{"id":3014,"date":"2022-11-17T21:16:10","date_gmt":"2022-11-17T20:16:10","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3014"},"modified":"2022-11-18T19:14:49","modified_gmt":"2022-11-18T18:14:49","slug":"notes-de-lecture-38","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3014","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (38)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>SAN ANTONIO \u2013 <em>SI SIGNORE<\/em> \u2013 Fleuve noir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un San Antonio des ann\u00e9es 1970 encore trouv\u00e9 dans une bo\u00eete \u00e0 livre. Sa meilleure p\u00e9riode. Celle apr\u00e8s les ann\u00e9es 1950 \u2013 1960, d\u00e9j\u00e0 riche en gaudriole et en rigolade, et les ann\u00e9es 1980, o\u00f9 l\u2019auteur &#8211; la p\u00e9riode post-soixante-huitarde aidant &#8211; en fait un peu trop sur le sexe et, pour le dire cr\u00fbment, sur le cul \u00e0 toutes les pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, c\u2019est San Antonio (et B\u00e9rurier) en Sicile, avec une histoire abracadabrante de documents strat\u00e9giques convoit\u00e9s \u00e0 la fois par les services fran\u00e7ais, les services secrets am\u00e9ricains, un espion russe retourn\u00e9 par les services fran\u00e7ais et la mafia, incontournable dans ce genre de sc\u00e9nario. Tous les clich\u00e9s du roman d\u2019espionnage sont servis, avec manipulations, leurres, coups-fourr\u00e9s, agents doubles voire triples. Une sorte de <em>Les Barbouzes<\/em> (de Lautner) version San Antonio. Le seul regret est de ne pas avoir r\u00e9serv\u00e9 un petit r\u00f4le pour Pinaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme d\u2019habitude, c\u2019est rabelaisien, truculent, fantaisiste et bouffon, avec des apart\u00e9s philosophiques et des consid\u00e9ration anti-humanistes de vieux misanthrope anar de droite.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne va pas s\u2019appesantir sur les p\u00e9rip\u00e9ties et les rebondissements incessants que l\u2019auteur multiplie \u00e0 plaisir. Quelle imagination soit dit en passant. On a m\u00eame droit \u00e0 la fin \u00e0 un B\u00e9rurier transform\u00e9 en pourceau dans une sorte de laboratoire clandestin au large de Palerme. Mais le laboratoire est un leurre et sert \u00e0 dissimuler une base atomique en M\u00e9diterran\u00e9e, la configuration des lieux se pr\u00eatant \u00e0 stocker des armes nucl\u00e9aires.<\/p>\n\n\n\n<p>Soit dit en passant, on imagine \u00e0 50 ans d\u2019\u00e9cart la cur\u00e9e qu\u2019aurait provoqu\u00e9 ce genre de petits livres chez les f\u00e9ministes radicales de Me too, tant le bel Antonio fait figure de macho incorrigible et que les femmes ne sont que des r\u00e9ceptacles pour ses jouissances, sans aucune autre qualit\u00e9 que leur beaut\u00e9 et leur capacit\u00e9 \u00e0 satisfaire le m\u00e2le.<\/p>\n\n\n\n<p>On aurait pas parler de ce petit livre s\u2019il n\u2019y \u00e9tait fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Robert Escarpit, billettiste du <em>Monde<\/em> des bonnes ann\u00e9es (1960 \u2013 1970), un journaliste et universitaire girondin qui, en homme d\u2019esprit, a \u00e9crit une th\u00e8se sur San Antonio.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa fille, Fran\u00e7oise, est une sp\u00e9cialiste de l\u2019Am\u00e9rique latine, invit\u00e9e de notre \u00e9mission sur ce th\u00e8me dans l\u2019\u00e9mission <em>Angle d\u2019Attac <\/em>sur Radio Campus (106.6), le 29 octobre dernier. Un grand humaniste, lui, un sage qui avait compris que, sous ses dehors de vieux crocodile cynique, Fr\u00e9d\u00e9ric Dard cachait un c\u0153ur d\u2019enfant et une \u00e2me d\u2019id\u00e9aliste d\u00e9\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<p>Un grand bonhomme en tout cas, mort il y a 20 ans. Il nous manque terriblement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NANCY HUSTON \u2013<em> INSTRUMENTS DES T\u00c9N\u00c8BRES <\/em>\u2013 Actes Sud.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration255-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3016\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration255-683x1024.jpg 683w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration255-200x300.jpg 200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration255-768x1152.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration255-600x900.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration255-400x600.jpg 400w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration255-20x30.jpg 20w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/illustration255.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption>Nancy Huston \u00e0 50 ans, des faux airs de Jane Fonda. Photo Wikipedia.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans un style nerveux et parfois violent, Nancy Huston, \u00e9crivaine canadienne qui \u00e9crit aussi bien en fran\u00e7ais qu\u2019en anglais, met en parall\u00e8le deux r\u00e9cits, ou plut\u00f4t deux formes litt\u00e9raires. Un chapitre sur deux est consacr\u00e9 au journal intime d\u2019une femme (Nadia ou plut\u00f4t Nada, le pr\u00e9nom qu\u2019elle s\u2019est choisie) ayant atteint la cinquantaine quand l\u2019autre raconte l\u2019histoire, d\u2019apr\u00e8s une l\u00e9gende berrichonne, d\u2019une fille-m\u00e8re condamn\u00e9e au b\u00fbcher et de son fr\u00e8re, un moinillon rendu aveugle par des brigands.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux parties, on s\u2019en doute, vont finir par se rejoindre. Le journal intime est un dialogue entre l\u2019auteur et un d\u00e9mon (elle \u00e9crit da\u00eemon), qui tient \u00e0 la fois de la chronique familiale avec l\u2019alcoolisme de son p\u00e8re qui a \u00e9touff\u00e9 les talents musicaux de sa m\u00e8re, avec sa s\u0153ur intern\u00e9e en h\u00f4pital psychiatrique, avec son jumeau mort-n\u00e9 et avec son enfant avort\u00e9. Elle parle aussi de ses maris, de ses amants, de ses amies et de musique, notamment cette<em> Sonate de la r\u00e9surrection <\/em>ou Sonate du diable (avec des accords discordants) qui sert de lien entre les deux r\u00e9cits.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire de Barbe et de Barnab\u00e9, fr\u00e8re et s\u0153ur jumeaux pauvres dans la France du XVII\u00b0 si\u00e8cle, est comparable \u00e0 ces vies de saints o\u00f9 des malheureux souffrent le martyr sur terre mais sont sauv\u00e9s par leur foi et par des interventions divines. Ainsi Barnab\u00e9, qui voit sa m\u00e8re morte en r\u00eave et lui parle. Ainsi Barbe, viol\u00e9e par ses ma\u00eetres qui accouche d\u2019un enfant mort-n\u00e9 la nuit de No\u00ebl mais croit profond\u00e9ment qu\u2019il vit et vivra toujours en elle. Elle sera condamn\u00e9e \u00e0 mort mais son fr\u00e8re se substituera \u00e0 elle dans un dernier acte de sacrifice, l\u2019amour entre eux les tenant \u00e9loign\u00e9s du d\u00e9sespoir o\u00f9 tout les fait sombrer. De la r\u00e9alit\u00e9, en fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a \u00e9videmment des correspondances, des passerelles entre les deux parties, et la fin les met en \u00e9vidence. Le fr\u00e8re jumeau mort-n\u00e9, son avortement qu\u2019elle compare \u00e0 un infanticide (on n\u2019est pas oblig\u00e9s de la suivre sur ce terrain), le catholicisme, l\u2019enfance, la s\u0153ur devenue folle, la m\u00e8re effac\u00e9e devant un p\u00e8re tyrannique, la sorcellerie, la musique\u2026 C\u2019est \u00e0 la fois un livre confession sous tension constante et un beau roman historique, pour une fois v\u00e9cu du c\u00f4t\u00e9 des humbles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019important est que, \u00e0 travers ces deux r\u00e9cits, on ait un beau portrait de femme libre, en col\u00e8re et qui puise son \u00e9nergie dans sa rage. Son c\u0153ur, ou plus trivialement ses tripes, mises \u00e0 nu. Un livre qui vous marque et dont les personnages vous suivent longtemps. Nancy Huston a tout d\u2019une sorci\u00e8re de la litt\u00e9rature, et on l\u2019aime justement pour \u00e7a&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LOUIS-FERDINAND C\u00c9LINE \u2013<em> LONDRES<\/em> \u2013 Gallimard.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Encore un in\u00e9dit de C\u00e9line, apr\u00e8s<em> Guerre<\/em> et avant d\u2019autres, s\u00fbrement. Les fameux manuscrits retrouv\u00e9s \u00e0 son domicile parisien par un r\u00e9sistant et confi\u00e9s \u00e0 l\u2019ex-critique de th\u00e9\u00e2tre de <em>Lib\u00e9ration<\/em> Jean-Pierre Thibaudat lequel s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 ne les rendre publics qu\u2019apr\u00e8s la mort de la veuve C\u00e9line. Un imbroglio juridico-litt\u00e9raire o\u00f9 on ne comprend pas grand-chose, mais passons. Reste que les romans sont l\u00e0, et bien l\u00e0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>On avait d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 du premier volume (<em>Guerre<\/em>), mais celui-ci fait trois fois son poids. Plus de 500 pages \u00e9crites serr\u00e9es. C\u2019est la suite de <em>Guerre<\/em>, au moment o\u00f9 Ferdinand est r\u00e9form\u00e9 pour ses blessures (et ses bourdonnements d\u2019oreille) et se retrouve \u00e0 Londres o\u00f9 tapine sa fianc\u00e9e \u2013 Ang\u00e8le \u2013 sous les ordres d\u2019un lord anglais \u2013 Purcell, qui pr\u00e9sentement exp\u00e9rimente des masques \u00e0 gaz \u00e0 envoyer au front. <em>Guerre<\/em> et <em>Londres<\/em> sont post\u00e9rieurs au <em>Voyage au bout de la nuit <\/em>mais ant\u00e9rieurs \u00e0 <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit <\/em>avec lequel ils devaient former une trilogie (<em>Guerre \u2013 Londres &#8211; Enfance<\/em>). C\u00e9line a consacr\u00e9 toute son \u00e9nergie avant-guerre pour <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>, laissant ces autres romans inachev\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>On doit avouer qu\u2019on a du mal \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 tous ces prox\u00e9n\u00e8tes exil\u00e9s \u00e0 Londres dans une pension de famille \u00e0 Leicester Street. Ils sont traqu\u00e9s par la police et sont oblig\u00e9s de changer de planque au fil du r\u00e9cit, par peur continuelle de se faire poisser et d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9s au front ou fusill\u00e9s comme d\u00e9serteurs. Des types tous aussi affreux, sales et m\u00e9chants les uns que les autres, avec leurs putains men\u00e9es \u00e0 la baguette et obs\u00e9d\u00e9es du cul (dans l\u2019esprit de C\u00e9line, elles ont le vice dans la peau et ne sont pas l\u00e0 contraintes et forc\u00e9es). Du cul, il y en a beaucoup dans <em>Londres. <\/em>C\u2019est cru, sans le sens de l\u2019ellipse et de la suggestion dont il a fait preuve dans ses autres romans. Tout le monde encule tout le monde, les hommes sodomisent les femmes bien s\u00fbr mais \u00e7a se fait parfois m\u00eame entre hommes, sans distinction. Pire qu\u2019une manie, une obsession constante.<\/p>\n\n\n\n<p>Les seuls personnages int\u00e9ressants sont un m\u00e9decin juif du nom de Yugenbitz, un m\u00e9decin juif humaniste qui finit pas se comporter comme tout le monde, et Borokrom, un anarchiste qui haranguait les foules \u00e0 Hyde Park, devenu alcoolique (ils le sont tous) et coca\u00efnomane. Avec Yugenbitz, Ferdinand d\u00e9couvre la m\u00e9decine et l\u2019humanit\u00e9&nbsp;; avec Borokrom, c\u2019est la dinguerie r\u00e9volutionnaire et le go\u00fbt de l\u2019esclandre et du scandale. Plus un tas de personnages pittoresques dont le chef des prox\u00e9n\u00e8tes \u2013 Cantalou \u2013 qu\u2019on imagine bien sous les traits d\u2019un Gabin, ou un d\u00e9nomm\u00e9 Moncul, mutil\u00e9 de guerre et surtout vrai frappadingue.<\/p>\n\n\n\n<p>On a du mal \u00e0 s\u2019int\u00e9resser, disais-je\u2026 Sauf qu\u2019on se surprend \u00e0 tourner les pages \u00e0 toute vitesse, pris qu\u2019on est par le style, le rythme, l\u2019\u00e9lan de la phrase. Au milieu de tout ce sordide et de toutes ces ordures, on a des moments de tendresse, des bonheurs d\u2019\u00e9criture et des fulgurances po\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a Londres, une ville qu\u2019il aime et qu\u2019il d\u00e9crit comme une personne humaine, la capitale des proscrits et des arsouilles, de toute une faune renvoy\u00e9e de partout. Alors on marche, malgr\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 agit\u00e9 du bocal du narrateur et la bassesse des personnages qui se traitent \u00e0 longueur de pages de \u00ab&nbsp;charognes&nbsp;\u00bb ou de \u00ab&nbsp;morues&nbsp;\u00bb (pour les femmes). Entre autres gentilles \u00e9pith\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des sc\u00e8nes \u00e9mouvantes, comme ce petit Peter, gar\u00e7onnet londonien que le bon docteur Yugenbitz ne parvient pas \u00e0 sauver. Des passages de pure bouffonnerie, comme le mariage de tous les prox\u00e9n\u00e8tes avec leurs putains respectives ou ce combat entre Moncul et un ours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On sent aussi que c\u2019est du premier jet, quand on voit le soin apport\u00e9 aux romans \u00e0 venir. De la litt\u00e9rature populaire dans le sillage des Pierre Mc Orlan, Francis Carco (que C\u00e9line d\u00e9testait) ou de Eug\u00e8ne Dabit. Brut de d\u00e9coffrage, mais \u00e7a n\u2019enl\u00e8ve rien au plaisir qu\u2019on y prend.<\/p>\n\n\n\n<p>Et on entrevoit tr\u00e8s bien \u00e0 travers ce r\u00e9cit de ce que C\u00e9line deviendra, un sale type pathologiquement antis\u00e9mite et profond\u00e9ment d\u00e9gueulasse, avec la caut\u00e8le et la sournoiserie du gars qui se justifiera toujours de tout et qui ne se repentira jamais de rien. L\u2019ermite de Meudon, petit vieux \u00e0 bretelles s\u00e9nile et d\u00e9goulinant de rouerie, va-de-la-gueule et adul\u00e9 par de jeunes \u00e9crivains (les hussards, entre autres). Il jouera tout le reste de sa vie les martyrs, les pers\u00e9cut\u00e9s, les maudits, sans m\u00eame se repentir. Le pire est qu\u2019on aura accord\u00e9 le g\u00e9nie litt\u00e9raire \u00e0 une ordure pareille, mais c\u2019est ainsi. On ne fait pas de bonne litt\u00e9rature avec de bons sentiments, comme le veut l\u2019adage. Sauf qu\u2019on peut faire aussi de la mauvaise avec de mauvais sentiments. Ce n\u2019est pas le cas ici.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ANNE BENETOLLO \u2013 <em>ROCK ET POLITIQUE <\/em>\u2013 Logiques sociales \/ L\u2019Harmattan.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tant soi-m\u00eame en train d\u2019\u00e9crire un livre sur les politiques du rock, on voulait quand m\u00eame savoir ce que disait ce bouquin, plut\u00f4t \u00e9tude universitaire que litt\u00e9rature rock, mais bon&#8230; L\u2019auteure confie elle-m\u00eame qu\u2019elle n\u2019est pas grande amatrice du genre et on veut bien la croire tant ses connaissances sur le sujet semblent parfois lacunaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9tude en trois parties. Pas trop de jargon universitaire mais beaucoup de renvois en bas de page (toutes les 5 lignes environ) et surtout un style d\u2019une platitude qui confine \u00e0 l\u2019ennui. Trois parties disions-nous. D\u2019abord, une longue \u00e9tude sur le PMRC (Parent\u2019s Music Ressource Center), soit une croisade de la bien-pensance men\u00e9e par des \u00e9pouses de politiciens dont celles d\u2019Al Gore, de James Baker ou de Bill Clinton, Hillary. Le but de la fondation est de traquer toutes paroles obsc\u00e8nes sur la drogue, le sexe ou la violence en faisant pression sur les \u00e9diteurs, les maisons de disques et les m\u00e9dias. Rien ne nous est \u00e9pargn\u00e9 des d\u00e9bats en commission et au S\u00e9nat, pas toujours passionnants. Une bataille qui sera largement perdue et n\u2019aura pour effet que de sortir de l\u2019ombre quelques groupes en mal de notori\u00e9t\u00e9, en plus de faire perdre de l\u2019argent \u00e0 l\u2019industrie du disque. \u00c0 noter que seul quelqu\u2019un comme Frank Zappa s\u2019insurgera contre cette croisade. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plus int\u00e9ressante, la deuxi\u00e8me partie fait l\u2019historique des rapports entre le rock et la censure des pouvoirs publics et des politiques, depuis les pionniers du rock\u2019n\u2019roll jusqu\u2019au Rap en passant par le Heavy metal ou des groupes comme les Dead Kennedys. Du pelvis de Presley aux shows radiodiffus\u00e9s de Alan Freed jusqu\u2019aux proc\u00e8s de Jello Biafra ou des \u00ab&nbsp;sataniques&nbsp;\u00bb groupes de Hard, un panorama incomplet mais \u00e9difiant.<\/p>\n\n\n\n<p>Un troisi\u00e8me volet, le plus pertinent pour ce qui nous concerne, traite du Charity business et des concerts organis\u00e9s pour venir en aide aux \u00c9thiopiens, aux fermiers am\u00e9ricains ou contre l\u2019apartheid et pour Amnesty International. Un rock humaniste mais pas exempt d\u2019exploitation des grandes causes \u00e0 des fins personnelles et une certaine d\u00e9politisation de la col\u00e8re \u00e0 l\u2019origine du rock. Sans compter les sommes en jeu et les sponsors pas sp\u00e9cialement humanistes, eux. C\u2019est aussi un peu le cas de la compagne <em>Rock The Vote<\/em> qui encourage les jeunes \u00e0 s\u2019inscrire sur les listes \u00e9lectorales, m\u00eame si tout cela part d\u2019un bon sentiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l\u2019autrice fait un bilan sur les rapports entre rockers et politiciens \u00e0 travers la tentative de r\u00e9cup\u00e9ration de Bruce Springsteen par Reagan ou des accointances entre ce-dernier et les Beach Boys, par exemple. Dans le camp d\u00e9mocrate, elle parle de la campagne pour Mc Govern en 1972 et des sympathies entre Jimmy Carter et Bob Dylan en concluant sur Bill Clinton, soit-disant pr\u00e9sident rock (il jouait du saxophone et aimait cette musique).<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, un livre pas toujours facile \u00e0 lire mais dont l\u2019int\u00e9r\u00eat est de bien cerner les accointances et les dissonances entre les deux mondes (rock et politique&nbsp;; rock et morale&nbsp;; rock et pouvoirs publics), sans aller au fond des choses et de rechercher, \u00e0 travers les diff\u00e9rentes \u00e9poques et courants de la pop music, ce que pouvaient avoir de politique \u2013 au sens noble \u2013 tous ces artistes et tous ces groupes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019objet d\u2019un livre en pr\u00e9paration qui s\u2019appellera (on commence \u00e0 le savoir), <em>Les politiques du rock<\/em> et qui devrait sortir dans le courant de l\u2019ann\u00e9e prochaine, chez Camion blanc. Un peu de publicit\u00e9 ne nuit pas et, dans ce domaine, on n\u2019est jamais si bien servi que par soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><em>16 novembre 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SAN ANTONIO \u2013 SI SIGNORE \u2013 Fleuve noir. Un San Antonio des ann\u00e9es 1970 encore trouv\u00e9 dans une bo\u00eete \u00e0 livre. Sa meilleure p\u00e9riode. Celle apr\u00e8s les ann\u00e9es 1950 \u2013 1960, d\u00e9j\u00e0 riche en gaudriole et en rigolade, et les ann\u00e9es 1980, o\u00f9 l\u2019auteur &#8211; la p\u00e9riode post-soixante-huitarde aidant &#8211; en fait un peu trop&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3014\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3016,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3014"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3014"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3014\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3034,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3014\/revisions\/3034"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3016"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3014"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3014"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3014"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}