{"id":3209,"date":"2023-03-02T16:05:30","date_gmt":"2023-03-02T15:05:30","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3209"},"modified":"2023-03-02T16:05:30","modified_gmt":"2023-03-02T15:05:30","slug":"notes-de-lecture-43","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3209","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (43)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>EDMONDE-CHARLES ROUX \u2013<em> OUBLIER PALERME<\/em> \u2013 Grasset.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019avais jamais rien lu de cette dame en apparence rev\u00eache, veuve Deferre (et d\u00e9c\u00e9d\u00e9e elle aussi depuis) et membre \u00e9minente de l\u2019acad\u00e9mie Goncourt. Le seul bon point \u00e0 son cr\u00e9dit \u00e9tait sa pr\u00e9sence \u00e0 la direction des Amis de <em>l\u2019Humanit\u00e9<\/em>, dans le temps. Mais parlons plut\u00f4t de ce roman.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, un style remarquable, avec des fleurs de rh\u00e9torique, des notations justes, des formules qui font mouche et une belle langue. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que ce roman ait \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9 par le Goncourt l\u2019ann\u00e9e de sa parution, en 1966.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une journaliste employ\u00e9e par un magazine de mode (on dirait aujourd\u2019hui people) \u00e0 New York, qui est appel\u00e9 <em>Fair<\/em>, mais on a reconnu <em>Vanity Fair<\/em>. Une journaliste d\u2019origine sicilienne, la narratrice, qui vit mal la vie new-yorkaise avec la superficialit\u00e9 et l\u2019inculture des gens qu\u2019elle c\u00f4toie. Babs, la journaliste vedette, Fleur Lee la r\u00e9dactrice en chef, et tout ce petit monde aseptis\u00e9 d\u00e9vor\u00e9 d\u2019ambitions toujours en qu\u00eate de pouvoir, d\u2019argent et de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. C\u2019est le monde des Am\u00e9ricains o\u00f9 tout est question de chic, d\u2019apparence et de fric (un monde que nous avons rattrap\u00e9 ou qui nous a rattrap\u00e9s depuis longtemps).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cela, Gianna, la narratrice, \u00e9voque dans des pages \u00e9mouvantes son enfance et son adolescence \u00e0 Soltano, un village de Sicile. Elle nous d\u00e9crit les clans, les animosit\u00e9s, les rigueurs de l\u2019existence et aussi l\u2019\u00e9paisseur culturelle et les traditions d\u2019un pays \u00e9cras\u00e9 de soleil o\u00f9 la mer n\u2019est qu\u2019un d\u00e9cor. On n\u2019y nage pas, on y p\u00eache, et l\u2019h\u00e9donisme am\u00e9ricain n\u2019a rien \u00e0 faire ici o\u00f9 l\u2019on semble cultiver le malheur et vivre dans le souvenir des drames pass\u00e9s. On nous d\u00e9crit ainsi une belle brochette de nobles siciliens allergiques au fascisme et m\u00e9prisants envers les sbires de Mussolini.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choc des mondes, le choc des civilisations doit advenir par le biais du personnage de Bonnavio, un Sicilien un peu mafieux qui se fait \u00e9lire repr\u00e9sentant \u00e0 New York du Parti D\u00e9mocrate. Le choc des cultures entre la vieille Europe et la jeune Am\u00e9rique. Babs finira par \u00e9pouser Bonnavio et ils partiront en voyage de noce \u00e0 Palerme.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, Bonnavio ne pourra retrouver les sensations de la terre de ses anc\u00eatres que par le crime. Le meurtre d\u2019un jeune vendeur de jasmin, Gigina, qui a refus\u00e9 son argent. Il en a fait une affaire d\u2019honneur. Bonnavio mourra \u00e0 Palerme, assassin\u00e9 en pleine rue, et Babs retournera \u00e0 New York, un peu plus consciente des r\u00e9alit\u00e9s du monde. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat du r\u00e9cit r\u00e9side dans ces chass\u00e9s-crois\u00e9s, d\u2019un chapitre l\u2019autre, entre New York et Palerme, Palerme qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019oublier, pour pouvoir vivre heureuse dans le monde moderne. Elle n\u2019y pense m\u00eame pas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JACK LONDON \u2013 <em>LES ENFANTS DU FROID<\/em> \u2013 Hachette.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la chaleur torride de Palerme, le froid glacial du grand nord, dix nouvelles chez les esquimaux. Merveilleux \u00e9crivain que Jack London, transfuge de classe avant la lettre et ma\u00eetre du roman d\u2019aventure, \u00e0 part peut-\u00eatre pour <em>Martin Eden<\/em>, roman autobiographique qui est certainement son meilleur, l\u00e0 o\u00f9 il d\u00e9couvre qu\u2019il ne sera jamais adopt\u00e9 par la bourgeoisie de San Francisco o\u00f9 il a \u00e9chou\u00e9. Pas toujours d\u2019aventure, donc, mais toujours avec la dimension sociale en arri\u00e8re-plan.<\/p>\n\n\n\n<p>Jack London a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit sur son exp\u00e9rience de chercheur d\u2019or dans le Klondike, l\u00e0 o\u00f9 coule le fleuve Yukon, en Alaska. C\u2019est ici que vivent les tribus qui se disputent des territoires quasiment invivables, dans des sols \u00e9ternellement couverts de neige, des rivi\u00e8res gel\u00e9es et par des froids polaires. La survie d\u00e9pend de l\u2019isolement des habitations (des igloo), des couvertures disponibles et de la chasse, \u00e0 l\u2019ours, au caribou, \u00e0 l\u2019\u00e9lan mais surtout \u00e0 la p\u00eache au saumon. Plus les phoques pour leur huile, mais aussi leur chair. Plus les chiens et les loups, les chiens indispensables \u00e0 la survie et les loups qui rodent un peu partout.<\/p>\n\n\n\n<p>London fait presque de l\u2019ethnologie, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Robert Flaherty, le c\u00e9l\u00e8bre explorateur qui, avant Paul-\u00c9mile Victor ou Jean Malaurie, avait visit\u00e9 ses contr\u00e9es. Mais London est avant tout romancier, m\u00eame si ses dix nouvelles sont d\u2019un int\u00e9r\u00eat in\u00e9gal, sorte de contes et l\u00e9gendes en pays esquimau.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les r\u00e9cits parlent de guerre entre tribus, de chefs triomphants ou d\u00e9chus, de squaws dociles, de shamans exalt\u00e9s, de colons cruels et de potlatch, ces \u00e9changes ou ces dons entre tribus. Des soci\u00e9t\u00e9s animistes o\u00f9 l\u2019on croit \u00e0 la transmutation des \u00e2mes et o\u00f9 la mort n\u2019est pas la fin. Les vieux devenus inutiles s\u2019en vont seuls sur leur pirogue, l\u00e0 o\u00f9 les esprits les attendent. Il y a les tribus des loups et celles des corbeaux qui doivent immanquablement se faire la guerre. C\u2019est \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>London nous parle d\u00e9j\u00e0 d\u2019une \u00e9poque r\u00e9volue car les blancs, appel\u00e9s par les esquimaux les \u00ab&nbsp;fils du soleil&nbsp;\u00bb sont arriv\u00e9s depuis longtemps, avec leurs fusils, leurs machines et leurs trains. Avec aussi leurs pr\u00eatres et leurs colons. La bible et le fusil, encore. Ces conteurs qu\u2019\u00e9coute patiemment le narrateur font, \u00e0 leur mani\u00e8re, de la r\u00e9sistance, entretenant la m\u00e9moire de ce qui fut et qui dispara\u00eet petit \u00e0 petit. Qui ne sera bient\u00f4t plus rien, m\u00eame pas un souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re nouvelle, <em>La ligue des vieux<\/em>, est exemplaire \u00e0 cet \u00e9gard. Des vieux sages d\u2019une tribu se sont ligu\u00e9s pour tuer le maximum de blancs apr\u00e8s que ceux-ci aient apport\u00e9 dans leur village les maladies, l\u2019alcool et le viol. Imber, le vieux sage, est convoqu\u00e9 par les autorit\u00e9s locales et il fait le proc\u00e8s du colonialisme, qu\u2019il estime encore plus criminel que les exactions de son clan.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 lire l\u2019hiver sous la couette ou, encore mieux, par un \u00e9t\u00e9 caniculaire, pour se donner un peu de fra\u00eecheur. Gloire \u00e0 London, great London, fils du froid.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MARIA PIA BRIFFAUT \u2013 <em>LES FANTINES<\/em> \u2013 Le Lys Bleu \u00e9ditions.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9crit \u00ab&nbsp;roman&nbsp;\u00bb mais c\u2019est en fait un essai qu\u2019on a entre les mains, sur les accouch\u00e9es sous X, celles qu\u2019on a souvent contraintes \u00e0 un accouchement dans l\u2019anonymat et qui, pour des raisons souvent semblables (manque de ressources, jeunesse et immaturit\u00e9, pressions de la famille, honte de la fille-m\u00e8re\u2026) ont d\u00fb renoncer \u00e0 leur maternit\u00e9, confiant leur enfant aux plus ou moins bons soins des services sociaux puis de l\u2019adoption. L\u2019autrice parle m\u00eame dans certains cas de \u00ab&nbsp;vol d\u2019enfant&nbsp;\u00bb, et elle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 faire le parall\u00e8le avec ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans l\u2019Espagne franquiste o\u00f9 des enfants ont \u00e9t\u00e9 soustraits \u00e0 leurs parents biologiques pour \u00eatre accueillis dans des familles catholiques et bien-pensantes o\u00f9 on ferait d\u2019eux des bons espagnols. Elle aurait pu aussi citer l\u2019Argentine de Videla, l\u2019Irlande ou l\u2019ex RDA o\u00f9 ce genre d\u2019ignominie a aussi exist\u00e9. Est-ce d\u2019ailleurs un hasard si, en France, le ph\u00e9nom\u00e8ne concerne surtout des filles et fils d\u2019immigr\u00e9s&nbsp;? \u00c0 ce sujet, Maria Pia tient \u00e0 pr\u00e9ciser que sa m\u00e8re de naissance s&rsquo;est vue enlever de force son enfant \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, punie par sa famille pour un adult\u00e8re pr\u00e9sum\u00e9. Immigr\u00e9e italienne, ne parlant pas fran\u00e7ais, elle n&rsquo;a pas su se d\u00e9fendre.&nbsp; Elle l\u2019a cherch\u00e9e toute sa vie et l\u2019autrice est en proc\u00e8s avec l&rsquo;h\u00f4pital Jeanne de Flandre \u00e0 Lille.<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit, le sujet est tr\u00e8s politique et l\u2019autrice \u00e9voque aussi ces f\u00e9ministes \u2013 ou une partie d\u2019entre elles \u2013 qui, loin de combattre l\u2019accouchement sous X, l\u2019approuvent et y voient une libert\u00e9 pour les femmes, du moment que cela met de la distance avec la fonction reproductrice. De libert\u00e9, il n\u2019y a point \u00e0 lire tous ces t\u00e9moignages \u00e9mouvants de femmes ayant \u00e9t\u00e9 contraintes de laisser leurs b\u00e9b\u00e9s pour les raisons cit\u00e9es plus haut. C\u2019est un cr\u00e8ve-c\u0153ur pour elle et elles n\u2019ont de cesse, souvent \u00e0 l\u2019aide de d\u00e9tectives priv\u00e9s, de rechercher leurs parents biologiques afin de tisser un lien affectif avec l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019autrice, ce lien est fondamental, ne serait-ce que sur un plan m\u00e9dical, on l\u2019aura compris, mais aussi pour ce lien affectif qui s\u2019est automatiquement cr\u00e9\u00e9 entre la m\u00e8re et l\u2019enfant, pour l\u2019avoir port\u00e9 et pour l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 aim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans m\u2019\u00eatre jamais pench\u00e9 sur cette question, j\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 particuli\u00e8rement la derni\u00e8re partie de ce livre o\u00f9 est fait l\u2019historique de ce type d\u2019accouchement, en partant des filles \u00ab&nbsp;ayant faut\u00e9&nbsp;\u00bb du Moyen-\u00e2ge jusqu\u2019aux fili\u00e8res d\u2019adoption d\u2019aujourd\u2019hui en passant par la III\u00b0 R\u00e9publique qui a commenc\u00e9 \u00e0 l\u00e9gif\u00e9rer sur le sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les Fantines&nbsp;\u00bb du titre, c\u2019est \u00e9videmment une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Fantine des <em>Mis\u00e9rables,<\/em> jeune fille s\u00e9duite et abandonn\u00e9e qui doit cacher sa \u00ab&nbsp;faute&nbsp;\u00bb et expier un p\u00e9ch\u00e9 de chair qu\u2019elle se reproche d\u2019avoir commis.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un livre que, sans int\u00e9r\u00eat particulier pour le sujet je le r\u00e9p\u00e8te, j\u2019ai lu avec plaisir tant c\u2019est bien \u00e9crit et tant les th\u00e8ses avanc\u00e9es sont convaincantes, \u00e9tay\u00e9es par de nombreux t\u00e9moignages tous aussi poignants les uns que les autres, de ces jeunes femmes oblig\u00e9es de renoncer \u00e0 l\u2019amour de leur enfant, de couper le lien qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9, contrainte par leur entourage (famille, personnel social et m\u00e9dical) d\u2019oublier tout cela et \u00ab&nbsp;d\u2019en faire d\u2019autres&nbsp;\u00bb, comme disait Alfred Jarry qui tirait au revolver en pleine rue et \u00e0 qui une passante avait fait remarquer qu\u2019il pouvait ainsi tuer son enfant&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;qu\u2019importe madame, nous vous en ferons d\u2019autres&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Histoire de terminer sur un trait d\u2019humour pour un livre qui serait plut\u00f4t attristant s\u2019il n\u2019y avait ce travail de conviction qu\u2019a men\u00e9e l\u2019autrice dans une association pour la reconnaissance des droits des femmes ayant v\u00e9cu ces situations et des enfants (au moins de conna\u00eetre l\u2019identit\u00e9 des parents biologiques pour reconstituer leur histoire) n\u00e9s sous X.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pr\u00e9cise que l\u2019autrice est une amie retrouv\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 Facebook, comme quoi\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NATHALIE SARRAUTE \u2013 <em>ENTRE LA VIE ET LA MORT<\/em> \u2013 Le livre de poche \/ Gallimard.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration290.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3211\" width=\"577\" height=\"461\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration290.jpg 354w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration290-300x240.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration290-30x24.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption>Nathalie Sarraute, photo Wikipedia. La photo est un peu floue, mais le roman aussi.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Butor la fois derni\u00e8re, Sarraute aujourd\u2019hui. Sans jamais avoir \u00e9t\u00e9 passionn\u00e9 par le Nouveau roman, ces deux auteurs ont su me parler. J\u2019ajouterai aussi \u00e0 cette courte liste un Claude Simon, remarquable conteur sous des dehors arides.<\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet Nathalie Sarraute comme la papesse du nouveau roman, ou du roman abstrait, une appellation qui lui convient mieux, comme en peinture il y a les peintres figuratifs et les peintres abstraits. Elle est n\u00e9e au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier en Russie et est arriv\u00e9e en France avec sa famille \u00e0 l\u2019\u00e2ge de deux ans et elle est la m\u00e8re de Claude Sarraute, longtemps billettiste au <em>Monde<\/em>, pas ce qu\u2019elle a fait de mieux mais bon&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sentation sommaire de ce petit livre parle d\u2019inconscient, de subconscient, d\u2019impressions et de chimie de l\u2019esprit. Comme c\u2019est bien dit. On nous informe aussi qu\u2019il ne faut y chercher ni personnages, ni dialogues, ni intrigues et ni descriptions. C\u2019est le type m\u00eame du \u00ab&nbsp;roman fait \u00e0 partir de riens&nbsp;\u00bb, comme disait Flaubert, et c\u2019est parfait de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, le roman tourne autour de la cr\u00e9ation, de son myst\u00e8re, mais aussi, souvent avec humour, du cirque litt\u00e9raire et de la vanit\u00e9 d\u2019auteur. On a ici un \u00e9crivain qui vient de sortir un roman et est assailli par des ombres, tout un th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres issu de son inconscient, de ses r\u00eaves, de sa culpabilit\u00e9, de sa mauvaise foi. On entend sa m\u00e8re, ses amis, ses confr\u00e8res et ce qui ressemble \u00e0 son \u00e9diteur. L\u2019auteur est infatu\u00e9 et vaniteux.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un exercice difficile et on peut, avec un peu d\u2019indulgence, y voir une prouesse litt\u00e9raire, tant il para\u00eet ardu d\u2019\u00e9crire un texte de pr\u00e8s de 200 pages avec un si faible argument. On a parfois l\u2019impression qu\u2019elle se regarde \u00e9crire et qu\u2019elle suit un peu le canevas de la suite dans les id\u00e9es, le genre \u00ab&nbsp;j\u2019en ai marre \u2013 marabout \u2013 bout de ficelle&nbsp;\u00bb, mais on est peut-\u00eatre un peu s\u00e9v\u00e8re. De m\u00eame, on se surprend parfois \u00e0 ne pas imprimer certains passages, comme on peut parfois ne plus \u00e9couter une musique qu\u2019on avait pourtant commenc\u00e9 d\u2019appr\u00e9cier.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un Beckett, d\u2019un Adamov ou d\u2019un Ionesco qu\u2019il faudrait chercher pour appr\u00e9cier vraiment une \u0153uvre complexe et difficile, quelque chose comme un petit th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde dont tous les personnages seraient issus de l\u2019esprit d\u2019un artiste en mal de reconnaissance et qui cherche l\u2019estime, l\u2019imprimatur de ses pairs.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans vouloir para\u00eetre d\u00e9sobligeant envers l\u2019autrice, on pr\u00e9f\u00e8re nettement un vieux San Antonio qui avait pour titre <em>Entre la vie et la morgue<\/em>. \u00d4 le rustre&nbsp;! Les beaux esprits diront que c\u2019est donner de la confiture \u00e0 des cochons. Tant pis, on assume, n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 ni beau, ni spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p><em>25 f\u00e9vrier 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>EDMONDE-CHARLES ROUX \u2013 OUBLIER PALERME \u2013 Grasset. Je n\u2019avais jamais rien lu de cette dame en apparence rev\u00eache, veuve Deferre (et d\u00e9c\u00e9d\u00e9e elle aussi depuis) et membre \u00e9minente de l\u2019acad\u00e9mie Goncourt. Le seul bon point \u00e0 son cr\u00e9dit \u00e9tait sa pr\u00e9sence \u00e0 la direction des Amis de l\u2019Humanit\u00e9, dans le temps. 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