{"id":2844,"date":"2022-08-25T16:54:38","date_gmt":"2022-08-25T14:54:38","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2844"},"modified":"2022-09-20T19:34:00","modified_gmt":"2022-09-20T17:34:00","slug":"consternants-voyageurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2844","title":{"rendered":"CONSTERNANTS VOYAGEURS"},"content":{"rendered":"\n<p><em><u>1. MUNICH 1972<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/ILLUSTRATION226.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2846\" width=\"577\" height=\"923\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/ILLUSTRATION226.jpg 320w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/ILLUSTRATION226-188x300.jpg 188w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/ILLUSTRATION226-19x30.jpg 19w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>La discobole, un timbre de la Bundespost, comme il est \u00e9crit. Munich, \u00e7a nous a d\u00e9\u00e7us.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En partant, j\u2019avais dans la t\u00eate cette chanson de Henri Tachan, \u00ab&nbsp;Les Jeux Olympiques&nbsp;\u00bb, <em>\u00ab&nbsp;t<\/em><em>ous ces athl\u00e8tes dans la foul\u00e9e \/ Pour un marathon fantastique \/ A la seule force du mollet&nbsp;\u00bb. <\/em>Et je repensais \u00e0 Mexico, la Place des 3 cultures et le poing gant\u00e9 brandi vers le ciel des athl\u00e8tes noirs sur le podium. Mais je fus vite tir\u00e9 de ma r\u00eaverie par les conversations sans int\u00e9r\u00eat de mes compagnons de route. Sans int\u00e9r\u00eat, mais \u00e0 voix tr\u00e8s hautes \u2013 il fallait bien couvrir le bruit de la R8 Gordini en fin de vie \u2013 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de laquelle j\u2019avais pris place, entre mon fr\u00e8re Jean-Bernard et un de ses coll\u00e8gues du Cr\u00e9dit du Nord, Claude. La banque avait aussi fourni le chauffeur, un d\u00e9nomm\u00e9 Yves, et son copilote, ou plus prosa\u00efquement celui qui si\u00e9geait bravement \u00e0 la place du mort, Richard. Une folle \u00e9quip\u00e9e partie depuis Roubaix et qui \u00e0 pr\u00e9sent traversait la Belgique vers Charleroi, Namur, Arlon, le Luxembourg et la Moselle, direction l\u2019Allemagne, la Bavi\u00e8re et Munich, pour les Jeux olympiques pour lesquels je n\u2019\u00e9prouvais pas un grand int\u00e9r\u00eat. Disons que j\u2019\u00e9tais le cinqui\u00e8me passager, par raccroc, comme on fait le quatri\u00e8me \u00e0 la belote. J\u2019avais pass\u00e9 mon bac et je cherchais du travail. Je donnais l\u2019impression de m\u2019emmerder et mon fr\u00e8re avait sugg\u00e9r\u00e9 aux autres, un peu par piti\u00e9, que je pouvais aussi bien faire partie du voyage, du p\u00e9riple, avait-il dit, vite repris par ce p\u00e9dant de Yves&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;&#8211; Ah non Jean-Bernard, soyons pr\u00e9cis sur les mots. On utilise le mot p\u00e9riple lorsque l\u2019on franchit des oc\u00e9ans ou des \u00e9tendues d\u2019eau. L\u2019Allemagne f\u00e9d\u00e9rale n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un raz-de-mar\u00e9e que je sache.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les autres de rire \u00e0 gorge d\u2019employ\u00e9s, comme je me disais in petto pour des employ\u00e9s de banque. Je m\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 fait mon id\u00e9e sur les forces en pr\u00e9sence et j\u2019en \u00e9tais presque \u00e0 regretter maintenant de les avoir suivis.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait toujours pareil. Quand ils ne parlaient pas de leurs flirts ou de football (ils \u00e9taient tous supporters du LOSC), ils abordaient des sujets aussi passionnants pour moi que les bagnoles et leurs vies professionnelles, avec des phrases l\u00e9nifiantes entrecoup\u00e9es des mots \u00ab&nbsp;coupons&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;valeurs&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;indices&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;taux actuariels&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;agios&nbsp;\u00bb. J\u2019en avais la migraine et ils finissaient par s\u2019\u00e9tonner de mon peu d\u2019app\u00e9tence \u00e0 prendre part \u00e0 leurs conversations.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; &#8211; Il dit jamais rien ton frangin, avait dit Claude, l\u2019ami de mon fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Faut le brancher sur les sujets qui le passionnent, le rock, les livres, la politique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah non pas la politique, avait tranch\u00e9 Yves. C\u2019est des sujets \u00e0 disputes, comme la religion d\u2019ailleurs ou le fric&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun s\u2019\u00e9tait tacitement rang\u00e9 \u00e0 son opinion, ce qui valait validation de mon mutisme. \u00c7a m\u2019arrangeait bien finalement. On s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9s \u00e0 une station service \u00e0 Luxembourg et c\u2019\u00e9tait maintenant l\u2019achat de cartouches de cigarettes et de bouteilles d\u2019alcool qui les occupaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme il fallait s\u2019y attendre, tous les h\u00f4tels de la ville \u00e9taient complets, et on avait trouv\u00e9 un terrain de camping \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville. Yves, pr\u00e9cautionneux et pr\u00e9voyant, avait amen\u00e9 sa tente qu\u2019on eut grand mal \u00e0 installer, et ses ustensiles de campeur. On avait roul\u00e9 toute la journ\u00e9e et, le matin, apr\u00e8s une nuit d\u2019insomnie pour la plupart d\u2019entre nous, on buvait notre Nescaf\u00e9 tremp\u00e9 de biscuits au milieu d\u2019Allemands bedonnants \u00e0 la peau rougie par le soleil, certains ouvrant d\u00e9j\u00e0 leur premi\u00e8re bo\u00eete de bi\u00e8re de la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Seul Claude, l\u2019ami de mon fr\u00e8re, savait un peu d\u2019allemand et il glanait laborieusement des renseignements utiles \u00e0 nos futurs d\u00e9placements. O\u00f9 se trouvait l\u2019Olympiastadium&nbsp;? Comment on s\u2019y rendait&nbsp;? Quels \u00e9taient les tarifs et o\u00f9 on pouvait se procurer des billets&nbsp;? \u00ab&nbsp;Black market&nbsp;\u00bb, avais-je entendu. Les quatre, tr\u00e8s d\u00e9mocratiquement (ils ne m\u2019avaient pas consult\u00e9) avaient d\u00e9cid\u00e9 de faire l\u2019impasse sur Nuremberg et Augsbourg, trop loin, pour se consacrer aux comp\u00e9titions d\u2019athl\u00e9tisme et au football au stade olympique de Munich.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait pass\u00e9 les premi\u00e8res journ\u00e9es dans des brasseries \u00e0 siroter des bottes de bi\u00e8re et \u00e0 se taper de colossales choucroutes, et on \u00e9tait arriv\u00e9s juste \u00e0 temps pour la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture et le retour de la flamme olympique. Devant ce symbole d\u2019une humanit\u00e9 enfin unie et solidaire, Richard et Yves avaient eu les larmes aux yeux quand mon fr\u00e8re, son ami et moi jetions des regards amus\u00e9s vers eux, comme pour souligner une \u00e9motion fausse et emphatique. La foule hurlait de joie et on avait arros\u00e9 l\u2019assistance de petits teckels tous nomm\u00e9s Waldi, la mascotte des jeux. Une bien belle c\u00e9r\u00e9monie, en v\u00e9rit\u00e9. Le lendemain, on \u00e9tait le 26 ao\u00fbt et je commen\u00e7ais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 m\u2019ennuyer. Le soir, sous la tente, c\u2019\u00e9tait le tarot \u00e0 5 (on choisissait un roi) dans la fum\u00e9e des cigarettes et les odeurs de bi\u00e8re, avec le transistor en sourdine, les nocturnes de <em>RTL, <\/em>avec Bernard Schu ou Georges Lang, en direct du Luxembourg. \u00c9puis\u00e9, je finissais par m\u2019endormir tout de suite, vers 3 heures du matin, et on me tirait du duvet \u00e0 10h, pr\u00e8s pour s\u2019engouffrer dans les transports en commun apr\u00e8s un petit-d\u00e9jeuner des plus sommaire. Direction le stade olympique, raus&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Yves, que je soup\u00e7onnais \u00eatre un homosexuel refoul\u00e9, n\u2019avait que le nageur am\u00e9ricain Mark Spitz \u00e0 la bouche, ou du moins j\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 qu\u2019il aurait ador\u00e9 l\u2019avoir. Richard, lui, n\u2019avait d\u2019yeux que pour les Allemandes en mini-jupe qu\u2019il passait son temps \u00e0 mater. Il se proposait d\u2019en finir avec ses frustrations sexuelles dans un \u00c9ros center et nous proposait de l\u2019accompagner. Nous \u00e9tions dubitatifs, Claude, mon fr\u00e8re et moi. J\u2019avais de la sympathie pour Claude, le seul qui portait les cheveux un peu longs, avec une bonne gueule et des fringues originales qui tranchaient avec les costards d\u2019employ\u00e9s de banque des autres, lesquels avaient \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des t. shirts informes et des bermudas aux couleurs criardes. On \u00e9tait devenus potes, et il me r\u00e9galait de ses anecdotes sur les groupes anglais des sixties qu\u2019il avait pu voir \u00e0 Mouscron, au Twenty ou au Relais de la Poste. Il me parlait aussi de football et de cyclisme, et j\u2019admirais son \u00e9rudition dans tous ces domaines. J\u2019\u00e9tais de plus en plus souvent avec lui et Yves et Richard semblaient faire bande \u00e0 part, mon fr\u00e8re, dans un \u0153cum\u00e9nisme touchant, faisait le tampon entre les deux groupes.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de quelques jours, Richard, qui s\u2019effor\u00e7ait \u00e0 ressembler \u00e0 Mike Brant, \u00e9talait sans vergogne ses fantasmes d\u2019obs\u00e9d\u00e9 sexuel quand Yves admirait la plastique des athl\u00e8tes avec cette louche concupiscence qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 t\u00e9moign\u00e9 pour Spitz, d\u00e9sormais son idole. Mon fr\u00e8re \u00e9tait plus technique, dissertant longuement sur la foul\u00e9e du Finlandais Viren ou sur les fulgurances du Russe Borzov. Claude et moi poursuivions nos controverses sur des groupes de rock&nbsp;: il \u00e9tait fan de Led Zeppelin et des Who quand je leur pr\u00e9f\u00e9rais les Kinks et Procol Harum. On n\u2019allait pas se f\u00e2cher pour cela. C\u00f4t\u00e9 football, je lui confessais ma vieille nostalgie pour le Stade de Reims quand il m\u2019avouait qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rait le R.C Lens au LOSC, terrible aveu qu\u2019il ne renouvela jamais en public. Il lisait aussi, et aimait comme moi Blondin, Fallet, San Antonio et Cavanna. On \u00e9tait comme Bouvard et P\u00e9cuchet se rencontrant sur un banc public dans la chaleur d\u2019un soir d\u2019\u00e9t\u00e9 parisien. On se d\u00e9couvrait et on s\u2019appr\u00e9ciait, port\u00e9s par un courant de sympathie auquel on s\u2019abandonnait sans la moindre r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement, on voyait les matchs de football de la Manschaft (cat\u00e9gorie amateurs) \u00e0 l\u2019Olympiastadium, des rencontres aussi passionnantes que RFA \/ Malaisie ou RFA \/ \u00c9tats-Unis quand ce n\u2019\u00e9tait pas URSS \/ Soudan, RDA \/ Ghana ou, un peu plus int\u00e9ressant, Br\u00e9sil \/ Hongrie. Les Allemands dans les tribunes brayaient leurs encouragements et chantaient leurs hymnes (<em>Das lied der Deutschen<\/em>), tout en sirotant leurs bi\u00e8res. On les matait \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e, certains n\u2019ayant pas appr\u00e9ci\u00e9 nos regards obliques de petits Fran\u00e7ais aux airs sup\u00e9rieurs. On avait appris \u00e0 se m\u00e9fier d\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne v\u00eemes pas le match pour la troisi\u00e8me place entre la RDA et l\u2019URSS (ils obtinrent tous deux la m\u00e9daille de bronze apr\u00e8s un match nul malgr\u00e9 les prolongations), pas plus que la finale entre Pologne et Hongrie, remport\u00e9e par les Polonais, amateurs marrons qui alignaient quasiment la m\u00eame \u00e9quipe que pour leur troisi\u00e8me place en coupe du monde deux ans plus tard. L\u2019olympisme avait ses secrets, et ses limites.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions partis en catastrophe le surlendemain de l\u2019attaque du village isra\u00e9lien par le commando palestinien Septembre noir, soit le 7 septembre, et apr\u00e8s quinze jours de vacances plac\u00e9es sous le double signe du sport et de l\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions appris l\u2019attaque le lendemain qu\u2019elle ait eu lieu, et Claude nous traduisait les gros titres des journaux nationaux. Nous avions v\u00e9cu ces \u00e9v\u00e9nements d\u2019aussi pr\u00e8s que Fabrice \u00e0 Waterloo, c\u2019est \u00e0 dire de tr\u00e8s loin et nous aurions \u00e9t\u00e9 bien en peine de situer le pavillon isra\u00e9lien d\u2019un village olympique o\u00f9 nous n\u2019\u00e9tions jamais all\u00e9s. Le lendemain, \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, tous les otages avaient \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 la suite d\u2019une stupide man\u0153uvre de la police allemande. C\u2019est du moins ce que disaient les informations.<\/p>\n\n\n\n<p>Richard et Yves voulaient absolument partir sur l\u2019heure, aussi traumatis\u00e9s que les otages avaient pu l\u2019\u00eatre eux-m\u00eames. Claude \u00e9tait plus circonspect, ne voyant pas de raison imp\u00e9rieuse de partir en catastrophe. J\u2019\u00e9tais plut\u00f4t de son avis mais pas m\u00e9content de mettre un terme pr\u00e9matur\u00e9 \u00e0 ce s\u00e9jour qui devenait pesant. Mon fr\u00e8re n\u2019avait pas d\u2019opinion au d\u00e9but, mais il fut vite sensible aux arguments des plus virulents dans leur d\u00e9cision de quitter le pays au plus vite.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re nuit, et le dernier jour, m\u00e9ritaient qu\u2019on s\u2019attard\u00e2t encore un peu \u00e0 Munich. Le dernier soir, mon fr\u00e8re avait eu une crise d\u2019asthme et on s\u2019\u00e9tait r\u00e9veill\u00e9s, Claude et moi, pour le r\u00e9conforter en attendant que ses pulv\u00e9risations de Ventoline fassent leur effet. \u00c9clair\u00e9s par une lampe de poche, nous avions remarqu\u00e9 que Richard et Yves \u00e9taient enlac\u00e9s amoureusement, dans le m\u00eame duvet. Ils dormaient mais n\u2019avaient pas quitt\u00e9 leur posture touchante d\u2019amants d\u2019une nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon fr\u00e8re ne remarqua rien et il s\u2019endormit apr\u00e8s sa prise, quand Claude et moi nous \u00e9tions regard\u00e9s avec des airs entendus. \u00c0 messe basse, nous discutions du cas et imaginions tous deux que Yves avait c\u00e9d\u00e9 \u00e0 ses penchants quand Richard, victime d\u2019une sexualit\u00e9 d\u00e9bordante, s\u2019\u00e9tait pr\u00eat\u00e9 au jeu. Ce n\u2019\u00e9tait que simple hypoth\u00e8se, mais elle nous semblait plausible.<\/p>\n\n\n\n<p>Au matin, nous prenions notre dernier petit-d\u00e9jeuner et personne ne fit allusion aux \u00e9v\u00e9nements de la nuit. C\u2019est Richard qui rompit le silence pour nous proposer, puisque nous avions d\u00e9cid\u00e9 de rouler de nuit en nous relayant au volant, d\u2019aller honorer les dames d\u2019un \u00c9ros center o\u00f9 il avait rep\u00e9r\u00e9 de superbes filles d\u2019Eve (il parlait comme \u00e7a). Avant de r\u00e9pondre, je regardais subrepticement Claude qui souriait et murmurait \u00e0 part lui \u00ab&nbsp;\u00e0 voiles et \u00e0 vapeur&nbsp;\u00bb. Richard lui demanda de r\u00e9p\u00e9ter mais il fit semblant de ne pas entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;au bordel, et pourquoi pas&nbsp;? Autant finir en beaut\u00e9, s\u2019\u00e9cria-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous n\u2019avez pas peur des Palestiniens rescap\u00e9s venus se d\u00e9tendre&nbsp;\u00bb, ajoutai-je, ne recueillant que leur consternation.<\/p>\n\n\n\n<p>Et nous voil\u00e0 partis, les cinq petits fran\u00e7ais en qu\u00eate d\u2019un peu d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces dames attendaient au salon en se donnant des airs languissants. Yves jeta son d\u00e9volu sur une petite brunette qui devait \u00eatre d\u2019origine turque&nbsp;; Richard fon\u00e7a t\u00eate baiss\u00e9e sur une grande blonde plantureuse, une gretchen hyper-maquill\u00e9e \u00e0 l\u2019air autoritaire&nbsp;; Claude et moi h\u00e9sit\u00e2mes avant d\u2019aller timidement vers deux petites rousses \u00e0 l\u2019air canaille qu\u2019on aurait dit s\u0153urs tant elles se ressemblaient. Mon fr\u00e8re s\u2019abstint de tous rapports, encore mal remis de ses difficult\u00e9s respiratoires. Richard et Yves l\u2019incit\u00e8rent \u00e0 choisir une des filles restantes, mais Claude et moi jugions son attitude raisonnable et nous n\u2019e\u00fbmes aucun mal \u00e0 leur expliquer qu\u2019il \u00e9tait souffrant. \u00ab&nbsp;Mein bruder ist krank. Kaputt&nbsp;!&nbsp;\u00bb, m\u2019entendis-je bredouill\u00e9, soulevant les rires de la cantonade.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la sortie, apr\u00e8s avoir pay\u00e9, Richard et Yves se vantaient de leurs exploits sexuels. Richard surtout, qui avait mat\u00e9 sa walkyrie gr\u00e2ce \u00e0 sa virilit\u00e9 et \u00e0 sa force, \u00e0 coups de reins. Yves \u00e9tait un peu plus discret, mais il en faisait des tonnes sur les mille et une pratiques \u00e9rotiques dont l\u2019avait gratifi\u00e9 sa partenaire. Visiblement, il \u00e9tait en train de nous expliquer qu\u2019il avait eu tout le Kama Sutra en \u00e0 peine 10 minutes. Claude n\u2019avait pas fait de commentaires, l\u2019air plut\u00f4t satisfait du bon vivant apr\u00e8s un repas plantureux. J\u2019avais personnellement connu une panne, malgr\u00e9 les encouragements de la fille qui avait fait montre d\u2019une infinie patience et d\u2019une certaine tendresse. Je m\u2019en \u00e9tais ouvert \u00e0 Claude qui, compr\u00e9hensif, avait tenu \u00e0 me rassurer, mais il \u00e9tait hors de question que j\u2019en parle aux autres, m\u00eame pas \u00e0 mon fr\u00e8re qui avait fait tapisserie.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait regagn\u00e9 la voiture en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, sur un parking \u00e9cras\u00e9 de soleil, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, et c\u2019est mon fr\u00e8re qui avait pris le volant. Personne ne parlait apr\u00e8s nos aventures galantes, et c\u2019est \u00e0 nouveau Richard qui brisa le silence&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Ah je sais pas vous mais moi \u00e7a m\u2019a fait du bien. Quand je pense qu\u2019il y en a qui n\u2019aiment pas les femmes. Faut quand m\u00eame \u00eatre tordu.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne savait pas trop s\u2019il avait dit cela pour taquiner Yves ou pour surjouer aupr\u00e8s de nous une virilit\u00e9 qu\u2019il sentait confus\u00e9ment mise en question.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; On appelle \u00e7a des p\u00e9d\u00e9s, fit Claude, tu sais, des tantes&nbsp;\u00bb, jouant de l\u2019homonymie avec la tente. Et on \u00e9clata de rire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux se regard\u00e8rent et nous tois\u00e8rent avec m\u00e9pris. Ils savaient qu\u2019on savait et \u00e7a nous amusait beaucoup. Ils firent toute la route sans desserrer les dents, se relayant au volant avec des mines renfrogn\u00e9es d\u2019enfants punis, et \u00e7a nous faisait enfin des vacances. Des vraies.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pouvais recommencer \u00e0 pointer au ch\u00f4mage et \u00e0 \u00e9plucher (avec le couteau idoine) les offres d\u2019emploi de l\u2019aum\u00f4nier du lyc\u00e9e, l\u2019abb\u00e9 Jules \u00e0 qui j\u2019avais racont\u00e9 sommairement mon escapade \u00e0 Munich.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tu sais, avec les Allemands, faut toujours se m\u00e9fier\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 sa p\u00e9roraison apr\u00e8s mon expos\u00e9. \u00ab\u00a0Krieg gross malheur\u00a0!\u00a0\u00bb Ajouta-t-il en regardant partout autour de lui comme si on avait pu nous \u00e9couter. Je r\u00e9primais un sourire avant de conclure, ironique\u00a0: choumache aussi gross malheur. Ce fut \u00e0 son tour de rire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>11 juillet 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. MUNICH 1972 En partant, j\u2019avais dans la t\u00eate cette chanson de Henri Tachan, \u00ab&nbsp;Les Jeux Olympiques&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;tous ces athl\u00e8tes dans la foul\u00e9e \/ Pour un marathon fantastique \/ A la seule force du mollet&nbsp;\u00bb. Et je repensais \u00e0 Mexico, la Place des 3 cultures et le poing gant\u00e9 brandi vers le ciel des athl\u00e8tes&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2844\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2846,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2844"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2844"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2844\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2889,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2844\/revisions\/2889"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2846"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2844"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2844"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2844"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}