{"id":2975,"date":"2022-10-20T17:48:11","date_gmt":"2022-10-20T15:48:11","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2975"},"modified":"2022-10-20T17:48:14","modified_gmt":"2022-10-20T15:48:14","slug":"pharoah-sanders-la-mort-de-pharaon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2975","title":{"rendered":"PHAROAH SANDERS : LA MORT DE PHARAON"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"713\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration248.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2977\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration248.jpg 713w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration248-209x300.jpg 209w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration248-627x900.jpg 627w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration248-418x600.jpg 418w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/illustration248-21x30.jpg 21w\" sizes=\"(max-width: 713px) 100vw, 713px\" \/><figcaption>Le pharaon et son saxophone t\u00e9nor, photo Wikipedia. Dans la sainte trilogie du jazz, il \u00e9tait le fils, selon Albert Ayler.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Ramses the second is dead, my friend&nbsp;\u00bb<\/em>, chantaient les Fugs sur l\u2019un de leurs albums. C\u2019est un autre pharaon qui vient de s\u2019\u00e9teindre le 24 septembre dernier. Compagnon de Sun Ra (qui lui avait donn\u00e9 ce nom dans ses d\u00e9lires \u00e9gyptologiques) et de John Coltrane, ce saxophoniste inspir\u00e9 aura aussi jou\u00e9 derri\u00e8re Don Cherry, Michael Mantler ou Alice Coltrane&nbsp;; tout en menant une carri\u00e8re musicale en solo riche d\u2019une trentaine d\u2019albums studio et live. Sanders aura travers\u00e9 avec brio 60 ans de l\u2019histoire du jazz, ce qui valait bien cet hommage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De son vrai nom Farrell Sanders, il est n\u00e9 le 13 octobre 1940 \u00e0 Little Rock (Arkansas). En m\u00eame temps que le Mississippi et l\u2019Alabama, l\u2019Arkansas restera longtemps l\u2019\u00e9tat le plus s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9 des \u00c9tats-Unis avec une longue lign\u00e9e de gouverneurs racistes dont le plus connu reste Orval Faubus, immortalis\u00e9 par Charlie Mingus dans son \u00ab&nbsp;Fables Of Faubus&nbsp;\u00bb&nbsp; sur son album de 1959 <em>Mingus Ah!Um&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Lui a la chance d\u2019appartenir aux classes moyennes noires et ses parents travaillent pour la municipalit\u00e9 de Little Rock, la m\u00e8re comme cuisini\u00e8re dans une \u00e9cole publique et le p\u00e8re comme employ\u00e9 de mairie. Ils ont quitt\u00e9 l\u2019Arkansas \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 pour s\u2019\u00e9tablir sous le ciel plus cl\u00e9ment de la Californie, dans la baie d\u2019Oakland. D\u00e9tectant les talents musicaux pr\u00e9coces de leur rejeton, ils lui paient ses premi\u00e8res le\u00e7ons de musique&nbsp;: piano, clarinette, saxophone\u2026 Tout lui va et il va vite faire du saxophone t\u00e9nor son instrument f\u00e9tiche.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, c\u2019est le temps du free-jazz avec l\u2019album \u00e9ponyme de Ornette Coleman et le <em>New York City R&amp;B<\/em> de Cecil Taylor. Sun Ra a d\u00e9j\u00e0 fond\u00e9 son Archestra apr\u00e8s une carri\u00e8re discr\u00e8te de jazzman bop sous le nom de Sonny Blount. En 1962, il rep\u00e8re le jeune Sanders et lui fait rejoindre l\u2019Archestra tout en le rebaptisant Pharoah. Des noms emprunt\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gyptologie ou \u00e0 l\u2019ufologie dont il affuble ses musiciens comme pour les faire mieux entrer dans ses d\u00e9lires contr\u00f4l\u00e9s. La l\u00e9gende veut que Sanders vivait dans la rue en faisant la manche avec ses chorus de saxophone et Sun Ra lui aurait offert le g\u00eete et le couvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Sanders n\u2019est pas dupe du cirque de son patron, ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de devenir l\u2019un des grands du free jazz, lan\u00e7ant par la suite derri\u00e8re Albert Ayler le courant mystique dit \u00ab&nbsp;spiritual&nbsp;\u00bb du free jazz, une musique plut\u00f4t radicale dans ses formes et dans ses th\u00e8mes puisqu\u2019elle va accompagner les heures chaudes du Black power.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1965, Pharoah Sanders (il ne changera plus de nom) s\u2019engage aux c\u00f4t\u00e9s de John Coltrane qui, parti du Bop, s\u2019oriente vers un jazz spiritualiste et mystique qui lui convient parfaitement. Il enregistre <em>Ascension <\/em>puis<em> Meditations <\/em>respectivement en juin et novembre 1965. Pour ces sessions, il c\u00f4toie Freddie Hubbard, Archie Shepp, Mc Coy Tyner et bien s\u00fbr la section rythmique l\u00e9gendaire de Coltrane, Jimmy Garrison et Elvin Jones. Son ami Rashied Ali est aussi pr\u00e9sent sur <em>Meditations<\/em>. Trane est impressionn\u00e9 par le jeu de Sanders tout en dissonances et en scansions.<\/p>\n\n\n\n<p>Pharoah Sanders va devenir un \u00e9l\u00e9ment important de l\u2019orchestre de Coltrane avec qui il enregistrera encore <em>Om<\/em>, mais il va vite prendre ses distances avec l\u2019univers autocentr\u00e9 de Coltrane pour en revenir au free jazz, un genre dans lequel son nouveau boss ne souhaite pas s\u2019embarquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, Sanders quitte Coltrane pour une carri\u00e8re solo entam\u00e9e chez ESP avec la sortie de <em>Pharoah\u2019s first <\/em>qui sort fin 1965. Deux longues plages de 25 minutes (\u00ab&nbsp;Seven By Seven&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Bethera&nbsp;\u00bb) dont il se montrera moyennement satisfait tant ses musiciens sont encore trop marqu\u00e9s \u00e0 son go\u00fbt par la tradition Bop, sans son esprit aventuriste.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1966, il enregistre deux albums derri\u00e8re Don Cherry chez Blue Note, <em>Symphony for improvisers<\/em> et <em>Where is Brooklyn&nbsp;? <\/em>qui sortira l\u2019ann\u00e9e suivante. Parall\u00e8lement \u00e0 sa carri\u00e8re solo, il se transformera en sideman appr\u00e9ci\u00e9 pour Alice Coltrane, Kenny Garett, Mc Coy Tyner, Sonny Sharrock ou plus r\u00e9cemment Randy Weston.<\/p>\n\n\n\n<p>Il signe chez Impulse&nbsp;! l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s et y enregistre <em>Tauhid<\/em>, qui sort en octobre 1967, quelques jours apr\u00e8s la mort de Coltrane. Cette fois, Sanders a obtenu ce qu\u2019il veut avec la pr\u00e9sence du guitariste Sonny Sharrock, du pianiste Dave Burrell, du contrebassiste Henry Grimes et du batteur Roger Blank. Avec un titre comme \u00ab&nbsp;Upper Egypt et Lower Egypt&nbsp;\u00bb, il reprend les obsessions de son ex-mentor mais peut exprimer en toute libert\u00e9 sa vision spirituelle et mystique du free jazz dont il est devenu l\u2019un des musiciens les plus repr\u00e9sentatifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Albert Ayler dira d\u2019ailleurs de lui&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Trane \u00e9tait le p\u00e8re, <\/em><em>Pharoah \u00e9tait le fils et j\u2019\u00e9tais le Saint-Esprit&nbsp;\u00bb.<\/em> La sainte trilogie du free jazz, m\u00eame si John Coltrane s\u2019est toujours tenu \u00e9loign\u00e9 de cet univers. En tout cas, l\u2019album re\u00e7oit un grand succ\u00e8s critique et il figure parmi les disques indispensables \u00e0 toute discoth\u00e8que free-jazz qui se respecte.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1968, Pharoah Sanders va jouer avec Michael Mantler et Carla Bley \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un album (<em>The Jazz Composer\u2019s Orchestra)<\/em> o\u00f9 l\u2019on trouve aussi Don Cherry, Larry Coryell et l\u2019Argentin Gato Barbieri. Un pied dans le free jazz et l\u2019autre dans la tendance montante du jazz moderne, le Jazz-rock de Miles Davis et de ses enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette exp\u00e9rience, Pharoah Sanders va se rapprocher de la veuve Coltrane, Alice, pour enregistrer <em>Journey in Satchidananda<\/em>, un hymne mystique en hommage au gourou de John Coltrane. L\u2019album sort en f\u00e9vrier 1971 et Rashied Ali est aussi en studio. La m\u00eame ann\u00e9e, il sort <em>Black unity,<\/em> toujours chez Impulse avec cette fois le bassiste Stanley Clarke. Avec cet album, Sanders semble avoir quitt\u00e9 les rives d\u00e9sert\u00e9es du free-jazz pour un jazz africaniste d\u2019avant-garde qui reprend les revendications du retour en Afrique, continent du renouveau possible pour les Noirs-Am\u00e9ricains dont le statut social ne s\u2019est gu\u00e8re am\u00e9lior\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre temps, Sanders avait sorti 4 albums solo entre 1969 et 1971, <em>Karma,<\/em> <em>Jewels of thought<\/em><em>s<\/em>, <em>Deaf dumb blind<\/em> et <em>Thembi<\/em> avec un noyau de musiciens fid\u00e8les parmi lesquels Lonnie Liston Smith, Leon Thomas, Cecil Mc Bee, Woody Shaw ou Roy Haynes.<\/p>\n\n\n\n<p>Sanders va abandonner progressivement le free et l\u2019avant-garde pour revenir \u00e0 des formes musicales plus populaires, hard bop et rhythm\u2019n\u2019blues. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il quitte Impulse, en 1973, pour Theresa Records avant le label Evidence.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une \u00e9clipse toute relative dans les ann\u00e9es 1980, on le revoit faire une tourn\u00e9e au Maroc en 1992 avec Bill Laswell avant d\u2019enregistrer avec Jah Wobble, bassiste jama\u00efcain du Public Image Limited de John Lydon (alias Johnny Rotten chez les Sex Pistols). L\u2019accompagne pour ces nombreux enregistrements son complice de toujours, Rashied Ali qui lui est rest\u00e9 fid\u00e8le. Ali n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le dernier batteur de Coltrane pour rien et il a toujours su ce qu\u2019il devait \u00e0 Trane et \u00e0 ses plus illustres musiciens.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, Pharoah Sanders n\u2019\u00e9tait pas rest\u00e9 inactif durant ces ann\u00e9es 1980, d\u2019abord avec <em>Rejoice<\/em>, un double album exceptionnel en 1981 o\u00f9 on retrouvait Elvin Jones sur certains morceaux. 3 albums rien que pour l\u2019ann\u00e9e 1987&nbsp;: <em>Africa<\/em>, <em>Oh lord let me do not wrong<\/em>, <em>A prayer before dawn<\/em>. Pharoah Sanders, succ\u00e8s ou pas, aura toujours \u00e9t\u00e9 un musicien prolixe.<\/p>\n\n\n\n<p>Que dire de Pharoah Sanders au 21\u00b0 si\u00e8cle&nbsp;? Il sort encore des enregistrements en public, dont un <em>Live in Paris 1975<\/em>, un vieil enregistrement retrouv\u00e9 dans les tiroirs de l\u2019<em>ORTF<\/em> et se produit dans des festivals aux quatre coins du monde o\u00f9 sa r\u00e9putation le pr\u00e9c\u00e8de aupr\u00e8s de la communaut\u00e9 des jeunes amateurs de jazz d\u00e9sireux de voir des musiciens l\u00e9gendaires avant leur disparition.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sort encore deux albums studio dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 (<em>Spirits<\/em> en 2000 et <em>The creator had his plan<\/em> en 2003) avec toujours les m\u00eames interrogations sur les voies du tr\u00e8s haut, les destin\u00e9es de l\u2019homme et le souffle de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2012 sort chez ESP un coffret de 4 CD intitul\u00e9 <em>In the beginning 1963 \u2013 1964<\/em>, soit des documents musicaux in\u00e9dits avec Sun Ra, Paul Bley et Don Cherry&nbsp;; le tout entrecoup\u00e9 d\u2019interviews de Pharoah Sanders sur son long parcours de musicien.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2016, il est mis \u00e0 l\u2019honneur pour l\u2019ensemble de son \u0153uvre \u00e0 Washington, pour un concert hommage et il sera actif quasiment jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle, avec une collaboration avec le London Symphonic Orchestra pour <em>Promises<\/em>, un dernier opus de musique \u00e9lectro-acoustique en 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pharaon est mort \u00e0 son domicile de Los Angeles le 24 septembre. Il avait 81 ans, un \u00e2ge plus que canonique pour un jazzman. Mais les pharaons ne sont-ils pas immortels&nbsp;? Au moins momifi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>10 octobre 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Ramses the second is dead, my friend&nbsp;\u00bb, chantaient les Fugs sur l\u2019un de leurs albums. C\u2019est un autre pharaon qui vient de s\u2019\u00e9teindre le 24 septembre dernier. 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