{"id":2965,"date":"2022-10-20T17:34:16","date_gmt":"2022-10-20T15:34:16","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2965"},"modified":"2022-10-20T17:34:18","modified_gmt":"2022-10-20T15:34:18","slug":"consternants-voyageurs-vol-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2965","title":{"rendered":"CONSTERNANTS VOYAGEURS VOL. 5"},"content":{"rendered":"\n<p><em><u><strong>ANVERS<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration246.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2967\" width=\"574\" height=\"765\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration246.jpg 450w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration246-225x300.jpg 225w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration246-23x30.jpg 23w\" sizes=\"(max-width: 574px) 100vw, 574px\" \/><figcaption>Logo De Muze, \u00ab\u00a0jazz-caf\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 Anvers. \u00c7a existe encore, avec le fant\u00f4me de Ferr\u00e9 Grignard <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Avec Martha, j\u2019habitais maintenant la Belgique depuis quatre ans. Elle depuis bien plus longtemps, en tant que frontali\u00e8re et employ\u00e9e d\u2019une de ces agences en douane qui pullulaient \u00e0 la fronti\u00e8re, avec une noria de camions \u00e0 d\u00e9charger et des formalit\u00e9s administratives dont elle et ses coll\u00e8gues se chargeaient avec diligence.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait pass\u00e9 des vacances dans le P\u00e9rigord. P\u00e9rigord vert ou noir, je ne sais plus. J\u2019avais abus\u00e9 du cassoulet de chez Marcel \u00e0 Sarlat, la ville o\u00f9 je fl\u00e2nais apr\u00e8s avoir achet\u00e9 livres et journaux \u00e0 la librairie Favalelli, en esp\u00e9rant toujours voir surgir le fameux Max, roi des cruciverbistes, par la porte de son magasin. C\u2019est dans <em>Lib\u00e9ration<\/em> que j\u2019avais appris la mort de Ferr\u00e9 Grignard, l\u2019un de mes h\u00e9ros. Sous la plume de Serge Loupien, il \u00e9tait retrac\u00e9 en quelques lignes la vie et l\u2019\u0153uvre du chanteur, de ses premi\u00e8res protest-songs au printemps 1966, au temps o\u00f9 il se baladait dans toute l\u2019Europe dans une vieille Cadillac d\u00e9glingu\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 sa mort d\u2019un cancer du foie devenu propri\u00e9taire d\u2019un caf\u00e9 \u00e0 Anvers, sa ville natale. De Muse \u00e9tait le nom du bistrot, situ\u00e9 pr\u00e8s de la gare \u00e9tait-il pr\u00e9cis\u00e9. Une invitation au voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>Le journaliste n\u2019oubliait pas la pol\u00e9mique entre Ferr\u00e9 Grignard et Johnny Hallyday \u00e0 propos de ce \u00ab&nbsp;Cheveux Longs Id\u00e9es Courtes\u00bb qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019une adaptation du \u00ab&nbsp;Crucified Jesus&nbsp;\u00bb de Grignard, celui-ci ayant d\u00e9clar\u00e9 dans un <em>Salut les copains<\/em> de l\u2019\u00e9poque qu\u2019il <em>\u00ab&nbsp;d\u00e9testait Johnny Hallyday&nbsp;\u00bb<\/em>. Du haut de mes 12 ans, je l\u2019aurais bien pris dans mes bras. Le journaliste poursuivait avec le contrat chez Barclay, l\u2019installation sur la C\u00f4te d\u2019Azur de lui et de sa troupe, le fameux \u00ab&nbsp;LSD 25&nbsp;\u00bb, jusqu\u2019au \u00ab&nbsp;Captain Desaster&nbsp;\u00bb et ses derni\u00e8res manifestations artistiques dans des festivals estivaux du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, avant retour vers la pluie et la froidure, retour \u00e0 Anvers, \u00e0 la bi\u00e8re et au schnaps.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tais souvent promis d\u2019aller faire un tour \u00e0 Anvers et de le rencontrer dans son antre, mais cela n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 possible. Grignard vivant, le voyage m\u2019intimidait, me promettant de tomber sur un vieil artiste mal embouch\u00e9 qui n\u2019allait faire qu\u2019une bouch\u00e9e d\u2019un jeune fran\u00e7ais maladroit b\u00e9gayant trois mots de n\u00e9erlandais. On aurait pu en anglais, bien s\u00fbr, mais je n\u2019\u00e9tais pas tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise non plus \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans la langue de Disra\u00ebli. Il se disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque qu\u2019un Belge normalement scolaris\u00e9 parlait couramment trois langues&nbsp;; le N\u00e9erlandais, l\u2019Allemand et le Fran\u00e7ais, les trois langues parl\u00e9es dans le royaume. Mais je n\u2019avais plus \u00e0 m\u2019inqui\u00e9ter de tout cela maintenant qu\u2019il \u00e9tait mort, \u00e0 42 ans, et je n\u2019aurai gu\u00e8re qu\u2019\u00e0 humer l\u2019air du temps et \u00e0 reconstituer sa pr\u00e9sence derri\u00e8re le bar, si tant est que ce bistrot \u00e9tait toujours ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois que j\u2019amenais Martha dans mes d\u00e9lires et mes nostalgies. Avec elle, j\u2019allais dans mes anciens lieux de colonies de vacances ou mes pensions familiales enfantines. Elle venait de s\u2019acheter une petite DAF vert olive et on avait pass\u00e9 quelques jours dans les Ardennes sur les traces de Rimbaud. Elle venait de passer son permis de conduire dans la bonne ville de Tournai la bien nomm\u00e9e, puisqu\u2019elle me disait que c\u2019\u00e9tait une cit\u00e9 qui recelait tous les pi\u00e8ges possibles pour la conduite automobile. Je me disais qu\u2019elle exag\u00e9rait un peu mais n\u2019en saluait pas moins la performance, moi qui n\u2019avait qu\u2019un permis sur bo\u00eete automatique et qui me gardait bien d\u2019\u00e9trenner sa nouvelle voiture de peur d\u2019un accident que ma peur et mon anxi\u00e9t\u00e9 au volant rendaient plus que probable.<\/p>\n\n\n\n<ol><li><\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Et puis, si elle trouvait que c\u2019\u00e9tait trop loin, on pouvait rester cantonn\u00e9s \u00e0 la Belgique, aller voir Lessines pour Raoul Vaneigem ou Ren\u00e9 Magritte ou Gand pour marcher sur les traces de Jean Ray. Autant de noms qu\u2019elle connaissait \u00e0 peine, mais si c\u2019\u00e9tait pour me faire plaisir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mes petits exercices d\u2019admiration mena\u00e7aient de l\u2019emmener loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas si loin que \u00e7a pour ce qui concernait Anvers. Je ne connaissais la ville que de r\u00e9putation, pour son port strat\u00e9gique, ses diamantaires, son zoo et la maison de Rubens.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait fait la route par Gand et Bruges et, de Flandre occidentale \u00e0 Flandre orientale, on \u00e9tait arriv\u00e9s aux abords de la province d\u2019Anvers et j\u2019avais tenu \u00e0 m\u2019arr\u00eater \u00e0 Herrentals, pour rendre hommage au grand Rick Van Looy, sprinter admirable. \u00c7a s\u2019\u00e9tait r\u00e9sum\u00e9 \u00e0 une bi\u00e8re de garde bue en pensant \u00e0 lui, le Prince d\u2019Herrentals, comme le surnommaient les journalistes sportifs.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait arriv\u00e9s par le fameux Ring, un enchev\u00eatrement de voix rapides et on avait suivi les berges de l\u2019Escaut, jusqu\u2019au quartier d\u2019Hoboken o\u00f9 on s\u2019\u00e9tait gar\u00e9s tant bien que mal. Martha voulait voir le quartier des diamantaires et c\u2019\u00e9tait justement un samedi o\u00f9 on voyait sortir des synagogues des vieillards \u00e0 chemises blanches empes\u00e9es avec des papillotes qui d\u00e9passaient de leurs chapeaux. N\u2019\u00e9tant passionn\u00e9 ni par la joaillerie ni par le folklore yiddish, je cherchais la gare et le fameux bistrot de feu Grignard, mais elle avait d\u2019autres plans.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Tu crois quand m\u00eame pas que j\u2019ai fait 150 kilom\u00e8tres rien que pour voir ton bistrot o\u00f9 il n\u2019y a m\u00eame plus personne dedans si \u00e7a se trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Je la reconnaissais bien l\u00e0 \u00e0 toujours chipoter et \u00e0 ne jamais vouloir partager mes emballements.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En fait j\u2019ai rien \u00e0 faire \u00e0 Anvers, c\u2019est juste pour voir si le bistrot existe encore et parler \u00e0 des gens qui l\u2019ont connu. Pour le reste, j\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par la Belgique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui ben moi, je vais au moins voir le zoo, je ne serai pas venue ici pour rien.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Allons-y donc pour le zoo, puisque c\u2019\u00e9tait dans le quartier de la gare. Elle se r\u00e9jouissait comme une gamine de voir un pauvre ours blanc assis entre deux flaques d\u2019eau gel\u00e9e. Puis c\u2019\u00e9tait l\u2019Afrique en pleines Flandres orientales avec lions, \u00e9l\u00e9phants, rhinoc\u00e9ros, hippopotames et toute la m\u00e9nagerie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; &#8211; Elles viennent s\u00fbrement du Congo, toutes ces b\u00eates, pour faire couleur locale&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je crois pas qu\u2019il y ait toute cette faune au Congo. Les lions, c\u2019est l\u2019Afrique de l\u2019Est et un peu le Sud.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quand je pense que votre fameux roi Popold a rachet\u00e9 le Congo sur sa fortune personnelle. Et ce sont des mercenaires belges qui ont massacr\u00e9 Lumumba\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pourquoi mon fameux roi Popold. Je suis aussi Fran\u00e7ais que toi, m\u00eame si j\u2019ai la double nationalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tout cela ne nous rendra pas le Congo, comme ils disent&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019arr\u00eatait pas de se chamailler. Quatre ans que j\u2019habitais avec elle \u00e0 la fronti\u00e8re, et je n\u2019arr\u00eatais pas de d\u00e9nigrer la Belgique. Je convoquais Kamagurka et ses dessins de <em>Charlie Hebdo<\/em> sur <em>Le monde fantastique des Belges<\/em>, j\u2019en appelais \u00e0 Baudelaire et \u00e0 son pamphlet \u00ab&nbsp;Bruxelles, une capitale pour rire&nbsp;\u00bb. Je lui disais que la Belgique n\u2019\u00e9tait pour moi qu\u2019un immense champ de ma\u00efs avec un roi niais comme \u00e9pouvantail.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me reprochait de cracher dans la soupe pour un pays qui avait bien voulu m\u2019accueillir. Les gens \u00e9taient gentils, modestes, pas fiers, et courageux&nbsp;; pas comme ces snobs de Fran\u00e7ais qui se prenaient tous pour des lumi\u00e8res. J\u2019\u00e9tais bien oblig\u00e9 de convenir qu\u2019elle n\u2019avait pas tout \u00e0 fait tort.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me \u00e9tait plus profond entre nous, et il se cristallisait sur ce petit pays o\u00f9 elle avait pris ses habitudes quand moi j\u2019\u00e9tais l\u00e0 contre mon gr\u00e9. Je l\u2019avais suivie pour \u00e9chapper au domicile familial et elle m\u2019avait accueilli chez elle, avec ses chats et ses petits plats, et je n\u2019avais pas r\u00e9sist\u00e9. Je ne sais plus qui de Balzac ou de Gainsbourg avait dit que dans un couple, il y en a un qui souffre quand l\u2019autre s\u2019ennuie. Elle souffrait devant mon indiff\u00e9rence et mon manque d\u2019attentions quand je m\u2019ennuyais devant ses chantages affectifs et ses appels \u00e0 la passion qui n\u2019avaient jamais eu cours entre nous.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre chez elle en pension, comme un locataire qui profitait du g\u00eete et du couvert sans jamais rien conc\u00e9der en terme d\u2019affection, et encore moins d\u2019amour. Elle me demandait de lui promettre le mariage, et il m\u2019arrivait de dire oui, un jour peut-\u00eatre. Elle avait d\u00e9j\u00e0 divorc\u00e9 deux fois et je lui conseillais de ne pas s\u2019exposer si vite \u00e0 un troisi\u00e8me divorce. Elle riait jaune. J\u2019avais pris une dizaine de kilos en quatre ans avec ses entrec\u00f4tes, ses frites, ses carbonnades flamandes, ses lapins et ses coqs \u00e0 la bi\u00e8re. J\u2019\u00e9tais gros, j\u2019\u00e9tais moche, je perdais mes cheveux, je me sentais stupide et je puais l\u2019imposture du gars qui faisait semblant d\u2019\u00eatre amoureux pour asseoir son confort et sa situation mat\u00e9rielle. Il m\u2019arrivait de me d\u00e9go\u00fbter.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en avais assez de la<em> RTBF<\/em>, de <em>Radio Classics 21<\/em>, du journal <em>Le Soir<\/em>, des cigarettes Johnson, des bi\u00e8res de garde, des voitures am\u00e9ricaines, des nettoyages \u00e0 grande eau, des Diables Rouges et des courses cyclistes. J\u2019en \u00e9tais venu \u00e0 prendre la Belgique en grippe. Les voisins devaient me prendre pour un horrible snob franchouillard, toujours fourr\u00e9 dans mes livres et dans mes manuscrits. Car je me piquais d\u2019\u00e9crire et je jouais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9crivain, avec mes dictionnaires et mes encyclop\u00e9dies toujours \u00e0 port\u00e9e de main.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le zoo, c\u2019\u00e9tait donc De Muse, un grand comptoir o\u00f9 tr\u00f4naient trois fortes femmes et une vaste salle obscure o\u00f9 on aurait pu mener bal avec un grand lampadaire au plafond. Des tables rondes de western et des chaises \u00e0 barreaux avec un juke-box d\u2019o\u00f9 sortait parfois la voix de Ferr\u00e9 Grignard, entre autres succ\u00e8s pop des ann\u00e9es 1960 et 1970. Les matrones tiraient la bi\u00e8re \u00e0 la pression, Bokor, Tongerloo, Bavik\u2026 Il y en avait pour tous les go\u00fbts.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019effor\u00e7ais de prendre langue avec un chevelu qui me semblait tout \u00e0 fait le genre \u00e0 avoir connu Ferr\u00e9. Il me dit dans un fran\u00e7ais approximatif qu\u2019il y avait longtemps qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus \u00e0 son bistrot mais qu\u2019il \u00e9tait le plus souvent hospitalis\u00e9, avant sa mort. Par contre, je pouvais voir sa femme, la blonde un peu ronde qui \u00e9tait derri\u00e8re le comptoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passais donc \u00e0 la veuve Grignard qui me fit comprendre qu\u2019elle n\u2019avait pas le temps de m\u2019entretenir de son grand homme, mais que je pouvais repasser dans une heure et demie quand elle aurait termin\u00e9 son service.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne bougeais pas de l\u00e0, attendant patiemment qu\u2019elle vienne prendre place \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, alors que Martha \u00e9tait partie faire les magasins.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Alors qu\u2019est-ce que vous lui voulez \u00e0 ce pauvre Ferr\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh juste savoir comment il \u00e9tait ici, dans son bistrot, qu\u2019est-ce qu\u2019il faisait, est-ce qu\u2019il composait encore&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; On voit bien que vous le connaissez pas. Ferr\u00e9 buvait, il a toujours bu et il en est mort. Il jouait parfois un peu de guitare et d\u2019harmonica mais c\u2019\u00e9tait juste pour se prouver qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 jadis un chanteur avec un peu de succ\u00e8s. C\u2019\u00e9tait pourtant un gars qui avait eu toutes les chances. Un milieu bourgeois, une \u00e9ducation de prince, de l\u2019argent plein les poches, vite couvert de femmes\u2026 Il a tout g\u00e2ch\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019observais du coin de l\u2019\u0153il avec son \u00e9paisse chevelure blonde, ses bonnes joues rouges et ses yeux d\u2019un bleu d\u00e9lav\u00e9. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre elle, sa muse, mais elle avait abus\u00e9 comme lui de la bi\u00e8re. Elle reprit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pour le reste, il est rest\u00e9 des mois \u00e0 Saint-Joris pour d\u00e9gueuler tripes et boyaux en attendant une greffe qui n\u2019a pas tenue. Vous attendiez certainement des t\u00e9moignages romantiques sur le Capitaine d\u00e9sastre, le vieux loup de mer, le beatnik international. Eh bien c\u2019est tout ce que je peux vous dire. La vie avec lui a \u00e9t\u00e9 longue, elle a \u00e9t\u00e9 dure, et je n\u2019ai jamais eu la moindre reconnaissance de la part de cet enfant capricieux&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quand m\u00eame, vous deviez \u00eatre honor\u00e9e d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 sa compagne, non&nbsp;? J\u2019avais d\u00e9cha\u00een\u00e9 ses foudres et elle \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 me mettre dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Honor\u00e9e&nbsp;? Flatt\u00e9e aussi, non&nbsp;? Un grand honneur d\u2019accompagner un malade alcoolique jusqu\u2019au tombeau&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais l\u2019impression d\u2019avoir gaff\u00e9. Martha revint et elle se mit \u00e0 parler en n\u00e9erlandais avec celle qui portait le nom de Ingrid brod\u00e9 sur son tablier. Elles avaient l\u2019air de s\u2019entendre \u00e0 merveille et je voyais Ingrid hausser les \u00e9paules en me d\u00e9signant du doigt quand Martha pouffait \u00e0 son tour avec une mine exasp\u00e9r\u00e9e. Elles semblaient complices, Ingrid avec son chanteur malade dont elle avait \u00e9t\u00e9 l\u2019infirmi\u00e8re, et Martha avec cet \u00e9crivain rat\u00e9 qui se donnait des allures de dandy. Elles \u00e9taient de celles \u00e0 qui on ne l\u2019a fait pas, sachant d\u2019instinct ce qui est important et ce qui n\u2019est que litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9s \u00e0 la voiture, je lui demandais ce qu\u2019elles avaient bien pu se dire et qu\u2019est-ce qui les rendait en apparence si proches.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Oh rien. On a toutes les deux toucher le gros lot avec des pr\u00e9tentieux \u00e9gotistes. \u00c7a cr\u00e9e des liens. Sauf que le sien a quand m\u00eame eu son quart d\u2019heure de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est vrai que j\u2019aurais m\u00eame pas eu \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Patience, t\u2019es pas encore mort que je sache.&nbsp;\u00bb Et on s\u2019\u00e9tait embrass\u00e9s avec fougue, comme font les jeunes amants.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Finalement je crois que je t\u2019aime, lui avais-je dit. Ou au moins je vais essayer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se remit \u00e0 me faire la gueule et on ne se parla plus jusqu\u2019\u00e0 Menin. Je lui expliquais que c\u2019\u00e9tait maladroit mais que c\u2019\u00e9tait le traduction d\u2019une chanson pop des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me r\u00e9pondit justement que c\u2019\u00e9tait bien \u00e7a le probl\u00e8me avec moi. Mes ann\u00e9es 1960, mes admirations, mes nostalgies\u2026 Tu peux pas vivre ici et maintenant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Euh, ben non, pas vraiment&nbsp;, mais j\u2019essaierai, je te le promets\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>13 octobre 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ANVERS Avec Martha, j\u2019habitais maintenant la Belgique depuis quatre ans. Elle depuis bien plus longtemps, en tant que frontali\u00e8re et employ\u00e9e d\u2019une de ces agences en douane qui pullulaient \u00e0 la fronti\u00e8re, avec une noria de camions \u00e0 d\u00e9charger et des formalit\u00e9s administratives dont elle et ses coll\u00e8gues se chargeaient avec diligence. On avait pass\u00e9&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2965\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2967,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2965"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2965"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2965\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2969,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2965\/revisions\/2969"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2967"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2965"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2965"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2965"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}