{"id":3392,"date":"2023-05-25T09:40:38","date_gmt":"2023-05-25T07:40:38","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3392"},"modified":"2023-05-25T09:40:40","modified_gmt":"2023-05-25T07:40:40","slug":"consternants-voyageurs-vol-17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3392","title":{"rendered":"CONSTERNANTS VOYAGEURS VOL 17"},"content":{"rendered":"\n<p><em><u><strong>SOUTHEND ON SEA<\/strong><\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/illustration320.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3394\" width=\"578\" height=\"324\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/illustration320.jpeg 232w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/illustration320-30x17.jpeg 30w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><figcaption>Le Parrot Club \u00e0 Southend. Changement de propri\u00e9taire. Photo X<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cela avait \u00e9t\u00e9 une ann\u00e9e singuli\u00e8re. La Cosmod\u00e9moniaque s\u2019\u00e9tait enfin mise en conformit\u00e9 avec le Code du travail et on avait droit \u00e0 un Comit\u00e9 d\u2019entreprise, \u00e0 des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de personnel et \u00e0 des CHS\/CT en bonnes et dues formes. Avant m\u00eame la premi\u00e8re s\u00e9ance, on apprenait par c\u0153ur le Code du travail et ses principaux articles et alin\u00e9as. Avec les quelques camarades qui allaient \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 si\u00e9ger avec moi, on rivalisait de connaissances sur le Code dans toutes ses \u00e9ditions, jusqu\u2019\u00e0 nous poser des questions sous forme de quiz improvis\u00e9s, proc\u00e9d\u00e9 ludique pour m\u00e9moriser tout ce savoir qui nous paraissait neuf et abscons.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9, d\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9ance qui n\u2019\u00e9tait en fait qu\u2019une distribution des postes et des pr\u00e9sidences de commission, \u00e0 la digne fonction de tr\u00e9sorier, plus pour des questions de rapport de force syndicaux que pour de quelconques comp\u00e9tences pour un travail que je m\u2019\u00e9tais jur\u00e9 depuis toujours de ne jamais avoir \u00e0 faire. La gestion et la comptabilit\u00e9 relevaient pour moi de cette \u00ab&nbsp;horreur \u00e9conomique&nbsp;\u00bb \u00e9voqu\u00e9e par Rimbaud, et les chiffres m\u2019avaient toujours donn\u00e9 la naus\u00e9e. Mais la fonction cr\u00e9ait l\u2019organe, disait-on, et l\u2019argument massue m\u2019ayant convaincu d\u2019accepter le poste \u00e9tait ce mi-temps de dispense qui m\u2019\u00e9loignait des services. D\u00e9j\u00e0, mes fonctions syndicales dans un service de r\u00e9clamation pour VIP\u2019s faisaient t\u00e2che et des cadres jusque-l\u00e0 dociles commen\u00e7aient \u00e0 rechigner devant les conditions de travail qui leur \u00e9taient faites. La direction voyait d\u2019un bon \u0153il ma nomination \u00e0 cette fonction qui devait m\u2019\u00e9loigner du terrain. Certains jours, je partais pour Vanves ex\u00e9cuter mes pr\u00e9rogatives, signant des ch\u00e8ques, m\u2019entretenant avec des conseillers financiers et enregistrant recettes et d\u00e9penses dans un logiciel comptable. J\u2019avais \u00e0 pr\u00e9senter un point tr\u00e9sorerie \u00e0 chaque session et un budget pr\u00e9visionnel en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e. Dans un silence religieux, je dressais les bilans et les perspectives avant de r\u00e9pondre avec aplomb aux questions qui fusaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous partions donc \u00e0 trois, au petit matin, pour les s\u00e9ances pl\u00e9ni\u00e8res et parfois pour les commissions, \u00e0 la direction de la Cosmod\u00e9moniaque. Un crieur de journaux nous assaillait \u00e0 la gare du Nord avec les publications post-<em>Hara Kiri<\/em> genre <em>Patate Power<\/em> ou <em>Grodada<\/em>. Je discutais avec lui en faisant patienter mes camarades et, apr\u00e8s lui avoir achet\u00e9 des exemplaires, il me donnait des nouvelles de Choron et des dessinateurs qui lui \u00e9taient rest\u00e9s fid\u00e8les&nbsp;: Villemin, Charlie Schlingo, le Suisse Poussin et le Belge Kamagurka. Puis on allait prendre un caf\u00e9 au Cadran, m\u00e9tro Vaugirard, sur la Place d\u2019Alleray en peaufinant nos strat\u00e9gies avant la r\u00e9union du matin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait ensuite la r\u00e9union pr\u00e9paratoire o\u00f9 il s\u2019agissait, sur chaque dossier, d\u2019accorder nos positions. Chacun devait prendre la parole \u00e0 son tour en \u00e9vitant de marcher sur les plates-bandes du voisin et les consignes de vote \u00e9taient donn\u00e9es, \u00e0 respecter. Puis c\u2019\u00e9tait la grand-messe, avec un ancien directeur des services informatiques de la mairie de Paris sous Tib\u00e9ri (sous Tib\u00e8re) qui menait le bal, second\u00e9 par une D.R.H plut\u00f4t gironde vers laquelle il se tournait pour les points juridiques ou de r\u00e9glementation. Un esp\u00e8ce de grand bourgeois suffisant et hautain, conc\u00e9dant juste un sourire crisp\u00e9 \u00e0 chacune de ses blagues vaseuses. Chaque directeur ou chef de projet passait sur la sellette d\u00e9fendre son dossier, soumis au vote, et c\u2019\u00e9tait de grandes d\u00e9monstrations d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9conomique, d\u2019intelligence commerciale et, va sans dire, de gagnant-gagnant pour l\u2019entreprise et le personnel. Apr\u00e8s la s\u00e9ance des questions et r\u00e9ponses, on votait et le dossier s\u2019en trouvait immanquablement retoqu\u00e9 ou renvoy\u00e9 \u00e0 l\u2019avis des CHS\/CT, au grand dam de celui qui l\u2019avait d\u00e9fendu. Le directeur faisait grise mine devant ce qu\u2019il qualifiait d\u2019obstruction syst\u00e9matique, mais il consid\u00e9rait le vote comme effectif et valable, quitte \u00e0 s\u2019asseoir sur nos avis dont il se passerait ais\u00e9ment. On le mena\u00e7ait de recours juridiques et il haussait les \u00e9paules, arguant de ce que la Cosmod\u00e9moniaque avait aussi ses juristes. Et des bons&nbsp;! Au prix o\u00f9 on les paye (sourire crisp\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>On repartait le soir par le train avec un sentiment de frustration et d\u2019impuissance, pr\u00e9parant d\u00e9j\u00e0 les grandes lignes d\u2019un tract que nous allions diffuser largement \u00e0 nos coll\u00e8gues, dans le genre \u00ab&nbsp;c\u2019est une honte, c\u2019est un scandale. Un nouveau coup de force de la direction&nbsp;\u00bb. Si les dossiers de restructuration variaient, nos indignations et nos commentaires ironiques n\u2019auraient bient\u00f4t plus rien de spontan\u00e9s. C\u2019est la r\u00e9signation qui pr\u00e9sidait \u00ab&nbsp;dans les services&nbsp;\u00bb, comme on disait, et on passait pour des oiseaux de mauvaise augure, des proph\u00e8tes du malheur annon\u00e7ant les catastrophes \u00e0 venir. On compensait en leur promettant des surprises pour la partie Activit\u00e9s sociales et culturelles, en gros des voyages, des ch\u00e8ques-vacances, des bons d\u2019achat ou des abonnements dans des clubs sportifs ou des salles de cin\u00e9ma. Un peu de sucre pour faire passer les suppressions d\u2019emploi et ce qu\u2019ils baptisaient pudiquement du nom de r\u00e9organisations.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le civil, je militais dans des collectifs dits anti-lib\u00e9raux contre le Trait\u00e9 Constitutionnel Europ\u00e9en qui devait \u00eatre soumis aux suffrages l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s, fin mai. On invitait des experts pour des d\u00e9bats publics et on passait le plus clair de nos r\u00e9unions \u00e0 d\u00e9cortiquer chaque article du trait\u00e9 pour y d\u00e9busquer les atteintes \u00e0 la d\u00e9mocratie, un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019assembl\u00e9es de t\u00e9moins de J\u00e9hovah \u00e9pluchant chaque verset de la bible. Nous faisions comme eux des portes \u00e0 portes les samedis matins, sur le m\u00eame mode \u00ab&nbsp;r\u00e9veillez-vous&nbsp;!&nbsp;\u00bb, sauf que nous appelions \u00e0 la vigilance citoyenne et \u00e0 l\u2019esprit critique. Il y avait de tout, des associatifs, des syndicalistes, des politiques ligu\u00e9s pour terrasser le Moloch europ\u00e9en appel\u00e9 \u00e0 nous broyer au nom de la concurrence \u00ab&nbsp;libre et non fauss\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On parlait aussi de l\u2019A.G.C.S, des accords de libre \u00e9change de type AMI ou Tafta, et on renfor\u00e7ait nos propres expertises en analysant chaque article et ses effets n\u00e9fastes sur le social et l\u2019\u00e9cologie. Les collectifs allaient plus tard se fracasser sur le choix d\u2019un candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2007, et la fameuse formule \u00ab&nbsp;le programme d\u2019abord, le candidat ensuite&nbsp;\u00bb n\u2019avait pas suffi \u00e0 rengainer les couteaux. Au moins avions-nous eu cette large victoire au r\u00e9f\u00e9rendum sur le T.C.E, mais nous ignorions alors qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une victoire \u00e0 la Pyrrhus. N\u2019emp\u00eache, sur le coup, on s\u2019\u00e9tait r\u00e9joui au-del\u00e0 de toute mesure avec la conviction que notre travail militant avait pay\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait eu aussi Gu\u00e9ret et cette manifestation au fin fond de la Creuse contre le d\u00e9mant\u00e8lement des services publics en zones rurales et m\u00eame ailleurs. La fameuse manifestation o\u00f9 une boule de neige avait atterri sur le col d\u2019un Fran\u00e7ois Hollande surpris. En bref, une ann\u00e9e militante bien remplie et il \u00e9tait temps de prendre quelques vacances.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en avais parl\u00e9 \u00e0 Reginald qui s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 int\u00e9ress\u00e9. C\u2019\u00e9tait un vieil ami de ma femme que j\u2019avais plut\u00f4t \u00e0 la bonne. Un peu l\u00e9ger mais marrant, avec un c\u00f4t\u00e9 nouveau beauf \u00e0 la Cabu avec queue de cheval, \u00e9ternelle barbe de trois jours et ray-bans qui cachaient des cernes d\u2019insomniaque. Le type de s\u00e9ducteur un peu mariolle qui se donnait des allures de Gainsbourg ch\u2019ti. Un genre. Son \u00e9pouse, Josette, \u00e9tait un petit bout de femme \u00e9nergique et joyeuse, que j\u2019aimais bien. Ils avaient un fils diagnostiqu\u00e9 hyper-actif, autant dire super-chiant mais on finissait par s\u2019y faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Reginald, donc, s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019id\u00e9e d\u2019aller passer une semaine \u00e0 Southend On Sea, dans l\u2019Essex, o\u00f9 l\u2019ex pianiste de Procol Harum &#8211; Gary Brooker \u2013 tenait un pub sur la digue, \u00e0 l\u2019enseigne du perroquet. Le caboulot \u00e9tait justement nomm\u00e9 The Parrot.<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes nous avaient suivi, loin de partager notre enthousiasme mais d\u00e9sireuses de ne pas faire obstacle \u00e0 nos projets marqu\u00e9s au coin de la nostalgie. Ou disons de mes nostalgies, que Reginald avait pris le parti de partager en bon camarade. Fanny, la fille de Fran\u00e7oise, avait tenu \u00e0 nous accompagner afin de parfaire son anglais, avait-elle plaid\u00e9. Toute une \u00e9quip\u00e9e pour rejoindre une cit\u00e9 baln\u00e9aire de l\u2019Essex, chercher un bistrot et payer un verre au patron en esp\u00e9rant tirer de lui quelques anecdotes piquantes pour une biographie du groupe que j\u2019ambitionnais d\u2019\u00e9crire. L\u2019argument \u00e9tait mince et on avait connu odyss\u00e9es plus fabuleuses.<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019\u00e9tait engouffr\u00e9s au petit matin dans l\u2019Eurostar et retrouv\u00e9s \u00e0 Londres la figure enfarin\u00e9e. Je repensais avec nostalgie \u00e0 ces travers\u00e9es de la Manche en bateau o\u00f9 il m\u2019arrivait de vomir accoud\u00e9 au bastingage. Ici, tout allait vite et on avait \u00e0 peine mis le pied sur le quai de la gare de Victoria qu\u2019il fallait prendre un train qui desservait Dartford \u2013 la ville des Pretty Things \u2013 avant Southend, direction Romford et l\u2019\u00eele de Canvey. On \u00e9tait arriv\u00e9s juste pour manger et le pub de Brooker pourrait bien nous servir un fish and chips des familles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je devais souvent prendre le relais de Reginald dont l\u2019Anglais n\u2019\u00e9tait pas des meilleurs. Josette m\u2019\u00e9paulait lorsque je s\u00e9chais ou ne comprenais pas mon interlocuteur. On avait fini par trouver le Parrot, avec un gros perroquet du Gabon, vert et rouge, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. Ce n\u2019\u00e9tait pas exactement au bord de la mer, sur la digue, mais dans une petite rue adjacente, pr\u00e8s du centre-ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos espoirs furent vite d\u00e9\u00e7us, un habitu\u00e9, qui parlait parfaitement le Fran\u00e7ais, nous informa que Gary Brooker avait c\u00e9d\u00e9 son commerce il y a six mois et qu\u2019il \u00e9tait parti sur le continent pour une tourn\u00e9e au long cours et en solo. Il chanterait , on le pr\u00e9sumait, \u00ab&nbsp;A Whiter Shade Of Pale&nbsp;\u00bb dans des casinos de la vieille Europe, pour des gens qui ne le connaissaient que pour cela. Je racontais \u00e0 Regtinald et \u00e0 Josette combien ce groupe avait cont\u00e9 pour moi, son romantisme noir, ses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Bach et \u00e0 Haendel, \u00e0 Coleridge et \u00e0 Shelley. Pas besoin de faire l\u2019article \u00e0 Fran\u00e7oise et Fanny qui connaissaient mon num\u00e9ro par c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une nuit d\u2019h\u00f4tel et un petit-d\u00e9jeuner solide, on pensait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 rentrer, las de marcher le long du quai en su\u00e7ant des glaces devant la mer d\u2019un triste gris sale. La jet\u00e9e de 2 kilom\u00e8tres \u00e9tait, nous avait-on dit, la plus longue du monde et j\u2019essayais de rep\u00e9rer l\u2019endroit pr\u00e9cis o\u00f9 Doctor Feelgood s\u2019\u00e9tait fait photographier sur la pochette de leur premier album, <em>Down by the jetty<\/em>, justement. Mais on commen\u00e7ait \u00e0 se lasser de mes petites maniaqueries nostalgiques et mes propositions de chercher les traces d\u2019autres membres du groupe dans la ville furent rejet\u00e9es sans examen.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait quand m\u00eame trouv\u00e9 un bed and breakfast pour passer deux ou trois jours maximum. On \u00e9tait all\u00e9s dans les patelins environnants&nbsp;: Romford, Leigh On Sea et, la derni\u00e8re journ\u00e9e, on l\u2019avait pass\u00e9e sur l\u2019\u00eele de Canvey, l\u00e0 o\u00f9 avait grandi Wilko Johnson, guitariste de Feelgood, sauf que lui n\u2019avait jamais tenu de bistrot. C\u2019\u00e9tait pourtant l\u2019\u00e9t\u00e9, mais il pleuvait sans arr\u00eat et les conditions n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9unies pour qu\u2019on s\u2019esbaudisse devant la verte campagne anglaise.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;On aurait d\u00fb aller dans les Cornouailles, avait dit Reginald. Y \u2019a rien dans ce coin pourri. Sa femme \u00e9tait d\u2019accord et, un peu lettr\u00e9e, elle disait que Thomas Hardy valait bien mon Procol Harum.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est toujours ses lubies et il entra\u00eene tout le monde derri\u00e8re lui, avait rench\u00e9ri Fran\u00e7oise. On aurait pu aller en \u00c9cosse ou en Irlande.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ou au Pays de Galles, fis-je, pour faire tournoi des 5 nations. Je vous ai pas demand\u00e9 de me suivre&nbsp; et on peut repartir tout de suite si vous y tenez.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh non je veux passer une journ\u00e9e \u00e0 Londres&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Fanny mit tout le monde d\u2019accord et on reprit le train pour Londres. Elle esp\u00e9rait voir un concert d\u2019Oasis au Royal Albert Hall, mais c\u2019\u00e9tait complet. On avait donc refait les lieux touristiques, Hyde Park, Westminster, Saint-Paul, Leicester Square, Piccadilly Circus et jusqu\u2019\u00e0 la rel\u00e8ve de la garde de Buckingham Palace. Des Fran\u00e7ais moyens \u00e0 Londres, en \u00e9t\u00e9. De vrais blaireaux, \u00ab&nbsp;french badgers&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne nous restait plus qu\u2019\u00e0 repartir, car nos \u00e9conomies avaient fondu et il ne nous \u00e9tait plus possible de louer quelque chose dans Londres. Nous n\u2019avions nulle envie de chercher une location dans une lointaine banlieue. De toute fa\u00e7on, le voyage \u00e9tait rat\u00e9 et tout le monde tirait la gueule pour diverses raisons. Seul Reginald avait l\u2019air content de lui, draguant Fanny avec des airs de grand fr\u00e8re bienveillant capable de lui r\u00e9v\u00e9ler les joies de l\u2019existence. Fran\u00e7oise n\u2019aimait pas du tout son petit jeu, et Josette encore moins. Son attitude ne me surprenait pas, lui qui avait toujours eu ce c\u00f4t\u00e9 macho un peu lourdingue. \u00ab&nbsp;Une bite \u00e0 la place du cerveau&nbsp;\u00bb avait un jour dit de lui sa s\u0153ur, et on commen\u00e7ait \u00e0 se rendre compte \u00e0 quel point elle avait raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour maussade toujours sous la pluie. On \u00e9tait le 7 juillet et, arriv\u00e9s \u00e0 Lille, on apprenait que quatre bombes avaient explos\u00e9 dans les transports publics de Londres, dans des bus et dans des rames de m\u00e9tro \u00e0 Liverpool Street et King\u2019s Cross et dans un autobus \u00e0 imp\u00e9riale \u00e0 Edgware Road. La radio parlait de 50 morts et 700 bless\u00e9s dont une vingtaine gri\u00e8vement, bilan provisoire. On avait eu droit aux d\u00e9clarations de Blair et de la Reine. La piste irlandaise \u00e9tait vite \u00e9cart\u00e9e au profit des suspects habituels&nbsp;; quelques islamistes venus du Maroc, d\u2019\u00c9gypte, de Syrie ou du Pakistan. On en saura pas beaucoup plus et, comme lot de consolation, Londres aura ses jeux olympiques pour 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>Rentr\u00e9s chez nous, on s\u2019\u00e9tait t\u00e9l\u00e9phon\u00e9s sur l\u2019air de \u00ab&nbsp;on l\u2019a \u00e9chapp\u00e9 belle&nbsp;\u00bb. C\u2019est encore Reginald qui en faisait le plus dans ce registre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;&#8211; T\u2019imagines qu\u2019on aurait pu sauter. \u00c7a devient dingue&nbsp;! On sait plus o\u00f9 aller pour \u00e9chapper \u00e0 ces malades, ces fanatiques\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui coupais la parole s\u00e8chement, peu dispos\u00e9 \u00e0 subir trop longtemps ses j\u00e9r\u00e9miades&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; le mieux serait que tu restes chez toi \u00e0 t\u2019occuper de ton fils. Arr\u00eate de prendre tes vols low cost, Ryanair et tout ce qui s\u2019ensuit. Ce sera bon pour ton empreinte carbone et ce sera excellent pour la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il l\u2019avait pris tr\u00e8s mal et m\u2019avait raccroch\u00e9 au nez. J\u2019avais justement forc\u00e9 un peu le trait pour qu\u2019il puisse avoir pr\u00e9cis\u00e9ment cette r\u00e9action qui me dispensait d\u00e9sormais de sa compagnie. Je regretterai Josette, mais pas lui, ni leur fils.<\/p>\n\n\n\n<p>On avait fini par se reparler peu de temps apr\u00e8s, les femmes ayant gard\u00e9 un lien et il nous arrivait de faire du v\u00e9lo en s\u2019arr\u00eatant boire des bi\u00e8res de garde sur la place des villages travers\u00e9s. Il \u00e9tait toujours aussi superficiel et balayait les sujets d\u2019actualit\u00e9 comme s\u2019il avait eu <em>France Info<\/em> dans la t\u00eate en continu. Il m\u2019avait propos\u00e9 un autre voyage sur les traces de son chanteur favori \u2013 Robert Plant \u2013 \u00e0 West Bromwich.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Tu sais, c\u2019est la grande banlieue de Birmingham, dans les Midlands de l\u2019ouest. Pr\u00e8s de Wolverhampton.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui je sais, il y a m\u00eame un club de foot assez connu l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah, tu vois, on peut y aller \u00e0 deux si tu veux.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh non, je veux justement \u00e9viter un t\u00eate \u00e0 t\u00eate de plusieurs jours avec toi et puis, \u00e0 la question \u00ab&nbsp;on s\u2019encule ou on prend le train, j\u2019ai toujours opt\u00e9 pour la premi\u00e8re alternative&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois ce fut la bonne. Sans un mot, il enfourcha son v\u00e9lo et je ne le revis plus. Depuis le temps qu\u2019il m\u2019emmerdait, Reginald, avec son Led Zeppelin et ses histoires de cul. Fallait bien que \u00e7a explose un jour. Un jour o\u00f9 j\u2019\u00e9tais d\u2019humeur chagrine.<\/p>\n\n\n\n<p>Apprenant par sa fille que Reginald avait des vues sur elle, Fran\u00e7oise rompit d\u00e9finitivement avec Josette qui protestait de la haute conscience morale de son mari comme de l\u2019inacceptable manque de confiance qu\u2019il y avait \u00e0 le suspecter. Si c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a\u2026 Autant en finir. Son degr\u00e9 de cocufiage \u00e9tait inversement proportionnel \u00e0 sa lucidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi prirent fin deux belles amiti\u00e9s. De chaudes et lumineuses amiti\u00e9s qui devinrent plus p\u00e2les encore qu\u2019une ombre blanche. Turned a whiter shade of pale. Air connu.<\/p>\n\n\n\n<p><em>19 mai 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SOUTHEND ON SEA Cela avait \u00e9t\u00e9 une ann\u00e9e singuli\u00e8re. 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