{"id":3137,"date":"2023-01-19T21:35:42","date_gmt":"2023-01-19T20:35:42","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3137"},"modified":"2023-01-19T21:35:44","modified_gmt":"2023-01-19T20:35:44","slug":"kraftwerk-lallemagne-untergrund","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3137","title":{"rendered":"KRAFTWERK, L\u2019ALLEMAGNE \u00dcNTERGRUND"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"700\" height=\"377\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/ILLUSTRATION278.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3139\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/ILLUSTRATION278.jpg 700w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/ILLUSTRATION278-300x162.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/ILLUSTRATION278-600x323.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/ILLUSTRATION278-30x16.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption>Kraftwerk \u00e0 Zurich en 1976. Photo Wikipedia. Les noms sont \u00e9crits (Namen sind geschriben)  <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Il y a 50 ans, Kraftwerk \u2013 soit Ralf Hutter, le petit, et Florian Schneider, le grand \u2013 donnait son premier concert fran\u00e7ais dans une petite salle de Boulogne-Billancourt, en janvier 1973. <\/strong><strong>Concert organis\u00e9 par le magazine <\/strong><em><strong>Actuel<\/strong><\/em><strong>.<\/strong><strong> J\u2019y \u00e9tais, mais l\u00e0 n\u2019est pas l\u2019essentiel. L\u2019essentiel est de dire en quelques lignes en quoi ce groupe a \u00e9t\u00e9 important et en quoi il l\u2019est encore pour l\u2019essentiel de la musique <\/strong><strong>moderne <\/strong><strong>d\u2019aujourd\u2019hui. Pour le meilleur et pour le pire d\u2019ailleurs. En tout cas, on a bien l\u00e0 \u00e0 faire \u00e0 des <\/strong><strong>musiciens <\/strong><strong>visionnaires et <\/strong><strong>\u00e0 des avant-gardistes, m\u00eame si l\u2019imagerie et le discours politiques du groupe a toujours \u00e9t\u00e9 plus qu\u2019ambigu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un pass\u00e9 qui ne passe pas. Les fils et les filles des ann\u00e9es 1960 interrogent les p\u00e8res sur leurs responsabilit\u00e9s dans l\u2019ascension du troisi\u00e8me Reich, de l\u2019Allemagne nazie, de la seconde guerre mondiale et de l\u2019Holocauste. Comment cela a-t-il \u00e9t\u00e9 possible&nbsp;? Comment avez-vous pu&nbsp;? Il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse. Ou plut\u00f4t, les r\u00e9ponses sont lacunaires et insuffisantes. Il fallait faire all\u00e9geance au Reich pour avoir un emploi, on ne pouvait pas faire autrement, le Trait\u00e9 de Versailles nous avait mis \u00e0 genou avec une hyper inflation qui rendait la vie impossible, le peuple retrouvait enfin sa fiert\u00e9 et puis\u2026 On ne pouvait pas savoir ce qui se faisait sur tous les fronts, les crimes de guerre, les exactions, les massacres, les pogroms, l\u2019horreur\u2026 L\u2019Holocauste, la Shoah&nbsp;? On nous avait parl\u00e9 de camps de travail et personne n\u2019imaginait qu\u2019on gazait des Juifs, des homosexuels, des communistes ou des handicap\u00e9s. Si on avait su&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le miracle \u00e9conomique des ann\u00e9es 1950, apr\u00e8s les quelques ann\u00e9es de privations et d\u2019expiation, avait recouvert la honte et le culpabilit\u00e9, la mauvaise conscience, sous les dollars et les deutschemarks. L\u2019Allemagne avait \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux dans un charcutage d\u00e9coulant du Yalta&nbsp;de Churchill, Roosevelt et Staline : l\u2019est dans l\u2019orbite de Moscou, du Comecon et du Pacte de Varsovie&nbsp;; l\u2019ouest repeinte en d\u00e9mocratie lib\u00e9rale f\u00e9d\u00e9raliste dans le camp de la libert\u00e9, sous l\u2019\u00e9gide du Plan Marshall, de l\u2019OTAN et de la C.E.E. Berlin \u00e9tait partag\u00e9 en quatre zones, celles des vainqueurs de la guerre avec la moiti\u00e9 \u00e0 l\u2019ouest et l\u2019autre \u00e0 l\u2019est. La R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale, comme le Japon, n\u2019aurait plus qu\u2019une arm\u00e9e au service de la paix universelle, sans industrie de l\u2019armement et la fleur au fusil. Elle s\u2019en remettait \u00e0 l\u2019OTAN et aux \u00c9tats-Unis en cas de coup dur. La R\u00e9publique D\u00e9mocratique, quant \u00e0 elle, laisserait \u00e0 l\u2019U.R.S.S le soin de la d\u00e9fendre en cas d\u2019agression des forces du capital et de la ploutocratie occidentale, et les pays fr\u00e8res pr\u00eateront main forte en cas de besoin. L\u2019Allemagne g\u00e9ant \u00e9conomique et nain politique. L\u2019Allemagne, l\u2019homme malade de l\u2019Europe, va se consacrer \u00e0 sa reconstruction.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le mur se fissure et des Berlinois de l\u2019est passent \u00e0 l\u2019ouest. \u00ab&nbsp;Ich bin ein Berliner&nbsp;\u00bb, crie Kennedy en visite, sans s\u2019apercevoir qu\u2019il vient de dire \u00ab&nbsp;je suis un petit pain&nbsp; au chocolat\u00bb. L\u2019Allemagne f\u00e9d\u00e9rale du chancelier Adenauer vit dans la parano\u00efa anticommuniste et se rapproche des \u00c9tats-Unis tout en devenant la locomotive de l\u2019Union Europ\u00e9enne. La bourgeoisie ouest-allemande ne craint rien tant que le retour de l\u2019inflation et les politiques \u00e9conomiques visent \u00e0 prot\u00e9ger la rente. Le pays est champion dans l\u2019automobile, l\u2019\u00e9lectronique, la sid\u00e9rurgie, les charbonnages ou l\u2019\u00e9lectro-m\u00e9nager et le niveau de vie est le plus \u00e9lev\u00e9 d\u2019Europe. Les syndicats pratiquent la cogestion et c\u2019est l\u2019\u00e2ge d\u2019or de ce qu\u2019on appellera le capitalisme rh\u00e9nan, soit un capitalisme \u00e0 visage humain \u00e0 la sauce social-d\u00e9mocrate, avec des patrons paternalistes et des salari\u00e9s compr\u00e9hensifs. Tout allait donc pour le mieux dans ce que Voltaire appelait \u00ab&nbsp;le meilleur des mondes possibles&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e7a branle dans le manche, comme on chantait sous la Commune, la SDS (l\u2019Union Socialiste Allemande des \u00c9tudiants), puissant syndicat \u00e9tudiant, commence \u00e0 manifester contre la guerre du Vietnam et \u00e0 d\u00e9noncer l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain. Le SDS proteste aussi contre le sort fait \u00e0 la minorit\u00e9 turque, contre le pillage du Tiers-monde et remet en question le compromis social allemand, son patronat favorable au r\u00e9armement et sa classe ouvri\u00e8re rendue muette par les hauts salaires et les avantages sociaux. Les \u00e9tudiants ont lu les philosophes de l\u2019\u00e9cole de Francfort, ceux qui, apr\u00e8s Adorno, Habermas et Horkheimer remettent en question les bienfaits du capitalisme et de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation sur la base du Freudo-marxisme, \u00e0 commencer par Herbert Marcuse, professeur de philosophie en Californie, dont les ouvrages les plus c\u00e9l\u00e8bres, <em>L\u2019homme unidimensionnel<\/em> et <em>\u00c9ros et civilisation<\/em>, ont \u00e9t\u00e9 lus et comment\u00e9s par la frange la plus \u00e9clair\u00e9e de la jeunesse allemande. C\u2019est la nation enti\u00e8re qui doit \u00eatre analys\u00e9e, quitte \u00e0 mettre en lumi\u00e8re tout ce qui a pu \u00eatre refoul\u00e9 et tout d\u2019abord ce pass\u00e9 trouble des ann\u00e9es 1930 et de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>La Subversive Aktion de Munich, qui int\u00e9grera l\u2019Internationale Situationniste, se dote d\u2019une section \u00e0 Berlin o\u00f9 s\u2019illustre l\u2019\u00e9tudiant r\u00e9volutionnaire Rudi Dutschke. Fin politique, il infiltre le SDS pour durcir sa ligne et radicaliser ses actions. L\u2019ann\u00e9e 1966 voit na\u00eetre des manifestations monstres contre le Vietnam mais aussi contre la r\u00e9forme universitaire et les lois d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence promues par la coalition CDU \/ SPD. La r\u00e9pression polici\u00e8re se durcit elle aussi et, en juin 1967, l\u2019\u00e9tudiant Benno Ohnesorg est abattu par un policier de Berlin Ouest qui s\u2019av\u00e9rera \u00eatre un espion de la STASI, la police de RDA. L\u2019ex\u00e9cution a lieu durant une manifestation contre la dictature du Chah d\u2019Iran. Les \u00e9tudiants ripostent et organisent des sit-in dans tout le pays pour demander \u00e0 ce que la lumi\u00e8re soit faite sur ce meurtre. L\u2019appareil policier ouest-allemand est pris pour cible, en m\u00eame temps que le groupe de presse Axel Springer et ses journaux populistes aux ordres.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce climat tendu que se pr\u00e9pare le Mai 68 allemand avec, en pr\u00e9lude, la tentative d\u2019assassinat contre Rudi Dutschke le 11 avril. Joseph Bachmann, un jeune ouvrier d\u2019extr\u00eame-droite, lui tire dessus \u00e0 trois reprises pour un meurtre qui aurait \u00e9t\u00e9 commandit\u00e9 par l\u2019extr\u00eame-droite. Dustchke sera sauv\u00e9 au bout d\u2019une longue op\u00e9ration mais gardera d\u2019importantes s\u00e9quelles neurologiques. Des \u00e9tudiants allemands radicaux prennent la rue et s\u2019attaquent aux si\u00e8ges de la presse Springer tout en incendiant des camions de journaux, rendant responsable le propri\u00e9taire du <em>Bild Zeitung<\/em> dont la ligne \u00e9ditoriale est de s\u2019acharner sur tout ce qui peut para\u00eetre critique et peu perm\u00e9able au lavage de cerveau de ses journaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Printemps de Prague, qui sera r\u00e9prim\u00e9 en ao\u00fbt par les chars sovi\u00e9tiques, sera un autre aliment pour la r\u00e9volte \u00e9tudiante, celle de l\u2019est comme de l\u2019ouest. Si toute contestation \u00e0 l\u2019est est rapidement r\u00e9prim\u00e9e, la jeunesse de l\u2019ouest engage une v\u00e9ritable guerre sociale contre l\u2019\u00e9tat allemand. De violents affrontements entre jeunes et policiers ont lieu dans toutes les grandes villes de RFA et des usines se mettent en gr\u00e8ve. Les jeunes d\u00e9noncent aussi la suj\u00e9tion du pays aux \u00c9tats-Unis, la volont\u00e9 de r\u00e9armement et l\u2019inf\u00e9odation \u00e0 l\u2019OTAN. La lib\u00e9ration des m\u0153urs, la volont\u00e9 d\u2019\u00e9mancipation et les revendications de libert\u00e9 sexuelles d\u00e9concertent le monde des adultes qui n\u2019entend pas modifier ses r\u00e8gles et oppose un d\u00e9ni face aux accusations de compromission avec le nazisme. Les violences polici\u00e8res, des policiers parfois relay\u00e9s par des militaires, laisseront des traces chez beaucoup de jeunes qui vont se radicaliser et, pour certains, choisir la lutte arm\u00e9e et le terrorisme. Ce sera le cas de la R.A.F (Rote Armee Fraktion) et du groupe dit Baader \u2013 Meinhof.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si ce ph\u00e9nom\u00e8ne concerne une minorit\u00e9, beaucoup de jeunes allemands choisiront de vivre en dehors du syst\u00e8me r\u00e9pressif et marchand en se regroupant dans des communaut\u00e9s libertaires, sous forme de squats ou d\u2019appartements autog\u00e9r\u00e9s. Ce mouvement donnera naissance \u00e0 une vague culturelle, aussi bien dans le cin\u00e9ma avec des r\u00e9alisateurs comme Peter Fleishman, Barbet Schroeder, Rainer Werner Fassbinder, Werner Schroeter ou Werner Herzog&nbsp;; mais aussi musical &nbsp;: Amon D\u00fc\u00fcl II, Can, Faust, Neu, Floh De Cologne, mais aussi les planants \u00e9lectro-acoustiques de Tangerine Dream, Klaus Schulze, Popol Vuh ou Ash Ra Tempel, plus quelques exceptions, pas vraiment dans ce mouvement, comme Kraftwerk ou Cluster. Voil\u00e0 pour le contexte.<\/p>\n\n\n\n<p>Place aux vampires de D\u00fcsseldorf, les plus connus, Kraftwerk (centrale \u00e9lectrique). Le noyau dur en sera constitu\u00e9 de Ralf H\u00fctter (le petit \u00e0 lunettes), chanteur et clavi\u00e9riste, et Florian Schneider-Esleben (le grand aux airs aristocratiques), m\u00eames postes + fl\u00fbte et violon. H\u00fctter est fils de m\u00e9decin n\u00e9 le 20 ao\u00fbt 1946 \u00e0 Krekeld&nbsp;; Schneider est le fils d\u2019un architecte, n\u00e9 le 7 avril 1947 \u00e0 D\u00fcsseldorf. Les deux ont fait le conservatoire et ils sont tr\u00e8s li\u00e9s, formant un premier groupe du nom de Organisation (ach!), en 1968 avec un album chez RCA, <em>Tone float <\/em>(1970), produit par Conny Plank, dont le studio se trouve \u00eatre situ\u00e9 dans une raffinerie d\u00e9saffect\u00e9e. Le duo tourne dans des universit\u00e9s du pays et des galeries d\u2019art, ne manquant pas d\u2019attirer les curieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019amateurisme ne leur convient pas et les deux construisent leurs propres studios (Kling Klang) et rebaptisent leur groupe Kraftwerk, en 1970. Un studio qui tient plus du laboratoire scientifique que du lieu d\u2019enregistrement. Le groupe ainsi renomm\u00e9 sort son premier album \u00e9ponyme chez Philips. Thomas Homann et Klaus Dinger ont rejoint le duo et on note le graphisme du groupe avec un c\u00f4ne de circulation routi\u00e8re qu\u2019on retrouvera partout. Musicalement, Kraftwerk se distingue par de petites phrases m\u00e9lodiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et obs\u00e9dantes avec des sonorit\u00e9s bizarres retravaill\u00e9es en studio. C\u2019est ensuite le guitariste Michael Rother qui vient faire un tour de piste, chaque nouveau instrumentiste se voyant condamn\u00e9 \u00e0 un bref passage tant Kraftwerk ne sera toujours que ce duo. Les trois musiciens suppl\u00e9tifs partiront d\u2019ailleurs fonder Neu.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Kraftwerk II <\/em>sort en 1971 avec le m\u00eame graphisme, la m\u00eame pochette et toujours ces phrases musicales obs\u00e9dantes maintenant port\u00e9es par une bo\u00eete \u00e0 rythme. Autant dire que Kraftwerk n\u2019est pas en phase avec les tendances gauchistes et anarchistes de cette Allemagne post 68. Ils ont toujours entretenu l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 sur ce point, passant tour \u00e0 tour pour des fascistes ou des staliniens.<\/p>\n\n\n\n<p>Le public fran\u00e7ais peut les d\u00e9couvrir lors d\u2019un concert organis\u00e9 par <em>Actuel <\/em>\u00e0 Boulogne-Billancourt en d\u00e9cembre 1972 et <em>Ralf &amp; Florian<\/em> sort la m\u00eame ann\u00e9e qui sera qualifi\u00e9 par Schneider \u00ab&nbsp;dernier album arch\u00e9ologique&nbsp;\u00bb. Comprendre de la pr\u00e9histoire de Kraftwerk et l\u2019histoire peut s\u2019\u00e9crire. Deux musiciens viennent se joindre au duo, le violoniste Klaus Roeder et le percussionniste Wolfgang Fl\u00fcr. Le groupe s\u2019ach\u00e8te son synth\u00e9tiseur moog qu\u2019il utilise pour jouer divers instruments et H\u00fctter parle de \u00ab&nbsp;musique industrielle populaire&nbsp;\u00bb, avec toujours cette ironie troublante des gars qui semblent se payer votre t\u00eate. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que cette musique se veut la bande-son de cette Ruhr industrielle et <em>Autobahn<\/em>, en 1974, en est la parfaite illustration. Un grand album, r\u00e9p\u00e9titif et ent\u00eatant, qui semble \u00eatre une apologie du progr\u00e8s technique et de la voiture, dans ces ann\u00e9es o\u00f9 Die Gr\u00fcnen allemands ont le vent en poupe. Kraftwerk aime par-dessus tout le provocation. <em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>Fahr fahr faht an die autobahn&#8230;&nbsp;\u00bb<\/em>. Un simple sort avec \u00ab&nbsp;Autobahn&nbsp;\u00bb en janvier 1975 et le titre fait un hit. Karl Bartos vient comme second percussionniste et Roeder s\u2019en va. Les quatre sont habill\u00e9s \u00e0 l\u2019identique avec les m\u00eames coupes de cheveux, tous arborant un sourire narquois.<\/p>\n\n\n\n<p>Poursuivant leur exploration du cauchemar industriel, <em>Radio activity<\/em> sort en janvier 1976 (il \u00e9tait sorti en Allemagne en d\u00e9cembre 1974). \u00ab&nbsp;Ohm Sweet Ohm&nbsp;\u00bb en est l\u2019un des morceaux les plus r\u00e9ussis mais la glorification du nucl\u00e9aire passe mal, m\u00eame au \u00e9ni\u00e8me degr\u00e9 et la pochette, un poste de radio \u00e0 r\u00e9ception limit\u00e9e tels que ceux pr\u00e9conis\u00e9s par Goebbels (<em>\u00ab&nbsp;taisez-vous, l\u2019ennemi \u00e9coute&nbsp;\u00bb<\/em>) passe encore moins bien. On se demande de plus en plus si c\u2019est du lard ou du cochon (schwein). Mais le disque sert d\u2019indicatif \u00e0 une \u00e9mission de Jean-Loup Lafont sur <em>Europe 1<\/em> et le public fran\u00e7ais adore. En 1977, le duo est souvent vu avec Eno, Iggy Pop et David Bowie dans sa p\u00e9riode berlinoise. C\u2019est cette fois le train qui est glorifi\u00e9 avec la po\u00e9sie ferroviaire industrielle de <em>Trans-Europe Express<\/em>. <em>\u00ab&nbsp;Rendez-vous sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es, mit David Bowie und Iggy Pop&nbsp;\u00bb<\/em>, peut-on entendre et Schneider s\u2019amuse devant des journalistes en d\u00e9signant un vaste espace sur une carte du monde avec ce commentaire gla\u00e7ant <em>\u00ab&nbsp;et dire que c\u2019\u00e9tait le Reich&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em>. On mettra \u00e7a, encore une fois, sur le compte de l\u2019humour. Cela dit, l\u2019album est splendide avec des motifs r\u00e9p\u00e9titifs et des envol\u00e9es lyriques qui en font un op\u00e9ra contemporain, industriel.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ensuite<em> The man machine<\/em> qui para\u00eet en 1978 avec un graphisme qui rappelle le constructivisme russe, contrastant avec le rouge et le noir des uniformes \u00e9voquant les ann\u00e9es sombres du nazisme. En fait, c\u2019est plut\u00f4t vers l\u2019est qu\u2019il convient de regarder, vers Stakhanov et le totalitarisme sovi\u00e9tique. L\u2019album est lanc\u00e9 lors d\u2019une soir\u00e9e mondaine \u00e0 la Tour Montparnasse o\u00f9 se presse le tout Paris qui saute et qui p\u00e9tille. Consternation, ce sont des robots habill\u00e9s de rouge et de noir qui jouent devant eux. Un scandale&nbsp;! Kraftwerk chante le mariage heureux de l\u2019homme et de la machine, comme en attestent des chansons presque enjou\u00e9es comme \u00ab&nbsp;Les Mannequins&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;The Model&nbsp;\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;We Are The Robots&nbsp;\u00bb. Humour \u00e0 froid, apologie du monde industriel, d\u00e9shumanisation, ali\u00e9nation&nbsp;; Kraftwerk ne choisit pas, toujours peu disert, mais des groupes comme Devo, la cold wave anglaise et toute la musique industrielle s\u2019en souviendront.<\/p>\n\n\n\n<p>Le reste est beaucoup moins int\u00e9ressant, avec des albums convenus comme <em>Computer world <\/em>(1981) ou le single \u00ab&nbsp;Tour De France&nbsp;\u00bb (il para\u00eet que les deux ont toujours fait beaucoup de v\u00e9lo). Le groupe va commencer des tourn\u00e9es au long cours \u00e0 travers le monde et l\u2019influence de Kraftwerk sur les musiques modernes sera colossale. Quant \u00e0 la dimension politique de Kraftwerk, elle n\u2019est certainement pas \u00e0 chercher dans le gauchisme post-soixante-huitard ou dans l\u2019anarchisme. Kraftwerk oscille avec r\u00e9pulsion et fascination entre deux p\u00f4les, celui du totalitarisme sovi\u00e9tique et celui du nazisme, en se penchant sur l\u2019ali\u00e9nation, la fragilit\u00e9 humaine et la d\u00e9personnalisation. Leur vision du monde n\u2019a en tout cas rien d\u2019humaniste et on a pu les rapprocher d\u2019\u00e9crivains comme Yves Adrien ou Jean-Jacques Schuhl, les proph\u00e8tes de la d\u00e9shumanisation. Mais tout cela tient peut-\u00eatre de la posture et personne ne saura jamais ce que pensent r\u00e9ellement les deux comp\u00e8res, cultivant avant tout le myst\u00e8re et la confusion. Un groupe magistral en tout cas, sans doute le meilleur du lot.<\/p>\n\n\n\n<p><em>6 janvier 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 50 ans, Kraftwerk \u2013 soit Ralf Hutter, le petit, et Florian Schneider, le grand \u2013 donnait son premier concert fran\u00e7ais dans une petite salle de Boulogne-Billancourt, en janvier 1973. Concert organis\u00e9 par le magazine Actuel. J\u2019y \u00e9tais, mais l\u00e0 n\u2019est pas l\u2019essentiel. L\u2019essentiel est de dire en quelques lignes en quoi ce&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3137\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3139,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[38,33],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3137"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3137"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3137\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3141,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3137\/revisions\/3141"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3139"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3137"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3137"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3137"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}