{"id":2986,"date":"2022-11-03T20:21:38","date_gmt":"2022-11-03T19:21:38","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2986"},"modified":"2022-11-09T09:16:15","modified_gmt":"2022-11-09T08:16:15","slug":"consternants-voyageurs-vol-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2986","title":{"rendered":"CONSTERNANTS VOYAGEURS VOL 6"},"content":{"rendered":"\n<p><em>BARCELONE<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"754\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration250-754x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2988\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration250-754x1024.jpg 754w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration250-221x300.jpg 221w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration250-768x1043.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration250-663x900.jpg 663w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration250-442x600.jpg 442w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration250-22x30.jpg 22w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration250.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 754px) 100vw, 754px\" \/><figcaption>Barcelone et ses ramblas, photo wikpedia, muchos gratias !<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait ma premi\u00e8re incartade. Mon premier coup de canif, non pas \u00e0 un contrat de mariage, mais \u00e0 une mutuelle fid\u00e9lit\u00e9 qu\u2019on s\u2019\u00e9tait tacitement promise. J\u2019avais invent\u00e9 une histoire peu cr\u00e9dible et tellement lamentable quand j\u2019y repense&nbsp;: un stage professionnel d\u2019une semaine \u00e0 Toulouse, o\u00f9 se trouvait un centre de formation national des T\u00e9l\u00e9communications, et \u00e9videmment une absence ind\u00e9pendante de ma volont\u00e9. Il fallait bien que j\u2019\u00e9volue dans ma carri\u00e8re et j\u2019avais m\u00eame fabriqu\u00e9 une fausse convocation avant de poser une semaine de cong\u00e9s au boulot.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les transports, pas de probl\u00e8me, on partagerait les frais d\u2019essence. Je lui avais dit que j\u2019y allais avec une coll\u00e8gue, Viviane, que j\u2019avais d\u00e9crite comme quelqu\u2019un de vulgaire et de superficielle pour laquelle je n\u2019aurais jamais la moindre attention, histoire de la rassurer. Elle m\u2019avait cru, ignorant que Viviane \u00e9tait devenue ma ma\u00eetresse depuis peu. Un peu vulgaire et pas mal superficielle, certes, mais avec une \u00e9nergie, un humour, des formes g\u00e9n\u00e9reuses et des tendresses \u00e0 mon \u00e9gard qui m\u2019avaient litt\u00e9ralement envo\u00fbt\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est elle qui avait propos\u00e9 ce voyage, afin de nous soustraire \u00e0 nos conjoints respectifs l\u2019espace d\u2019une semaine, d\u2019une petite semaine. Pour elle, c\u2019\u00e9tait cens\u00e9 \u00eatre une sorte de test \u00e0 l\u2019issue duquel nous devrions \u00eatre fix\u00e9s sur notre aptitude \u00e0 faire le grand saut, entendre \u00e0 larguer les amarres, \u00e0 briser les cha\u00eenes conjugales, et \u00e0 vivre ensemble un amour contrari\u00e9. Elle en avait assez de la clandestinit\u00e9, des chambres d\u2019h\u00f4tel et des mensonges \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition pour justifier ses absences. Je ne pouvais que lui donner raison car moi aussi je devais inventer r\u00e9guli\u00e8rement des histoires \u00e0 dormir debout pour que les suspicions se dissipent, que les soup\u00e7ons deviennent sans objet. Elle avait compris que je n\u2019\u00e9tais gu\u00e8re habitu\u00e9 \u00e0 ce type de liaisons, alors qu\u2019elle semblait en avoir fait son sport favori, trouvant dans ces aventures, plus que l\u2019excitation sexuelle, le go\u00fbt du risque et de l\u2019interdit&nbsp;; quelque chose comme un piment n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ordinaire de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait parl\u00e9 la premi\u00e8re d\u2019une semaine \u00e0 Barcelone. Pourquoi Barcelone, avais-je demand\u00e9 avec d\u00e9j\u00e0 la sensation de para\u00eetre sceptique et de briser son r\u00eave. Elle avait expliqu\u00e9 que Barcelone maintenant, c\u2019\u00e9tait la libert\u00e9, l\u2019amour libre, la fantaisie. C\u2019\u00e9tait Almodovar, la Movida, les Ramblas, les travestis, les cam\u00e9s\u2026 Un peu ce qu\u2019avait pu \u00eatre San Francisco au milieu des ann\u00e9es 1960, pr\u00e9cisait-elle. Elle r\u00e9p\u00e9tait que l\u2019Espagne avait \u00e9t\u00e9 brid\u00e9e sexuellement pendant 40 ans par la dictature de Franco et qu\u2019il y avait maintenant une effervescence dans la jeunesse qui se manifestait par cette libert\u00e9 des m\u0153urs et cette recherche effr\u00e9n\u00e9e de la jouissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eat \u00e0 c\u00e9der \u00e0 ses arguments et je trouvais suspect chez elle cette esp\u00e8ce d\u2019\u00e9loge du sexe lib\u00e9r\u00e9 qui ne pr\u00e9sageait rien de bon quant \u00e0 nos relations futures. Moi, je cherchais l\u2019amour avec un romantisme un peu niais, et je commen\u00e7ais \u00e0 m\u2019apercevoir que j\u2019avais fait erreur sur la personne en m\u2019int\u00e9ressant \u00e0 elle. Quand bien m\u00eame cela devait mal se terminer, j\u2019aurais quand m\u00eame le souvenir pr\u00e9cis de quelques coucheries o\u00f9 elle ne s\u2019\u00e9tait pas trop \u00e9conomis\u00e9e avec des audaces que je croyais r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 des professionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis Barcelone, pourquoi pas&nbsp;? Mon Barcelone \u00e0 moi \u00e9tait celui de la guerre d\u2019Espagne, de la Catalogne libre, de George Orwell, des brigades internationales, du Camp Nou, du Bar\u00e7a et de Maradona. El pibe de oro, comme elle aurait pu l\u2019appeler, parlant couramment l\u2019espagnol, qui ne jouait d\u00e9j\u00e0 plus en ce printemps 1984, soignant des fractures contract\u00e9es sur les pelouses de la Real San Sebastian ou de l\u2019Atletico Bilbao. Mes motivations n\u2019\u00e9taient pas les siennes, mais on pouvait trouver un compromis sur ces bases.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait partis le lundi matin dans sa voiture, une Ford fiesta noire dont elle \u00e9tait tr\u00e8s fi\u00e8re. Sa passion pour les motos et les bagnoles m\u2019exasp\u00e9rait. Je lui avais d\u00e9j\u00e0 dit avec humeur que je n\u2019avais jamais manifest\u00e9 le moindre int\u00e9r\u00eat pour ces engins, si ce n\u2019est qu\u2019ils pouvaient \u00eatre bien pratiques en certaines circonstances. Elle ne comprenait pas. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 qu\u2019elle pouvait parler bagnoles avec des coll\u00e8gues, chiffons avec d\u2019autres, rock avec moi. C\u2019\u00e9tait la femme cam\u00e9l\u00e9on, adapt\u00e9e comme personne \u00e0 son environnement et changeant de ton et de voix en fonction du sujet de conversation et des interlocuteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle m\u2019avait dit s\u2019int\u00e9resser un peu au football, parce que son mari jouait dans un petit club de Roubaix et qu\u2019elle servait de mascotte \u00e0 l\u2019\u00e9quipe, coupant les citrons \u00e0 la mi-temps et n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 entrer \u00e0 l\u2019improviste dans les vestiaires avec l\u2019air innocent de celle qui en a vu d\u2019autres. Elle participait aussi aux prolongations dans les bistrots o\u00f9 elle pouvait vider des chopes de bi\u00e8re en quantit\u00e9s industrielles et j\u2019avais vite remarqu\u00e9 ses propensions \u00e0 la boisson qu\u2019on aurait pu assimiler \u00e0 de l\u2019alcoolisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Je t\u00e9l\u00e9phonais r\u00e9guli\u00e8rement chez moi tant qu\u2019on \u00e9tait encore en France et j\u2019avais invent\u00e9 une histoire cens\u00e9e faire comprendre \u00e0 ma femme qu\u2019il me serait peut-\u00eatre difficile de l\u2019appeler dans les jours qui viennent. Elle ne comprenait pas que je ne puisse lui laisser un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone mais j\u2019expliquais qu\u2019on serait en cours la journ\u00e9e et \u00e0 l\u2019h\u00f4tel le soir et que \u00e7a allait \u00eatre compliqu\u00e9. En cas d\u2019urgence, elle pouvait toujours joindre un num\u00e9ro de portable, un Motorola qui \u00e9tait celui de Viviane. Elle ne ratait jamais une occasion de le montrer, en technophile accomplie. Une raret\u00e9 pour l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait arriv\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re apr\u00e8s une succession d\u2019autoroutes. On profitait d\u00e9j\u00e0 de notre intimit\u00e9, moi lui caressant les jambes alors qu\u2019elle conduisait et elle s\u2019arr\u00eatant \u00e0 toutes les aires de repos pour qu\u2019on puisse s\u2019embrasser et fumer une cigarette. On avait pris une chambre d\u2019h\u00f4tel du c\u00f4t\u00e9 de N\u00eemes et on \u00e9tait pass\u00e9s par la Camargue, puis direction Perpignan mais elle avait tenu \u00e0 passer par le Pays Basque, sans me donner plus d\u2019explications. Souvenirs d\u2019enfance et de vacances en Espagne avec ses parents, m\u2019avait-elle confi\u00e9 avec des accents nostalgiques dans sa voix rauque \u00e0 force de cigarettes blondes fum\u00e9es \u00e0 la cha\u00eene.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Saint-S\u00e9bastien, on avait \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9 des pesos \u00e0 un distributeur de la banque Santander et on avait suivi une manifestation de Herri Batasuna pour la lib\u00e9ration de prisonniers de l\u2019E.T.A sans bien savoir de quoi il s\u2019agissait. J\u2019avais vu des drapeaux rouges et verts et je m\u2019\u00e9tais joint au cort\u00e8ge par r\u00e9flexe, par atavisme. Elle m\u2019avait embo\u00eet\u00e9 le pas et s\u2019\u00e9tait ravis\u00e9e au bout de quelques m\u00e8tres en me disant qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas question qu\u2019elle se joigne \u00e0 une bande de terroristes. J\u2019allais exprimer mon d\u00e9saccord, ou au moins nuancer son propos, mais je n\u2019avais pas envie de discuter le point et l\u2019important \u00e9tait qu\u2019on puisse se retrouver ensemble, \u00e0 Barcelone, puisqu\u2019elle avait choisi la ville qui devait abriter nos \u00e9bats\u00a0; je n\u2019osais plus trop parler d\u2019amour car je commen\u00e7ais \u00e0 comprendre qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas vraiment la jeune femme romanesque dont j\u2019avais r\u00eav\u00e9. Au contraire, elle avait tout de la midinette d\u00e9lur\u00e9e qui adorait choquer avec des mani\u00e8res lestes et des propos sal\u00e9s. Au travail, je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 sans avoir remarqu\u00e9 qu\u2019elle avait son public et ses admirateurs, dans un petit th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 elle jouait le premier r\u00f4le et o\u00f9 je tenais l\u2019emploi de confident.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, on se baladait main dans la main sur les ramblas, comme elle l\u2019avait imagin\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la statue de Colomb (de G\u00eanes pourtant) et la mer. \u00c0 la nuit tomb\u00e9e, elle semblait excit\u00e9e comme une puce en me montrant les travestis, transsexuels et toute une faune troublante qui la fascinait. Elle me disait qu\u2019elle n\u2019avait jamais accept\u00e9 son identit\u00e9 de femme et qu\u2019elle aurait tellement voulu \u00eatre un homme. \u00ab&nbsp;Un mec&nbsp;!&nbsp;\u00bb comme elle disait avec un air de d\u00e9fi. Je plaisantais en lui avouant que pour moi, c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t l\u2019inverse et qu\u2019on \u00e9tait finalement compl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis le bleu a vir\u00e9 au gris. Pas seulement pour la m\u00e9t\u00e9o mais pour nous, pour notre amour. L\u2019expression avait quelque chose d\u2019absurde tant je sentais avec de plus en plus d\u2019acuit\u00e9 qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait finalement qu\u2019une allumeuse qui se payait une aventure sans lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019avais pas dormi, j\u2019\u00e9tais couvert de honte et culpabilis\u00e9 et je cherchais l\u2019incident, comme pour me lib\u00e9rer de l\u2019emprise de cette femme qui, loin des emballements des premiers jours, m\u2019apparaissait maintenant comme une gourgandine pr\u00eate \u00e0 s\u00e9duire n\u2019importe qui pourvu qu\u2019on daign\u00e2t s\u2019int\u00e9resser \u00e0 elle, \u00e0 ses atours et \u00e0 ses attraits. Je voulais retrouver le confort de ma vie et les bonheurs tranquilles, loin des passions effrayantes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019incident arriva dans un restaurant du centre-ville o\u00f9 on \u00e9tait all\u00e9s d\u00e9jeuner. J\u2019avais insist\u00e9 pour un \u00e9tablissement o\u00f9 on aurait servi des recettes \u00e0 base de charcuterie et de fruits de mer, comme j\u2019en avais lu des recettes dans les romans de Montalban. Elle n\u2019\u00e9tait pas certaine d\u2019appr\u00e9cier, mais elle mangeait tr\u00e8s peu en regard des quantit\u00e9s d\u2019alcool qu\u2019elle pouvait supporter.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais remarqu\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait plusieurs fois retourn\u00e9e sur un jeune type aux allures de macho avec des biceps et des pectoraux qui d\u00e9bordaient d\u2019un t. shirt blanc immacul\u00e9. Ce qu\u2019elle avait coutume d\u2019appeler \u00ab&nbsp;un beau mec&nbsp;\u00bb, soit un homme aux traits virils et plut\u00f4t baraqu\u00e9. Tout le contraire de moi, en fait. J\u2019\u00e9tais plut\u00f4t du genre mou, gras et \u00e0 demi-chauve. Je m\u2019apercevais que je parlais dans le vide, qu\u2019elle me r\u00e9pondait par de vagues onomatop\u00e9es et qu\u2019elle n\u2019en avait que pour son hidalgo qui ne la quittait pas des yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Si tu veux tu peux l\u2019inviter \u00e0 notre table, ce sera plus facile. Et je peux m\u00eame avoir la d\u00e9licatesse de vous laisser en t\u00eate \u00e0 t\u00eate. Je sais vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qu\u2019est-ce qui te prend&nbsp;? J\u2019y peux rien si un mec me regarde.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; T\u2019es pas non plus oblig\u00e9e de le regarder comme une chatte en chaleur et de toute fa\u00e7on, j\u2019ai vu clair dans ton jeu, avec tes mignardises et ton affectation, toujours la bouche en c\u0153ur comme une invitation perp\u00e9tuelle \u00e0 te faire sauter.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh, et vulgaire avec \u00e7a. Ah \u00e7a commence bien notre petite lune de miel.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a a tellement bien commenc\u00e9 que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 fini. Je m\u2019arrangerai pour trouver un train et tu pourras t\u2019envoyer qui tu veux. L\u2019embarras du choix ou l\u2019embachoix du roi, comme disait Pierre Rep. \u00c7a fait deux nuits que je ne dors pas. Je suis fatigu\u00e9 et je m\u2019en veux de t\u2019avoir suivie. J\u2019aurais jamais d\u00fb faire \u00e7a. \u00c7a me ressemble pas. J\u2019ai envie de gerber.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est cela. Monsieur est une petite nature. Les yeux plus gros que le ventre. On veut bien courir le guilledou avec une jeunette mais faut surtout pas que \u00e7a vienne bousculer son petit confort et ses habitudes.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; S\u2019agit pas de \u00e7a. Si au moins tu en valais la peine&#8230;&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On a quitt\u00e9 le restaurant sans finir nos assiettes. J\u2019ai vu qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait approch\u00e9e de la table de son beau t\u00e9n\u00e9breux et qu\u2019elle lui avait remis un bout de papier. Peut-\u00eatre son num\u00e9ro de portable, qui sait&nbsp;? Je lui faisais observer que j\u2019avais vu son man\u00e8ge et que j\u2019allais me renseigner sur les horaires de train. Il n\u2019\u00e9tait pas question que je reste une journ\u00e9e de plus dans cette putain de ville et je lui laissais ses ramblas, le parc Collsorela et la Santa Sagrada.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait pleurnich\u00e9 un moment et, bonne fille, elle me proposait de revenir avec moi, la ville ne l\u2019int\u00e9ressant pas plus que cela et l\u2019id\u00e9e d\u2019y rester sans moi lui semblait absurde. Alone in Barcelone, avait-elle ajout\u00e9. Elle s\u2019\u00e9tait radoucie et jouait maintenant les amoureuses \u00e9perdues, comme un soudain retour d\u2019affection qui l\u2019aurait fait brusquement se transformer en parangon de douceur. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 chez elle de tels changements d\u2019humeur, alternant la duret\u00e9 et la tendresse sans transition.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tais dit qu\u2019apr\u00e8s tout, autant entrer dans son jeu et repartir avec elle. On pourrait se rejouer la com\u00e9die des grands sentiments, profiter des derni\u00e8res \u00e9treintes et, accessoirement, \u00e9conomiser le prix d\u2019un billet de train. J\u2019avais pris la ferme d\u00e9cision, d\u00e8s notre retour, de mettre fin \u00e0 cette relation, d\u00fbt-elle en souffrir et moi aussi. J\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 que j\u2019en souffrirai plus qu\u2019elle, et que je n\u2019aurais repr\u00e9sent\u00e9 qu\u2019une toquade pour elle qui, de son propre aveu, collectionnait les amants. Je m\u2019\u00e9tais tromp\u00e9 d\u2019histoire d\u2019amour et il \u00e9tait temps pour moi de me ressaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme \u00e0 l\u2019aller, on s\u2019\u00e9tait encore embrass\u00e9s sur une aire d\u2019autoroute et elle m\u2019avait susurr\u00e9 que si elle sentait le besoin de se tourner vers d\u2019autres hommes, c\u2019est qu\u2019elle m\u2019aimait vraiment et qu\u2019elle avait peur de souffrir. Je pensais \u00e0 un sketch de Guy Bedos avec un dragueur imp\u00e9nitent qui attribuait ses \u00e9checs au fait que son magn\u00e9tisme et son charisme \u00e9taient tellement puissants que les femmes le fuyaient d\u2019embl\u00e9e, de peur de perdre toute libert\u00e9 d\u2019action et de devenir sa chose. Autant en rire, me disais-je in petto, sans rien changer \u00e0 mon programme&nbsp;: m\u2019en d\u00e9faire au plus vite.<\/p>\n\n\n\n<p>Je rentrais chez moi le mercredi \u00e0 la grande surprise de ma femme \u00e0 qui je servais un nouveau sc\u00e9nario pas plus cr\u00e9dible que les autres mais je crois qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas dupe et qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait ne pas savoir, dans le d\u00e9ni. Je lui disais que, apr\u00e8s avoir poireaut\u00e9 tout le lundi en attente du formateur souffrant, la session avait finalement \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e officiellement le lendemain et que, tu comprends, le temps de faire la route\u2026 Toulouse, c\u2019est loin&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;T\u2019es rentr\u00e9 avec ta Viviane&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, comme \u00e0 l\u2019aller. Pourquoi ma Viviane&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh rien, c\u2019est juste histoire de te taquiner.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En plus, ils vont nous faire poser des cong\u00e9s d\u2019office pour une histoire de journ\u00e9es de formation annul\u00e9es qui ne peuvent pas se m\u00e9langer \u00e0 des heures de travail. Un truc comme \u00e7a. Je vais pouvoir tondre la pelouse et \u00e9crire un peu.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Sur ton court s\u00e9jour toulousain, violettes et cassoulet. Avec un personnage qui ressemblerait \u00e0 Nougaro. Elle se mit \u00e0 chanter \u00ab&nbsp;Toulouse&nbsp;\u00bb avant d\u2019\u00e9clater de rire. J\u2019avais la nette impression qu\u2019elle ne croyait pas un mot de mon histoire justifiant mon retour impromptu et qu\u2019elle m\u2019avait perc\u00e9 \u00e0 jour.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vois pas ce qu\u2019il y aurait \u00e0 \u00e9crire. On a fait l\u2019aller-retour. J\u2019ai m\u00eame pas vu le Capitole ou Saint-Sernin.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; T\u2019as tellement d\u2019imagination&nbsp; et de cr\u00e9ativit\u00e9. Tu pourrais faire croire n\u2019importe quoi \u00e0 n\u2019importe qui&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9cidais d\u2019en rester l\u00e0, ne sachant pas choisir entre le lard et le cochon. Si elle savait, elle n\u2019en semblait pas affect\u00e9e, mais c\u2019\u00e9tait s\u00fbrement l\u2019envie de pr\u00eacher le faux pour avoir le vrai. Dans tous les cas, elle paraissait d\u00e9sabus\u00e9e et j\u2019avais int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire des efforts pour regagner sa confiance et rentrer \u00e0 nouveau dans ses bonnes gr\u00e2ces.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, mon p\u00e8re m\u2019appelait pour me dire qu\u2019une certaine Viviane avait appel\u00e9 plusieurs fois en demandant apr\u00e8s moi, sans laisser de message. \u00ab&nbsp;T\u2019as quand m\u00eame pas une ma\u00eetresse&nbsp;?&nbsp;\u00bb, et il avait ri avant de raccrocher.<\/p>\n\n\n\n<p>Je t\u00e9l\u00e9phonai tout de suite \u00e0 Viviane et j\u2019acc\u00e9dai directement \u00e0 sa messagerie o\u00f9 je lui disais en substance que tout \u00e9tait fini entre nous, restons amis, et tout ce genre de choses. Elle me rappelait chez moi et je d\u00e9crochais pour m\u2019entendre dire que j\u2019\u00e9tais un l\u00e2che, un guignol et un goujat et qu\u2019elle attendait la semaine prochaine pour me dire toutes ses amabilit\u00e9s de vive voix. Elle ajoutait qu\u2019elle s\u2019abstiendrait de parler de tout cela \u00e0 ma femme, par \u00e9gard pour elle, mais que j\u2019aurais bien m\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elle sache \u00e0 quoi s\u2019en tenir avec un clown comme moi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait qui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh personne. Une erreur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Une erreur en votre d\u00e9faveur&#8230;&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai rattrap\u00e9 mon manque de sommeil et elle m\u2019a dit que j\u2019avais parl\u00e9 la nuit. J\u2019avais r\u00e9p\u00e9t\u00e9 quelque chose comme&nbsp;alone, Babylone ou Barcelone, elle ne savait pas trop. Je lui ai demand\u00e9 si c\u2019\u00e9tait pas plut\u00f4t Bragelonne ou John Lennon. Elle m\u2019a souri, on s\u2019est embrass\u00e9s et j\u2019ai fait semblant d\u2019avoir un hoquet pour cacher un sanglot.<\/p>\n\n\n\n<p><em>27 octobre 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BARCELONE C\u2019\u00e9tait ma premi\u00e8re incartade. Mon premier coup de canif, non pas \u00e0 un contrat de mariage, mais \u00e0 une mutuelle fid\u00e9lit\u00e9 qu\u2019on s\u2019\u00e9tait tacitement promise. J\u2019avais invent\u00e9 une histoire peu cr\u00e9dible et tellement lamentable quand j\u2019y repense&nbsp;: un stage professionnel d\u2019une semaine \u00e0 Toulouse, o\u00f9 se trouvait un centre de formation national des T\u00e9l\u00e9communications,&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=2986\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2988,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2986"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2986"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2986\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3008,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2986\/revisions\/3008"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2988"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2986"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2986"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2986"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}