grand amour avec une amie de sa femme sur le point de se marier, m\u00eame s\u2019il imagine pour s\u2019en lib\u00e9rer de tuer son \u00e9pouse, rien moins. Les vell\u00e9it\u00e9s de bonheur et les aspirations \u00e0 la joie sont toujours l\u00e0, mais les souvenirs du crime aussi, qui couvrent tout d\u2019une ombre mena\u00e7ante. Le bonheur lui est interdit, et H\u00e9lienne devra faire semblant d\u2019\u00eatre heureux dans un cadre conjugal o\u00f9 il \u00e9touffe. Il va se r\u00e9signer et faire comme si.<\/p>\n\n\n\n<p>Les psychanalystes et les mystiques y verront la t\u00e2che projet\u00e9e sur l\u2019existence par \u0152dipe ou le p\u00e9ch\u00e9 originel, selon les croyances. Contentons-nous d\u2019y voir un roman alerte, bien men\u00e9 et subtil qui, au-del\u00e0 de la morbidezza romantique et de l\u2019atmosph\u00e8re d\u00e9cadente, nous parle tout simplement du poids de la condition humaine, des esp\u00e9rances qu\u2019elle nous laisse entrevoir comme des mal\u00e9dictions dont elle nous accable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALAIN DEMOUZON \u2013 <em>LE RETOUR DE LUIS<\/em> \u2013 Fayard noir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les auteurs de polars fran\u00e7ais, Demouzon est loin d\u2019\u00eatre le pire. Certes, il n\u2019a pas le g\u00e9nie d\u2019un Jean-Patrick Manchette ou l\u2019immense talent d\u2019un Thierry Jonquet, mais c\u2019est un bon faiseur, un professionnel et c\u2019est parfois suffisant. \u00c7a vaut mieux en tout cas qu\u2019une Fred Vargas ou de tous ces besogneux dont la grande presse fait r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019\u00e9loge.<\/p>\n\n\n\n<p>On croirait le sc\u00e9nario d\u2019un film de Jean-Pierre Mocky p\u00e9riode gauchisante&nbsp;: un groupe d\u2019ultra-gauche dit Bakounine, un fuyard du nom de Luis, ex membre de la bande soup\u00e7onn\u00e9 du meurtre d\u2019un flic au cours d\u2019une manifestation, quelques notables qui se sont donn\u00e9s rendez-vous pour une petite f\u00eate aux objectifs tr\u00e8s politiques, un journaliste un peu chevalier blanc affubl\u00e9 d\u2019un tarin immense (on l\u2019appelle Cyrano), une \u00e9cole de gendarmerie semblant \u00eatre une fabrique de fachos et un professeur de philosophie parano\u00efaque. Pas de ratons-laveurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Luis sera finalement innocent\u00e9 du crime dont on le soup\u00e7onne, mais pas tir\u00e9 d\u2019affaire pour autant et l\u2019int\u00e9r\u00eat du roman, sorti en 2005 mais \u00e9crit en 1975, est de restituer le climat de ces ann\u00e9es post-soixante-huitardes dans une ville de province jamais nomm\u00e9e o\u00f9 une jeunesse bourgeoise incite les ouvriers \u00e0 la r\u00e9volte, sans trop de r\u00e9sultats. On sent que c\u2019est du v\u00e9cu. Tout y est, les rades enfum\u00e9s o\u00f9 divague un poivrot, le flipper, les domestiques \u00e0 la Robert Dalban, les notables de province, les petits commerces qui vont c\u00e9der la place aux hypermarch\u00e9s, les usines d\u2019avant la d\u00e9sindustrialisation\u2026 La France Pompidolo-giscardienne dans tout son pittoresque.<\/p>\n\n\n\n<p>On m\u00e9lange le tout et, au fil d\u2019aventures rocambolesques et de rebondissements incessants, la mayonnaise prend pour un roman alerte qui se lit avec grand plaisir, quasiment d\u2019une traite&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>Demouzon aura \u00e9crit une quarantaine de polars, dont quelques-uns fameux, et il se consacre depuis longtemps \u00e0 des scenarii de s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es ou de films. Bref, on le r\u00e9p\u00e8te, un bon faiseur, mais quelqu\u2019un qui sait \u00e9crire, \u00eatre dr\u00f4le, croquer des personnages et b\u00e2tir une intrigue solide.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque part entre Manchette le gauchiste et A.D.G le facho, un hussard du polar, ironique et tendre, qui parle bien de la France profonde devenue maintenant p\u00e9riph\u00e9rique. Plut\u00f4t anar de droite au fond, et ce n\u2019est pas par hasard s\u2019il a d\u00e9but\u00e9 comme assistant du Jean Yanne cin\u00e9aste du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Plut\u00f4t une r\u00e9f\u00e9rence, non&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JULIEN GREEN \u2013 <em>L\u2019AUTRE<\/em> \u2013 Plon \/ Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Julien Green, \u00e0 ne pas confondre avec Julien Gracq ou avec son homonyme Graham Greene. Un \u00e9crivain catholique, encore un, dans le sillage des Maritain, Jouhandeau, Bernanos ou Mauriac. Mauriac auquel il a succ\u00e9d\u00e9 au fauteuil de l\u2019acad\u00e9mie fran\u00e7aise, en 1971. Mauriac dont il a un peu le style et l\u2019obsession pour le bien, le mal et la r\u00e9demption. Mais Mauriac, comme Bernanos, a fait du chemin entre les sacristies de l\u2019Action fran\u00e7aise et son bloc-notes de <em>L\u2019Express<\/em> o\u00f9 il a d\u00e9nonc\u00e9 la torture en Alg\u00e9rie. Il semble que Green n\u2019ait jamais parcouru ce chemin-l\u00e0, tiraill\u00e9 entre son homosexualit\u00e9 et la chastet\u00e9 rigoureuse qu\u2019il s\u2019impose en vertu de sa foi chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019action se passe \u00e0 Copenhague avec une premi\u00e8re \u00e9poque, en 1939, qui d\u00e9crit l\u2019amour naissant entre une jeune danoise fantasque \u2013 Karin &#8211; et un Fran\u00e7ais \u2013 Roger &#8211; d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 et mondain en qu\u00eate d\u2019aventures sentimentales. Lui est ath\u00e9e et crache sur Dieu, elle a des \u00e9lans mystiques qu\u2019elle canalise dans des passions amoureuses.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde partie nous transporte au printemps 1949, dix ans apr\u00e8s. Lui a fait la guerre et en est revenu meurtri. C\u2019est un autre homme qui revient \u00e0 Copenhague en qu\u00eate de son amour ancien. Il a perdu ses illusions mais a gagn\u00e9 la foi avec la soif de convertir son entourage. Elle a pass\u00e9 les ann\u00e9es de guerre \u00e0 coucher avec des officiers allemands et elle est devenue la scandaleuse de Copenhague, celle qu\u2019on fuit et qu\u2019on laisse \u00e0 sa solitude. Karin a sombr\u00e9 dans la d\u00e9pression apr\u00e8s la rupture et elle se prostitue dans le souvenir douloureux de son p\u00e8re suicid\u00e9 et de sa m\u00e8re devenue folle.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pilogue sera tragique et la mort prendra de vitesse une r\u00e9demption impossible. Sans la consolation du Christ, Karin conna\u00eetra le destin de son p\u00e8re et le livre s\u2019ouvre sur cette sc\u00e8ne de noyade que personne ne peut emp\u00eacher. Quant \u00e0 Roger, il partira aux \u00c9tats-Unis tenter de vivre une nouvelle vie et d\u2019oublier son triste amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, on a bien compris la dimension chr\u00e9tienne de l\u2019\u0153uvre, pr\u00e9sente dans la plupart des romans de Green. Mais l\u2019\u00e9tude des tourments de l\u2019\u00e2me humaine et la sensibilit\u00e9 \u00e0 fleur de peau l\u2019emportent sur les bondieuseries et autres pr\u00eachi-pr\u00eacha cathos qu\u2019on a souvent en pareil cas.<\/p>\n\n\n\n<p>Green est un \u00e9crivain catholique, et pourquoi pas&nbsp;? Apr\u00e8s tout, Burgess l\u2019\u00e9tait aussi. Son style fait un peu vieillot et on a parfois l\u2019impression de lire un vieux phraseur, avec ses mots d\u2019auteur et ses effets de style. Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 chez Plon, \u00e9diteur de droite notoire, et ce n\u2019est pas un hasard tant Green efface toute dimension politique et sociale pour ne s\u2019occuper que du clair-obscur des \u00e2mes et de la pr\u00e9sence du tr\u00e8s haut dans les esprits et les corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains y verront quelque chose de r\u00e9dhibitoire et en feront un auteur \u00e0 proscrire. On n\u2019est pas si sectaire et on peut se laisser s\u00e9duire par ce qui prend parfois les allures d\u2019une romance, d\u2019un roman d\u2019amour entre diable et bon dieu. <em>Green green, the grass of home<\/em>, comme disait la chanson.<\/p>\n\n\n\n<p><em>12 juin 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MAURICE LEBLANC \u2013 L\u2019\u0152UVRE DE MORT \u2013 \u00c9ditions des Falaises. 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