{"id":2885,"date":"2022-09-08T19:39:25","date_gmt":"2022-09-08T17:39:25","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2885"},"modified":"2022-09-08T19:39:27","modified_gmt":"2022-09-08T17:39:27","slug":"notes-de-lecture-33","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2885","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (33)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>GABRIEL GARCIA MARQUEZ \u2013 <em>CENT ANS DE SOLITUDE <\/em>\u2013 Gallimard \/ Folio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/illustration233.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2886\" width=\"581\" height=\"871\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/illustration233.jpg 427w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/illustration233-200x300.jpg 200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/illustration233-400x600.jpg 400w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/illustration233-20x30.jpg 20w\" sizes=\"(max-width: 581px) 100vw, 581px\" \/><figcaption>El Gabo Marques. Une belle t\u00eate d&rsquo;honn\u00eate homme. Photo Wikipedia.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019est un livre prodigieux, tellement prodigieux que je n\u2019avais pas r\u00e9ussi \u00e0 le lire en son temps, o\u00f9 disons dans les ann\u00e9es 1970. De m\u00eame que je n\u2019avais pas su finir le <em>Ulysse<\/em> de Joyce ou <em>L\u2019homme sans qualit\u00e9s <\/em>de Musil. Autant dire des chefs-d\u2019\u0153uvre, m\u00eame si je n\u2019aime pas le mot qui sent trop le g\u00e9nie sanctifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus qu\u2019\u00e0 Joyce ou Musil, Garcia Marquez fait penser \u00e0 Cervant\u00e8s ou \u00e0 Dante dont il a le pouvoir d\u2019\u2019\u00e9vocation, la puissance du r\u00e9cit \u00e0 travers une avalanche de mots recherch\u00e9s et pr\u00e9cis. Plus qu\u2019un \u00e9crivain, un d\u00e9miurge qui cr\u00e9e \u2013 ou plut\u00f4t ressuscite \u2013 un monde, soit un village de Colombie dont on suit l\u2019\u00e9volution, fascin\u00e9s, du mar\u00e9cage o\u00f9 vivaient les anc\u00eatres jusqu\u2019au n\u00e9ant solitaire apr\u00e8s des phases de prosp\u00e9rit\u00e9 comme la guerre entre lib\u00e9raux et conservateurs, l\u2019implantation du chemin de fer ou encore l\u2019exploitation des bananeraies par des hommes d\u2019affaire am\u00e9ricains, des yankees, comme il les appelle. L\u2019\u00e9quivalent en prose de ce que faisait un Pablo Neruda.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce village de Macondo est aussi celui o\u00f9 personne n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 avant cette histoire qui m\u00eale les vies du patriarche, Aureliano Buendia, de son \u00e9pouse Ursula, qui finira plus que centenaire, et de leur descendance, gar\u00e7ons et filles aussi pittoresques les uns que les autres qui ont tous les m\u00eames pr\u00e9noms (seuls les deuxi\u00e8mes pr\u00e9noms ou les surnoms les rendent reconnaissables) et sont tous les h\u00e9ritiers d\u2019une histoire familiale baroque et f\u00e9erique.<\/p>\n\n\n\n<p>Un village d\u00e9j\u00e0 maudit par le passage d\u2019une troupe de gitans qui vont initier tout le monde \u00e0 l\u2019alchimie, puis par un Juif errant qui va mystifier la famille avec ses palimpsestes, ses incunables et ses trait\u00e9s d\u2019\u00e9sot\u00e9risme. Viendra ensuite un biblioth\u00e9caire de Barcelone, f\u00e9ru de livres rares. C\u2019est Melquiades, le Juif, qui \u00e9crira l\u2019histoire de la famille et tous, l\u2019\u00e9crivain comme le dernier lecteur, l\u2019arri\u00e8re-arri\u00e8re petit-fils, pourront mourir lecture (et \u00e9criture) achev\u00e9es. Le livre de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, c\u2019est un \u00e9pais roman parfois difficile \u00e0 lire, difficile \u00e0 suivre, sinueux comme une rivi\u00e8re capricieuse, mais il en ressort la jubilation issue d\u2019une aventure narr\u00e9e par un sorcier des mots qui sait que le temps est cyclique, que les \u00eatres reviennent sans cesse dans d\u2019autres corps, que le monde ne finit jamais et qu\u2019il n\u2019a peut-\u00eatre jamais commenc\u00e9. \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9ternit\u00e9, c\u2019est long vers la fin&nbsp;\u00bb, comme disait Pierre Dac, \u00e0 moins que ce ne soit Woody Allen.<\/p>\n\n\n\n<p>Un roman truculent aussi, avec des personnages \u00e0 la limite de la folie et extravagants qui se complaisent dans le magique et le surnaturel, l\u2019irrationnel en tout cas. On peut penser aussi \u00e0 un film comme <em>Affreux, sales et m\u00e9chants<\/em> de Ettore Scola avec une famille tuyau de po\u00eale aux m\u0153urs qui fascineraient un ethnologue. Mais la beaut\u00e9 emporte tout, charrie tout, comme des p\u00e9pites d\u2019or dans une mare de fange. Une m\u00e9taphore de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun de ses autres romans n\u2019est aussi fort &#8211; et de tr\u00e8s loin &#8211; et on voit bien que Garcia Marquez a su\u00e9 sang et eau durant des ann\u00e9es \u00e0 Mexico pour accoucher de ce livre o\u00f9 tout est \u00e0 la fois r\u00e9aliste et magique, o\u00f9 la mort n\u2019existe pas mais o\u00f9 les fant\u00f4mes abondent, o\u00f9 on d\u00e9cide soi-m\u00eame de sa mort dans une \u00e9pop\u00e9e glorieuse ou dans une bouffonnerie pendable. Car il y a du Rabelais chez Garcia Marquez, de la truculence en m\u00eame temps que l\u2019enchantement de ses pairs en litt\u00e9rature latino-am\u00e9ricains, de Borges \u00e0 Bolano en passant par Alejo Carpentier \u00e0 qui il fait le plus penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-il utile de pr\u00e9ciser que Garcia Marquez n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 persona grata aux \u00c9tats-Unis, son long compagnonnage avec Castro l\u2019ayant longtemps proscrit, malgr\u00e9 son prix Nobel en 1982. Car Gabo (son surnom) \u00e9tait aussi un \u00e9crivain tr\u00e8s politique, recouvrant les r\u00e9alit\u00e9s sociales sous l\u2019humour le plus f\u00e9roce, sans pour autant les masquer. Ch\u00e9 Garcia Marquez&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ED McBAIN \u2013 <em>MANHATTAN BLUES<\/em> \u2013 Presses de la cit\u00e9 \/ J\u2019ai Lu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vieux routier du polar am\u00e9ricain, on connaissait surtout Ed McBain \u2013 de son vrai nom Salvatore Lombino &#8211; pour les enqu\u00eates de l\u2019inspecteur Steve Carrela depuis le commissariat fictif d\u2019Isola (87\u00b0 district). Certaines ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es au cin\u00e9ma par Claude Chabrol&nbsp;; jusqu\u2019\u00e0 Michel Audiard qui s\u2019est inspir\u00e9 d\u2019un de ses romans pour <em>Le cri du cormoran le soir au-dessus des jonques<\/em>. Le cin\u00e9ma, McBain conna\u00eet puisqu\u2019il a aussi \u00e9t\u00e9 sc\u00e9nariste, notamment pour le <em>Blackboard jungle<\/em> de Richard Brooks, le film o\u00f9 on peut entendre le \u00ab&nbsp;Rock Around The Clock&nbsp;\u00bb de Bill Haley&nbsp;; autant dire la naissance du rock\u2019n\u2019roll. On lui doit aussi, sous le pseudonyme de Evan Hunter, le sc\u00e9nario des <em>Oiseaux <\/em>d\u2019Hitchcock. Il faut dire que des pseudonymes et des alias, McBain en a utilis\u00e9 des tas, autant comme romancier que comme sc\u00e9nariste. Un hyper-actif qui devait exercer le m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire aux heures de bureau, sans rel\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Manhattan blues<\/em> est un roman \u00e9crit en 1986, dans le New York que conna\u00eet parfaitement McBain, ou plut\u00f4t le c\u0153ur de la grosse pomme, de Little Italy \u00e0 Chinatown avec un crochet vers le Bowery. Quelques incidents \u00e0 une semaine de No\u00ebl, une sans-logis (comme on disait alors) qui assiste au braquage d\u2019un restaurant italien, un p\u00e8re No\u00ebl arr\u00eat\u00e9 pour vol et, plus discr\u00e8tement, la vente d\u2019une collection de tableaux impressionnistes \u00e0 Sotheby par un milliardaire de Phoenix (Arizona).<\/p>\n\n\n\n<p>Un v\u00e9ritable puzzle dont les pi\u00e8ces s\u2019assemblent au fil des chapitres et on a \u00e0 faire \u00e0 un romancier inspir\u00e9 qui sait bricoler une intrigue et camper des personnages \u00e9chappant aux st\u00e9r\u00e9otypes. \u00c0 commencer par son flic, Bry Reardon, partag\u00e9 entre son enqu\u00eate et ses probl\u00e8mes de divorce.<\/p>\n\n\n\n<p>Des petits incidents dans Manhattan qui nous am\u00e8nent \u00e0 la g\u00e9opolitique et \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Les meurtres du restaurant sont li\u00e9s \u00e0 celui d\u2019un avocat marron qui a tent\u00e9 un joli coup de bourse sur la base d\u2019un calendrier r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 dans un avion apr\u00e8s le meurtre de l\u2019\u00e9missaire d\u2019un prince arabe \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Washington. Vous suivez&nbsp;? Dans le calendrier&nbsp;? Les hausses des prix du p\u00e9trole pr\u00e9vues par l\u2019OPEP apr\u00e8s une guerre financ\u00e9e par les Am\u00e9ricains en Arabie Saoudite pr\u00e9vue pour No\u00ebl qui entra\u00eenera la destruction des puits de p\u00e9trole.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi une famille \u00e9coule ses tableaux pour acheter des contrats d\u2019argent-m\u00e9tal en pr\u00e9vision du rench\u00e9rissement que la guerre au Moyen-Orient va provoquer. Dans son enqu\u00eate, Reardon est aid\u00e9 par une journaliste de<em> Forbes<\/em> qui lui a expliqu\u00e9 patiemment les grandes lois de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, on passe de situations en apparence anecdotiques \u00e0 un complot mondial orchestr\u00e9 par les marchands d\u2019arme et le monde de la finance et on est oblig\u00e9s de reconna\u00eetre \u00e0 McBain une imagination d\u00e9brid\u00e9e mise au service d\u2019un r\u00e9cit captivant. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9side aussi dans ces descriptions pr\u00e9cises de New York en hiver comme si on y \u00e9tait et qui lorgnent du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un Selby ou d\u2019un Scorcese. Autant dire le New York de tous nos fantasmes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>WOL\u00c9 SOYINKA \u2013 <em>AK\u00c9 OU LES ANN\u00c9ES D\u2019ENFANCE <\/em>\u2013 Gallimard \/ Flammarion.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ak\u00e9, c\u2019est le village o\u00f9 l\u2019auteur a pass\u00e9 son enfance, quelque part au sud-ouest du Nig\u00e9ria, dans une mission catholique. Son p\u00e8re est l\u2019instituteur du village, le \u00ab&nbsp;headmaster&nbsp;\u00bb, on l\u2019appelle Essay, quand sa m\u00e8re r\u00e9pond au nom pour le moins original de Chr\u00e9tienne sauvage. Et les s\u0153urs, le petit fr\u00e8re, les tantes et toute une communaut\u00e9 joyeuse partag\u00e9e entre la foi chr\u00e9tienne et le rationalisme occidental d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et l\u2019animisme, la magie noire, les sortil\u00e8ges et les gris-gris de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>On suit l\u2019\u00e9volution du petit gar\u00e7on Wol\u00e9 d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il entre au lyc\u00e9e national, \u00e0 11 ans, en 1945. Les Am\u00e9ricains viennent de bombarder Hiroshima et Nagasaki et c\u2019est pour lui la fin de l\u2019enfance. Pourquoi n\u2019ont-ils pas plut\u00f4t bombard\u00e9 l\u2019Allemagne, se disent les gens du village. D\u00e9cid\u00e9ment, les blancs sont bien des racistes. La preuve. D\u2019ailleurs, Hitler, la mont\u00e9e des fascismes et la seconde guerre mondiale planent sur ce r\u00e9cit qui commence dans les ann\u00e9es 1930 (Wol\u00e9 est n\u00e9 en 1934).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces lourdes r\u00e9f\u00e9rences historiques ne plombent pas un r\u00e9cit buissonnier, color\u00e9 o\u00f9 un petit gar\u00e7on va de d\u00e9couvertes en d\u00e9couvertes au fur et \u00e0 mesure des myst\u00e8res et des \u00e9nigmes qu\u2019il s\u2019efforce de r\u00e9soudre les unes apr\u00e8s les autres, \u00e0 hauteur de m\u00f4me. Un m\u00f4me plein d\u2019humour et de fantaisie et on pense parfois aux aventures de <em>Pim Pam Poum,<\/em> du capitaine et de l\u2019astronome dans l\u2019est africain colonis\u00e9 par les Allemands. Le r\u00e9cit charrie son lot de personnages plus pittoresques les uns que les autres et on rit beaucoup au fil des pages, m\u00eame si le rire finit par tourner \u00e0 l\u2019aigre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne sont pas les Allemands mais les Anglais qui dominent ici et le colonialisme exsude de partout. Les chefs tribaux et les dignitaires religieux font semblant de comprendre le peuple mais sont \u00e0 la botte de blancs charg\u00e9s de gouverner ces lointaines provinces du Commonwealth apr\u00e8s des \u00e9tudes brillantes \u00e0 Eton ou \u00e0 Harrow. Dans les derniers chapitres, Soyinka met en sc\u00e8ne un groupe de femmes emmen\u00e9 par sa m\u00e8re qui a d\u00e9cid\u00e9 de lutter contre des imp\u00f4ts injustes. Pleine d\u2019\u00e9nergie et d\u00e9termin\u00e9e, elles vont jusqu\u2019au palais du gouverneur qui les renvoie aux autorit\u00e9s coloniales. Au moins, la lutte les aura r\u00e9unies et l\u2019\u00e9pisode leur aura ouvert les yeux. C\u2019est d\u00e9sormais en toute lucidit\u00e9 qu\u2019elles aborderont d\u2019autres combats.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait cette dimension sociale et politique \u00e0 ce superbe roman qui nous ferait aimer l\u2019Afrique. Car Soyinka a pass\u00e9 sa vie d\u2019adulte \u00e0 combattre les tyranneaux de Lagos, souvent depuis ses prisons et au p\u00e9ril de sa vie, ce qui n\u2019a rien d\u2019une figure de style quand on sait le sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 son compatriote Ken Saro-Wiwa, massacr\u00e9 par les militaires. Un sage, un mage, un griot. Grand homme et grand \u00e9crivain, ce qui est loin d\u2019aller toujours de pair.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>GASTON LEROUX \u2013<em> LE FANT\u00d4ME DE L\u2019OP\u00c9RA<\/em> \u2013 Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Gaston Leroux, immortel cr\u00e9ateur de <em>Rouletabille<\/em>, de <em>Ch\u00e9ri-bibi <\/em>et de <em>L<\/em><em>a <\/em><em>p<\/em><em>oup\u00e9e sanglante<\/em>. Un feuilletoniste aussi c\u00e9l\u00e8bre que Souvestre et Allain (<em>Fantomas<\/em>), Maurice Leblanc (<em>Ars\u00e8ne Lupin<\/em>) dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 et son presque homonyme Gustave Lerouge, auteur du fameux <em>Testament du docteur Cornelius<\/em>, en plus d\u2019\u00eatre l\u2019un des derniers amis de Verlaine et un lointain pr\u00e9curseur du surr\u00e9alisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Gaston Leroux ne fut pas vraiment feuilletoniste, mais chroniqueur judiciaire au journal <em>Le Matin<\/em> o\u00f9 il suivit notamment le proc\u00e8s des anarchistes du d\u00e9but du 20\u00b0 si\u00e8cle. C\u2019\u00e9tait aussi un farouche adversaire de la peine de mort, un abolitionniste convaincu dans le sillage de Victor Hugo. Ne serait-ce que pour cela&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Que dire du <em>Fant\u00f4me de l\u2019op\u00e9ra<\/em>, l\u2019un de ses livres les plus connus qui a inspir\u00e9 aussi bien le Cocteau de <em>La belle et la b\u00eate <\/em>que le De Palma de <em>Phantom of paradise<\/em>. Que c\u2019est une \u0153uvre d\u2019imagination d\u00e9lirante, \u00e0 mi-chemin entre le roman gothique anglo-saxon et le th\u00e9\u00e2tre de Vaudeville, avec un esprit bien parisien qui devait faire fureur \u00e0 l\u2019\u00e9poque. \u00c0 chaque page, du non-sens, du burlesque, de la bouffonnerie, de l\u2019absurde et beaucoup d\u2019humour pince sans rire.<\/p>\n\n\n\n<p>Car le vrai personnage du roman, c\u2019est bien s\u00fbr l\u2019op\u00e9ra lui-m\u00eame. Un b\u00e2timent gigantesque qui fait penser \u00e0 une tour de Babel dont l\u2019architecte e\u00fbt \u00e9t\u00e9 le diable en personne. 25 \u00e9tages et 5 sous-sols. Une machinerie infernale avec des trappes, des portes d\u00e9rob\u00e9es, des couloirs interminables, des souterrains, des pi\u00e8ces dont on ne soup\u00e7onne m\u00eame pas l\u2019existence&nbsp;; le tout situ\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un lac au centre duquel tr\u00f4ne un ch\u00e2teau. On pense au Louvre de la s\u00e9rie TV <em>Belph\u00e9gor<\/em>, avec laquelle le roman peut \u00eatre compar\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019op\u00e9ra, c\u2019est aussi une machine bureaucratique kafka\u00efenne avec des corps de m\u00e9tier aussi divers que des \u00ab&nbsp;fermeurs&nbsp;\u00bb de trappes, des tueurs de rats ou des \u00ab&nbsp;fermeurs&nbsp;\u00bb de portes&nbsp; pour \u00e9viter que les danseuses s\u2019enrhument avec les courants d\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela est dit le plus s\u00e9rieusement du monde, et la pr\u00e9face comme l\u2019\u00e9pilogue sont des morceaux choisis d\u2019humour noir o\u00f9 l\u2019auteur entend nous persuader de la v\u00e9racit\u00e9 de son r\u00e9cit, enqu\u00eate de police et nombreux t\u00e9moignages \u00e0 l\u2019appui.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat du roman, c\u2019est aussi la description de personnages croquignolets et cocasses issus de cette France de la 3\u00b0 R\u00e9publique&nbsp;: hauts fonctionnaires, politicards, flics, intrigants, demi-mondaines et artistes. On a l\u00e0 un fantastique proche de l\u2019\u00e9pouvante et de la f\u00e9erie. Une sorte de surnaturel pour rire qui ne cherche pas l\u2019alibi de la cr\u00e9dibilit\u00e9. Une mani\u00e8re de m\u00e9lange tonique entre un Jules Renard et un Courteline.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de la grande litt\u00e9rature, autant le dire, mais c\u2019est divertissant, dr\u00f4le et enlev\u00e9. Le genre de bouquin qui se d\u00e9vore et ne fait pas mal \u00e0 la t\u00eate. Une lecture id\u00e9ale en \u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>9 ao\u00fbt 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>GABRIEL GARCIA MARQUEZ \u2013 CENT ANS DE SOLITUDE \u2013 Gallimard \/ Folio C\u2019est un livre prodigieux, tellement prodigieux que je n\u2019avais pas r\u00e9ussi \u00e0 le lire en son temps, o\u00f9 disons dans les ann\u00e9es 1970. De m\u00eame que je n\u2019avais pas su finir le Ulysse de Joyce ou L\u2019homme sans qualit\u00e9s de Musil. Autant dire&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2885\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2886,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2885"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2885"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2885\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2888,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2885\/revisions\/2888"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2886"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2885"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2885"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2885"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}