{"id":2927,"date":"2022-10-06T10:25:49","date_gmt":"2022-10-06T08:25:49","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2927"},"modified":"2022-10-06T10:25:50","modified_gmt":"2022-10-06T08:25:50","slug":"notes-de-lecture-35","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2927","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (35)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>PETER CHEYNEY \u2013 <em>LA M\u00d4ME VERT-DE-GRIS<\/em> \u2013 Gallimard S\u00e9rie noire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avec James Hadley Chase et Carter Brown, Cheyney fait partie du trio de t\u00eate des pionniers du polar am\u00e9ricain. Plus populaire que Chandler et Hammett, on conna\u00eet la personne de son h\u00e9ros \u2013 Lemmy Caution agent sp\u00e9cial du FBI \u2013 \u00e0 travers les films fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1960 avec Eddie Constantine&nbsp;; panama de traviole, gabardine \u00e0 \u00e9paulettes, gueule caboss\u00e9e et Luger dans la poche revolver, la bien nomm\u00e9e en ce qui le concerne.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ce personnage caricatural et de son univers fait de \u00ab&nbsp;whisky, cigarettes et petites p\u00e9p\u00e9s&nbsp;\u00bb (comme chantait Felix Maerten), il y a les romans de Cheyney qui ne sont pas piqu\u00e9s des hannetons, pour reprendre une expression mill\u00e9sim\u00e9e que n\u2019aurait pas d\u00e9daign\u00e9e son traducteur, Marcel Duhamel.<\/p>\n\n\n\n<p>Son traducteur et peut-\u00eatre celui qui donne ce caract\u00e8re insens\u00e9 et presque surr\u00e9aliste \u00e0 ce livre. N\u2019oublions pas que Duhamel, fondateur de la S\u00e9rie noire, a fait partie du groupe surr\u00e9aliste et il en reste quelque chose \u00e0 travers ses traductions.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman est sorti en France en 1945 et, au-del\u00e0 de l\u2019intrigue, on est frapp\u00e9s par des expressions loufoques et des dialogues quasiment surr\u00e9alistes, justement. L\u2019histoire, pour la r\u00e9sumer \u00e0 gros traits&nbsp;: Caution se fait passer pour un brave citoyen de Mason City (Iowa) pour avoir l\u2019air d\u2019un plouc inoffensif et enqu\u00eater tranquillement sur un double meurtre dans une bo\u00eete de nuit en pr\u00e9lude \u00e0 un coup fumant consistant \u00e0 intercepter une cargaison de lingots d\u2019or qui doit transiter de la banque d\u2019Angleterre au tr\u00e9sor am\u00e9ricain. On passe sur les rebondissements et les multiples sc\u00e8nes o\u00f9 Caution est \u00e0 la merci des truands et n\u2019en a plus pour longtemps. On s\u2019arr\u00eate sur les personnages hauts en couleur de Willie le Pigeon, un fils de famille d\u00e9voy\u00e9, Gueule de bois, un journaliste qui fraye avec la p\u00e8gre, Saltierra, un truand sadique coca\u00efnomane et sa petite amie Carlotta, chanteuse de cabaret et femme fatale qui s\u2019av\u00e9rera finalement \u00eatre une alli\u00e9e de Caution. C\u2019est elle, la m\u00f4me vert-de-gris du titre. Quelle s\u00e2\u00e2\u00e2l\u00e2\u00e2\u00e2de&nbsp;! comme dirait Caution \/ Constantine.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, c\u2019est enlev\u00e9, \u00e9crit avec les pieds mais dr\u00f4le \u00e0 n\u2019en plus pouvoir. Une insulte au bon go\u00fbt bourgeois et un petit chef-d\u2019\u0153uvre de culture populaire, un peu \u00e0 la mani\u00e8re des Andr\u00e9 H\u00e9l\u00e9na, L\u00e9o Malet ou autres Pierre Siniac chez nous. Bref, on se r\u00e9gale, sans trop se casser la t\u00eate, un peu comme quand on regarde un western des familles. R\u00e9jouissant&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>GEORGES FRIEDMANN &#8211; <em>LE TRAVAIL EN MIETTES<\/em> \u2013 Id\u00e9es \/ Gallimard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Sans travail, toute vie pourrit. Mais sous un travail sans \u00e2me, la vie \u00e9touffe et meurt&nbsp;\u00bb<\/em>. Friedmann cite Albert Camus en exergue d\u2019un livre \u00e9crit en 1956 et dont l\u2019actualisation date de 1964, ann\u00e9e de sa reparution. C\u2019est dire qu\u2019on pourrait croire que ses probl\u00e9matiques, ses interrogations et ses perspectives sont d\u00e9pass\u00e9es. Il n\u2019en est rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Friedmann se livre dans une premi\u00e8re partie \u00e0 une critique de Taylor et de son organisation scientifique du travail. C\u2019est le travail en miettes qui satisfait aux normes \u00e9lev\u00e9es de production mais qui est facteur d\u2019absent\u00e9isme et de troubles physiques et mentaux. Il plaide donc pour l\u2019\u00e9largissement des t\u00e2ches et nous prouve sa pertinence \u00e0 travers enqu\u00eates et statistiques men\u00e9es aussi bien en France qu\u2019en Angleterre, aux \u00c9tats-Unis que dans les pays de l\u2019est.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat du livre va bien au-del\u00e0 car Friedmann envisage le travail sous un angle anthropologique et il critique aussi les proph\u00e8tes de l\u2019automation totale et de la civilisation des loisirs. Pour lui, le travail parcellis\u00e9, morcel\u00e9 est ali\u00e9nant, mais le m\u00eame travail qui laisse place \u00e0 l\u2019imaginaire, \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 est constitutif de l\u2019individu au sens o\u00f9 il lui permet de s\u2019accomplir, voir de s\u2019\u00e9panouir, tout en lui donnant un r\u00f4le social et une place dans la communaut\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Friedmann prend des exemples concrets et \u00e9voque les p\u00e9riodes hors-emploi (ch\u00f4mage, retraite, maladie) v\u00e9cues difficilement par des salari\u00e9s dont le travail a toujours \u00e9t\u00e9 peu gratifiant et ali\u00e9n\u00e9. Apr\u00e8s des critiques sur Durkheim, Marx et Freud, il imagine un travail d\u00e9sali\u00e9n\u00e9 et lib\u00e9r\u00e9 de ses principales contraintes, et il plaide pour en arriver l\u00e0 sur une culture humaniste qui aurait sa place dans la civilisation de la technique dont on ne peut plus s\u2019affranchir. L\u00e0 o\u00f9 Platon parlait de rois philosophes, Friedmann souhaite des sociologues ou psychologues rois pour <em>\u00ab&nbsp;rappeler \u00e0 tout moment, dans les remous de la grande aventure de l\u2019homme aux prises avec la technique, les exigences profondes de son \u00e9quilibre et de son bonheur&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la conclusion d\u2019un livre int\u00e9ressant dont les questionnements sont toujours actuels, \u00e0 en juger par les ouvrages d\u2019un Thomas Coutrot ou d\u2019une Dani\u00e8le Linhart. Le premier invitant \u00e0 repenser le travail en donnant toute sa place \u00e0 la d\u00e9mocratie dans un champ qui la nie et la seconde d\u00e9montrant \u00e0 longueur de livres qu\u2019\u00e0 travers le \u00ab&nbsp;new management&nbsp;\u00bb, on assiste au retour du taylorisme, m\u00eame dans le secteur tertiaire comme on le voit avec les scripts dans les centres d\u2019appel, par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas, une lecture qui nous invite \u00e0 penser le travail dans toutes ses dimensions, comme l\u2019ont fait aussi Andr\u00e9 Gorz avec l\u2019autogestion ou Jacques Ellul avec la technique. Un classique qui devrait prendre place dans la biblioth\u00e8que de tous syndicalistes, ou simplement de tout humaniste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HENRY D. THOREAU \u2013 <em>LA D\u00c9SOB\u00c9ISSANCE CIVILE <\/em>\u2013 Le mot et le reste.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de Thoreau ici \u00e0 propos de <em>Walden,<\/em> son ma\u00eetre livre o\u00f9 il raconte comment on peut vivre en for\u00eat, loin de toute civilisation, en homme libre. On connaissait les \u00e9ditions <em>Le mot et le reste<\/em> pour ses publications de biographie de chanteurs et groupes de rock, mais c\u2019est ici l\u2019\u00e9crivain libertaire am\u00e9ricain et son grand classique, <em>La d\u00e9sob\u00e9issance civile<\/em>, qu\u2019ils ont r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2018. On parle beaucoup de d\u00e9sob\u00e9issance civile dans les associations \u00e9colo-altermondialistes et dans les mouvements sociaux. Ce petit livre a le m\u00e9rite de nous amener \u00e0 la racine du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9cisons tout d\u2019abord que Thoreau n\u2019a rien d\u2019un activiste, de m\u00eame qu\u2019il serait abusif de le taxer d\u2019anarchiste. Il se veut un citoyen libre qui ne reconna\u00eet que sa conscience comme guide, \u00e9clair\u00e9e par la sainte bible.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le situer, Thoreau est un intellectuel am\u00e9ricain du 19\u00b0 si\u00e8cle (1817 \u2013 1862, mort \u00e0 44 ans), ancien \u00e9tudiant de Harvard, ami et disciple du po\u00e8te Emerson. Il n\u2019a eu de cesse de se plaindre de l\u2019inculture et du mat\u00e9rialisme de ses contemporains, prisonniers d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 mercantile.<\/p>\n\n\n\n<p>Le citoyen Thoreau a un jour refus\u00e9 de payer ses imp\u00f4ts en protestation contre l\u2019esclavage et la guerre d\u2019annexion que son pays menait au Mexique. Il a fait une journ\u00e9e de prison et l\u2019un de ses voisins a pay\u00e9 sa taxe pour lui, mettant fin \u00e0 sa d\u00e9tention. \u00c0 son grand dam.<\/p>\n\n\n\n<p>Un texte court d\u2019\u00e0 peine 40 pages, augment\u00e9 d\u2019un bel appareil critique pour faire bonne mesure. Thoreau convoque les philosophes dans un bel exercice de logique pour nous prouver que son point de vue est sens\u00e9 et qu\u2019un individu peut et doit s\u2019opposer \u00e0 l\u2019\u00c9tat s\u2019il estime que sa conscience s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre ses agissements. Pour lui, les juges et les lois ne sont que le reflet d\u2019une constitution r\u00e9dig\u00e9e par les pairs de l\u2019Union qui n\u2019ont pas pr\u00e9vu une guerre de conqu\u00eate ou l\u2019esclavage, ce qui la rend caduque. Ainsi, un citoyen de Concord, Massachusetts, peut-il faire la gr\u00e8ve de l\u2019imp\u00f4t m\u00eame si les \u00e9v\u00e9nements ne le concernent pas au premier chef, en tant que citoyen de l\u2019Union, justement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre \u00ab&nbsp;La d\u00e9sob\u00e9issance civile&nbsp;\u00bb n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 choisi par l\u2019auteur (le titre original est <em>R\u00e9sistance au gouvernement civil<\/em>), et il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une d\u00e9sob\u00e9issance qui rejette, voire nie toute action collective. L\u00e0 est la principale critique qu\u2019on peut lui faire. C\u2019est une belle conscience, en tout cas c\u2019est l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019en fait, qui s\u2019oppose \u00e0 un l\u00e9gislateur au nom de ses droits et de sa morale. Soit un individu d\u2019exception qui se sent assez fort pour ne pas se soumettre au sort commun, soit plus un libertarien finalement qu\u2019un anarchiste. Ajoutons qu\u2019il est souvent plus moralisateur que moraliste.<\/p>\n\n\n\n<p>Thoreau a quand m\u00eame eu le grand m\u00e9rite d\u2019introduire la notion de d\u00e9sob\u00e9issance &#8211; d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 une loi si on estime qu\u2019elle est injuste d\u2019un point de vue moral &#8211; mais il ne faudrait pas pour autant en faire le mod\u00e8le d\u2019un Gandhi, d\u2019un Mandela ou d\u2019un Martin Luther King, m\u00eame si les trois se r\u00e9clamaient de lui. De m\u00eame, les altermondialistes et les \u00e9cologistes radicaux seraient bien en peine de trouver dans ce texte des motivations suffisantes pour leurs actions qui ont plus besoin du collectif et du social plus que de la morale et de l\u2019\u00e9thique. Ses sermons ne sont pas des th\u00e9ories.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 une pens\u00e9e rigoureuse et rationnelle, pacifiste et \u00e9cologique avant la lettre, et profond\u00e9ment humaniste dans son rejet de la domination, qu\u2019elle soit raciale ou \u00e9conomique. Disons que Thoreau est un grand sage, pas le th\u00e9oricien r\u00e9volutionnaire que beaucoup ont vu. Un honn\u00eate homme qui se pique de philosophie avec des penchants utopistes. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pour aller vite, une sorte de Rousseau amerloque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN VAUTRIN \u2013 <\/strong><em><strong>L\u2019HOMME QUI ASSASSINAIT SA VIE<\/strong><\/em><strong> \u2013 Fayard.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration240.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2929\" width=\"577\" height=\"583\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration240.jpg 200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration240-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>Jean Herman alias Jean Vautrin, de B\u00e8gles, comme les radis.  photo Wikipedia. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le grand Jean Vautrin, Jean Herman de son vrai nom, assistant (pour Rivette ou Rossellini), sc\u00e9nariste et cin\u00e9aste <em>(<\/em><em>Adieu l\u2019ami, Jeff <\/em>ou <em>Le dimanche de la vie<\/em>) avant de passer \u00e0 l\u2019\u00e9criture. D\u2019abord dans la S\u00e9rie noire avec une s\u00e9rie de polars emballants comme <em>Billy-Ze-Kick<\/em>, <em>\u00c0 bulletins rouges<\/em> ou, plus tardivement, <em>Canicule, <\/em><em>Groom <\/em>ou<em> Bloody Mary<\/em> puis avec des romans dits de litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9rale qui lui ont m\u00eame valu un Goncourt, dans les ann\u00e9es 1980 (<em>Un grand pas vers le bon dieu<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9sent ouvrage appartient un peu aux deux genres, polar et litt\u00e9rature \u00ab&nbsp;blanche&nbsp;\u00bb, comme on dit chez Gallimard. Plus polar que blanche, quand m\u00eame. L\u2019histoire est complexe et on se contentera de la r\u00e9sumer \u00e0 gros traits.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois Frey vient de sortir de prison, ayant pay\u00e9 pour les malversations de son beau-p\u00e8re. Il en sort meurtri, d\u00e9vast\u00e9, dans un \u00e9tat proche de la folie. C\u2019est l\u2019homme qui assassinait sa vie mais avant cela, il assassine son ex-femme, la deuxi\u00e8me, son beau-p\u00e8re et quelques victimes collat\u00e9rales. Gus Carape est un priv\u00e9 sans affaire, ancien flic d\u00e9pressif. Disons deux affaires sans grand int\u00e9r\u00eat&nbsp;: un patron portugais d\u2019une compagnie de transport qui se livrerait \u00e0 un trafic de travailleurs immigr\u00e9s et le fils autiste de Madame Castabonne, communiste toujours r\u00e9volt\u00e9e, qui a disparu. Kowalski est un flic ob\u00e8se et brutal toujours en qu\u00eate d\u2019une piste \u00e0 suivre. Les trois trajectoires vont se croiser.<\/p>\n\n\n\n<p>Gus part sur l\u2019autoroute avec la m\u00e8re Castabonne quand Frey s\u2019\u00e9chappe par les m\u00eames voies avec le cadavre de son ex-femme dans son coffre. Les deux hommes se d\u00e9fient en voiture, Mercedes contre BMW, \u00e0 la course d\u2019abord, puis ils se rapprochent et sentent qu\u2019ils ont quelque chose \u00e0 faire ensemble. Une sorte de mim\u00e9tisme suicidaire. Kowalski a renifl\u00e9 du louche et il les prend en chasse.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne va pas d\u00e9voiler la fin, des fois que vous tomberiez un jour sur ce livre. Disons que \u00e7a finit mal, mais on s\u2019en doutait. Un carnage. Tout est noir dans ce livre, avec des personnages d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s et des comportements suicidaires. Le monde de Vautrin n\u2019est pas rose, et il pue l\u2019essence, la pourriture, la b\u00eatise et la haine. Jean Vautrin, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2015, a eu un fils autiste, ce qui n\u2019est pas anodin dans le r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019action se passe \u00e0 Bordeaux puis sur l\u2019autoroute vers Toulouse et l\u2019Espagne. On est admiratifs devant le style c\u00e9linien de l\u2019auteur&nbsp;; ses phrases choc, ses inventions langagi\u00e8res, ses n\u00e9ologismes et ses expressions cocasses. Un auteur qui invente et qui ne se contente pas du dictionnaire. C\u2019est rare.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, Vautrin est un m\u00e9lange de ce qu\u2019il y a de meilleur dans le polar fran\u00e7ais (Jonquet, Manchette) avec l\u2019humour d\u2019un San Antonio et toute une tradition de romanciers qui n\u2019ont pas eu peur de faire des enfants \u00e0 la litt\u00e9rature, comme Queneau ou Vian. Autant de r\u00e9f\u00e9rences qui suffisent \u00e0 comprendre qu\u2019on a toujours aim\u00e9 Vautrin, avec son pseudonyme balzacien d\u2019\u00e9crivain r\u00e9aliste. Encore une r\u00e9f\u00e9rence. Mais son style est unique et on n\u2019est pas pr\u00e8s dans la litt\u00e9rature actuelle \u00e0 le d\u00e9passer, surtout Vautrain o\u00f9 vont les choses&#8230; Vautrain d\u2019enfer&nbsp;! (on pouvait pas la louper).<\/p>\n\n\n\n<p><em>26 septembre 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PETER CHEYNEY \u2013 LA M\u00d4ME VERT-DE-GRIS \u2013 Gallimard S\u00e9rie noire. Avec James Hadley Chase et Carter Brown, Cheyney fait partie du trio de t\u00eate des pionniers du polar am\u00e9ricain. 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