{"id":2838,"date":"2022-08-25T16:25:36","date_gmt":"2022-08-25T14:25:36","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2838"},"modified":"2022-08-25T16:25:39","modified_gmt":"2022-08-25T14:25:39","slug":"notes-de-lecture-32","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2838","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (32)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>ROMAIN GARY \u2013<em> AU-DEL\u00c0 DE CETTE LIMITE VOTRE TICKET N\u2019EST PLUS VALABLE <\/em>\u2013 Gallimard \/ Folio.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Rainier est un riche industriel aux abords de la soixantaine, ancien r\u00e9sistant, dont les affaires p\u00e9riclitent&nbsp;; aussi bien financi\u00e8res que sexuelles. C\u2019est un peu le blues du vieux m\u00e2le blanc dominant menac\u00e9 par les hordes du tiers-monde. D\u00e9j\u00e0 un grand remplacement&nbsp;? Il y a aussi, implicite, une critique du lib\u00e9ralisme, syst\u00e8me qui met les choses et les \u00eatres au rebut lorsque leur valeur marchande n\u2019a plus cours, apr\u00e8s avoir mis les humains en comp\u00e9tition entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit date de 1975 et les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Giscard, Fourcade ou Jobert font un peu dat\u00e9es, mais il n\u2019est pas indiff\u00e9rent que le texte s\u2019inscrive dans un contexte de (relatif) d\u00e9clin de l\u2019occident avec le premier choc p\u00e9trolier et les \u00e9mirs bient\u00f4t ma\u00eetres du monde. Pas de p\u00e9trole, mais des id\u00e9es (noires).<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureux au jeu, heureux en amour. Rainier est pr\u00eat \u00e0 tout pour revendre ses biens, assurer la s\u00e9curit\u00e9 de ses fils, et filer le parfait amour avec une jeune br\u00e9silienne de 30 ans sa cadette, Laura. Mais il y a un os, si on ose dire, qui est la perte progressive de sa virilit\u00e9. On ne nous cache rien des probl\u00e8mes de prostate, de turgescence ou d\u2019\u00e9jaculation d\u2019un h\u00e9ros qui bande mou. Tout cela finit par le hanter, et une conversation avec un play-boy international l\u2019a rendu obs\u00e9d\u00e9 par ses performances sexuelles, tant il craint de ne plus \u00eatre \u00e0 la hauteur des d\u00e9sirs de sa compagne. De sa virilit\u00e9, Laura s\u2019en fout et ne lui parle que d\u2019amour, d\u2019amour unique, absolu et \u00e9ternel. Mais le d\u00e9mon du d\u00e9clinisme est plus fort que tout et Rainier \u2013 Gary (on a bien compris que c\u2019est de lui qu\u2019il parle) va tout g\u00e2cher par masochisme et par d\u00e9go\u00fbt de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat du livre est de mettre en parall\u00e8le le d\u00e9clin d\u2019un homme (ou ce qu\u2019il imagine \u00eatre son d\u00e9clin ou plut\u00f4t sa d\u00e9bandade) avec les pr\u00e9mices de la chute d\u2019une civilisation. Au fil du r\u00e9cit, l\u2019intrigue se complique et Rainier va jusqu\u2019\u00e0 engager un tueur par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une m\u00e8re maquerelle ayant tu\u00e9 une trentaine de soldats allemands en plein acte avec une aiguille \u00e0 chapeau, pendant la guerre. \u00c7a cr\u00e9e des liens. Il a pay\u00e9 Ruiz, un petit truand espagnol qui incarne la force, la beaut\u00e9 et la virilit\u00e9 perdues de sa jeunesse et il y a comme un vieux fantasme homosexuel l\u00e0-dessous, en plus de ce complexe de castration d\u2019un homme combl\u00e9 par la vie qui se refuse \u00e0 vieillir.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud et Marx sont mis \u00e0 toutes les sauces, tant c\u2019\u00e9tait mieux avant, au temps de l\u2019innocence.<\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 fou de Romain Gary, une sorte de Malraux plut\u00f4t de gauche, m\u00eame si son roman sign\u00e9 Ajar nous avait beaucoup \u00e9mu&nbsp;. Des dialogues de th\u00e9\u00e2tre de boulevard avec effets comiques garantis et des mots d\u2019auteur \u00e0 chaque coin de page. Certains sont meilleurs que lui dans l\u2019exercice. Dans ce livre, il fait penser \u00e0 Norman Mailer pour la cruaut\u00e9 et le cynisme, comme \u00e0 Rezvani pour l\u2019amour fou et la tendresse. On pr\u00e9f\u00e8re la seconde r\u00e9f\u00e9rence. <em>Au-del\u00e0 de cette limite\u2026<\/em> est un peu son chant du cygne, m\u00eame s\u2019il \u00e9crira encore cinq romans avant de se suicider d\u2019une balle dans la bouche, \u00e0 66 ans. Il n\u2019aura eu nul besoin d\u2019un tueur \u00e0 gage et ce geste fatal se comprend \u00e0 la lecture de ce sombre roman \u00e9crit \u00e0 la hussarde (la r\u00e9f\u00e9rence n\u2019est pas vaine) et avec une encre de sang.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PA KIN \u2013 <em>LE JARDIN DU REPOS <\/em>\u2013 Gallimard \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai lu tr\u00e8s peu de litt\u00e9rature chinoise et Pa Kin fait exception. Un humaniste, plut\u00f4t anarchiste tendance Kropotkine ou Reclus, introduit en France par l\u2019\u00e9minent sinologue Etiemble.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le jardin du repos<\/em> est l\u2019un de ses premiers romans traduits en France, en 1981, apr\u00e8s <em>Nuit glac\u00e9e<\/em> et avant <em>La pagode de la long\u00e9vit\u00e9. <\/em>L\u2019histoire est simple&nbsp;: un \u00e9crivain reconnu mais pauvre re\u00e7oit l\u2019invitation d\u2019un ancien condisciple d\u2019universit\u00e9 devenu un riche propri\u00e9taire, et il prend conscience petit \u00e0 petit que, derri\u00e8re une fa\u00e7ade qu\u2019on veut respectable, se cachent la d\u00e9cadence, les malheurs, les mesquineries, les souffrances et le mis\u00e9rable petit tas de secret de ses h\u00f4tes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit notamment d\u2019un enfant malmen\u00e9, petit-fils des anciens propri\u00e9taires et de la trag\u00e9die de son p\u00e8re, r\u00e9pudi\u00e9 par sa famille pour des dettes de jeu et la fr\u00e9quentation d\u2019une concubine qu\u2019il a toujours aim\u00e9. Il s\u2019agit aussi du couple qui l\u2019invite. Lui, exub\u00e9rant et l\u00e9ger qui ne pense qu\u2019\u00e0 la r\u00e9ussite mat\u00e9rielle&nbsp;; elle, deuxi\u00e8me \u00e9pouse effac\u00e9e, belle-m\u00e8re d\u2019un gamin insolent qui ne la respecte pas et en bute au m\u00e9pris de sa propre belle-m\u00e8re, la douairi\u00e8re. Beaucoup de ces histoires de famille sont racont\u00e9es par les domestiques que l\u2019\u00e9crivain, dont on suit l\u2019\u00e9volution \u00e0 mesure du roman en train de se faire, sait \u00e9couter, l\u2019oreille aff\u00fbt\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est plein de pr\u00e9venance et d\u2019attention pour les humbles et on sent la tendresse qui l\u2019attache \u00e0 la ma\u00eetresse de maison, celle qui se sent humili\u00e9e et offens\u00e9e, celle qui appr\u00e9cie les manuscrits qu\u2019il accepte de lui faire lire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pa Kin est un amoureux de la France, de ses figures r\u00e9volutionnaires et de ses grands \u00e9crivains. Il a traduit du russe en chinois des auteurs comme Tolsto\u00ef, Herzen ou Tourgueniev. Il a subi les foudres de la r\u00e9volution culturelle et a trouv\u00e9 refuge dans son travail d\u2019\u00e9crivain devenu universel gr\u00e2ce \u00e0 ses amis fran\u00e7ais, Etiemble en premier lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, Jean Ristat avait publi\u00e9 plusieurs articles dans <em>Les lettres fran\u00e7aises<\/em> sur la litt\u00e9rature et la po\u00e9sie chinoises, avec une s\u00e9lection d\u2019auteurs. J\u2019avais not\u00e9 quelques noms, mais pas pouss\u00e9 plus loin mes investigations. La lecture de Pa Kin me donne des regrets, tant il ruisselle d\u2019humanit\u00e9, de compassion, de tendresse et d\u2019humilit\u00e9. De bont\u00e9 pour tout dire, un mot bien oubli\u00e9. Des histoires simples et un style classique que d\u2019aucuns, \u00e0 tort, jugeront sans grand int\u00e9r\u00eat. On peut penser que les \u0153uvres de Pa Kin ne cassent pas trois pattes \u00e0 un canard (laqu\u00e9). On peut aussi voir en lui une sorte de Tchekhov chinois.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ISMA\u00cfL KADAR\u00c9 \u2013 <em>LES TAMBOURS DE LA PLUIE <\/em>\u2013 Gallimard \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/illustration227.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2840\" width=\"578\" height=\"755\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/illustration227.jpg 476w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/illustration227-230x300.jpg 230w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/illustration227-459x600.jpg 459w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/illustration227-23x30.jpg 23w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption>Isma\u00efl Kadar\u00e9 relisant ses oeuvres. L&rsquo;aigle de Tirana traque peut-\u00eatre la coquille. Photo Wikipedia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Kadar\u00e9, \u00e9crivain albanais exil\u00e9 en France, passe pour l\u2019un des plus grands \u00e9crivains du XX\u00b0 si\u00e8cle, et c\u2019est justice. Une prose qu\u2019on distingue d\u00e8s les premi\u00e8res lignes&nbsp;: envo\u00fbtante, imag\u00e9e et po\u00e9tique. On croirait lire un conte des <em>Mille et une nuits<\/em> ou des passages de <em>l\u2019Odyss\u00e9e<\/em> et de <em>l\u2019Iliade<\/em><em>.<\/em> Si <em>Le g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019arm\u00e9e morte <\/em>(quel titre!), son tout premier roman, est rest\u00e9 son chef-d\u2019\u0153uvre, <em>Les tambours de la pluie<\/em>, paru en 1970, lui est comparable. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Kadar\u00e9 commence \u00e0 \u00eatre en d\u00e9licatesse avec le r\u00e9gime et, apr\u00e8s un jeu du chat et de la souris qui durera une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, il s\u2019installera d\u00e9finitivement en France, en 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>De quoi \u00e7a parle&nbsp;? Des quelques jours du si\u00e8ge d\u2019une forteresse albanaise par l\u2019arm\u00e9e turque emmen\u00e9e par le pacha qui joue sa t\u00eate en cas de d\u00e9faite. On est au milieu du XV\u00b0 si\u00e8cle, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des grands conqu\u00eates ottomanes, et l\u2019obstacle est r\u00e9put\u00e9 tra\u00eetre, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une forteresse inexpugnable. Les Albanais sont connus pour \u00eatre un peuple farouche des hautes montagnes \u00e9pris de libert\u00e9. L\u2019Albanie, un lointain pays des Balkans coinc\u00e9 entre le royaume de Venise, les Turcs et les autres peuples slaves qui ne les appr\u00e9cient pas plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit ressemble au <em>D\u00e9sert des tartares<\/em>, sauf que les longues heures d\u2019attente sous un soleil de plomb sont entrecoup\u00e9es d\u2019assauts. Des tours d\u2019abord, avec des canons, puis par voie souterraine, tentative vaine et vite rep\u00e9r\u00e9e et enfin par l\u2019envoi d\u2019animaux suppos\u00e9s vecteurs de la peste par-del\u00e0 les murs d\u2019enceinte.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien ne r\u00e9ussit et les Albanais, malgr\u00e9 de lourdes pertes, restent debout, emmen\u00e9s \u00e0 l\u2019assaut final par Skenderberg (ou Scanderberg), le h\u00e9ros national, de son vrai nom Georges Castriote, jeune albanais \u00e9lev\u00e9 chez les Turcs mais revenu au pays pour lib\u00e9rer son peuple. Les Turcs repartiront bredouilles, mais d\u2019autres assauts seront lanc\u00e9s et les forteresses albanaises finiront par se rendre, apr\u00e8s des combats \u00e9piques. Le croissant et l\u2019\u00e9toile auront pris la place de l\u2019aigle \u00e0 deux t\u00eates. Mais l\u2019histoire ne le dit pas, de m\u00eame que Skenderberg n\u2019est jamais d\u00e9crit, comme un fant\u00f4me de la libert\u00e9, un monstre de guerre, qui donne la victoire aux siens. On s\u2019attache, en revanche, \u00e0 des tas de personnages de l\u2019arm\u00e9e turque&nbsp;: le chroniqueur, l\u2019ing\u00e9nieur, le po\u00e8te aveugle, l\u2019astrologue, l\u2019architecte, le m\u00e9decin\u2026 dans des dialogues percutants, toujours m\u00e2tin\u00e9s d\u2019un humour caustique.<\/p>\n\n\n\n<p>On aura compris que Kadar\u00e9 parle aussi de l\u2019Albanie contemporaine. Le royaume des aigles qui, apr\u00e8s avoir subi le joug ottoman pendant des si\u00e8cles, prendra son ind\u00e9pendance apr\u00e8s guerre pour se rallier au camp communiste, rompre ses liens avec l\u2019URSS en 1960 et tomber dans le giron de la Chine de Mao avant de s\u2019en \u00e9loigner. En France, on conna\u00eetra les maos \u00ab&nbsp;albanais&nbsp;\u00bb du PCR, admirateurs transis du grand Enver Hodja (ou Hoxha). On reparlera des Albanais avec la guerre en Yougoslavie et l\u2019ind\u00e9pendance contest\u00e9e du Kosovo.<\/p>\n\n\n\n<p>On est en pr\u00e9sence d\u2019un grand roman, qui transcende le genre historique et les r\u00e9cits de bataille, lesquels nous laissent froids habituellement. Ils sont ici port\u00e9s par le souffle de l\u2019\u00e9pop\u00e9e, toujours temp\u00e9r\u00e9 d\u2019une ironie savoureuse. D\u00e9cid\u00e9ment un grand, un tr\u00e8s grand \u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JOHN LE CARR\u00c9 \u2013<em> LE VOYAGEUR SECRET<\/em> \u2013 Robert Laffont \/ Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le titre original est beaucoup plus parlant&nbsp;: <em>The secret pilgrim<\/em> (le p\u00e8lerin secret). Ned York est un agent secret \u00e0 la retraite qui donne des cours au centre d\u2019instruction de Sarratt, lequel d\u00e9pend du Foreign office. L\u2019\u00e9cole des espions en fait, comme il y a l\u2019\u00e9cole des sorciers.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour pimenter ses cours, il fait appel au fameux George Smiley, le h\u00e9ros de beaucoup de romans de John Le Carr\u00e9, rang\u00e9 des voitures lui aussi. Chaque chapitre d\u00e9bute sur des consid\u00e9rations d\u00e9sabus\u00e9es sur ce qu\u2019est devenu l\u2019espionnage en ces temps d\u2019apr\u00e8s guerre-froide. Les espions sont d\u00e9senchant\u00e9s maintenant que le camp du bien a triomph\u00e9, et ils en sont \u00e0 se demander o\u00f9 \u00e9tait vraiment le bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ces pr\u00e9ambules, Ned York \u00e9gr\u00e8ne ses souvenirs d\u2019ancien membre des services, avec des portraits savoureux d\u2019agents de Whitehall \u2013 autrement appel\u00e9 Centre Londres \u2013 soit 13 longues nouvelles ou courts romans d\u2019un int\u00e9r\u00eat in\u00e9gal. Les \u00e9pisodes les plus marquants sont l\u2019histoire de Hansen, un Hollandais recrut\u00e9 par les services dont la fille est enlev\u00e9e par les khmers rouges&nbsp;; du colonel Jerzy, tra\u00eetre \u00e0 la Pologne en qu\u00eate de l\u2019absolution de Mgr Popieluszko&nbsp;; de Bella, la belle espionne hongroise dont le r\u00e9seau tombe dans les pays baltes ou encore de Frewin, un m\u00e9lomane asocial devenu l\u2019un des derniers correspondants d\u2019une URSS en pleine perestro\u00efka. On passe de Munich \u00e0 Hambourg, du Moyen-Orient \u00e0 l\u2019Asie, de Budapest \u00e0 Vienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout n\u2019est pas de premi\u00e8re qualit\u00e9, et on a connu Le Carr\u00e9 plus passionnant, mais, on le r\u00e9p\u00e8te, c\u2019est la lassitude et le d\u00e9sabusement qui pr\u00e9ludent \u00e0 ce livre et ce sont finalement ces sentiments qui pr\u00e9dominent dans ces histoires qu\u2019on a parfois du mal \u00e0 comprendre, tant les faux-semblants sont partout, tant les gens sont ambigus, tant les situations sont confuses et tant tout s\u2019entoure de secret, de brume et de tromperie. Mais c\u2019est la loi de l\u2019espionnage, o\u00f9 tout est cod\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, on a un beau plaidoyer humaniste pour la v\u00e9rit\u00e9 et l\u2019amour, ou l\u2019amour de la v\u00e9rit\u00e9, loin des chausse-trapes des \u00c9tats, des militaires, des flics et des hommes d\u2019affaires, ceux qui m\u00e8nent le monde \u00e0 sa ruine.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re histoire est d\u2019ailleurs exemplaire avec ce richissime industriel anglais qui livre des armes via des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9cran immatricul\u00e9es dans des paradis fiscaux et qui n\u2019a aucun scrupule, plein de morgue et de suffisance. Et Ned de conclure apr\u00e8s la harangue du butor&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Que dire face \u00e0 un absolu&nbsp;? Au long de ma vie, je m\u2019\u00e9tais insurg\u00e9 contre un fl\u00e9au institutionnalis\u00e9. Il avait eu un nom et bien souvent une patrie d\u2019accueil. Il avait servi un but collectif et connu une fin collective. Mais le fl\u00e9au que j\u2019avais aujourd\u2019hui devant moi \u00e9tait un gamin destructeur qui avait grandi dans nos rangs au contact duquel je me retrouvai enfant, d\u00e9sarm\u00e9, sans voix, abandonn\u00e9. L\u2019espace d\u2019un instant, j\u2019eus le sentiment que j\u2019avais pass\u00e9 ma vie \u00e0 me battre en me trompant d\u2019ennemi&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et si finalement les bureaucrates galonn\u00e9s des d\u00e9mocraties populaires \u00e9taient moins pires que les capitalistes voraces et d\u00e9complex\u00e9s. Question stupide, diront certains, tant cela reste une affaire de degr\u00e9s dans l\u2019oppression. Sauf que Le Carr\u00e9 lui-m\u00eame semble se la poser, d\u00e9sesp\u00e9rant de la nature humaine. Les espions se cachent pour mourir. D\u00e9senchantement, on vous dit&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>15 juillet 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ROMAIN GARY \u2013 AU-DEL\u00c0 DE CETTE LIMITE VOTRE TICKET N\u2019EST PLUS VALABLE \u2013 Gallimard \/ Folio. Jacques Rainier est un riche industriel aux abords de la soixantaine, ancien r\u00e9sistant, dont les affaires p\u00e9riclitent&nbsp;; aussi bien financi\u00e8res que sexuelles. C\u2019est un peu le blues du vieux m\u00e2le blanc dominant menac\u00e9 par les hordes du tiers-monde. 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