{"id":3224,"date":"2023-03-02T16:45:32","date_gmt":"2023-03-02T15:45:32","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3224"},"modified":"2023-03-02T16:45:34","modified_gmt":"2023-03-02T15:45:34","slug":"sentimental-fools","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3224","title":{"rendered":"SENTIMENTAL FOOLS"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration293.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3226\" width=\"581\" height=\"581\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration293.jpg 220w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration293-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration293-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 581px) 100vw, 581px\" \/><figcaption>Burt Bacharach et Elvis Costello, peints de m\u00e9moire. Photo wikipedia (again&#8230;). <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Il y a eu Roux et Combaluzier, Jacob et Delafon, Smith et Wesson, Dupont et Dupond\u2026 Et David \u2013 Bacharach. Burt Bacharach a rejoint son complice Hal David au pays bleu de la bonne chanson. Pas vraiment rock, mais les chansons sign\u00e9es du duo n\u2019ont jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e9mouvantes, voire poignantes&nbsp;; qu\u2019elles soient interpr\u00e9t\u00e9es par Dionne Warwick, Jackie De Shannon, Aretha Franklin, Cilla Black, Tom Jones ou les Carpenters. Toutes et tous chanteuses et chanteurs de charme. <em>Hey crooner, tu fais marrer tous les rock\u2019n\u2019rollers&nbsp;!,<\/em> chantait Guy Marchand. La mort de Burt Bacharach me ferait presque pleurer.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait au temps du Brill Building et de Tin Pan Alley. Pour faire court, des duos de compositeurs qui alimentaient chanteurs de vari\u00e9t\u00e9 et groupes pop en chansons \u00e0 succ\u00e8s (on disait des tubes). Il y avait Leiber et Stoller, les duettistes qui \u00e9crivaient pour Elvis Presley ou Ray Charles, le trio Barry \u2013 Spector \u2013 Greenwich qui s\u00e9vissait, lui, \u00e0 Los Angeles, Mann \u2013 Weil ou encore Goffin \u2013 King. Leur m\u00e9tier \u00e9tait donc de concocter des ritournelles pour artistes en manque d\u2019inspiration et, immanquablement, ces m\u00e9lodies sucr\u00e9es aux paroles sentimentales devenaient des succ\u00e8s de hit-parade matraqu\u00e9s \u00e0 la radio et dans les juke-boxes. Un m\u00e9tier fort lucratif, on s\u2019en doute, mais il y fallait des dons et, pour le dire autrement, du talent. David et Bacharach en \u00e9taient p\u00e9tris.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en mai 1928 \u00e0 Kansas City, Burt Bacharach a tremp\u00e9 dans le monde du jazz, devenant \u00e0 30 ans directeur musical et chef d\u2019orchestre de Marlene Dietrich. Sa premi\u00e8re composition, \u00ab&nbsp;The Blob&nbsp;\u00bb, est une chanson vite faite pour le film \u00e9ponyme de science-fiction de s\u00e9rie Z avec Steve Mc Queen. Elle a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9e avec Mack David, le fr\u00e8re de Hal, lui aussi un musicien \u00e0 tout faire en mal de reconnaissance. Burt Bacharach s\u2019occupera des musiques et Hal David prendra en charge les paroles. Ainsi fut-il d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le duo commence doucement avec, d\u00e8s 1958, \u00ab&nbsp;The Story Of My Life&nbsp;\u00bb, par la chanteuse country Marty Robbins, et surtout&nbsp;\u00ab&nbsp;Magic Moments&nbsp;\u00bb pour Perry Como (un sous-Sinatra roucouleur). C\u2019est leur premier hit et il y en aura beaucoup d\u2019autres. Mais les deux amis travaillent encore s\u00e9par\u00e9ment, Bacharach \u00e9tant le pourvoyeur en m\u00e9lodies des Drifters,qui sont avec les Coasters les rois du catalogue Atlantic. Mais c\u2019est avec Dionne Warwick que le duo entre enfin en action, ensemble, pour une union qui durera jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970. Avec la chanteuse, ils ont trouv\u00e9 l\u2019instrument parfait pour v\u00e9hiculer leur style tout en glissando, en rondeur et en finesse m\u00e9lodique. Leur collaboration d\u00e9bute en 1962 et ils d\u00e9crochent la timbale avec \u00ab&nbsp;Walk On By&nbsp;\u00bb, n\u00b01 en 1964, reprise en France sous le titre \u00ab&nbsp;Va Plus Loin&nbsp;\u00bb par Richard Anthony, le Haroun El Poussah du y\u00e9y\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien que pour Warwick, ils \u00e9crivent \u00ab&nbsp;Anyone Who Had A Heart&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;I Say A Little Prayer&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Make It Easy On Yourself&nbsp;\u00bb, mais leur petit commerce marche tellement bien qu\u2019ils font des infid\u00e9lit\u00e9s \u00e0 la chanteuse, composant tour \u00e0 tour \u00ab&nbsp;Alfie&nbsp;\u00bb pour la Liverpuldienne Cilla Black (laquelle reprendra aussi \u00ab&nbsp;Anyone Who Had A Heart&nbsp;\u00bb), \u00ab&nbsp;Always Something Up To Remind Me&nbsp;\u00bb pour Sandy Shaw (repris chez nous par Monsieur Eddy), \u00ab&nbsp;What The World Needs Now&nbsp;\u00bb pour Jackie De Shannon ou encore \u00ab&nbsp;This Guy\u2019s In Love With You&nbsp;\u00bb pour Engelbert Humperdinck. Autant de tubes bas\u00e9s sur des m\u00e9lodies enchanteresses, l\u00e9g\u00e8res, sentimentales et intimistes au possible dont le th\u00e8me principal tourne autour des peines de c\u0153ur, des trahisons et des chagrins d\u2019amour. Tout cela peut para\u00eetre parfois mielleux et d\u00e9goulinant de sirop, mais \u00e7a marche et c\u2019est pour eux l\u2019essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y en aura beaucoup d\u2019autres car, dans ces ann\u00e9es 1960 b\u00e9nies, le couple fait feu de tout bois et, tel Midas, transforme en or le moindre accord de piano. En 1965, le Gallois Tom Jones se rend c\u00e9l\u00e8bre avec leur \u00ab&nbsp;What\u2019s New Pussycat&nbsp;\u00bb, qui fait un hit plan\u00e9taire dans le cadre du film \u00e9ponyme de Clive Donner (sur un sc\u00e9nario de Woody Allen). D\u00e9j\u00e0, Bacharach et David s\u2019\u00e9taient essay\u00e9s \u00e0 la musique de film avec une chanson refus\u00e9e par John Ford pour <em>L\u2019homme qui tua Liberty Valance<\/em>. C\u2019est finalement Gene Pitney qui va r\u00e9cup\u00e9rer et chanter la chanson d\u00e9daign\u00e9e par l\u2019un des borgnes de Hollywood. Ils ne se sont pas d\u00e9courag\u00e9s et ont compos\u00e9 \u00ab&nbsp;The Look Of Love&nbsp;\u00bb pour Dusty Springfied, chanson du film <em>Casino royale<\/em> en 1968, une parodie de James Bond et, l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s, celle pour le film de George Roy Hill, <em>B<\/em><em>utch<\/em><em> Cassidy et le kid<\/em>. Ce sera encore un num\u00e9ro 1, \u00ab&nbsp;Raindrops Keep Fallin\u2019 On My Head&nbsp;\u00bb, chant\u00e9 par B.J Thomas (celui-l\u00e0 m\u00eame qui chantera pour <em>Midnight Cowboy<\/em> le \u00ab&nbsp;Everybody\u2019s Talkin\u2019&nbsp;\u00bb de Nilsson). En tout cas, la musique du film de Hill lui vaudra deux oscars \u00e0 Hollywood et on se gardera de parler de la version fran\u00e7aise de Sacha Distel au titre fid\u00e8lement traduit mais ringarde au possible, \u00e0 l\u2019image du chanteur. L\u2019ultime cons\u00e9cration viendra des Carpenters, groupe folk-pop niais, qui seront longtemps n\u00b01 dans tous les hit-parades avec \u00ab&nbsp;Close To You&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi \u00e0 Hollywood qu\u2019il \u00e9pouse la belle Angie Dickinson, sa r\u00e9ussite exceptionnelle et son physique de playboy ayant s\u00e9duit l\u2019actrice. Ce sera en cette ann\u00e9e 1969 que le couple Bacharach \u2013 David sera au z\u00e9nith, les ann\u00e9es 1970 allant marquer peu \u00e0 peu leur d\u00e9clin. Il faut dire que, \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Blues boom, du Hard-rock et du Progressive rock, les chansons du duo se sont passablement ringardis\u00e9es, m\u00eame si leur champ d\u2019action se situe plus dans l\u2019orbe de la vari\u00e9t\u00e9 internationale que de la Pop music.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, les compositeurs qu\u2019on croyait ins\u00e9parables vont divorcer au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, chacun reprenant ses billes apr\u00e8s des diff\u00e9rends financiers. Puis c\u2019est au tour de Dionne Warwick, devenue la marraine de Michael Jackson, de claquer la porte, peu d\u00e9sireuse de continuer \u00e0 populariser les ritournelles des deux comp\u00e8res. Pire, le mariage de Bacharach avec la plantureuse Dickinson bat de l\u2019aile et, en solo, il essuie son premier \u00e9chec avec les chansons de la com\u00e9die musicale <em>Blue horizon,<\/em> qui fait un four \u00e0 Broadway. Bacharach a perdu la main et tout ce qu\u2019il touche maintenant se transforme en plomb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aura du mal \u00e0 s\u2019en remettre, d\u2019autant que son t\u00e9l\u00e9phone reste muet&nbsp;; les managers et producteurs estimant plus judicieux de faire appel \u00e0 des compositeurs un peu plus dans le sens de l\u2019histoire. David et Bacharach sont devenus des noms qui \u00e9voquent les vieilles nostalgies de m\u00e9lodies sirupeuses et de couplets bien trouss\u00e9s. Des idiots sentimentaux (sentimental fools).<\/p>\n\n\n\n<p>Une longue travers\u00e9e du d\u00e9sert qui s\u2019ach\u00e8ve en 1981, quand Bacharach reprend du poil de la b\u00eate et \u00e9pouse Carole Sager, elle aussi compositrice. Ils proposent une chanson pour le film <em>Arthur<\/em>, avec Liza Minelli, \u00ab&nbsp;The Best That You Can Do&nbsp;\u00bb, chant\u00e9e par Chistopher Cross, qui le fait renouer avec le succ\u00e8s. La machine se remet tout doucement en marche et ce sera ensuite \u00ab&nbsp;Making Love&nbsp;\u00bb pour Roberta Flack et \u00ab&nbsp;On My Own&nbsp;\u00bb, plus tard, pour Patti Labelle. Burt Bacharach n\u2019a pas perdu la main et une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019artistes lui fait \u00e0 nouveau confiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Mieux encore, il se r\u00e9concilie avec Dionne Warwick et il sera \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s pour ses concerts parisiens du printemps 1995. Il est pendu \u00e0 son bras et le vieux playboy porte encore beau, d\u2019autant que des rockers anglais comme Elvis Costello ou les fr\u00e8res Gallagher (Oasis) le remettent sous les feux de l\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Costello, il a compos\u00e9 \u00ab&nbsp;God Give Me Strength&nbsp;\u00bb pour le film <em>Angel of my heart<\/em>, mais Costello va faire un album complet avec lui, <em>Painted from memory<\/em>, en 1998. Costello a toujours \u00e9t\u00e9 un fan de David et Bacharach et ils proposent ici 12 chansons \u00e9crites en commun, d\u2019excellentes factures faut-il le pr\u00e9ciser quand on a en studio deux des plus grands compositeurs que l\u2019histoire du rock ait connu. Non contents d\u2019enregistrer ensemble, ils assureront la promotion du disque pour quelques concerts et \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision. Mais Bacharach abandonnera vite les feux de la rampe et c\u2019est le clavi\u00e9riste Steve Nieve, vieux compagnon de route de Costello, qui reprendra leurs chansons pour une tourn\u00e9e au long cours.<\/p>\n\n\n\n<p>Noel Gallagher, lui, chantera \u00ab&nbsp;This Guy\u2019s In Love With You&nbsp;\u00bb en duo avec Bacharach au Royal Albert Hall de Londres, en compagnie du mannequin Kate Moss. De quoi relancer \u00e0 nouveau la carri\u00e8re de ce vieux cheval de retour dont la passion est justement l\u2019\u00e9levage de purs sangs et les courses de chevaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on sent bien que la magie n\u2019op\u00e8re plus et que ce que fait Bacharach depuis son retour inopin\u00e9 du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 n\u2019a plus la gr\u00e2ce d\u2019antan, se laissant souvent aller \u00e0 la facilit\u00e9 avec beaucoup trop de sirop, de sentimentalisme et d\u2019\u00e9motion d\u00e9sormais factice. Reste un incontestable savoir-faire, mais sans \u00e2me et sans le g\u00e9nie qui faisait de ses compositions, comme celles de Phil Spector un temps, des petites symphonies pour adolescents, des drames juv\u00e9niles de l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Rhino va publier un coffret de trois CD, fin 1998, sous le titre <em>The look of love<\/em>, avec presque tous les titres sign\u00e9s Bacharach (avec David ou seul). Un coffret remarquable qui t\u00e9moigne d\u2019une \u0153uvre en tous points estimable, par l\u2019\u00e9motion qu\u2019elle d\u00e9gage et son in\u00e9gal\u00e9e finesse m\u00e9lodique. So long Burt&nbsp;! Et continue \u00e0 faire chavirer les anges avec tes chansonnettes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>23 f\u00e9vrier 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a eu Roux et Combaluzier, Jacob et Delafon, Smith et Wesson, Dupont et Dupond\u2026 Et David \u2013 Bacharach. Burt Bacharach a rejoint son complice Hal David au pays bleu de la bonne chanson. 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