{"id":3236,"date":"2023-03-16T12:22:00","date_gmt":"2023-03-16T11:22:00","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3236"},"modified":"2023-03-19T19:16:24","modified_gmt":"2023-03-19T18:16:24","slug":"consternants-voyageurs-vol-14","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3236","title":{"rendered":"CONSTERNANTS VOYAGEURS VOL 14"},"content":{"rendered":"\n<p><em><u><strong>FLORENCE<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration294.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3238\" width=\"578\" height=\"772\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration294.jpg 200w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration294-22x30.jpg 22w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption>Florence, les Offices et le Palazzo  Vecchio sur la m\u00eame photo, deux en un  (photo wikipedia)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c7a avait plut\u00f4t mal commenc\u00e9. On s\u2019\u00e9tait point\u00e9s Fran\u00e7oise et moi \u00e0 la gare de Lyon tr\u00e8s en retard, presque assez en retard pour rater le train. Le m\u00e9tro avait eu \u00e0 subir quelques arr\u00eats intempestifs et j\u2019avais tenu \u00e0 manger un steak-frites au buffet de la gare avant de partir. Mal m\u2019en prit, et nous avions \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9s par un probl\u00e8me m\u00e9canique qui clouait le train sur ses rails. Les voyageurs avaient d\u00fb prendre des navettes pour aller chercher un autre train dans une autre gare, et il ne nous restait plus qu\u2019\u00e0 essayer de nous endormir dans un wagon-lit o\u00f9 j\u2019avais h\u00e9rit\u00e9 de la couche du niveau sup\u00e9rieur, encore plus p\u00e9nible pour le demi-insomniaque que j\u2019\u00e9tais devenu. Fort heureusement, je dormais cette nuit-l\u00e0 comme un loir, ce qui ne fut pas le cas de Fran\u00e7oise et de David, qui \u00e9tait du voyage. Je les revois encore sur le quai de la gare de Florence, elle cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment un endroit pour boire un caf\u00e9 et lui essayant de discipliner des cheveux en p\u00e9tard. Je revois aussi le visage suant l\u2019angoisse de David sur le quai de la gare de Lyon, d\u00e9sesp\u00e9rant de nous voir arriver et presque r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 reporter le voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi Florence&nbsp;? \u00c7a s\u2019\u00e9tait fait comme \u00e7a. Plus que Florence, c\u2019\u00e9tait la Toscane, la campagne toscane et les sites touristiques dont on avait entendu parler. C\u2019\u00e9tait aussi Machiavel, P\u00e9trarque, Vinci, Michel-Ange et Rapha\u00ebl. La Renaissance italienne, et les joueurs de la Fiorentina, l\u2019\u00e9quipe qui jouait en violet et blanc&nbsp;; les Baggio, Batistuta, Antognoni, Chiesa, Dunga ou Bertoni. M\u00eame si ces noms ne disaient rien \u00e0 mes deux compagnons de voyage. Quasiment la seule \u00e9quipe transalpine qui ne recrutait pas de Fran\u00e7ais, ce qui se faisait pourtant beaucoup \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait trouv\u00e9 un g\u00eete \u00e0 Poggi Bonsi et on avait lou\u00e9 une voiture pour sillonner la r\u00e9gion et joindre les villes touristiques alentour. On circulait dans la vall\u00e9e du Chianti et on s\u2019arr\u00eatait dans les villages, Castellina In Chianti ou Radda In Chianti, nous promenant dans la campagne autour des vignobles. Le vert de la campagne et le rouge du raisin, manquait que le blanc pour avoir le drapeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir de notre arriv\u00e9e, on avait fait les courses dans un supermarch\u00e9 de Poggi Bonsi, et on s\u2019\u00e9tait achet\u00e9 un saucisson de sanglier. Avec Fran\u00e7oise, on l\u2019avait mang\u00e9 en entier \u00e0 l\u2019ap\u00e9ritif tandis que David faisait une moue d\u00e9go\u00fbt\u00e9e \u00e0 la simple vue d\u2019une charcuterie qui, selon lui, puait l\u2019eau de Javel. En tout cas, la r\u00e9gion regorgeait de sangliers et des panneaux nous avertissaient de leur possible pr\u00e9sence. Fran\u00e7oise et moi, on r\u00eavait d\u2019en voir un comme on essayait de voir des b\u00eates lors de nos vacances dans les campagnes fran\u00e7aises. On avait m\u00eame un bar\u00e8me de comp\u00e9tition, genre 1 point pour un li\u00e8vre, 2 pour un sanglier, 3 pour un chevreuil, 4 pour un renard ou 5 pour un blaireau. Les notes au-del\u00e0 de 5 concernaient des bestioles qu\u2019on n\u2019\u00e9tait quasiment assur\u00e9s de ne pas voir sous nos contr\u00e9es, mais sait-on jamais&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>On avait visit\u00e9 tout ce qui \u00e9tait \u00e0 voir, selon les guides touristiques et les conseils des natifs. Les vieilles \u00e9glises, les mus\u00e9es, les ch\u00e2teaux\u2026 On \u00e9tait all\u00e9s \u00e0 Lucques, \u00e0 Volterra, \u00e0 San Gimignano, \u00e0 Montepulciano\u2026 La province de Sienne n\u2019avait plus de secrets pour nous au bout de quelques jours et, en plus des chefs-d\u2019\u0153uvre de la Renaissance \u00e9blouissants de beaut\u00e9, nous nous laissions tenter par des curiosit\u00e9s moins artistiques comme ce mus\u00e9e de la torture \u00e0 Volterra, o\u00f9 les instruments les plus barbares \u00e9taient expos\u00e9s, invent\u00e9s par des sadiques raffin\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Et bien s\u00fbr la tour de Pise, qui \u00e9tait alors en r\u00e9fection. On ne voyait pas trop l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette tour pench\u00e9e qui \u00e9tait photographi\u00e9e sous toutes les coutures et, bien s\u00fbr, le mus\u00e9e des offices \u00e0 Florence o\u00f9 on avait d\u00fb se relayer, \u00e0 trois, pour manger un sandwich et ne surtout pas perdre notre place dans une queue qui s\u2019\u00e9tait form\u00e9e d\u00e8s le matin.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les bords de l\u2019Arno, je pensais \u00e0 Dante, banni de Florence pour avoir pr\u00f4n\u00e9 une sorte de la\u00efcit\u00e9 avant la lettre qui d\u00e9niait au pape la capacit\u00e9 d\u2019agir sur les affaires de la cit\u00e9. C\u2019\u00e9tait au temps de la guerre entre les Guelfes et les Gibelins combattant pour des factions rivales se disputant des morceaux du Saint empire romain germanique. Le bannissement et l\u2019exclusion avaient aussi frapp\u00e9 Guy Debord, accus\u00e9 par les autorit\u00e9s de la ville de fomenter on ne sait quel complot contre la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat avec l\u2019aide de ses camarades urbanistes italiens. Toujours cette mauvaise r\u00e9putation\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit, je dormais \u00e0 peine trois heures, dans une chambre o\u00f9 la chaleur du jour s\u2019invitait le soir. Je faisais, pour compenser, de longues siestes qui me valaient des observations d\u00e9sobligeantes sur le fait que je bloquais tout le monde et qu\u2019on n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 pour dormir. Sur la fin, ils partaient \u00e0 deux en me laissant finir mes nuits. De toute fa\u00e7on, on \u00e9tait cens\u00e9s avoir tout vu.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait all\u00e9s dans un restaurant le soir, la veille du d\u00e9part, o\u00f9 le personnel et le patron \u00e9taient occup\u00e9s \u00e0 regarder la finale de la Coupe d\u2019Italie entre l\u2019Inter de Milan et la Lazio de Rome. J\u2019avais pris partie pour les internationalistes contre les fachos romains. On nous servait apr\u00e8s des heures d\u2019attente, et le gar\u00e7on apportait les plats en jetant un regard anxieux sur le t\u00e9l\u00e9viseur qui diffusait le match. On avait attendu encore plus longtemps pour l\u2019addition et on \u00e9tait m\u00eame sur le point de partir, semblant avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement oubli\u00e9s sur cette terrasse au bord d\u2019un trottoir. Il avait fallu l\u2019honn\u00eatet\u00e9 scrupuleuse de Fran\u00e7oise pour nous acquitter d\u2019une note qui avait \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e apr\u00e8s beaucoup d\u2019insistance. Cela m\u2019avait rappel\u00e9 mon p\u00e8re qui faisait trois fois le tour d\u2019un terrain de football en cherchant un \u00e9ventuel vendeur de billets pour des comp\u00e9titions amateurs niveau district ou personne n\u2019avait jamais song\u00e9 \u00e0 d\u00e9bourser un liard.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019allais jusqu\u2019\u00e0 chercher les r\u00e9sultats du Stade de Reims, qui jouait \u00e0 l\u2019\u00e9poque en National, dans les pages roses de la <em>Gazzetta Dello Sporte,<\/em> et je m\u2019ab\u00eemais dans la lecture de la gazette qui titrait tous les jours sur le Giro, la saison de football \u00e9tant quasiment termin\u00e9e. Nous \u00e9tions en mai. Je regrettais les tours d\u2019Italie qui avaient lieu en juin avec des coureurs qu\u2019on voyait peu dans nos tours de France juillettistes, et qui en devenaient d\u2019autant plus mythiques. Les Adorni, Balmanion, Cavalcanti, Motta, Basso, Zilioli, Bitossi qui couraient pour des formations comme Carpano (le vermouth, Salvarani (l\u2019\u00e9lectro-m\u00e9nager), Molteni (le saucisson) ou Ignis (les r\u00e9frig\u00e9rateurs). Fran\u00e7oise et David ne comprenaient pas cette aptitude \u00e0 d\u00e9crypter toutes ces informations en Italien, mais je n\u2019avais souvent qu\u2019\u00e0 deviner, ce qui me faisait parfois commettre les pires erreurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la langue, elle \u00e9tait si proche de la n\u00f4tre que je pensais \u00e0 bon droit savoir la parler, sauf que les Italiens ne comprenaient rien \u00e0 ce que je disais et qu\u2019il me fallait revoir \u00e0 la fois le vocabulaire et la syntaxe. Fran\u00e7oise n\u2019avait pas le don des langues, et elle s\u2019exprimait souvent par gestes quand David se d\u00e9brouillait plus que bien, avec des intonations et des accents qui auraient presque pu le faire passer pour un Italien de souche. C\u2019est lui qui la plupart du temps se coltinait les commer\u00e7ants, les restaurateurs et les passants \u00e0 qui nous demandions divers renseignements.<\/p>\n\n\n\n<p>On passait beaucoup de temps \u00e0 sucer des glaces et \u00e0 boire des caf\u00e9s qu\u2019on nous servait dans des d\u00e9s \u00e0 coudre. Sans parler du Chianti local, bien meilleur que ce qu\u2019on pouvait trouver dans nos pizzerias fran\u00e7aises. La dolce vita dans une Italie que je m\u2019\u00e9tais imagin\u00e9e plus bouillonnante, plus rebelle, plus bord\u00e9lique et surtout plus exub\u00e9rante. Personne ne fumait dans les rues et les jeunes avaient l\u2019air d\u2019\u00e9tudiants bien proprets quand les vieux ressemblaient \u00e0 des sages du temps de l\u2019empire romain, tous disciplin\u00e9s et s\u00e9rieux comme des papes. Je cherchais en vain l\u2019Italie de la com\u00e9die italienne, de Fellini, des matchs truqu\u00e9s et des gauchistes, l\u2019Italie de l\u2019apr\u00e8s 68 et des ann\u00e9es de plomb, mais le pays semblait avoir tir\u00e9 un trait sur tout cela. De vrais europ\u00e9ens qui avaient renonc\u00e9 \u00e0 tout ce qui pouvait faire leur charme, jusque dans l\u2019exc\u00e8s et la d\u00e9mesure.<\/p>\n\n\n\n<p>Stendhal avait \u00e9crit sur Florence, comme sur Rome et sur Naples, m\u00eame s\u2019il aimait par-dessus tout l\u2019Italie du Nord. Pour Florence, il parlait de \u00ab&nbsp;collines cultiv\u00e9es comme des jardins&nbsp;\u00bb et \u00e9tait tomb\u00e9 en prosternation devant l\u2019h\u00f4tel de ville, le Palazzo Vecchio. Par ailleurs, il trouvait les Florentins \u00ab&nbsp;polis et soign\u00e9s&nbsp;\u00bb mais ne pouvait s\u2019emp\u00eacher de trouver leur idiome d\u00e9sagr\u00e9able. Je n\u2019\u00e9tais pas capable de distinguer ces nuances dialectales, moi qui avait toutes les peines \u00e0 baragouiner mon italien de cuisine.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u2019an 2000, quelque chose qui nous faisait r\u00eaver quand nous \u00e9tions enfants. On imaginait des vaisseaux spatiaux volant entre des gratte-ciels, des robots qui faisaient le travail de populations h\u00e9donistes et insouciantes, des machines partout comme dans le <em>Metropolis <\/em>de Fritz Lang, la meilleure projection de notre futur, vu des pr\u00e9aux de nos cours de r\u00e9cr\u00e9ation. Et puis on avait toujours le m\u00eame monde avec ses guerres, ses catastrophes, ses \u00e9pid\u00e9mies et ses attentats. Tout ce qui avait chang\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u2019Internet, les r\u00e9seaux sociaux, l\u2019avidit\u00e9, le cupidit\u00e9 d\u00e9cupl\u00e9e, l\u2019actionnariat, la pr\u00e9dation, la corruption, le r\u00e9chauffement climatique, les traders et le transhumanisme. Sans parler des m\u00e9dias qui encourageaient la stupidit\u00e9, l\u2019individualisme, le solipsisme et la m\u00e9diocrit\u00e9. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e8re de la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, des animateurs camelots d\u00e9goulinants de bons sentiments et de cynisme. L\u2019\u00e8re du nombril. On se disait que finalement, ce n\u2019\u00e9taient pas les \u00e9crivains de Science-fiction, les Wells, les Huxley ou les Orwell, ou ou les visionnaires \u00e0 la Marshall Mac Luhan qui avaient pr\u00e9dit la r\u00e9alit\u00e9 de ces temps. C\u2019\u00e9tait plut\u00f4t Andy Warhol et son fameux quart d\u2019heure de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Oui, c\u2019\u00e9tait \u00e7a l\u2019an 2000, juste \u00e7a. Plus terrible encore que nos visions de robots et de machines.<\/p>\n\n\n\n<p>On repensait, David et moi, au fameux article de Pasolini sur la disparition des lucioles, qui avait paru dans un num\u00e9ro du<em> Corriera Della Serra<\/em>, le quotidien milanais, un article repris dans ses <em>\u00c9crits corsaires.<\/em> Pour lui, cela signifiait la fin d\u2019un monde et l\u2019av\u00e8nement d\u2019un nouveau, celui du profit, de la dissociation, de l\u2019individualisme et, par m\u00e9taphore, du Consensus de Washington et de la mondialisation lib\u00e9rale, de Thatcher et de Reagan. La fin de la classe ouvri\u00e8re et des utopies communistes, la fin des solidarit\u00e9s et de la coop\u00e9ration, sans parler bien s\u00fbr de ce que cette disparition soulignait au premier degr\u00e9&nbsp;: la fin de la biodiversit\u00e9. La fin de tout, selon lui, et m\u00eame pas le d\u00e9but d\u2019autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec David, on passait nos soir\u00e9es dans un pr\u00e9 \u00e0 regarder les lucioles, ces insectes que j\u2019appelais dans mon enfance les vers luisants. Des petites lumi\u00e8res qui s\u2019allumaient dans la nuit et qui semblaient nous encourager pour attendre le lendemain, le surlendemain et tous les autres jours. Des bestioles tomb\u00e9es du ciel qui nous montraient que, m\u00eame au plus profond de la nuit, il pouvait subsister la clart\u00e9 et l\u2019espoir d\u2019une aube nouvelle. Ici, on les appelait les luccioli et ailleurs, on disait firefly, les mouches \u00e0 feu.<\/p>\n\n\n\n<p>Pasolini avait \u00e9crit cet article en f\u00e9vrier 1975, et il \u00e9tait mort en martyr 9 mois plus tard. Il nous avait averti du pouvoir des lucioles, et de la calamit\u00e9 pour la civilisation que contenait leur disparition. On ne se lassait pas de contempler ces petites b\u00eates et leur pouvoir magique d\u2019\u00e9clairer la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, les lucioles n\u2019avaient pas totalement disparu, et seul le d\u00e9sespoir absolu emp\u00eachait peut-\u00eatre de les voir.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait bien rentrer. Prendre un nouveau train de nuit pour une nouvelle nuit blanche. Et c\u2019\u00e9taient les m\u00eames visages blafards, les m\u00eames cheveux en d\u00e9sordre et les m\u00eames traits tir\u00e9s sur les quais de la gare de Lyon o\u00f9 on avait d\u00e9barqu\u00e9 au matin bl\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait pris un caf\u00e9 et des croissants et David \u00e9tait reparti chez lui, \u00e0 Paris. Nous avions encore un bout de trajet \u00e0 faire et j\u2019achetais, en plus d\u2019un quotidien et d\u2019un hebdomadaire, un exemplaire de <em>L\u2019\u00c9quipe<\/em> du jour. Le journal annon\u00e7ait que l\u2019Italien Casagrande \u00e9tait bien parti pour remporter le Giro mais que Stefano Garzelli gardait toutes ses chances. C\u00f4t\u00e9 football, Reims avait perdu chez lui contre \u00c9vry, une \u00e9quipe de la banlieue parisienne inconnue au bataillon. Ils avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s en coupe de France contre les amateurs de Vesoul. Encore une saison rat\u00e9e. Les R\u00e9mois terminaient en milieu de tableau pour leur premi\u00e8re saison en National, pour leur retour au football professionnel apr\u00e8s des ann\u00e9es de disette et d\u2019amateurisme dans des divisions inf\u00e9rieures. J\u2019avais m\u00eame \u00e9t\u00e9 les voir \u00e0 Tourcoing contre l\u2019\u00e9quipe locale. L\u2019ann\u00e9e prochaine serait la bonne&nbsp;; on disait toujours \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7oise me parlait, \u00e9grenant les souvenirs de cette belle semaine, et je ne l\u2019\u00e9coutais pas, ce qu\u2019elle me reprochait assez souvent. J\u2019imaginais Pasolini en train d\u2019encourager l\u2019\u00e9quipe de Bologne dans un stade \u00e9clair\u00e9 enti\u00e8rement par des nu\u00e9es de lucioles. Un nocturne italien, ou toscan plus exactement.<\/p>\n\n\n\n<p>On reprenait p\u00e9niblement nos habitudes, et les derniers jours de mai \u00e9taient chauds. Il allait falloir reprendre le boulot et ce poste de responsable de la communication dans une agence de la Cosmod\u00e9moniaque qui m\u2019obligeait \u00e0 sortir un mensuel&nbsp;que j\u2019avais baptis\u00e9 <em>Sitcoms<\/em> (soit la communication entre les sites). Il me valait \u00e0 la fois les moqueries des syndicalistes et les admonestations de la direction lorsque j\u2019allais un peu trop loin. C\u2019\u00e9tait dur d\u2019avoir le cul entre deux chaises mais, si je faisais un sale m\u00e9tier, j\u2019avais une excuse, je le faisais salement, comme avait dit le personnage principal du <em>Voleur<\/em>, le roman de Georges Darien.<\/p>\n\n\n\n<p>La reprise serait moins p\u00e9nible avec ces souvenirs de Toscane dans la t\u00eate et la vision des lucioles que je pouvais convoquer \u00e0 tout instant.<\/p>\n\n\n\n<p>Je remarquais que la bonne ville de Marcq-en-Baroeul \u00e9tait jumel\u00e9e avec celle de Pongi Bonsi et j\u2019imaginais pouvoir m\u2019inscrire \u00e0 la mairie pour des voyages d\u2019agr\u00e9ment afin d\u2019honorer la gastronomie italienne et de faire un peu de tourisme. Je me ravisais en me disant que ces voyages en compagnie des notables de la ville devaient \u00eatre extr\u00eamement ennuyeux, si tant \u00e9tait qu\u2019ils m\u2019auraient accept\u00e9 parmi eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mieux valait garder intacts les souvenirs, le chant des cigales et la faible lueur des lucioles. Firenze mi amor&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>11 mars 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>FLORENCE \u00c7a avait plut\u00f4t mal commenc\u00e9. On s\u2019\u00e9tait point\u00e9s Fran\u00e7oise et moi \u00e0 la gare de Lyon tr\u00e8s en retard, presque assez en retard pour rater le train. Le m\u00e9tro avait eu \u00e0 subir quelques arr\u00eats intempestifs et j\u2019avais tenu \u00e0 manger un steak-frites au buffet de la gare avant de partir. 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