{"id":3194,"date":"2023-02-17T14:09:29","date_gmt":"2023-02-17T13:09:29","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3194"},"modified":"2023-02-17T14:09:31","modified_gmt":"2023-02-17T13:09:31","slug":"les-ducks-deluxe-canards-dechaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3194","title":{"rendered":"LES DUCKS DELUXE : CANARDS D\u00c9CHA\u00ceN\u00c9S"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/illustration288.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3196\" width=\"579\" height=\"579\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/illustration288.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/illustration288-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/illustration288-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 579px) 100vw, 579px\" \/><figcaption>Les deux albums des Ducks Deluxe, photos prises sur un catalogue Amazon (j&rsquo;ai honte).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Il y a 50 ans se formait l\u2019un des groupes les plus sous-estim\u00e9s de l\u2019histoire du rock&nbsp;: les Ducks Deluxe. Sortis de la sc\u00e8ne pub-rock, autant dire d\u2019un rock\u2019n\u2019roll assez fruste, ils vont vite transcender le genre avec des compositions poignantes devant autant \u00e0 un Otis Redding qu\u2019\u00e0 un Bob Dylan. Tous formeront leurs propres groupes apr\u00e8s la premi\u00e8re p\u00e9riode Ducks Deluxe (1973 \u2013 1975), celle qui nous int\u00e9resse, mais ces canards-l\u00e0 jouaient une musique brutale et inattendue. Explosive pour tout dire. Voici leur histoire&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut d\u2019abord se replacer dans le contexte de ce milieu des ann\u00e9es 1970 en Grande-Bretagne. Ce sont les temps du rock d\u00e9cadent et d\u2019un Pub-rock qui commence \u00e0 montrer les dents, annon\u00e7ant le Punk et la New Wave. Des groupes comme Yes, Emerson Lake &amp; Palmer ou Genesis s\u2019enfoncent dans la grandiloquence et la boursouflure (sans parler du Hark-rock et des Blues-boomers devenus pr\u00e9tentieux)&nbsp;; Bowie, Roxy, Elton John et Rod Stewart sauvent l\u2019honneur, avec quelques petits canards comme les Ducks Deluxe, un groupe qui sera la matrice de tout un courant \u00e0 mi-chemin entre pub-rock et punk-rock dont Eddie &amp; The Hot Rods sera le plus significatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Ducks se forment fin 1972, tous musiciens plus ou moins employ\u00e9s comme roadies dans des groupes qu\u2019ils suivent comme autant de supporters qui feraient les d\u00e9placements de leur \u00e9quipe de foot favorite. Ces groupes ont pour noms les Flamin\u2019 Groovies (californiens encalmin\u00e9s \u00e0 Londres), les Gallois de Man, Help Yourself ou encore Brinsley Schwartz, le combo de Nick Lowe.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers Ducks se composent de Sean Tyla (guitare et chant), Martin Belmont et Brinsley Schwartz (guitares), Ken Whaley (basse) et Tim Roper (batterie). Ils donnent leur premier concert en octobre 1972 au Tally Ho de Kentish Town, un pub de Kensington qui ne d\u00e9semplit pas \u00e0 l\u2019annonce de leurs passages. Ducks Deluxe est l\u2019un des pr\u00e9curseurs du pub-rock, qui se joue et s\u2019\u00e9coute dans les pubs, chope en main et clope au bec. Ils vont entra\u00eener derri\u00e8re eux des tas de groupes comme Doctor Feelgood, le Kilburn &amp; The High Roads de Ian Dury, Count Bishop, Brinsley Schwartz ou Bees Make Honey. Un rock fruste et hargneux jou\u00e9 par des gens pour qui tout s\u2019est arr\u00eat\u00e9 en 1965 avec le <em>Out of our heads <\/em>des Rolling Stones. Tr\u00e8s vite, en d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e, Nick Garvey remplace Whaley \u00e0 la basse et Andy Mac Masters viendra renforcer l\u2019effectif aux claviers, l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs en novembre 1973 qu\u2019ils publient leur premier single, \u00ab&nbsp;Coast To Coast&nbsp;\u00bb, un morceau agressif et teigneux, avec des textes au vocabulaire peu ch\u00e2ti\u00e9 d\u2019o\u00f9 perce la r\u00e9volte. Tyla ne fait pas dans la dentelle, un ours mal l\u00e9ch\u00e9 barbu et mal embouch\u00e9. Ils sont \u00e9galement apparus sur l\u2019album <em>Christmas At The Patti (<\/em>un album live au Patti de Swansea<em> <\/em>avec Man, du gallois Deke Leonard, Help Yourself, les Flying Aces, les Jets et Dave Edmunds, le sorcier de Rockfield), o\u00f9 ils jouent un morceau tout aussi explosif, \u00ab&nbsp;Boogaloo Babe&nbsp;\u00bb. Mais il est temps pour eux de sortir leur premier album, l\u2019excellent <em>Ducks Deluxe<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au tout d\u00e9but de 1974, leur manager Dai Davies leur a d\u00e9gott\u00e9 un contrat chez RCA en, m\u00eame temps qu\u2019un engagement pour une \u00e9mission de la BBC, <em>Play for today<\/em>, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Les Ducks commencent \u00e0 sortir de l\u2019ombre enfum\u00e9e des pubs. Apr\u00e8s un passage dans l\u2019\u00e9mission radio de John Peel sur <em>Radio 1<\/em>, les Ducks Deluxe sortent donc leur album \u00e9ponyme o\u00f9 on retrouve leur \u00ab&nbsp;Coast To Coast&nbsp;\u00bb, un hymne \u00e0 la route, mais aussi des morceaux sudoripares gorg\u00e9s de rock\u2019n\u2019roll et de rhythm\u2019n\u2019blues tels \u00abDaddy Put The Bomb&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Don\u2019t Mind Rockin\u2019 Tonight&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Hearts On My Sleeve&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Falling For That Woman&nbsp;\u00bb. Des morceaux souvent sign\u00e9s collectivement, mais qui doivent beaucoup \u00e0 Tyla, lequel chante en solo sur la plupart. Ils reprennent le \u00ab&nbsp;It\u2019s All Over Now&nbsp;\u00bb de Bobby Womack ainsi que le \u00ab&nbsp;Nervous Breakdown&nbsp;\u00bb de Eddie Cochran, preuve de leur attachement aux deux genres rois du rock am\u00e9ricain. Mais leurs propres compositions sont tellement fortes qu\u2019elles rel\u00e8guent au second plan leurs reprises, chose assez rare dans le monde de la pop music. L\u2019infatigable fureteur Philippe Garnier nous parle d\u2019eux avec enthousiasme dans <em>Rock &amp; Folk. <\/em>C\u2019est bon signe.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Ducks partent en tourn\u00e9e en premi\u00e8re partie de Lou Reed (RCA oblige), et malgr\u00e9 une critique unanimement \u00e9logieuse, leur premier opus ne se vend pas. On sent que le prestigieux label am\u00e9ricain ne va pas tol\u00e9rer longtemps \u00e0 son catalogue des canards boiteux qui n\u2019ont m\u00eame pas l\u2019excuse d\u2019\u00eatre \u00e0 la mode. D\u2019autant que le groupe perd les plus belles plumes de son chapeau. Martin Belmont qui s\u2019en va avec son pote Brinsley Schwartz reformer le groupe \u00e9ponyme, ce qui permet \u00e0 Mac Masters de prendre la lumi\u00e8re avec Nick Garvey.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Taxi to the terminal zone<\/em>, sorti en f\u00e9vrier 1975, a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 aux studios Rockfield, chez Dave Edmunds, celui \u00e0 qui tout ce courant de la musique populaire anglais doit tant. L\u2019album est un peu moins bon que le premier, mais loin d\u2019\u00eatre m\u00e9diocre. Une seule reprise cette fois, le \u00ab&nbsp;Teenage Head&nbsp;\u00bb des Flamin\u2019 Groovies, et des morceaux alternant rock puissant (les compositions de Sean Tyla) et balades aux m\u00e9lodies chiad\u00e9es sign\u00e9es Garvey ou Mac Masters. \u00ab&nbsp;Paris 9&nbsp;\u00bb \u00e9voque une vir\u00e9e \u00e0 Pigalle, \u00ab&nbsp;Rainy Night In Kilburn&nbsp;\u00bb des souvenirs des ann\u00e9es pub-rock et \u00ab&nbsp;Rio Grande&nbsp;\u00bb voit Dave Edmunds s\u2019employer \u00e0 la pedal-steel guitare. Martin Belmont est encore l\u00e0, mais plus pour longtemps et le disque ne se vend pas plus que le pr\u00e9c\u00e9dent, ce qui rend leur position intenable chez RCA. RCA les cong\u00e9die et coupe la t\u00eate au canard qui va quand m\u00eame continuer \u00e0 courir quelques mois. Fin de la premi\u00e8re \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>En cette m\u00eame ann\u00e9e 1975, Garvey et Mac Masters quittent le groupe pour former les Motors avec le guitariste Bram Tchaikovsky, une formation plus dans la veine punk et future new wave tendance powerpop. Les Motors auront m\u00eame un hit international avec \u00ab&nbsp;Airport&nbsp;\u00bb, en 1978, comme quoi tout arrive. Mick Groom remplace Garvey \u00e0 la basse pour un ultime single, une reprise du \u00ab&nbsp;I Fought The Law&nbsp;\u00bb du Bobby Fuller Four, au printemps 1975. Mais la messe est dite et on annonce une tourn\u00e9e d\u2019adieu le jour o\u00f9 le batteur Tim Roper quitte \u00e0 son tour le navire qui s\u2019enfonce doucement en eaux profondes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concert d\u2019adieux a quand m\u00eame lieu au 100 Club de Oxford Street, le 1\u00b0 juillet 1975, et c\u2019est un moment d\u2019intense \u00e9motion o\u00f9 les grands anciens et l\u2019entourage proche se m\u00ealent \u00e0 la f\u00eate. \u00c0 commencer par Brinsley Schwartz et Nick Lowe, mais aussi des membres de Doctor Feelgood, le groupe fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Tyla s\u2019en va former le Sean Tyla Gang, avec l\u2019ex Duck Ken Whaley. En uniforme de pompiste et casquette de marin, il dispense un rock\u2019n\u2019roll r\u00e2peux et tonique, tels qu\u2019en t\u00e9moignent des morceaux comme \u00ab&nbsp;Texas Chainsaw Boogie Massacre&nbsp;\u00bb, paru chez Stiff Records en 1976. Il sera ensuite manag\u00e9 par Marc Zermati pour le label fran\u00e7ais Skydog, l\u2019assurance de tomber de Charybde en Scylla. Le groupe n\u2019a pas quitt\u00e9 la tradition des pubs et on peut les voir r\u00e9guli\u00e8rement au fameux Hope And Anchor. Tyla produira par la suite le deuxi\u00e8me album de Little Bob Story, <em>Living on the fast line<\/em>. En solo sortira encore deux albums sur le label Beserkley (jeu de mot sur Berkeley l\u2019universit\u00e9 et beserk, quelque chose comme d\u00e9gueulasse)&nbsp;: <em>Yachtless <\/em>en 1977 et <em>Moonshot<\/em> l\u2019ann\u00e9e suivante, sans gu\u00e8re plus de succ\u00e8s. Une l\u00e9gende oubli\u00e9e du bon vieux rock\u2019n\u2019roll.<\/p>\n\n\n\n<p>Martin Belmont, lui, rejoindra la Rumour de Graham Parker, soulman anglais hurleur (pl\u00e9onasme?) \u00e0 visage anguleux et lunettes noires. Parker sera l\u2019un des plus beaux fleurons de cette sc\u00e8ne pub \u2013 rhythm\u2019n\u2019blues, alignant des albums sans concession \u00e0 haute teneur soul&nbsp;: <em>Heat treatment <\/em>(1976) ou <em>Stick to me<\/em> (1977) pour ne citer qu\u2019eux. Les Rumours compteront un autre ex Ducks et Brinsley Schwartz, le clavi\u00e9riste Bob Andrews. Belmont rejoindra ensuite Carlene Carter puis Nick Lowe avant de participer aux sessions de Elvis Costello, Billy Bragg et jusqu\u2019\u00e0 Johnny Cash.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pour la rubrique \u00ab&nbsp;que sont-ils devenus&nbsp;?&nbsp;\u00bb, rien d\u2019exceptionnels, on en conviendra, mais aucun n\u2019aura trahi. Il y aura des reformations \u00e0 partir de 1978 mais qu\u2019importe.<\/p>\n\n\n\n<p>Les noms des Ducks Deluxe, de Nick Lowe, de Bram Tchaikovsky, de Brinsley Schwartz, du Tyla Gang, de Graham Parker, de Eddie And The Hot Rods ou m\u00eame des Motors sont bien oubli\u00e9s aujourd\u2019hui, mais ils n\u2019en ont pas moins incarn\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque de vaches maigres la renaissance d\u2019une certaine esth\u00e9tique rock\u2019n\u2019roll, musique de bruit et de fureur alors englu\u00e9e dans la pompe, la grandiloquence et l\u2019emphase.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont \u00e9t\u00e9 les pr\u00e9curseurs du punk-rock, le mouvement qui aura tout balay\u00e9 \u00e0 l\u2019automne 1976 mais, plus que cela, ils auront renou\u00e9 avec l\u2019esprit de r\u00e9bellion et d\u2019innocence d\u2019un rock s\u00e9minal que l\u2019on n\u2019a pas fini de ch\u00e9rir. Long live rock\u2019n\u2019roll&nbsp;! Et longue vie aussi aux canards boiteux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>12 f\u00e9vrier 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 50 ans se formait l\u2019un des groupes les plus sous-estim\u00e9s de l\u2019histoire du rock&nbsp;: les Ducks Deluxe. Sortis de la sc\u00e8ne pub-rock, autant dire d\u2019un rock\u2019n\u2019roll assez fruste, ils vont vite transcender le genre avec des compositions poignantes devant autant \u00e0 un Otis Redding qu\u2019\u00e0 un Bob Dylan. 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