{"id":3413,"date":"2023-05-25T10:01:30","date_gmt":"2023-05-25T08:01:30","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3413"},"modified":"2023-05-25T10:01:32","modified_gmt":"2023-05-25T08:01:32","slug":"quadrophenia-les-who-en-schizophonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3413","title":{"rendered":"QUADROPHENIA : LES WHO EN SCHIZOPHONIE"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"600\" height=\"593\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/illustration324.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3415\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/illustration324.jpg 600w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/illustration324-300x297.jpg 300w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/illustration324-30x30.jpg 30w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption>Jimmy et son scooter. Photo Discogs. The kids are alright !<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019\u00e9tait il y a 50 ans. Apr\u00e8s le splendide <em>Tommy<\/em>, les Who sortaient <em>Quadrophenia<\/em>, encore un double album qui r\u00e9sumait, d\u2019une fa\u00e7on moins m\u00e9taphorique mais toute aussi lyrique, le malaise d\u2019une certaine jeunesse \u00e0 travers les ann\u00e9es Mods. Jimmy rempla\u00e7ait Tommy \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne des tourments adolescents \u00e0 l\u2019heure de l\u2019entr\u00e9e dans la vie adulte. Le g\u00e9nie de Pete Townshend s\u2019exprimait une derni\u00e8re fois, avec un Daltrey au sommet de son art, un Entwistle qui jouait du cor et toutes sortes de cuivres et un Moon en prodigieux batteur fou. Il y aura, comme pour <em>Tommy<\/em>, une tourn\u00e9e et un film. On se limitera au disque, splendide&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quadrophenia<\/em> sort le 19 octobre 1973. Le mixage s\u2019est effectu\u00e9 du 3 au 12 septembre et la sortie, pour Townshend, est rien moins que pr\u00e9matur\u00e9e, lui qui comptait y ajouter une derni\u00e8re touche dans un studio de Los Angeles ou d\u2019ailleurs. Pete Townshend a beaucoup mis de lui dans le double album, int\u00e9grant ses multiples moi dans le personnage de Jimmy et allant jusqu\u2019\u00e0 demander \u00e0 une station de radio de restituer les commentaires de batailles rang\u00e9es entre mods et rockers ou jusqu\u2019\u00e0 s\u2019enregistrer en chantant les premi\u00e8res paroles de \u00ab&nbsp;See And Sound&nbsp;\u00bb sur une plage. On entend le ressac et les mouettes. La sortie du disque l\u2019a surpris, mais MCA (et Track \/ Polydor) tenait absolument \u00e0 sortir l\u2019album bien avant les f\u00eates. \u00ab&nbsp;Un requiem mod&nbsp;\u00bb, titrera Garry Mulholland dans <em>Uncut<\/em> (2019). C\u2019est tout \u00e0 fait \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>On a droit \u00e0 un livret luxueux et aux paroles des chansons. Jimmy et son scooter rutilant en couverture, dans les r\u00e9troviseurs duquel on peut voir se refl\u00e9ter les figures des quatre membres du groupe. Le scooter de Jimmy \u00e9chou\u00e9 dans la Manche au verso. Entre temps, on d\u00e9roule l\u2019album&nbsp;: vie de famille, Jimmy dans le m\u00e9tro, Jimmy dans son quartier, Jimmy et ses d\u00e9buts dans la petite d\u00e9linquance, Jimmy au Goldhawk, Jimmy devant l\u2019Hammersmith Odeon qui programme les Who, Jimmy et son scooter accident\u00e9, Jimmy au lit avec les photos cochonnes au mur, Jimmy \u00e0 la gare, Jimmy entre deux business men, Jimmy \u00e0 Brighton, Jimmy d\u00e9couvrant, effondr\u00e9, que le leader mod qu\u2019il admirait est devenu un gar\u00e7on d\u2019h\u00f4tel, Jimmy SDF, Jimmy tombe \u00e0 l\u2019eau et Jimmy face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an, enfin. \u00ab&nbsp;Je te salue vieil oc\u00e9an&nbsp;!&nbsp;\u00bb, semble-t-il dire en Lautr\u00e9amont mod. Kit Lambert et Chris Stamp se voient encore cr\u00e9dit\u00e9s comme \u00ab&nbsp;executive&nbsp;\u00bb producteurs, avec Pete Kameron. Mais, au vrai, Nevison, Houison, Pridden et Johns (un peu) sont \u00e0 la man\u0153uvre. Ethan Russell et Graham Hughes se partagent entre photographies et travaux d\u2019art. Le personnage de Jimmy est incarn\u00e9 par un certain Chad, sans pr\u00e9cisions et Chris Stainton joue du piano sur trois morceaux. Au reste, <em>Quadrophenia<\/em> est enti\u00e8rement l\u2019\u0153uvre de Peter Townshend qui, bon prince, remercie son groupe, les Who, \u00e0 la fin de l\u2019envoi. C\u2019est bien le moins.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire est simple, moins complexe et surtout moins riche en symboles, paraboles, all\u00e9gories et mysticisme que <em>Tommy. <\/em>Mais Jimmy n\u2019est pourtant pas totalement \u00e9tranger \u00e0 Tommy, ils sont fr\u00e8res. Simplement, l\u00e0 o\u00f9 <em>Tommy<\/em> filait la m\u00e9taphore et flirtait avec l\u2019onirisme et le symbolique, Jimmy est ancr\u00e9 dans le quotidien et la r\u00e9alit\u00e9, situ\u00e9 &#8211; presque englu\u00e9 \u2013 de fa\u00e7on presque ethnique dans cette Angleterre des ann\u00e9es 60 o\u00f9, parall\u00e8lement aux fastes du Swinging London est un pays aux murs de briques couverts de suie, aux maisons basses align\u00e9es&nbsp;; un pays o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019ennui, la d\u00e9solation et, pour les jeunes, la mis\u00e8re sexuelle et la d\u00e9pression. Voil\u00e0 pour le d\u00e9cor, mais revenons \u00e0 l\u2019histoire. Jimmy et son psychiatre, Jimmy et sa famille &#8211; le p\u00e8re absent qui travaille sans arr\u00eat et la m\u00e8re qui l\u00e8ve le coude&nbsp;; ce qu\u2019on appelle un climat pathog\u00e8ne \u2013 Jimmy et son copain Dave.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pr\u00e9sentations \u00e9tant faites, l\u2019histoire peut se nouer&nbsp;; les derni\u00e8res 48 heures d\u2019un Jimmy fugueur qui s\u2019en va voir un concert de son groupe favori \u00e0 Brighton. Et de se lancer dans une description amusante du groupe. Puis Jimmy travaille comme \u00e9boueur dans un climat social agit\u00e9 o\u00f9 une gr\u00e8ve se pr\u00e9pare. Des histoires d\u2019adultes dans lesquelles il ne se reconna\u00eet pas. C\u2019est ensuite l\u2019in\u00e9vitable parade \u00e0 la plage en scooter avec Dave et sa copine, celle qu\u2019il aime en secret, pour narguer les rockers. La bataille peut s\u2019engager mais, auparavant, Jimmy a revu un chef de bande mod, un \u00ab&nbsp;ace face&nbsp;\u00bb selon la terminologie du milieu, reconverti en groom dans un palace de Brighton, lui qu\u2019on admirait en le voyant danser \u00e0 l\u2019Aquarius Ballroom. Apr\u00e8s la bataille, son ami est reparti avec sa copine et il est rest\u00e9 seul, errant dans les rues de la station baln\u00e9aire, presque clochardis\u00e9. Il n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 s\u2019enfoncer dans la mer avec son scooter \u00e9chou\u00e9 et \u00e0 contempler les falaises. Qu\u2019adviendra-t-il de Jimmy&nbsp;? Finira-t-il par se supprimer ou va-t-il r\u00e9ussir \u00e0 monter un groupe de rock&nbsp;? Suicide ou renaissance&nbsp;? Plus vraisemblablement, il encha\u00eenera les petits boulots avant de rentrer dans le rang, de se ranger. Une jeunesse g\u00e2ch\u00e9e, mais l\u2019\u00e2ge adulte sera s\u00fbrement pire. L\u2019histoire n\u2019est pas si importante que l\u2019univers introspectif de Jimmy, son monde int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quatre th\u00e8mes principaux sont \u00e9nonc\u00e9s dans \u00ab&nbsp;I Am The Sea&nbsp;\u00bb, le ressac de l\u2019oc\u00e9an assourdissant les cris de Daltrey perceptibles entre quelques notes de piano et des cuivres essouffl\u00e9s. \u00ab&nbsp;Can you sea the real me, doctor&nbsp;? Can you see the real me, mother&nbsp;?&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;The Real Me&nbsp;\u00bb ou le jeu avec le je et la qu\u00eate du vrai moi qui se d\u00e9robe, pour \u00e9chapper \u00e0 la folie qui rode. S\u2019ensuit \u00ab&nbsp;Quadrophenia&nbsp;\u00bb, version instrumentale, avec la guitare de Townshend qui donne la r\u00e9plique aux cuivres de Entwistle. Magistral. \u00ab&nbsp;Cut My Hear&nbsp;\u00bb ou le style \u00e0 trouver au milieu des regards hostiles \u00e0 la maison, dans le quartier ou au lyc\u00e9e. \u00ab&nbsp;I have to work myself to death&nbsp;\u00bb. \u00c7a commence comme une ballade et \u00e7a tourne vite au hit \u00e9nerv\u00e9 p\u00e9riode \u00ab&nbsp;I\u2019m A Boy&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Substitute&nbsp;\u00bb. Dialogue de sourd entre le punk et le parrain (\u00ab&nbsp;The Punk And The Godfather&nbsp;\u00bb), qui se renvoient \u00e0 la figure la responsabilit\u00e9 de leur malheur, de leurs \u00e9checs. On n\u2019est pas loin de Queen avec une pop baroque et th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e. L\u2019album doit quand m\u00eame beaucoup au meilleur du rock d\u00e9cadent (Bowie, Roxy Music) qui a enthousiasm\u00e9 l\u2019Angleterre l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;I\u2019m a loser, no chance to win&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;I\u2019m One&nbsp;\u00bb ou l\u2019\u00e9ternelle recherche de son identit\u00e9 par les fringues ou par la musique. Comme souvent, la ballade laisse vite place \u00e0 la hargne&nbsp;: \u00ab&nbsp;you\u2019ll all see I\u2019m the one\u00bb. Vous le verrez tous, et ce tous inclut balayeurs, mineurs de fond, chauffeurs de bus\u2026 Les sales boulots (\u00ab&nbsp;The Dirty Jobs&nbsp;\u00bb) s\u2019encha\u00eenent sans perspectives, sans direction et sans avenir. C\u2019est aussi un album tr\u00e8s social que ce <em>Quadrophenia<\/em>, qui parle sans en avoir l\u2019air d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sans \u00e2me o\u00f9 la jeunesse n\u2019a pas sa place. Omnipr\u00e9sente, la trompette de Entwistle introduit ce parcours du combattant d\u2019un jeune homme ordinaire dans un monde du travail per\u00e7u comme une machine \u00e0 enterrer les r\u00eaves. On entend des slogans \u00e0 la fin, comme pour montrer que l\u2019histoire n\u2019est pas finie. Voici le \u00ab&nbsp;Helpless Dancer&nbsp;\u00bb &#8211; sous-titr\u00e9<em> Roger\u2019s Theme<\/em> \u2013 qui fait part lui aussi d\u2019une vision pessimiste du monde. Est-il besoin de pr\u00e9ciser que le monde selon Townshend a tout de d\u00e9primant, dur aux faibles dans ces eaux glac\u00e9es du calcul \u00e9go\u00efste qu\u2019avait th\u00e9oris\u00e9 Marx. Introduction majestueuse, comme pour un tournoi de chevalerie, et Daltrey bien dans son personnage qui, sans prise sur la r\u00e9alit\u00e9, pr\u00e9f\u00e8re encore danser jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abrutissement. \u00ab&nbsp;I see a man without a problem&nbsp;\u00bb est la phrase ironique sur laquelle d\u00e9bute \u00ab&nbsp;Is It In My Head&nbsp;\u00bb. L\u2019album s\u2019attarde sur les \u00e9tats d\u2019\u00e2me de Jimmy, sur sa vision du monde en tant que marginal et opprim\u00e9. Du Who sans surprise, avec un air de d\u00e9j\u00e0 entendu. \u00ab&nbsp;I\u2019ve Had Enough&nbsp;\u00bb ou un hymne nihiliste, une pri\u00e8re qui commence invariablement par ce \u00ab&nbsp;j\u2019en ai eu assez&nbsp;\u00bb d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Et aussi ce \u00ab&nbsp;Love Reign O\u2019er Me&nbsp;\u00bb, comme un appel au secours. Des r\u00e9miniscences de <em>Tommy<\/em> encore \u2013 l\u2019ind\u00e9passable &#8211; mais aussi le petit th\u00e9\u00e2tre de Townshend tel qu\u2019on le conna\u00eet depuis \u00ab&nbsp;A Quick One While He\u2019s Away&nbsp;\u00bb. Aussi dr\u00f4le qu\u2019\u00e9mouvant.<\/p>\n\n\n\n<p>Jimmy va d\u00e9truire son scooter, de rage. 5:15, c\u2019est l\u2019heure du r\u00e9veil pour ne pas rater le train de Brighton et, durant le voyage, une sorte de courant de conscience d\u2019un Jimmy travaill\u00e9 par sa sexualit\u00e9 et ses frustrations. Saxophone et piano en avant, un hit qui renoue avec les racines rhythm\u2019n\u2019blues du groupe. \u00ab&nbsp;Sea And Sand&nbsp;\u00bb, ou les d\u00e9sarrois du jeune Jimmy encha\u00eenant les r\u00e2teaux et doutant de son pouvoir de s\u00e9duction. Il confie ses doutes \u00e0 l\u2019oc\u00e9an et n\u2019a que sa jeunesse \u00e0 opposer au monde (\u00ab&nbsp;but thank god, I ain\u2019t old&nbsp;\u00bb). La voix de Daltrey semble \u00e9merger du ressac et on est encore dans du Who grand ordinaire, avec des techniques de composition parfois r\u00e9p\u00e9titives. \u00ab&nbsp;Let me flow in to the ocean&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Drowned&nbsp;\u00bb (noy\u00e9) ou l\u2019appel de la mer pour s\u2019y purifier, s\u2019y perdre ou y rena\u00eetre comme apr\u00e8s un bapt\u00eame. La mer est omnipr\u00e9sente dans cet album et l\u2019eau en est l\u2019\u00e9l\u00e9ment principal. Au propre, station baln\u00e9aire oblige, mais aussi au figur\u00e9 o\u00f9 tout est ind\u00e9cis, flottant, t\u00e9nu. Encore le piano virtuose de Stainton et un riff de cuivre de Entwistle qui rendrait des points \u00e0 Al Green ou \u00e0 Curtis Mayfield. \u00ab&nbsp;Bellboy&nbsp;\u00bb est chant\u00e9 par Keith Moon (c\u2019est d\u2019ailleurs son th\u00e8me) et on sent qu\u2019il y prend du plaisir. Am\u00e8re d\u00e9ception de voir un leader mod de 1963 devenu un larbin au service des bourgeois de passage. D\u00e9sillusion totale. Une m\u00e9lodie efficace avec une batterie agressive et la trompette de John Entwistle dont on ne dira jamais assez l\u2019importance dans un album o\u00f9 il n\u2019a pourtant rien compos\u00e9 (c\u2019est la premi\u00e8re fois).<\/p>\n\n\n\n<p>Poursuivant le th\u00e8me de John, justement (\u00ab&nbsp;Is It Me&nbsp;\u00bb), \u00ab&nbsp;Doctor Jimmy&nbsp;\u00bb renoue avec les phantasmes sexuels et les probl\u00e8mes d\u2019identit\u00e9 de Jimmy. \u00ab&nbsp;Doctor Jimmy and mister Jim&nbsp;\u00bb ou le d\u00e9doublement, th\u00e8me rebattu pour le groupe. Cuivres en majest\u00e9 encore, pour un long morceau puissant et intense o\u00f9 on a l\u2019impression d\u2019arriver au terme d\u2019une histoire simple et tragique, au point o\u00f9 Jimmy n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 s\u2019efforcer de sublimer cette schizophr\u00e9nie incurable, dans l\u2019amour ou dans la cr\u00e9ation. \u00c0 noter le final, la note ultime qui n\u2019en finit pas, comme pour le \u00ab&nbsp;A Day In The Life&nbsp;\u00bb des Beatles. \u00ab&nbsp;The Rock&nbsp;\u00bb est une reprise instrumentale des diff\u00e9rents th\u00e8mes expos\u00e9s au terme d\u2019une s\u00e9lection drastique puisque l\u2019on a pr\u00e9tendu que Townshend avait des heures d\u2019enregistrements \u00e0 la disposition du groupe pour <em>Quadrophenia<\/em>. Enfin, \u00ab&nbsp;Love Reign O\u2019Er Me&nbsp;\u00bb &#8211; le th\u00e8me de Pete \u2013 d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9, vient conclure en beaut\u00e9 cette \u0153uvre forte, d\u2019une maturit\u00e9 \u00e9tonnante. L\u2019amour comme \u00e9lixir, baume et ultime consolation&nbsp;; l\u2019amour qui se confond avec les \u00e9l\u00e9ments vers lesquels Jimmy se tourne, en d\u00e9sespoir de cause. Les violons discrets et la voix de Daltrey font des merveilles sur un morceau poignant, v\u00e9ritable tour de force d\u2019un disque remarquable. Il fallait bien un final exceptionnel de ce niveau pour conclure une telle \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Si <em>Quadrophenia<\/em> n\u2019a pas le lustre de <em>Tommy<\/em> \u2013 c\u2019est aussi l\u2019\u00e9poque qui a chang\u00e9 \u2013 le double album n\u2019en regorge pas moins d\u2019\u00e9clairs de g\u00e9nie. \u00c0 l\u2019inverse de <em>Tommy<\/em>, avec lequel on ne peut s\u2019emp\u00eacher de le comparer puisqu\u2019il est de ce niveau, on y trouve deux ou trois morceaux moyens ou trop th\u00e9\u00e2tralis\u00e9s mais l\u2019ensemble est convaincant, au moins du niveau de <em>Who\u2019s Next<\/em>. <em>Quadrophenia<\/em> peut \u00eatre vu comme une sorte de <em>Tommy<\/em> ath\u00e9e, la\u00efc, o\u00f9 les extases mystiques auraient c\u00e9d\u00e9 la place aux dures r\u00e9alit\u00e9s sociales.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ception critique est excellente&nbsp;: aussi bien par Chris Welch dans le <em>Melody Maker<\/em> (20\/10\/1973) qui crie au chef-d\u2019\u0153uvre ou par Charles Shaar Murray dans le <em>New Musical Express <\/em><em>(<\/em>27\/10<em>) <\/em>pour qui l\u2019album \u00ab&nbsp;n\u2019est pas parfait, mais c\u2019est un triomphe&nbsp;\u00bb. Voil\u00e0 pour l\u2019Angleterre. Aux \u00c9tats-Unis, Dave Marsh, dans <em>Creem<\/em> est plus critique quand Lenny Kaye, dans <em>Rolling Stone<\/em>, \u00e9crit que \u00ab&nbsp;les Who n\u2019ont jamais sonn\u00e9 mieux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela semble appartenir \u00e0 une \u00e9poque r\u00e9volue, comme un artefact enfoui que d\u00e9couvriraient des arch\u00e9ologues. Tout cela est pourtant tr\u00e8s actuel, m\u00eame aux temps des Smartphones et d\u2019Internet, tant la jeunesse est toujours la m\u00eame, ballott\u00e9e entre folles esp\u00e9rances et morne d\u00e9sespoir. C\u2019est de cela qu\u2019ont toujours parl\u00e9 les Who.<\/p>\n\n\n\n<p>Extrait de <em>Les Who chantent leur g\u00e9n\u00e9ration<\/em> (Camion blanc 2020).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait il y a 50 ans. 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