{"id":3100,"date":"2023-01-06T15:36:49","date_gmt":"2023-01-06T14:36:49","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3100"},"modified":"2023-01-06T22:24:26","modified_gmt":"2023-01-06T21:24:26","slug":"notes-de-lecture-40","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3100","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (40)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>CHRISTIANE ROCHEFORT \u2013 <em>PRINTEMPS AU PARKING<\/em> \u2013 Grasset<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait plut\u00f4t quelqu\u2019un de bien Christiane Rochefort (1917 &#8211; 1998), anar et f\u00e9ministe, auteur (on ne disait pas encore autrice \u00e0 l\u2019\u00e9poque) du <em>Repos du guerrier <\/em>mis en sc\u00e8ne par Vadim, et on aurait aim\u00e9 dire du bien de ce livre trouv\u00e9 par hasard toujours dans la m\u00eame bo\u00eete \u00e0 livres (et qui va y retourner aussit\u00f4t). Je dois avouer \u00e0 ma grande honte qu\u2019il m\u2019arrive d\u2019en garder.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire d\u2019un adolescent fugueur qui quitte les grands ensembles o\u00f9 il a mal grandi pour \u00e9chouer au Quartier latin et, apr\u00e8s moult p\u00e9rip\u00e9ties, trouver le grand amour (homosexuel donc) avec un sociologue qui apprend le chinois et dans lequel on reconna\u00eetra facilement l\u2019ami de la romanci\u00e8re, Jacques Sternberg. Disons plut\u00f4t qu\u2019il tombe amoureux et qu\u2019il est adopt\u00e9 par une bande de joyeux gaillards qui passent leur temps \u00e0 jouer au poker au bistrot entre deux passages \u00e0 la biblioth\u00e8que ou \u00e0 la cin\u00e9math\u00e8que. Pas de probl\u00e8me d\u2019argent car ils viennent tous de familles bourgeoises. La boh\u00e8me\u2026 Mais dor\u00e9e, et quand Rochefort d\u00e9crit un petit-d\u00e9jeuner dans une de ces familles, c\u2019est Sagan convertie au marxisme-l\u00e9ninisme. Bref, il apprend la vie avec eux et passe de l\u2019innocence inculte \u00e0 la raison dialectique, ses nouveaux amis voyant en lui le \u00ab\u00a0bon sauvage\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On passe sur le c\u00f4t\u00e9 scabreux d\u2019un livre o\u00f9 un adolescent finit par faire l\u2019amour avec un adulte. On parlerait aujourd\u2019hui de p\u00e9dophilie et l\u2019ouvrage serait vilipend\u00e9. On passe donc, mais on ne passe pas sur le c\u00f4t\u00e9 laborieux des dialogues, la banalit\u00e9 et la platitude de l\u2019\u00e9criture, l\u2019humour potache \u00e0 base de r\u00e9f\u00e9rences culturelles, la multiplication des clich\u00e9s tr\u00e8s en vogue dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 chez les intellectuels de gauche, \u00e0 base de freudo-marxisme et de grande r\u00e9volution contre une bourgeoisie mortif\u00e8re. C\u2019est le grand combat de la vie (des intellectuels marxisants et des jeunes r\u00e9volt\u00e9s) contre la mort (les cons en g\u00e9n\u00e9ral, soit tout ce qui n\u2019est pas eux). L\u2019amour contre les conventions et l\u2019industrie du sexe. L\u2019aventure contre le conformisme. Et puis \u00e7a sent le d\u00e9layage et elle met en sc\u00e8ne des personnages d\u00e8s que l\u2019inspiration semble manquer. De plus, c\u2019est d\u2019une na\u00efvet\u00e9 confondante et c\u2019est manich\u00e9en au possible. On se doute que Mai 68 est en vue, m\u00eame si l\u2019action se situe au printemps 1966 et que Rochefort r\u00e9\u00e9crira la fin apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n\n\n\n<p>On imagine ce qu\u2019un mauvais coucheur comme Ren\u00e9 Fallet aurait pu tirer de cette histoire. L\u00e0, on a malheureusement que des provocations et des audaces de petite bourgeoise. Et on cite \u00e0 longueur de temps les totems de cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019intellectuels plut\u00f4t ultra-gauche&nbsp;: Saussure, Freud, Reich, Marx\u2026 La grande affaire est la r\u00e9volution sexuelle, qui ne manquera pas d\u2019accoucher de la grande r\u00e9volution politique et sociale. Disons que tout cela est terriblement dat\u00e9 et d\u2019autant plus dat\u00e9 que ce livre a d\u00fb faire fureur \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et choquer pas mal de monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je pense que Cavanna avait propos\u00e9, au moment de la cr\u00e9ation de <em>Hara Kiri hebdo<\/em>, \u00e0 Rochefort de faire partie de l\u2019\u00e9quipe. Et qu\u2019elle avait refus\u00e9 au motif qu\u2019elle ne voulait pas \u00eatre la seule femme (ou presque) au milieu de cette bande de machos. \u00c0 la place, on a eu droit aux Isabelle, Sylvie Caster et autres Victoria Th\u00e9rame. Pas un truc de filles la bande \u00e0 <em>Charlie<\/em>&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEROME K. JEROME \u2013 <em>TOMMY AND CO <\/em>\u2013 Descl\u00e9e de Brouwer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jerome K. Jerome est un humoriste anglais c\u00e9l\u00e8bre pour son livre<em> Trois hommes et un bateau<\/em>. On peut le rapprocher de ses compatriotes Woodehouse, Chesterton et Evelyn Waugh ou de l\u2019Am\u00e9ricain O\u2019 Henry. C\u2019est de l\u2019humour anglais, pas la franche rigolade \u00e0 la fran\u00e7aise qui va de Rabelais \u00e0 San Antonio en passant par Alfred Jarry, Alphonse Allais ou Cami (pour aller vite).<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, il s\u2019agit de 7 longues nouvelles dont le fil rouge est l\u2019\u00e9quipe d\u2019un journal appel\u00e9 <em>La bonne humeur<\/em> fond\u00e9 par le personnage principal, un certain Peter Hope. Le livre raconte comment se recrutent les administrateurs et les collaborateurs au fil du temps. \u00c0 commencer par Tommy, un gamin des rues qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre une gamine apr\u00e8s une visite m\u00e9dicale et qui fait montre de grandes qualit\u00e9s de reporter. Puis c\u2019est William Clodd, l\u2019administrateur, homme d\u2019affaire sans c\u0153ur qui prend la t\u00eate du journal \u00e0 la suite d\u2019une sombre histoire d\u2019h\u00e9ritage. Grindley, un fils d\u2019aristocrate bon \u00e0 rien transform\u00e9 en \u00e9diteur gr\u00e2ce \u00e0 ses relations. Miss Rambsbotham, qui fera les \u00e9chos de la mode dans un suppl\u00e9ment destin\u00e9 aux femmes coquettes, m\u00eame si elle ne brille pas par sa beaut\u00e9. Joe Leveredge, jeune dandy c\u00e9libataire soudain couvert de pr\u00e9tendantes. \u00ab&nbsp;Le Gosse&nbsp;\u00bb qui d\u00e9cide de se travestir pour voir ce que cela fait et s\u00e8me la pagaille dans la r\u00e9daction et enfin Dick Danvers qui demandera Tommy en mariage avant d\u2019\u00eatre rattrap\u00e9 par son ancienne ma\u00eetresse. Il y a d\u2019autres personnages, tous membres du club, Herring ou l\u2019avocat sans cause parmi les plus pittoresques.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un style \u00e9l\u00e9gant, Jerome brocarde l\u2019aristocratie et la bourgeoisie anglaises, de m\u00eame qu\u2019il s\u2019en prend avec alacrit\u00e9 aux artistes rat\u00e9s, aux gommeux, aux poseurs et aux demi-mondaines. Un vrai jeu de massacre, mais avec la touche d\u2019humour qui convient.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne rit pas \u00e0 gorge d\u2019employ\u00e9s (comme dirait B\u00e9rurier) \u00e0 chaque page, mais on sourit plus souvent qu\u2019\u00e0 son tour gr\u00e2ce \u00e0 cet humour d\u00e9licat plein de second degr\u00e9 et de sous-entendus (understatement). Jerome sait restituer l\u2019ambiance de la boh\u00e8me du Londres des ann\u00e9es 1930, le Londres des clubs, des rues enfum\u00e9es, des r\u00e9ceptions et des mondanit\u00e9s. C \u2018est brillant et enlev\u00e9, avec un c\u00f4t\u00e9 cynique et moraliste qui ne g\u00e2te rien.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur sait de quoi il parle, issu d\u2019une famille de la bourgeoisie ruin\u00e9e \u00e0 la suite de placements hasardeux dans des mines de charbon. D\u00e9testant l\u2019\u00e9cole, il pense \u00e0 une carri\u00e8re dans la politique avant de se raviser et de prendre le parti d\u2019en rire avec des nouvelles et r\u00e9cits humoristiques o\u00f9 il se paie gentiment la figure de ses contemporains. Il a bien fait, et son <em>Tommy &amp; Co<\/em> est en tout cas un petit chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019humour anglais qui tient de Dickens ou de Thackeray. So British, comme disent maintenant les snobs \u00e0 propos de tout ce qui vient d\u2019outre-Manche.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALDOUS HUXLEY \u2013<em> \u00ceLE<\/em> \u2013 Plon \/ Pocket.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le dernier roman de Aldous Huxley, son testament en quelque sorte, paru un an avant sa mort, en 1963. On conna\u00eet la dilection d\u2019Huxley pour les utopies, le mysticisme et les paradis artificiels comme illustr\u00e9e par ses livres les plus connus (<em>Le meilleur des mondes<\/em>, <em>Les portes de la perception<\/em> ou encore<em> La philosophie \u00e9ternelle<\/em>). Il fait partie de ces intellectuel britanniques proph\u00e9tiques et visionnaires annonciateurs de mondes futurs, un peu comme George Orwell, son compatriote.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019\u00cele <\/em>d\u00e9crit l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 la suite d\u2019un naufrage dans l\u2019\u00eele imaginaire de Pala (une \u00eele de l\u2019oc\u00e9an Indien) d\u2019un journaliste salari\u00e9 par un groupe p\u00e9trolier. Une \u00eele o\u00f9 un m\u00e9decin \u00e9cossais et un rajah bouddhiste ont jadis uni leurs savoirs pour syncr\u00e9tiser la pens\u00e9e rationnelle occidentale et la sagesse mill\u00e9naire mystique orientale. De l\u00e0 est issu une soci\u00e9t\u00e9 qui vit en paix et en harmonie avec des structures familiales \u00e9largies \u00e0 la communaut\u00e9 et des pr\u00e9ceptes \u00e9ducatifs r\u00e9conciliant l\u2019esprit et le corps, la pens\u00e9e et le r\u00e9el. De l\u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 pacifiste et bienveillante o\u00f9 le collectif et l\u2019entraide priment sur tout. On veille constamment au contr\u00f4le des naissances pour s\u2019assurer que le peu de ressources corresponde aux besoins qui tiennent \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 dans tous les domaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Will Faraby, le journaliste, est vite conquis par les modes de vie et la philosophie des habitants. En cynique rationaliste ab\u00eem\u00e9 par un p\u00e8re alcoolique et une m\u00e8re abusive, culpabilis\u00e9 par la mort accidentelle de son \u00e9pouse apr\u00e8s qu\u2019il lui ait avou\u00e9 avoir une ma\u00eetresse, Will est d\u2019abord sceptique avant de se laisser gagner par cette harmonie cosmique r\u00e9gnant sur ce coin de paradis, aid\u00e9 en cela par la drogue hallucinog\u00e8ne locale, un d\u00e9riv\u00e9 de la mescaline.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Pala se trouve l\u2019\u00eele de Rendang dirig\u00e9e par un dictateur militaire, le colonel Dipo, stipendi\u00e9 par les compagnies p\u00e9troli\u00e8res et asservissant son peuple converti au mode de vie capitaliste, \u00e0 la surproduction et \u00e0 la consommation de masse. Dipo fait alliance avec la femme de l\u2019ex Rajah, Rami, une foldingue mystique, et c\u2019est son propre fils, appel\u00e9 \u00e0 succ\u00e9der \u00e0 son p\u00e8re, qui, en une seule nuit, d\u00e9truit l\u2019harmonie de l\u2019\u00eele apr\u00e8s une guerre \u00e9clair qui ruine des d\u00e9cennies de prosp\u00e9rit\u00e9 et de bonheur. Le p\u00e9trole a tout g\u00e2ch\u00e9 et Dipo et son Rajah fantoche peuvent r\u00e9gner.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pour la trame de ce gros roman (400 pages) qu\u2019on a parfois du mal \u00e0 lire. Non du fait du style de Huxley ou de l\u2019histoire racont\u00e9e, mais surtout \u00e0 cause du fait qu\u2019on est plus dans l\u2019essai que dans le roman et que chaque dialogue est pr\u00e9texte \u00e0 exposer toutes les th\u00e9ories et pratiques ayant cours sur l\u2019\u00eele&nbsp;: \u00e9ducation \u00e9clair\u00e9e, familles collectives, spiritualit\u00e9 \u00e0 base de tantrisme, de yoga et d\u2019hallucinog\u00e8nes. Le capitalisme est le mal absolu mais pas autant que le marxisme, d\u2019apr\u00e8s Huxley qui, en vieil aristocrate anglais vers\u00e9 dans le mysticisme, cherche Dieu et l\u2019absolu sans aucune consid\u00e9ration sociale. Le mat\u00e9rialisme, voil\u00e0 l\u2019ennemi&nbsp;!Au final, un fatras mystique qui aurait \u00e9t\u00e9 plus \u00e0 sa place dans un trait\u00e9 de philosophie o\u00f9 l\u2019\u00e9rudition de l\u2019auteur, parfois un peu assommante, e\u00fbt fait merveille. Enfin bon, c\u2019est Huxley quand m\u00eame\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JEAN-PIERRE CHABROL \u2013 <em>VLADIMIR ET LES JACQUES <\/em>\u2013 Grasset \/ Le livre de poche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/illustration270.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3102\" width=\"577\" height=\"372\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/illustration270.png 284w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/illustration270-30x19.png 30w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>Brassens, Ferrat, Chabrol et Francis Lemarque dans une \u00e9mission de l&rsquo;ORTF. Manque gu\u00e8re que Ren\u00e9 Fallet (absent sur la photo).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>On garde un bon souvenir de l\u2019autre Chabrol \u2013 Jean-Pierre &#8211; barbu corpulent un peu bourru qui racontait des histoires avec son accent c\u00e9venol, ami de Brassens et membre de la bande \u00e0 Fallet qui se retrouvait tous les \u00e9t\u00e9s \u00e0 Jaligny (Allier)&nbsp;, dans le village du p\u00e8re Ren\u00e9. Un conteur qui a d\u00e9but\u00e9 dans le journalisme \u00e0 <em>l\u2019Humanit\u00e9<\/em> avant d\u2019\u00e9crire romans et nouvelles et d\u2019\u00eatre parfois invit\u00e9 \u00e0 lire ses contes dans des \u00e9missions de l\u2019<em>ORTF<\/em> ou de<em> France Inter<\/em>. Un personnage attachant, comme on dit.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le vingti\u00e8me roman (sans compter les recueils de nouvelles) de cet \u00e9crivain prolifique, sorti en 1980. Comme le baron de Sigognac suivait une troupe de com\u00e9diens dans <em>Le capitaine Fracasse<\/em> de Th\u00e9ophile Gautier, Chabrol met sa plume au service d\u2019une troupe de th\u00e9\u00e2treux, Les Jacques, qui ambitionnent de monter un spectacle autour de la mis\u00e8re, de la pauvret\u00e9, du lumpenprol\u00e9tariat, celui que Marx ne calculait pas, comme on dirait maintenant, pas bons pour la r\u00e9volution, juste des cr\u00e8ve-la-faim non conscients objectivement complices de la bourgeoisie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a commence par des enqu\u00eates au pied des HLM, chez les sous-prolos, avant une revue d\u2019effectif o\u00f9 chaque membre de la troupe fait l\u2019objet d\u2019un chapitre, avec son itin\u00e9raire, ses motivations et ses r\u00eaves. Puis ce sont les essais, les erreurs, les tentatives. On essaie une sc\u00e8ne, puis un personnage, puis un autre et on remet le m\u00e9tier cent fois sur l\u2019ouvrage. On fait le filage des sc\u00e8nes qui \u00e9voluent, de d\u00e9tails en d\u00e9tails, jusqu\u2019\u00e0 la repr\u00e9sentation. Il faut avoir un peu connaissance des milieux du th\u00e9\u00e2tre pour bien appr\u00e9cier la lente \u00e9volution de ce travail de fourmi qui d\u00e9bouche sur un spectacle, lequel va se jouer des centaines de fois dans des MJC, des centres sociaux, des r\u00e9sidences universitaires ou des foyers de jeunes travailleurs, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on en fasse un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Vladimir du titre est l\u2019a\u00een\u00e9 d\u2019une famille dysfonctionnelle sorti fra\u00eechement de prison et qui va bouleverser l\u2019agencement de la pi\u00e8ce et faire du th\u00e9\u00e2tre des Jacques une vraie insurrection urbaine avec immersions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es en banlieue et descente d\u2019hommes politiques \u00ab&nbsp;compr\u00e9hensifs&nbsp;\u00bb. Il n\u2019arrive qu\u2019aux environs de la page 300 et on attend Vladimir un peu comme les personnages de Beckett attendaient Godot.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019emp\u00eache, on admire les qualit\u00e9s d\u2019\u00e9criture de Chabrol, un flux torrentiel qui rappelle Henry Miller et un style qui doit autant \u00e0 C\u00e9line qu\u2019\u00e0 des auteurs qu\u2019on ne lit plus, comme Francis Carco ou Pierre Mac Orlan (qu\u2019il cite d\u2019ailleurs souvent). C\u2019est d\u2019ailleurs le regard qu\u2019il porte sur cette soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de la fin des ann\u00e9es 1970 qui nous int\u00e9resse plus que ses histoires de th\u00e9\u00e2treux un peu tristounets d\u00e9pass\u00e9s par leur sujet avec ce complexe d\u2019enfants des classes moyennes qui veulent changer la vie en se mettant \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la classe ouvri\u00e8re ou du lumpen, en se rendant vite compte que les conditions mat\u00e9rielles de leur existence, la guerre aux pauvres qu\u2019on leur fait et l\u2019absence totale de perspectives d\u00e9teignent sur eux et fait de ces \u00e9ducateurs sp\u00e9cialis\u00e9s, de ces travailleurs sociaux, de ces associatifs, de ces humanitaires et de ces th\u00e9\u00e2treux de simples soupapes de s\u00e9curit\u00e9, des rustines. Ils se voulaient des chevaliers et ils ne sont que des assistants sociaux d\u00e9plorant le d\u00e9sastre, ils souhaitaient changer la vie et ce n\u2019est gu\u00e8re qu\u2019eux-m\u00eames qu\u2019ils ont chang\u00e9, plus endurcis, plus r\u00e9alistes ou plus cyniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 en tout cas un livre inspirant sur un sujet social br\u00fblant que nos \u00e9crivains d\u2019aujourd\u2019hui ont majoritairement tendance \u00e0 \u00e9viter. De belles pages de rage po\u00e9tique et de dinguerie indign\u00e9e. Une litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019estomac qui se moque de faire beau et de plaire dans les salons, mais qui cogne l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait mal et qui gratte l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a d\u00e9mange.<\/p>\n\n\n\n<p>Allez, on ose&nbsp;: il est fort, Chabrol&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>28 d\u00e9cembre 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHRISTIANE ROCHEFORT \u2013 PRINTEMPS AU PARKING \u2013 Grasset C\u2019\u00e9tait plut\u00f4t quelqu\u2019un de bien Christiane Rochefort (1917 &#8211; 1998), anar et f\u00e9ministe, auteur (on ne disait pas encore autrice \u00e0 l\u2019\u00e9poque) du Repos du guerrier mis en sc\u00e8ne par Vadim, et on aurait aim\u00e9 dire du bien de ce livre trouv\u00e9 par hasard toujours dans la&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3100\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3102,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3100"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3100"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3100\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3114,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3100\/revisions\/3114"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3102"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3100"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3100"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3100"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}