{"id":3117,"date":"2023-01-19T20:32:36","date_gmt":"2023-01-19T19:32:36","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3117"},"modified":"2023-01-19T20:32:37","modified_gmt":"2023-01-19T19:32:37","slug":"reggae-bass-culture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3117","title":{"rendered":"REGGAE \/ BASS CULTURE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/ILLUSTRATION274.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3119\" width=\"575\" height=\"799\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/ILLUSTRATION274.jpg 288w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/ILLUSTRATION274-216x300.jpg 216w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/ILLUSTRATION274-22x30.jpg 22w\" sizes=\"(max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption>La couverture de la version anglaise de <em>Bass Culture<\/em>. Jama\u00efca say you will.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Bass Culture&nbsp;\u00bb, est une chanson protestataire de Linton Kwesi Johnson et aussi le titre d\u2019un fort ouvrage sur le genre du journaliste anglais Lloy Bradley (<em>New Musical Express et The Guardian<\/em>). C\u2019est l\u2019ami Manuel (Rabasse) qui a traduit ce pav\u00e9 dont je me suis inspir\u00e9 pour le chapitre sur le Reggae de mon livre en pr\u00e9paration, <em>Les politiques du rock<\/em>. Le Reggae, un genre tr\u00e8s politique justement. R\u00e9sum\u00e9 ci-dessous d\u2019un bouquin passionnant. <em>\u00ab&nbsp;Enfin, la musique jama\u00efcaine a le livre qu\u2019elle m\u00e9rite&nbsp;\u00bb<\/em>, comme l\u2019\u00e9crit Prince Buster sur la jaquette, celui qui fut l\u2019auteur du c\u00e9l\u00e8bre \u00ab&nbsp;Al Capone&nbsp;\u00bb et l\u2019un des premiers producteurs avec son sound-system et son studio. Yeah mon&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un voyage \u00e0 travers la Jama\u00efque et l\u2019Angleterre auquel nous convie l\u2019auteur. Un voyage dans l\u2019espace mais surtout dans le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous d\u00e9crit d\u2019abord l\u2019\u00eele telle qu\u2019elle \u00e9tait dans les ann\u00e9es 1950, colonie anglaise dont les terres agricoles sont accapar\u00e9es par les multinationales am\u00e9ricaines pour exploiter les gisements de bauxite et d\u2019aluminium. Une bourgeoisie coloniale r\u00e8gne sur un peuple mis\u00e9reux qui trouve un peu d\u2019espoir dans les proph\u00e9ties de Marcus Garvey lequel voit dans le N\u00e9gus, l\u2019empereur d\u2019\u00c9thiopie Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, un dieu vivant (Jah) et pr\u00f4ne le retour des noirs des Antilles dans le pays de la reine de Sabah et du roi Salomon. Les rastas (de Rastafari, le nom de leur culte africaniste) pr\u00eacheront inlassablement le retour en Afrique et Garvey, brillant th\u00e9oricien et activiste de la cause noire, va m\u00eame engager une souscription pour louer une province du Liberia afin de faciliter ce retour. Il sera inqui\u00e9t\u00e9 par les autorit\u00e9s coloniales pour fraude fiscale et devra abandonner la partie avant de mourir en Angleterre, en 1940, mais ses mannes vont \u00e0 jamais hanter l\u2019\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation politique \u00e0 l\u2019\u00e9poque voit le r\u00e8gne du PNP (Popular National Party) de Norman Manley, des travaillistes ind\u00e9pendantistes qui militent pour l\u2019ind\u00e9pendance. Une ind\u00e9pendance qui se fera en 1962 avec les rivaux du LJP (Labour Jama\u00efcan Party, droite lib\u00e9rale) de Hugh Shearer. Les Anglais en ont assez de cette colonie turbulente qui ne rapporte rien et la politique est de laisser le pays entre les mains d\u2019une bourgeoisie compradore locale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1950, un genre s\u2019est affirm\u00e9, le Ska. Des sound-systems, mat\u00e9riel sophistiqu\u00e9 ambulant pour animer les rues et les parcs, voient le jour en m\u00eame temps que les studios fleurissent avec des ca\u00efds locaux aux manettes. Pour l\u2019heure, on peut citer Duke Reid, un ancien flic de Kingston, Clement \u00ab&nbsp;Coxsone&nbsp;\u00bb Dodd, Leslie Kong \u00ab&nbsp;le Chinois&nbsp;\u00bb, Edward Seaga (un Syrien qui deviendra ministre du LJP) ou Prince Buster, justement. Il s\u2019agit de rameuter le plus de jeunes possibles avec des singles enregistr\u00e9s dans les studios des \u00ab&nbsp;Big Three&nbsp;\u00bb et des groupes locaux se constituent comme les Skatalites ou les Heptones. Beaucoup d\u2019artistes reggae, dont Bob Marley, \u00ab&nbsp;Toots&nbsp;\u00bb Hibbert et Jimmy Cliff ont commenc\u00e9 tr\u00e8s jeunes dans ce style o\u00f9 la rythmique pr\u00e9domine (on parlera de rhythm\u2019n\u2019blues \u00e0 l\u2019envers tant le tempo d\u00e9concerte) sur des textes qui sont plus des chansons d\u2019amour adolescent que des br\u00fblots politiques. Chaque chose en son temps et, en tout cas, les sound-systems sont les voix du ghetto, l\u00e0 o\u00f9 les animateurs ne se contentent pas de passer des disques, mais commentent l\u2019actualit\u00e9 \u00e0 grand renfort de blagues salaces et d\u2019esprit frondeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le Ska vient le Rocksteady, un Ska au ralenti si on peut dire, avec un tempo moins soutenu et des vocaux plus soign\u00e9s. C\u2019est en 1966 que sortent les premiers singles de rocksteady, les soundmen s\u2019apercevant que les tempos ultra-rapides du ska emp\u00eachent les danseurs de souffler. Il fallait bien trouver quelque chose de plus calme et le terme serait venu d\u2019un musicien de studio qui aurait intim\u00e9 l\u2019ordre \u00e0 ses coll\u00e8gues de \u00ab&nbsp;balancer plus lentement&nbsp;\u00bb, ce qui fut fait.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1967, Prince Buster obtient un hit en Angleterre avec son \u00ab&nbsp;Al Capone&nbsp;\u00bb et le genre int\u00e9resse la jeunesse anglaise. D\u2019abord les derniers mods apr\u00e8s le tournant psych\u00e9d\u00e9lique de leurs groupes favoris puis les Skinheads, petites frappes pas encore racistes et d\u00e9linquants (il y aura d\u2019ailleurs des redskins) qui vouent un culte aux parrains du ska comme Laurel Aitken ou Desmond Dekker.<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxalement, ces skinheads accueilleront favorablement leur musique, mais pas les nombreux noirs venus des Cara\u00efbes qui se bousculent aux guichets de l\u2019immigration. De m\u00eame, les Skins appliqueront souvent les th\u00e9ories racistes de Enoch Powell (l\u2019homme des \u00ab&nbsp;rivi\u00e8res de sang&nbsp;\u00bb) ou Oswald Mosley pour casser du pakistanais ou de l\u2019indien. La Jama\u00efque ind\u00e9pendante s\u2019enfonce dans la mis\u00e8re avec une agriculture qui ne suffit m\u00eame plus \u00e0 nourrir les insulaires et les rastas adoptent un discours plus social et moins mystique. Ils sont devenus les b\u00eates noires de la bourgeoisie des planteurs qui voit en eux des malades mentaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Rocksteady sera d\u00e9j\u00e0 un genre pass\u00e9 de mode en 1969 qui sera l\u2019an 01 du reggae. D\u2019autres soundmen, comme Bunny Lee ou Lee Scratch Perry, le plus connu, feront leur apparition en faisant la promotion d\u2019une musique plus pop dont les textes sont souvent des hymnes tiers-mondistes \u00e0 fort contenu politique et social. Ce sera aussi le temps des effets \u00e9lectro-acoustiques, du dub, overdub, toasing avec U-Roy, Big Youth ou Judge Dread (Mikey Dread animera une \u00e9mission nocturne sur la radio nationale, <em>Dread at the controls<\/em>, durant toutes ces ann\u00e9es 1970). Ce sera le Reggae.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1972, le PNP de Michael Manley (le fils de&#8230;) prend le pouvoir, avec l\u2019accent mis sur les r\u00e9formes sociales&nbsp;: salaire minimum, alphab\u00e9tisation, aides \u00e0 l\u2019agriculture et gros budgets mis sur la sant\u00e9 et l\u2019\u00e9ducation. Tout cela ne sera pas suffisamment et les espoirs du peuple feront long feu.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 sort le film de Perry Henzell <em>The harder they come<\/em> au festival de Venise, l\u2019histoire d\u2019un pauvre gars de la campagne (jou\u00e9 par Jimmy Cliff) qui arrive \u00e0 Kingston pour tenter sa chance aupr\u00e8s des producteurs et finit pas sombrer dans la criminalit\u00e9. La bande-son est une sorte de compilation de ce qui se fait de mieux en mati\u00e8re de reggae avec trois compositions de Jimmy Cliff plus Toots &amp; The Maytals. La m\u00eame ann\u00e9e sort <em>Catch a fire<\/em>, l\u2019album de Bob Marley et les Wailers qui va les rendre c\u00e9l\u00e8bres dans le monde entier.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Wailers, c\u2019est bien s\u00fbr Bob Marley, le po\u00e8te, Peter Tosh, le rebelle et Bunny \u00ab&nbsp;Wailer&nbsp;\u00bb Livingston, le mystique avec, \u00e0 la rythmique, les fr\u00e8res Barrett. Le groupe r\u00e9cidive avec <em>Burnin\u2019<\/em> en 1973 puis <em>Natty Dreads<\/em> l\u2019ann\u00e9e suivante et tous les hits des Wailers sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 (\u00abLively Up Yourself&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;I Shot The Sheriff&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;No Woman No Cry&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Concrete Jungle&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Kinky Reggae&nbsp;\u00bb\u2026). On conna\u00eet la suite avec un Bob Marley abandonn\u00e9 par Tosh et Wailer qui acc\u00e9dera au statut de star internationale puis de conscience noire au m\u00eame titre qu\u2019un Malcolm X, un Mandela ou un Martin Luther King. Tosh et Wailer quitteront le groupe en 1974, et Tosh se rendra c\u00e9l\u00e8bre avec son <em>Legalize it<\/em>, interdit \u00e0 la Jama\u00efque apr\u00e8s une campagne de Manley contre la culture de la ganja men\u00e9e en lien avec la DEA, ruinant quantit\u00e9 de paysans. Marley sera \u00e0 l\u2019origine du concert de la r\u00e9conciliation entre les deux factions politiques, le 22 avril 1978, le grand \u00e9v\u00e9nement politique de l\u2019histoire de la Jama\u00efque, mais ses efforts resteront vains et les revolvers ressortiront.<\/p>\n\n\n\n<p>Les seuls rivaux des Wailers seront les Maytals de Toots Hibbert, auteurs d\u2019un magistral<em> Funky Kingston<\/em>, leur album de 1973, et de hits comme \u00ab&nbsp;Pressure Drop&nbsp;\u00bb ou \u00abSweet And Dandy&nbsp;\u00bb, les deux titres figurant sur la bande son du film de Penzell. Toots And The Maytals m\u00ealent avec bonheur reggae et soul music et <em>Reggae got soul <\/em>sera le titre de leur album de 1976.<\/p>\n\n\n\n<p>Une mention sp\u00e9ciale pour Culture et son <em>Two seven clash<\/em>, un disque exceptionnel, puissant et proph\u00e9tique. Pour la petite histoire, le 7 juillet 1977 devait \u00eatre le jour de l\u2019apocalypse dans le calendrier rasta, rapport \u00e0 la num\u00e9rologie et au chiffre 7 biblique. On dit que ce jour-l\u00e0, toute l\u2019\u00eele est rest\u00e9e \u00e0 la maison en tremblant et en priant.<\/p>\n\n\n\n<p>Difficile de parler de la musique de la Jama\u00efque sans mentionner Chris Blackwell, appel\u00e9 \u00ab&nbsp;le blanc&nbsp;\u00bb sur l\u2019\u00eele. Un jeune bourgeois anglais grandi \u00e0 la Jama\u00efque qui fera conna\u00eetre tous les tr\u00e9sors musicaux de l\u2019\u00eele sous sa marque Island, avant que celle-ci ne se convertisse au rock progressif. Apr\u00e8s Blackwell, ce sera Richard Branson et Virgin par l\u2019interm\u00e9diaire de son label Front Line qui prendra le relais, Branson s\u2019ing\u00e9niant \u00e0 exporter le Reggae en Afrique, d\u2019abord au Nigeria puis en Afrique du Sud sous apartheid. La vierge \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une putain.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut parler aussi du reggae anglais, avec des musiciens fils d\u2019immigr\u00e9s, de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, qui lanceront des groupes dans tout le pays, r\u00e9pliquant les structures \u2013 sound-systems et studios \u2013 de la Jama\u00efque. On peut citer Steel Pulse de Birmingham mais aussi le grand Linton Kwesi Johnson, po\u00e8te et journaliste \u00e0 ses heures qui va s\u2019illustrer par des textes particuli\u00e8rement brillants et pleins d\u2019humour. De la critique sociale sur deux ou trois accords.<\/p>\n\n\n\n<p>En Angleterre toujours o\u00f9 la r\u00e9pression polici\u00e8re s\u2019abat sur la communaut\u00e9 jama\u00efcaine avec d\u2019abord le carnaval de Notting Hill en 1976 qui fera 300 bless\u00e9s au total des deux c\u00f4t\u00e9s, une violence qui culminera avec les \u00e9meutes de Brixton en avril 1981. D\u00e8s lors, et bien avant, les jeunes jama\u00efcains auront partie li\u00e9e avec les Punks et beaucoup de groupes punks (Clash, Elvis Costello, Police, Pretenders ou UB40) emprunteront au reggae. L\u2019alliance entre punks et rastas va culminer dans les concerts <em>Rock Against Racism<\/em>, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. <em>Punky reggae party<\/em>, comme chantait Bob.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur conclut \u00e0 l\u2019affaiblissement du genre apr\u00e8s la mort de Marley et divers facteurs cumul\u00e9s&nbsp;: le num\u00e9rique, la parano\u00efa d\u2019un Perry qui br\u00fble son propre studio, la coca\u00efne qui remplace la ganja, l\u2019am\u00e9ricanisation, la gangst\u00e9risation du ghetto, la tiers-mondialisation de l\u2019\u00eele et les id\u00e9aux politiques sacrifi\u00e9s \u00e0 la survie. Tout cela et plus&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0. Comment r\u00e9sumer un tel livre sans en trahir le foisonnement&nbsp;, l\u2019\u00e9rudition et le style, particuli\u00e8rement enlev\u00e9 ? Un texte vivant entrecoup\u00e9 d\u2019interviews. Le mieux serait de vous le procurer. Ah, j\u2019oubliais, le sous-titre du livre est<em> When reggae was king<\/em>. Quand le Reggae \u00e9tait roi. Le roi des rois&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Bass Culture \u2013 When reggae was ,king \u2013 Lloyd Bradley, traduction Manuel Rabasse. \u00c9ditions Alia, 2005 (premi\u00e8re parution en 2000).<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>16 janvier 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Bass Culture&nbsp;\u00bb, est une chanson protestataire de Linton Kwesi Johnson et aussi le titre d\u2019un fort ouvrage sur le genre du journaliste anglais Lloy Bradley (New Musical Express et The Guardian). 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