{"id":3257,"date":"2023-03-17T17:33:43","date_gmt":"2023-03-17T16:33:43","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3257"},"modified":"2023-03-17T17:33:45","modified_gmt":"2023-03-17T16:33:45","slug":"notes-de-lecture-44","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3257","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE (44)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>MAURICE MAETERLINCK \u2013 <em>LA VIE DES FOURMIS<\/em> \u2013 Fasquelle \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet par ailleurs Maeterlinck comme l\u2019un des chefs de file de l\u2019\u00e9cole des po\u00e8tes symbolistes belges, ceux qui, disciples de Mallarm\u00e9 et de Paul Val\u00e9ry, ont propos\u00e9 une po\u00e9sie obscure et herm\u00e9tique, fascin\u00e9e par l\u2019antiquit\u00e9 et ses mythologies. On veut parler de po\u00e8tes comme Verhaeren ou Rodenbach.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien de tout cela ici. Maeterlinck, en po\u00e8te plus qu\u2019en scientifique, avait aussi \u00e9crit des trait\u00e9s sur les abeilles, les termites et les fourmis. Ce sont ces-derni\u00e8res qui nous occupent ici.<\/p>\n\n\n\n<p>On a connu des gens comme Bernard Werber, ancien journaliste scientifique au <em>Nouvel Observateur<\/em>, qui ont consacr\u00e9 des sagas romanesques au monde fascinant (en tout cas pour eux) des fourmis. On pourrait citer aussi Vian. Rien de tel ici, ce livre se veut un trait\u00e9 scientifique traitant de ce monde. Un travail de myrm\u00e9cologie, branche de l\u2019entomologie consacr\u00e9e \u00e0 ces insectes.<\/p>\n\n\n\n<p>Maeterlinck ne n\u00e9glige aucun aspect de leur vie sociale&nbsp;: la fourmili\u00e8re, la cit\u00e9, les nids, les guerres, communication et orientation, pastorales, champignonnistes, fourmis agricoles et parasites&nbsp;; autant de t\u00eates de chapitre pour un livre merveilleusement \u00e9crit, plus proche de la po\u00e9sie on le r\u00e9p\u00e8te que de l\u2019aust\u00e8re trait\u00e9 scientifique. Car Maeterlinck aime ces petites b\u00eates industrieuses et il s\u2019appuie sur divers \u00e9crits d\u2019entomologistes pour en parler, sans s\u2019\u00eatre livr\u00e9 lui-m\u00eame aux mille exp\u00e9riences relat\u00e9es. C\u2019est parfois difficile \u00e0 lire, mais fascinant.<\/p>\n\n\n\n<p>En po\u00e8te donc, mais aussi en m\u00e9taphysicien, car ce qui int\u00e9resse Maeterlinck se trouve aussi dans l\u2019anthropomorphisme, trouver des concordances avec le r\u00e8gne humain. Pour lui, la fourmi a r\u00e9alis\u00e9 l\u2019id\u00e9al d\u2019un monde communiste, o\u00f9 chacun travaille pour l\u2019autre et o\u00f9 le collectif guide l\u2019individu qui n\u2019a pas de valeur intrins\u00e8que. Il y voit aussi, en chr\u00e9tien, une main invisible qui meut tout ce petit monde dans le sens de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Il en veut pour preuve cet estomac collectif o\u00f9 chacun peut plonger pour se nourrir et aussi sustenter les autres. Il en veut aussi pour preuve cette aptitude \u00e0 domestiquer d\u2019autres esp\u00e8ces, comme les pucerons qu\u2019ils traient comme nous trayons les vaches.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, il n\u2019omet rien des esp\u00e8ces inamicales, guerri\u00e8res, agressives et d\u00e9vastatrices, mais c\u2019est pour lui l\u2019exception qui vient confirmer cette belle r\u00e8gle d\u2019un monde parfait o\u00f9 chacun trouve sa place.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous parle avec \u00e9motion de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de ces insectes, de leur sens de l\u2019abn\u00e9gation et de leur courage face \u00e0 toutes les situations. On croirait qu\u2019il les aime vraiment et voit en elles des rempla\u00e7antes id\u00e9ales pour une humanit\u00e9 qui a failli.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, des intelligences en marche \u00e0 qui il ne manque que le langage, pas la communication. Maeterlinck se moque de La Fontaine avec sa fourmi pas pr\u00eateuse et pingre. C\u2019est tout le contraire nous explique-t-il, insecte g\u00e9n\u00e9reux, social et collectiviste. On ne les voit plus de la m\u00eame fa\u00e7on apr\u00e8s avoir lu ce livre, et on prendra garde \u00e0 ne pas les \u00e9craser. Ce sont peut-\u00eatre nos futurs ma\u00eetres. Mais qu\u2019est-ce qu\u2019il a contre les cigales&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SOMERSET MAUGHAM \u2013 <em>IL SUFFIT D\u2019UNE NUIT<\/em> \u2013 La Palatine.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les romans pour dames de Somerset Maugham, chantait Souchon. Il n\u2019est pas interdit aux hommes d\u2019y fourrer le nez. Maugham peut para\u00eetre d\u00e9mod\u00e9 aujourd\u2019hui, avec ses codes mondains et ses valeurs vieille Angleterre, mais il reste un grand prosateur doubl\u00e9 d\u2019un fin connaisseur de l\u2019\u00e2me humaine, et pas seulement f\u00e9minine. On pourrait citer \u00e0 l\u2019appui de cette assertion <em>Le sortil\u00e8ge malais<\/em>, <em>Le fil du rasoir<\/em> ou encore <em>Servitude humaine<\/em> et on s\u2019arr\u00eatera l\u00e0 pour ne pas se voir accus\u00e9 de faire du remplissage.<\/p>\n\n\n\n<p>Nul besoin d\u2019ailleurs, tant on a \u00e0 dire sur ce petit livre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019action se passe \u00e0 Florence, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne Mary est en vill\u00e9giature. Elle est d\u2019une beaut\u00e9 rare et n\u2019a pas vraiment de probl\u00e8mes d\u2019argent. C\u2019est Maugham quand m\u00eame, pas le champion du roman social. Mary est courtis\u00e9e par un lord, Edgar, qui doit jouer un r\u00f4le important aux Indes, mais aussi par Rawley, un dandy d\u00e9sinvolte qui s\u2019\u00e9prend d\u2019elle, m\u00eame si lui pense plus \u00e0 une coucherie qu\u2019\u00e0 un mariage.<\/p>\n\n\n\n<p>Lord Edgar est rappel\u00e9 \u00e0 Londres et, les rues n\u2019\u00e9tant pas s\u00fbres, il confie son revolver \u00e0 Mary qui, une nuit, accepte de coucher avec un violoniste autrichien pers\u00e9cut\u00e9 et malheureux. Le violoniste est fou amoureux (comment lui r\u00e9sister), et il n\u2019accepte pas de se voir cong\u00e9di\u00e9 au petit matin. Il a entrevu le paradis et on le renvoie \u00e0 son enfer. \u00c0 la suite d\u2019une dispute, le revolver de Mary lui arrive entre les mains et il se suicide. Le coup d\u2019un soir (Maugham bien s\u00fbr n\u2019appelle pas cela ainsi) a mal tourn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuit une intrigue polici\u00e8re o\u00f9 Rawley le dandy l\u2019aide \u00e0 cacher le corps et \u00e0 enterrer, si on peut dire, l\u2019affaire. Une affaire qui affecte Mary jusqu\u2019\u00e0 bouleverser son destin. On devine la suite, mais on ne la d\u00e9voilera pas ici, au cas o\u00f9 vous tomberiez un jour sur ce roman.<\/p>\n\n\n\n<p>Roman pour dames, il l\u2019est vraiment et on a d\u00e9j\u00e0 lu des choses plus int\u00e9ressantes de Maugham mais, tel qu\u2019il est, il se lit bien et d\u00e9crit une certaine classe aristocratique anglaise avec ironie et causticit\u00e9. Le bougre sait aussi bricoler des intrigues et raconter des histoires, avec malice, coups de th\u00e9\u00e2tre, rebondissements et qui proquos.<\/p>\n\n\n\n<p>Le conteur amus\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 morte ou en voix d\u2019extinction. Un chroniqueur mondain qui aurait du talent, et de la sensibilit\u00e9. N\u2019oublions pas Somerset Maugham (\u00e0 prononcer M\u00f4me avec une moue fatigu\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EDWARD ALBEE \u2013 <em>QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF<\/em> \u2013 Robert Laffont \/ Livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je connaissais vaguement le film de Mike Nichols avec les \u00e9poux terribles Liz Taylor et Richard Burton. La plus belle sc\u00e8ne de m\u00e9nage jamais mise en sc\u00e8ne, si on veut bien excepter <em>La m\u00e9g\u00e8re apprivois\u00e9e<\/em> de Shakespeare. C\u2019est en tout cas ainsi que Jean Cau, en pr\u00e9facier, pr\u00e9sente le texte. Oui, Jean Cau, l\u2019ancien secr\u00e9taire de Sartre r\u00e9dacteur des <em>Temps modernes<\/em> devenu chroniqueur r\u00e9ac et atrabilaire \u00e0 <em>Paris Match<\/em>. Cavanna en inf\u00e9rait qu\u2019il avait d\u00fb avoir les oreillons entre temps, pas soign\u00e9s. On en meure o\u00f9 on en reste idiot, comme disait Bedos.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien \u00e0 voir, dans le titre, avec l\u2019illustre \u00e9crivaine, mais plut\u00f4t avec la comptine <em>\u00ab&nbsp;qui craint le grand m\u00e9chant loup&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>, que le couple infernal chantonne dans les p\u00e9riodes de calme. Des p\u00e9riodes qui sont rares, tant Martha et George n\u2019arr\u00eatent pas de se d\u00e9chirer. Comme t\u00e9moins de la dispute, un couple de jeunes am\u00e9ricains&nbsp;: Honey, une \u00e9tudiante un peu niaise et en tout cas na\u00efve, et Nick, un jeune professeur de biologie beau gosse, sportif et plut\u00f4t sain. Bref, la jeune Am\u00e9rique pleine d\u2019avenir contre la vieille, celle des n\u00e9vroses et des vieux d\u00e9mons.<\/p>\n\n\n\n<p>Le couple \u00e9patant passe son temps \u00e0 se d\u00e9chirer donc, \u00e0 se maudire, \u00e0 se meurtrir, avec un raffinement masochiste. Ils ont franchi, l\u2019alcool aidant, les limites de la d\u00e9cence et ce sont deux fauves qui s\u2019entre d\u00e9vorent sur fond d\u2019orgueil bless\u00e9 et de haines recuites.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle lui reproche d\u2019\u00eatre un universitaire sans ambition, qui a d\u00e9\u00e7u les espoirs de son p\u00e8re doyen de l\u2019universit\u00e9 et qui y fait \u00e0 ce titre la pluie et le beau temps. Elle lui reproche un roman non publi\u00e9 qui parle du meurtre de ses parents. Elle lui reproche de n\u2019avoir jamais pu avoir d\u2019enfants, et la fiction est entretenue d\u2019un fils mort. On ne sait pas tr\u00e8s bien et il y a des zones d\u2019ombre, ce qui rend l\u2019intrigue encore plus fascinante. Lui en a autant \u00e0 son service&nbsp;: c\u2019est une garce (d\u2019ailleurs, elle couche avec Nick \u00e0 un moment de la pi\u00e8ce), une alcoolique, une n\u00e9vros\u00e9e, une ambitieuse et elle n\u2019a jamais pu lui donner d\u2019enfants. Elle soutient son p\u00e8re, que George compare \u00e0 une souris blanche aux yeux rouges, et n\u2019en finit pas de souligner la m\u00e9diocrit\u00e9 de son mari. Trois rounds et une victoire par K.O de George, qui a choisi le point faible de Martha, son rapport \u00e0 la procr\u00e9ation et \u00e0 l\u2019enfantement. Mais on peut parler d\u2019un match nul o\u00f9 les deux combattants ivres jettent l\u2019\u00e9ponge sous le regard constern\u00e9 de leurs deux spectateurs, personnages assez falots qui n\u2019ont plus qu\u2019\u00e0 maudire le fait d\u2019avoir accept\u00e9 cette invitation tardive, ce \u00ab&nbsp;dernier verre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une pi\u00e8ce violente, un moment de pure d\u00e9mence, une tuerie. Albee avait d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 <em>Zoo circus<\/em> (jou\u00e9 en France avec Laurent Terzieff dans le r\u00f4le principal) ou<em> La mort de Bessie Smith<\/em>. On le raccroche au th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde des Beckett, Ionesco ou Adamov, alors qu\u2019il appartient \u00e0 ce th\u00e9\u00e2tre \u00ab&nbsp;off Broadway&nbsp;\u00bb des Arthur Miller, Tennessee Williams ou Eugene O\u2019Neill. Soit un th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9 (pas au sens o\u00f9 Artaud l\u2019entendait), jamais \u00e9loign\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s am\u00e9ricaines, du d\u00e9sespoir des \u00eatres, de leur solitude et de leur irr\u00e9sistible d\u00e9sir de se faire mal, de se d\u00e9truire, avec ou sans t\u00e9moins.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>Il n\u2019y a pas de deuxi\u00e8me acte dans la vie d\u2019un Am\u00e9ricain&nbsp;\u00bb<\/em>, disait Scott Fitzgerald. Ici, il y a beau en avoir trois, on est de plain-pied dans la trag\u00e9die am\u00e9ricaine, quelque chose comme Shakespeare \u00e0 New York et au XX\u00b0 si\u00e8cle. Aussi admirable que douloureux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ELIA KAZAN \u2013 <em>L\u2019ARRANGEMENT \u2013<\/em> Stock<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration295.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3259\" width=\"580\" height=\"1075\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration295.jpg 232w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration295-162x300.jpg 162w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/illustration295-16x30.jpg 16w\" sizes=\"(max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption><em>Faye Dunaway, Kirk Douglas, Deborah Kerr. L&rsquo;Arragement, d&rsquo;Elia Kazan (1967). Putain de film!<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u00e0 aussi un film qu\u2019on a vu et qu\u2019on a beaucoup aim\u00e9, avec le grand Kirk Douglas et Kazan qui nous montrait ses blessures, ses cicatrices int\u00e9rieures. On a ici le roman, paru en 1967 soit un peu avant le film. Pour le contexte, Kazan a d\u00e9nonc\u00e9 des amis devant les tribunaux de l\u2019inquisition du maccarthysme, et il ne s\u2019en est jamais remis. Tout ce qui penche un peu \u00e0 gauche \u00e0 Hollywood lui tourne le dos et il n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 l\u00e9cher ses blessures, en vieux lion qui a eu la faiblesse de se laisser \u00e0 demi d\u00e9vorer par les hy\u00e8nes. Son film <em>America, America <\/em>sera encore plus explicite \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019<\/em><em>Arrangement <\/em>ressemble fort \u00e0 un roman autobiographique. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un drop out (quelqu\u2019un qui largue tout pour d\u00e9buter une nouvelle vie), celui de Eddy Evans, fils d\u2019immigr\u00e9 gr\u00e9co-turc qui a r\u00e9ussi dans la vie avec une femme aimante, une fille adoptive promise \u00e0 un brillant avenir, une villa \u00e0 Berverly Hills, deux jobs g\u00e9n\u00e9reusement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, des ma\u00eetresses et tout le confort qui va avec.<\/p>\n\n\n\n<p>Que veut exactement Evans&nbsp;? Il n\u2019en sait rien lui-m\u00eame, si ce n\u2019est que sa propre vie \u2013 et par extension ce qu\u2019on a pu appeler l\u2019American way of life, ne lui convient plus et qu\u2019il entend rompre radicalement avec elle, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019auto-destruction et la folie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman commence innocemment par une aventure avec Gwen, une femme s\u00e9duisante qui a un lourd pass\u00e9. Evans travaille dans une agence de publicit\u00e9 et pige pour un journal \u00e0 scandale. Il veut quitter sa femme pour refaire sa vie avec sa ma\u00eetresse du moment et, surtout, quitter ces deux emplois qu\u2019il ne font qu\u2019exploiter la b\u00eatise et la cupidit\u00e9 de gens. \u00ab&nbsp;Pourquoi \u00e7a devait \u00eatre comme \u00e7a ,&nbsp;\u00bb est la question r\u00e9currente du livre. Il sait ce qu\u2019il veut, tout quitter, mais il ne sait pas trop comment faire. Il ne sait surtout pas s\u2019il existe une fa\u00e7on de le faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements qu\u2019il serait fastidieux de raconter mais o\u00f9 Evans aggrave son cas, son \u00e9pouse d\u00e9laiss\u00e9e le met sous tutelle, sa ma\u00eetresse lui claque dans les doigts, son rival lui tire dessus, ses ex-employeurs finissent pas l\u2019envoyer pa\u00eetre et son p\u00e8re se meurt \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. L\u2019avocat de la famille et le psychiatre de sa femme le d\u00e9clarent irresponsable et Evans, traqu\u00e9, finit par \u00eatre intern\u00e9 en \u00e9tablissement psychiatrique. Loin de s\u2019en formaliser, c\u2019est pour lui le lieu d\u2019une \u00ab&nbsp;retraite bouddhiste&nbsp;\u00bb. Un homme qui se d\u00e9bat au milieu des conventions et de la morale, en qu\u00eate d\u2019une libert\u00e9 absolue et d\u2019une \u00e9piphanie individuelle. En attente d\u2019une renaissance, d\u2019une r\u00e9surrection, puisqu\u2019il croit avoir tu\u00e9 l\u2019ancien Evans, son ancien moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Un roman passionnant, m\u00eame s\u2019il y a parfois des longueurs dans ces 500 pages. On pense \u00e0 des \u00e9crivains new-yorkais chantres du d\u00e9sespoir et de la folie, comme Hubert Selby ou Norman Mailer. C\u2019est dire au niveau o\u00f9 \u00e7a se place et Kazan n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019un cin\u00e9aste consomm\u00e9, c\u2019\u00e9tait aussi un \u00e9crivain. C\u2019est le roman de la r\u00e9demption et les symboles religieux sont nombreux (on croirait suivre les \u00e9tapes d\u2019une Passion), m\u00eame si Evans rejette l\u2019id\u00e9e de dieu et ne compte que sur lui-m\u00eame pour d\u00e9couvrir son vrai moi. C\u2019est aussi un roman freudien, qui confronte le principe de r\u00e9alit\u00e9, sa vie d\u2019avant, et le principe de plaisir, celle qu\u2019il voudrait mener m\u00eame si \u00e7a ne l\u2019a amen\u00e9 qu\u2019\u00e0 d\u00e9choir jusqu\u2019\u00e0 \u00e9chouer en psychiatrie. Le roman de la libert\u00e9 de l\u2019homme et une question, on le voit, tr\u00e8s philosophique, pas tr\u00e8s loin d\u2019un Camus ou d\u2019un Sartre. Pas un hasard si le livre date de 1967, \u00e2ge d\u2019or de l\u2019\u00e8re hippie, de la remise en cause de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et du conformisme. \u00ab&nbsp;Turn on, tune in, drop out&nbsp;\u00bb, comme disait Timothy Leary.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin est presque un happy end. Evans est partag\u00e9 entre les envies suicidaires de son auto-destruction et son euphorie chronique, mais il finit par se stabiliser et m\u00e8ne une vie tranquille en compagnie de son ex-ma\u00eetresse et d\u2019un gamin qu\u2019il suppose \u00eatre leur fils. Le calme est revenu, apr\u00e8s la temp\u00eate, qui vient conclure cette \u00e9vocation sans appr\u00eat de la condition humaine. Trop humaine, comme disait Nietzsche auquel ce livre renvoie aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Viva Kazan&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>17 mars 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MAURICE MAETERLINCK \u2013 LA VIE DES FOURMIS \u2013 Fasquelle \/ Le livre de poche On conna\u00eet par ailleurs Maeterlinck comme l\u2019un des chefs de file de l\u2019\u00e9cole des po\u00e8tes symbolistes belges, ceux qui, disciples de Mallarm\u00e9 et de Paul Val\u00e9ry, ont propos\u00e9 une po\u00e9sie obscure et herm\u00e9tique, fascin\u00e9e par l\u2019antiquit\u00e9 et ses mythologies. 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