{"id":3077,"date":"2022-12-15T21:30:45","date_gmt":"2022-12-15T20:30:45","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3077"},"modified":"2022-12-15T21:30:47","modified_gmt":"2022-12-15T20:30:47","slug":"wilko-johnson-johnny-guitare-est-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3077","title":{"rendered":"WILKO JOHNSON : JOHNNY GUITARE EST MORT"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/illustration268.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3080\" width=\"577\" height=\"577\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/illustration268.jpg 250w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/illustration268-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/illustration268-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>La premi\u00e8re ordonnance du bon Docteur Feelgood, d\u00e9j\u00e0 un traitement de choc ! Wilko Johnson \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-gauche.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>De son vrai nom John Peter Wilkinson, Wilko Johnson \u00e9tait n\u00e9 sur l\u2019\u00eele de Canvey (Essex) le 12 juillet 1947. Il est mort le 21 novembre dernier apr\u00e8s avoir lutt\u00e9 presque une d\u00e9cennie contre un cancer du pancr\u00e9as. Un record de long\u00e9vit\u00e9 dans ce cas pr\u00e9cis. Quelques souvenirs personnels et une biographie sommaire de ce tr\u00e8s grand guitariste et compositeur inspir\u00e9. Du grand Doctor Feelgood jusqu\u2019au bout d\u2019une carri\u00e8re solo comptant une douzaine d\u2019albums au compteur. Voici son histoire&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Canvey, Rumford et Southern On Sea sont trois localit\u00e9s de l\u2019Essex qui ont vu na\u00eetre plusieurs groupes de pop music dont les Paramounts, premier groupe de Gary Brooker, B.J Wilson, Robin Trower et Matthew Fisher et qui allait devenir Procol Harum en 1967 avec le succ\u00e8s que l\u2019on sait. John Wilkinson est issu de cette sc\u00e8ne-l\u00e0, qui donnera aussi Humble Pie, Eddie &amp; The Hot Rods ou Mickey Jupp. Il est un fan de Procol Harum dont il ne manque aucun concert \u00e0 leurs d\u00e9buts, alors qu\u2019il fait des d\u00e9buts difficiles dans diff\u00e9rents groupes locaux, comme guitariste. D\u2019abord les Roamers, puis The Heap, deux groupes o\u00f9 joue aussi Johnny Martin, alias The Big Figure, qui aura son petit succ\u00e8s dans un groupe pop bubble-gum du nom de Cupid Inspiration.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilkinson est pion dans un lyc\u00e9e et il rode un jeu de guitare syncop\u00e9 et \u00e9pileptique, promenant l\u2019instrument de long en large et l\u2019arborant comme une mitrailleuse. Il est influenc\u00e9 dans ce jeu particulier par Mick Green, guitariste de Johnny Kidd And The Pirates, de m\u00eame que le nom de son futur groupe, Doctor Feelgood, \u00e9tait l\u2019un des morceaux les plus connus du r\u00e9pertoire desdits Pirates.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1967, Wilkinson part \u00e9tudier \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Newcastle et d\u00e9laisse vite ses pas si ch\u00e8res \u00e9tudes pour parcourir le monde. On le retrouve au N\u00e9pal, sur les chemins de Katmandou, mais son prurit hippie ne va pas durer. Il revient au pays \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1971 et la sc\u00e8ne a boug\u00e9 avec de nouvelles figures dont Lee Brilleaux et John B. Sparks. Brilleaux et Sparks proposent \u00e0 Wilkinson de former un groupe et il am\u00e8ne son ami Martin comme batteur. Aini na\u00eet Doctor Feelgood qui, au d\u00e9part, se contente d\u2019accompagner un rocker de l\u2019East End du nom de Heinz, riche d\u2019une petite notori\u00e9t\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 avec un hit en hommage \u00e0 Eddie Cochran, \u00ab&nbsp;Just Like Eddie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s Heinz, Feelgood s\u2019engage en 1972 dans le circuit des pubs du sud-est londonien. On appellera pub-rock ce courant musical qui vise \u00e0 rompre avec les tristes figures d\u2019une progressive pop (\u00e9cole de Canterbury, rock symphonique, acid rock, jazz-rock\u2026) englu\u00e9e dans la grandiloquence et la pompe. Les premiers groupe du genre ont nom Doctor Feelgood, les Ducks Deluxe, Kilburn &amp; The High Roads (le groupe de Ian Dury), Brinsley Schwarz, Count Bishop et autres Bees Make Honey mais le groupe de Brilleaux et Johnson (il s\u2019appelle d\u00e9sormais Wilko Johnson) est en t\u00eate de pont avec les Ducks Deluxe. Le genre s\u2019applique \u00e0 retrouver les racines enfouies d\u2019un rock\u2019n\u2019roll et d\u2019un rhythm\u2019n\u2019blues \u00e0 la mani\u00e8re des premiers Rolling Stones et autres combos de ce qu\u2019on appellera Chuck\u2019n\u2019Bo rock, des noms de Chuck Berry et de Bo Diddley bien s\u00fbr&nbsp;: les Pretty Things ou les Yardbirds. Il se joue et s\u2019\u00e9coute dans les pubs, bock en main. C\u2019est un rock tr\u00e8s direct et efficace, sans fioritures mais avec l\u2019esprit agressif et teigneux des rockers. C\u2019est en ce sens que le courant pr\u00e9figurera le Punk-rock qui na\u00eetra \u00e0 l\u2019automne 1976. Dans ce groupe, le contraste est saisissant entre un Brillieaux et son physique de rugbyman et Johnson, costume sombre et silhouette efflanqu\u00e9e qui joue les zombies \u00e9lectriques, guitare au poing, en s\u2019inspirant du personnage de Frankenstein. Gr\u00e2ce \u00e0 leur jeu de sc\u00e8ne et \u00e0 leurs reprises puis\u00e9es dans le r\u00e9pertoire rhythm\u2019n\u2019blues, Feelgood s\u2019acquiert une r\u00e9putation flatteuse qui incite United Artists \u00e0 leur faire signer un contrat. \u00ab&nbsp;Roxette&nbsp;\u00bb (une composition de Wilko) sort en single en novembre 1974 et c\u2019est un choc pour les nostalgiques d\u2019une pop rugueuse qui sait encore ce que r\u00e9volte veut dire. C\u2019est en m\u00eame temps un repoussoir pour les esth\u00e8tes qui se bouchent les oreilles. <em>Down by the jetty<\/em> sort en janvier 1975, produit par Vic Maile, et c\u2019est avec ce disque que j\u2019explose de joie.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019on me comprenne, je l\u2019ach\u00e8te le jour de mes 21 ans et je vois ces types \u00e0 mines patibulaires (mais presque aurait dit Coluche \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque) avec lunettes noires, costard de prolos endimanch\u00e9s ou vestes de cuir photographi\u00e9s le long d\u2019une jet\u00e9e au bord de la mer du Nord. Finis les \u00e9l\u00e9gants \u00e0 col de velours, termin\u00e9s les clowns \u00e0 manteaux de fourrure. L\u2019image a boug\u00e9. Rock\u2019n\u2019roll is back&nbsp;! Le retour de la rudesse, du rugueux, de l\u2019astringent avec des gars qui ne sourient pas et semblent en vouloir au monde entier. Je deviens l\u2019un de leurs fans avec l\u2019impression que tout peut recommencer et qu\u2019on peut reprendre les choses o\u00f9 on les a laiss\u00e9es en 1965, avant l\u2019\u00e8re hippie.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois reprises, le \u00ab&nbsp;Boom Boom&nbsp;\u00bb de John Lee Hooker, le \u00ab&nbsp;Bonnie Moroni&nbsp;\u00bb de Larry Williams et le \u00ab&nbsp;Oyeh&nbsp;\u00bb des Pirates. \u00c0 part \u00e7a, les compositions frustes de Wilko, toutes tranchantes et percutantes, b\u00e2ties sur le m\u00eame moule (mais va-t-on reprocher \u00e0 Chuck Berry de composer toujours sur le m\u00eame rythme?). \u00ab&nbsp;She Does It Right&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Roxette&nbsp;\u00bb ou \u00abOut Of Sight&nbsp;\u00bb serviront de bande son \u00e0 mon printemps 1975 et l\u2019un de mes meilleurs souvenirs de concert sera d\u2019avoir vu Doctor Feelgood \u00e0 l\u2019Olympia, en avril. La plus grande claque de ma vie avec Van Morrison et Kevyn Coyne.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Malpractise,<\/em> en octobre<em>,<\/em> est du m\u00eame tonneau. La deuxi\u00e8me ordonnance du bon docteur comprend autant de reprises que d\u2019originaux et on se d\u00e9lecte cette fois de \u00ab&nbsp;Back In The Night&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;Don\u2019t Let Your Daddy Know&nbsp;\u00bb et autres \u00ab&nbsp;You Should\u2019nt Call The Doctor (if you can\u2019t afford the pills)&nbsp;\u00bb. Wilko compose \u00ab&nbsp;Going Back Home&nbsp;\u00bb avec Mick Green, son idole de jeunesse. On raconte qu\u2019il aurait pr\u00eat\u00e9 400 dollars \u00e0 son tour-manager, Jake Riviera, lequel allait les investir pour fonder l\u2019un des principaux labels du punk britannique, Stiff Records.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ensuite un live,<em> Stupidity<\/em>, en ao\u00fbt 1976, qui colle tout le monde au mur. Deux concerts enregistr\u00e9s l\u2019un \u00e0 Southend et l\u2019autre \u00e0 Sheffield avec les meilleurs titres de Wilko et des reprises jou\u00e9es \u00e0 leur sauce&nbsp;: Bo Diddley, Rufus Thomas, Chuck Berry, Sonny Boy Williamson ou Salomon Burke. L\u2019un des plus grands albums live jamais sortis. 40 minutes de fun.<\/p>\n\n\n\n<p>La suite est moins glorieuse. <em>Sneakin Suspicion<\/em> est encore un bon disque, avec une reprise du \u00ab&nbsp;Mama Keep Your Big Mouth Shut&nbsp;\u00bb de Bo Diddley ou de \u00ab&nbsp;Lights Out&nbsp;\u00bb d\u2019un autre docteur (John), mais des tensions se font jour entre un Brilleaux qui veut garder la formule magique r\u00e9tro et Wilko qui propose des \u00e9volutions. Brilleaux l\u2019emporte et Wilko prend la porte, remplac\u00e9 par John Mayo.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Wilko, ce sera Solid Senders qui ne sortira qu\u2019un album en 1978, mais quel&nbsp;! Il laisse composer ses musiciens et nous gratifie encore de reprises exceptionnelles, de Dylan ou de Smokey Robinson. Il int\u00e8gre les Blockheads de Ian Dury en 1980 avant de se lancer dans une carri\u00e8re solo au long cours qui commence avec <em>Ice on the motorway <\/em>(1981) suivi de 5 albums studio et d\u2019autant de live.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pu voir en 1989 un Wilko Johnson en grande forme sur la sc\u00e8ne de l\u2019Abattoir \u00e0 Lillers, retrouvant son jeu de sc\u00e8ne et fusillant l\u2019audience avec sa guitare-mitraillette dont il tirait toujours le meilleur. J\u2019ai m\u00eame os\u00e9 lui qu\u00e9mander un autographe qu\u2019il signa avec un large sourire.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2014, d\u00e9j\u00e0 diagnostiqu\u00e9 pour son cancer et compl\u00e8tement chauve du fait de sa chimioth\u00e9rapie, il sort avec Roger Daltrey l\u2019excellent <em>Goin\u2019 back home<\/em> avec une s\u00e9lection de ses meilleurs compositions \u2013 Feelgood, Solid Senders et albums solo confondus \u2013 et une seule reprise pour le coup, le \u00ab&nbsp;Can You Please Crawl Out Your Window?<em>&nbsp;\u00bb <\/em>de Dylan. La voix du chanteur des Who s\u2019accorde \u00e0 merveille avec son jeu de guitare et leur complicit\u00e9 est d\u2019autant plus \u00e9vidente qu\u2019ils ont pass\u00e9 leur jeunesse \u00e0 aller voir les m\u00eames groupes&nbsp;: Johnny Kid &amp; ses Pirates, Screamin\u2019 Lord Sutch et autres Playboys de Vince Taylor.<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9cide de faire une tourn\u00e9e d\u2019adieu et sort un ultime single avec un groupe du nom de Urban Voodoo Machine. Il appara\u00eet \u00e9galement sur deux morceaux de The Mutants, un \u00ab&nbsp;super&nbsp;\u00bb groupe avec Wayne Kramer (ex MC5), Jake Burns (ex Stiff Little Fingers) et Neville Staple (ex Specials). Alors qu\u2019on croit sa mort imminente, il surprend tout le monde en se disant gu\u00e9ri du cancer apr\u00e8s une intervention chirurgicale et entame une ultime tourn\u00e9e qui passe par l\u2019Europe et le Japon. Il sortira son dernier album, <em>Blow your mind <\/em>(m\u00eame titre que le premier album solo de Van Morrison), en 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019annonce de la mort de Wilko Johnson m\u2019a beaucoup affect\u00e9e. Pour la plupart des chanteurs et des musiciens de rock, je n\u2019ai suivi leur carri\u00e8re que de loin, en fan parfois enamour\u00e9 et souvent attrist\u00e9. Pour Wilko, c\u2019\u00e9tait diff\u00e9rent dans la mesure o\u00f9 j\u2019avais l\u2019impression de le conna\u00eetre un peu et de l\u2019avoir suivi depuis ses d\u00e9buts, en fid\u00e8le, comme un grand fr\u00e8re qui a r\u00e9ussi ce que vous avez rat\u00e9 ou, pire, ce que vous n\u2019avez m\u00eame jamais entrepris.<\/p>\n\n\n\n<p>So Bye bye Johnny&nbsp;! Bye Bye Johnny B. Goode.<\/p>\n\n\n\n<p><em>6 d\u00e9cembre 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De son vrai nom John Peter Wilkinson, Wilko Johnson \u00e9tait n\u00e9 sur l\u2019\u00eele de Canvey (Essex) le 12 juillet 1947. 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