{"id":3251,"date":"2023-03-16T13:05:46","date_gmt":"2023-03-16T12:05:46","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3251"},"modified":"2023-03-16T13:05:47","modified_gmt":"2023-03-16T12:05:47","slug":"todd-rundgren-un-sorcier-une-vraie-star","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3251","title":{"rendered":"TODD RUNDGREN : UN SORCIER, UNE VRAIE STAR"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"600\" height=\"600\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ILLUSTRATION298.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3253\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ILLUSTRATION298.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ILLUSTRATION298-300x300.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ILLUSTRATION298-150x150.jpg 150w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/ILLUSTRATION298-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption><em>A wizard \/ a true star<\/em>, la pochette \u00ab\u00a0cubiste\u00a0\u00bb pour une musique futuriste. Photo Discogs, avec leur aimable&#8230;<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019\u00e9tait pile il y a 50 ans. Todd Rundgren sortait <em>A wizard \/ A true star<\/em>, album parfait mariant avec subtilit\u00e9 le rock d\u00e9cadent et la Soul music, le tout couvert d\u2019arrangements et de gimmicks somptueux devant beaucoup aux techniques d\u2019enregistrement les plus sophistiqu\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Le bougre allait nous sortir l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s un double album,<em>Todd, <\/em>moins inspir\u00e9, avec les fr\u00e8res Brecker, puis plein d\u2019autres encore, h\u00e9las sans gr\u00e2ce. Retour sur le petit g\u00e9nie de Philadelphie, sorcier des studios Bearsville et, surtout, retour sur ce qui restera son chef-d\u2019\u0153uvre et l\u2019un des plus grands disques de l\u2019histoire du rock.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne connaissais pas Todd Rundgren avant d\u2019avoir achet\u00e9 la compilation<em> Nuggets<\/em> (les p\u00e9pites), soit un double-album avec une trentaine de titres remontant \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019or du psych\u00e9d\u00e9lisme am\u00e9ricain&nbsp;; le tr\u00e9sor vinylique \u00e9tait d\u2019ailleurs sous-titr\u00e9 <em>\u00ab&nbsp;original artefacts from the first psychedelic <\/em><em>a<\/em><em>era&nbsp;\u00bb<\/em>. Bref, des p\u00e9pites sauv\u00e9es de l\u2019oubli par le travail acharn\u00e9 d\u2019un arch\u00e9ologue musical hors-pair, le critique Lenny Kaye (ex <em>Rolling Stone<\/em> et <em>Creem<\/em>), qui sera le guitariste de Patti Smith plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur <em>Nuggets<\/em>, il y avait une composition d\u2019un groupe appel\u00e9 Nazz, petite confiserie psych\u00e9d\u00e9lique sign\u00e9e Todd Rundgren et qui s\u2019intitulait \u00ab&nbsp;Open My Eyes&nbsp;\u00bb. &nbsp;Le titre figurait sur le premier album \u00e9ponyme de la formation de Philadelphie, sorti en octobre 1968. Des m\u00eames, il y aura aussi <em>Nazz Nazz<\/em>, sorti en avril 1969 puis <em>Nazz 3 <\/em>en juillet 1971. En tout, trois albums excellents pass\u00e9s inaper\u00e7us \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sortis chez SGC Records, et r\u00e9\u00e9dit\u00e9s par le label Rhino en 1983. Est-il utile de pr\u00e9ciser que Todd Rundgren \u00e9tait le ma\u00eetre Jacques de Nazz, chanteur, guitariste, principal compositeur et clavi\u00e9riste occasionnel.<\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps que sortait le troisi\u00e8me album de Nazz, Rundgren s\u2019\u00e9tait mis sous la protection de l\u2019ex manager de Dylan, Albert Grossman, fondateur du label Bearsville \u00e0 Woodstock (\u00e9tat de New York). C\u2019est un peu la cigale qui vient se r\u00e9fugier sous l\u2019aile du vautour, si on voit l\u2019image. Bearsville, fond\u00e9 en 1970, dispara\u00eetra en 1983, repris justement par Rhino, mais il aura eu le temps de produire des albums du Paul Butterfield Blues Band, des Sparks, des DB\u2019S\u2026 et de Todd Rundgren.<\/p>\n\n\n\n<p>Son premier album solo, <em>Runt<\/em>, est pourtant sorti chez Ampex en juin 1970 avec d\u00e9j\u00e0 un hit, \u00ab&nbsp;We Gonna Get You A Woman&nbsp;\u00bb et des morceaux o\u00f9 le bizarre le dispute au drolatique, comme ce \u00ab&nbsp;I\u2019m In The Clique&nbsp;\u00bb sur une musique de fanfare. Runt est aussi un groupe, un trio compos\u00e9 de Rundgren et des fr\u00e8res Hunt et Tony Sales (basse et batterie). Rundgren produit et joue de tous les instruments, en sorcier de studio qu\u2019il sera toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me album solo de Todd Rundgren et deuxi\u00e8me album de Runt si l\u2019on veut, ce <em>Ballad of Todd Rungren<\/em>, sorti en juin 1971 et qui prouve, s\u2019il en \u00e9tait besoin, les talents de m\u00e9lodiste du bonhomme. La pochette est sign\u00e9e Ron Mael, chanteur des Sparks au look oscillant entre Charlie Chaplin et Adolph Hitler. Deux titres sortiront en singles, \u00ab&nbsp;Be Nice To Me&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;A Long Time, A Long Way To Go&nbsp;\u00bb, qui se classeront loin dans les charts, mais c\u2019est avec <em>Something \/ Anything<\/em>, en f\u00e9vrier 1972, qu\u2019il va vraiment \u00e9merger, produisant la m\u00eame ann\u00e9e le premier album des New York Dolls \u2013 les travelos \u00e9lectriques de la Grosse pomme &#8211; ainsi que le<em> E pluribus funk <\/em>de Grand Funk Railroad, le gang m\u00e9tallo de Detroit.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de s\u2019arr\u00eater sur ce double album que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme un excellent brouillon de son \u0153uvre \u00e0 venir. C\u2019est son disque le plus accessible, avec des petits bijoux m\u00e9lodiques comme ce poignant \u00ab&nbsp;Hello It\u2019s Me&nbsp;\u00bb, l\u2019une de ses plus belles chansons&nbsp;; le merveilleux \u00ab&nbsp;I Saw The Light&nbsp;\u00bb, tout en ruptures et en contrastes qui indique d\u00e9j\u00e0 ce que sera son album suivant&nbsp;; \u00ab&nbsp;Wolfman Jack&nbsp;\u00bb pour les nostalgies Fifties en souvenir du grand DJ de <em>American graffiti<\/em> ou encore l\u2019excellent \u00ab&nbsp;Black Maria&nbsp;\u00bb confirmant sa passion pour la Soul music. C\u2019est son premier album \u00e9dit\u00e9 officiellement par Bearsville, et Runt n\u2019existe plus. Rundgren va pouvoir exercer ses talents seul, sans la complicit\u00e9 des fr\u00e8res Sales<\/p>\n\n\n\n<p>En 1972, Todd Rundgren a exp\u00e9riment\u00e9 les hallucinog\u00e8nes et la mescaline. <em>Rolling Stone<\/em> le d\u00e9crit pourtant comme une \u00ab<em>&nbsp;Carol King au masculin&nbsp;\u00bb<\/em>, pour ses talents de compositeur, et il entend prouver qu\u2019il est bien plus que cela. Il veut s\u2019inspirer de Zappa, de la Progressive pop ou du Jazz-rock pour faire \u00e9voluer sa musique et ne plus la cantonner dans le format chansons, aussi inspir\u00e9es qu\u2019elles puissent \u00eatre. Avec le clavi\u00e9riste Moogy Klingman, il s\u2019enferme dans un tout nouveau studio \u00e0 Manhattan, le Secret Studio. Il dispose l\u00e0 de tous les instruments et dispositifs les plus modernes&nbsp;: synth\u00e9tiseurs, \u00e9galiseurs, melotron, vocodeur\u2026 Sur certains morceaux, Klingman demande aux membres de son groupe (Moogy And The Rhythm Kingz&nbsp;) de participer, et il y aura encore les fr\u00e8res Brecker, Rick Derringer et une section de cuivres, mais l\u2019\u0153uvre est de lui et de lui seul. L\u2019album para\u00eet le 2 mars 1973 et c\u2019est un bonheur absolu de presque une heure.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la premi\u00e8re face, une succession de morceaux courts dont on peut appr\u00e9cier le disparate, les changements perp\u00e9tuels de rythme et les effets \u00e9lectro-acoustiques. \u00ab&nbsp;The International Feel&nbsp;\u00bb, qui sera le fil rouge de l\u2019album, premier et dernier morceau (\u00ab&nbsp;Le Feel Internacionale&nbsp;\u00bb) d\u2019un disque construit en spirale. \u00ab&nbsp;Never Never Land&nbsp;\u00bb est une reprise d\u2019un succ\u00e8s d\u2019une com\u00e9die musicale de Broadway (<em>Peter Pan&nbsp;<\/em>) quand \u00ab&nbsp;Rock &amp; Roll Pussy&nbsp;\u00bb est une charge contre les lib\u00e9raux am\u00e9ricains se disant \u00ab&nbsp;de gauche&nbsp;\u00bb pour mieux \u00eatre de droite. Le plus long morceau de cette face est le magnifique \u00ab&nbsp;Zen Archer&nbsp;\u00bb qui d\u00e9bute sur une sorte de musique de fanfare \u00e9lectrique et nous emm\u00e8ne jusqu\u2019au vertige psych\u00e9d\u00e9lique. On pense aux Beatles de<em> Revolver <\/em>ou aux Beach Boys de <em>Pet sounds<\/em>. C\u2019est le seul morceau qui prend son temps et \u00e9chappe au statut d\u2019exploration aussi courte que g\u00e9niale.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde face proc\u00e8de du m\u00eame esprit mais est un peu diff\u00e9rente. Si le splendide \u00ab&nbsp;Sometimes I Don\u2019t Know What To Feel&nbsp;\u00bb, suivi de \u00ab&nbsp;Does Anybody Love You&nbsp;\u00bb renouent avec le format propos\u00e9 en face 1, on a ensuite 10 minutes de medley soul avec le \u00ab&nbsp;I\u2019m So Proud&nbsp;\u00bb des Impressions (de Curtis Mayfield), le \u00ab&nbsp;Ooh Baby Baby&nbsp;\u00bb de Smokey Robinson, le \u00ab&nbsp;La La La Means I Love You&nbsp;\u00bb des Delfonics et le \u00ab&nbsp;Cool Jerk&nbsp;\u00bb de Capitol. Un moment magique o\u00f9 les voix noires se conjuguent aux tripatouillages \u00e9lectro-acoustiques dans une sorte de paradis sonore. Suivent quatre morceaux dont on peut savourer l\u2019humour et le disparate&nbsp;: le boogie-woogie de \u00ab&nbsp;Hungry For Love&nbsp;\u00bb et son improvisation qui doit beaucoup \u00e0 Zappa&nbsp;; l\u2019\u00e9mouvant \u00ab&nbsp;I Don\u2019t Want To Tie You Down&nbsp;\u00bb, une remarquable ballade dans la lign\u00e9e de <em>Something \/ Anything<\/em>&nbsp;; \u00ab&nbsp;Is It My Name&nbsp;?&nbsp;\u00bb et son d\u00e9ferlement de guitares pr\u00e9c\u00e9dant des vocaux qui se perdent dans les sph\u00e8res \u00e9lectro-acoustiques et, pour finir, ce \u00ab&nbsp;Just One Victory&nbsp;\u00bb&nbsp; a\u00e9rien, ou disons plut\u00f4t c\u00e9leste qui cl\u00f4t un disque exceptionnel par sa richesse m\u00e9lodique, ses audaces instrumentales et son sens de l\u2019harmonie. Un final grandiose. On a bien l\u00e0 un album, pas une collection de chansons accol\u00e9es \u00e0 la diable.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019album ne sera pas un gros succ\u00e8s commercial et on verra Todd Rundgren arborer des d\u00e9froques de rocker d\u00e9cadent, torse nu et maquill\u00e9, comme s\u2019il se voulait le Bowie am\u00e9ricain. On peut penser, \u00e0 r\u00e9\u00e9couter ce disque prodigieux, qu\u2019il \u00e9tait plus que \u00e7a, en tout cas \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Todd<\/em>, on l\u2019a dit, a encore quelque chose de <em>Something<\/em> et de <em>Wizard<\/em>, mais la magie n\u2019op\u00e8re plus. Quant \u00e0 <em>Initiation,<\/em> il sent le fatras mystique o\u00f9 Rundgren r\u00e9cite des chakras, s\u2019inspirant d\u2019un trait\u00e9 de l\u2019occultiste Alice Bailey, qui influencera aussi Van Morrison. Rundgren touch\u00e9 par la gr\u00e2ce&nbsp;? On pr\u00e9f\u00e9rait la gr\u00e2ce musicale.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis il y aura <em>Faithfull<\/em>, en 1976, l\u2019album de toutes les nostalgies o\u00f9 il revisite les Beatles, les Beach Boys, les Yardbirds, Hendrix. Et c\u2019est le retour du grand Todd Rundgren sur la face B avec une derni\u00e8re chanson splendide, \u00ab&nbsp;The Verb To Love&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aura aussi <em>Hermit of Mink Hollow<\/em>, apr\u00e8s un tour du monde \u00e0 la suite d\u2019une crise mystique, enregistr\u00e9 dans les nouveaux studios Utopia. Rundgren en ermite perp\u00e9tuellement \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9. Utopia n\u2019est pas qu\u2019un studio, c\u2019est aussi le nom de son nouveau groupe avec lequel il va enregistrer une demi-douzaine d\u2019albums, disons plus pop et plus commerciaux, pour ne pas nous montrer d\u00e9sobligeants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Rundgren est devenu le symbole d\u2019une pop music emphatique et pr\u00e9tentieuse. Il est agress\u00e9 par des punks qui le prennent pour cible, pour souffre-douleur, incarnation pour eux de ces pop stars se tenant loin des r\u00e9alit\u00e9s sociales. Il sort <em>American stars and bars<\/em> en 1978, un double live enregistr\u00e9 au Bottom Line de New York et au Roxy de Los Angeles, o\u00f9 l\u2019on peut r\u00e9\u00e9couter avec nostalgie ses plus belles chansons, celles du temps o\u00f9 Todd Rundgren \u00e9tait un magicien des sons et un surdou\u00e9 des studios. Il a encore sorti une vingtaine d\u2019albums apr\u00e8s celui-l\u00e0, mais on avoue humblement ne pas les avoir \u00e9cout\u00e9s. Autant rester sur un bon souvenir. Todd Rundgren, un nom d\u2019origine norv\u00e9gienne difficile \u00e0 prononcer, mais une musique facile \u00e0 aimer, tant elle est universelle et intemporelle.<\/p>\n\n\n\n<p><em><u><strong>Todd Rundgren &#8211; A wizard \/ A true star \u2013 Bearsville \u2013 mars 1973<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>10 mars 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait pile il y a 50 ans. Todd Rundgren sortait A wizard \/ A true star, album parfait mariant avec subtilit\u00e9 le rock d\u00e9cadent et la Soul music, le tout couvert d\u2019arrangements et de gimmicks somptueux devant beaucoup aux techniques d\u2019enregistrement les plus sophistiqu\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque. 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