{"id":3419,"date":"2023-06-08T15:33:48","date_gmt":"2023-06-08T13:33:48","guid":{"rendered":"http:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3419"},"modified":"2023-06-08T15:33:50","modified_gmt":"2023-06-08T13:33:50","slug":"notes-de-lecture-48","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3419","title":{"rendered":"NOTES DE LECTURE 48"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>SAN ANTONIO \u2013 <em>CHAUDS LES LAPINS&nbsp;! <\/em>&#8211; Fleuve noir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un vieux San-A trouv\u00e9 dans une bo\u00eete \u00e0 livres, toujours la m\u00eame. Un San-A des ann\u00e9es 1980, pas forc\u00e9ment les meilleures pour lui. C\u2019est l\u2019\u00e9poque tr\u00e8s cul avec un B\u00e9rurier devenu ministre de l\u2019int\u00e9rieur et Achille, le directeur de la police, pouss\u00e9 vers la sortie. Tout cela ne tirerait pas trop \u00e0 cons\u00e9quence si on ne sentait pas que Dard prend trop de distance avec son \u0153uvre, d\u00e9lirant \u00e0 qui mieux-mieux sans plus se soucier de la moindre cr\u00e9dibilit\u00e9 de ses histoires. C\u2019est du pur d\u00e9lire verbal, inspir\u00e9 certes, mais qui sent un peu trop la virtuosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intrigue&nbsp;? B\u00e9ru est donc ministre de l\u2019int\u00e9rieur et, \u00e0 ce titre, convi\u00e9 \u00e0 un congr\u00e8s d\u2019Interpol \u00e0 Amsterdam. Son \u00e9pouse, Berthe, est du voyage et, durant le colloque, elle a fait du l\u00e8che-vitrines dans le quartier chaud. Elle est enlev\u00e9e et convi\u00e9e \u00e0 une partouze dont les photographies pour le moins cochonnes servent \u00e0 un chantage. B\u00e9ru quitte ses fonctions sur les conseils de San-Antonio qui va essayer de d\u00e9m\u00ealer l\u2019\u00e9cheveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis la gravosse est drogu\u00e9e et conduite dans un bateau o\u00f9 elle est honor\u00e9e par tout l\u2019\u00e9quipage. D\u2019autres photos sortent, directement adress\u00e9es \u00e0 toute la presse fran\u00e7aise. Sc\u00e8ne hilarante qui voit Serge July et Louis Pauwels \u2013 respectivement directeurs de <em>Lib\u00e9ration<\/em> et du <em>Figaro Magazine<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 jurer de leurs grands dieux devant Achille et San Antonio qu\u2019ils ne mangeraient pas de ce pain-l\u00e0. Dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du pays et au-del\u00e0 de leurs divergences politiques. Une Marseillaise serait la bienvenue.<\/p>\n\n\n\n<p>Un armateur devenu fou, le chef de la police hollandaise qui se livre \u00e0 toutes sortes de trafic avec le milieu (drogue, prostitution, terrorisme, ventes d\u2019armes\u2026). On va de personnage en personnage sans perdre le fil de l\u2019action avec des sc\u00e8nes cocasses qui font le charme des petits San Antonio. Pinaud est m\u00eame l\u00e0, discret et furtif, et Achille, le dabe, redevient chef de la police \u00e0 la faveur de la d\u00e9mission de B\u00e9ru. Bref, on se marre. Il y a m\u00eame \u00e0 la fin un projet d\u00e9jou\u00e9 d\u2019assassinat du pr\u00e9sident concomitant avec un attentat terroriste contre la Tour Eiffel. Bref, le grand jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Allez, on lui passe tout \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric Dard, moi qui ai quasiment appris \u00e0 lire dans ses livres. J\u2019avoue quand m\u00eame pr\u00e9f\u00e9rer les San Antonio des ann\u00e9es 1950 \u2013 1960, ceux qui \u00e9taient tout aussi dr\u00f4les, moins ax\u00e9s sur le cul et o\u00f9 les intrigues tenaient encore debout. C\u2019\u00e9tait avant que San Antonio ne devienne le sujet de th\u00e8ses universitaires et que Fr\u00e9d\u00e9ric Dard ne soit pris trop au s\u00e9rieux, lui qui ne se voulait rien d\u2019autre qu\u2019un artisan, le \u00ab&nbsp;steak-frites&nbsp;\u00bb de la litt\u00e9rature, comme on a pu dire et comme il le disait lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019emp\u00eache, il avait invent\u00e9 un genre, le polar humoristique, sur les bris\u00e9es des Albert Simonin et autres L\u00e9o Malet. Un foutu \u00e9crivain en plus, artificier des mots et fin connaisseur de la vie et des hommes. Y\u2019 a bon San Antonio&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>GUSTAVE LE ROUGE \u2013 <em>LA GUERRE DES VAMPIRES <\/em>\u2013 10\/18.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce cher Le Rouge, l\u2019un des grands noms de la litt\u00e9rature populaire fin de si\u00e8cle, avec ses confr\u00e8res de couleur&nbsp;: Maurice Leblanc ou Gaston Leroux. Sauf que Le Rouge peut aussi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un pionnier de la science-fiction. Pas \u00e0 base scientifique, certes, mais en plein merveilleux, avec une dilection pour le myst\u00e8re et l\u2019\u00e9sot\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p>On connaissait de lui le personnage du Docteur Cornelius, savant fou et personnage loufoque. On est ici dans les m\u00eames eaux, m\u00eame si on peut consid\u00e9rer que Le Rouge penche plus vers H.G Welles, Jules Verne ou encore Arthur Conan Doyle, voire vers les B.D d\u2019Edgar P. Jacobs.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019action se passe dans une propri\u00e9t\u00e9 proche de Bizerte, en Tunisie. Un ar\u00e9opage de scientifiques \u00e9coute le h\u00e9ros, Georges Darvel, raconter les m\u00e9saventures de son fr\u00e8re R obert, cens\u00e9 avoir disparu sur Mars. Il y a l\u00e0 Miss Alberte, l\u2019h\u00e9ro\u00efne, Ralph Pitcher, naturaliste, le capitaine Wad et l\u2019ing\u00e9nieur Bolenski. Plus le petit personnel, la servante Cherifa, un vieux serviteur aveugle du nom de Zarouk et le cuisinier Frymcock, un vieil excentrique anglais. Zarouk sent les choses et il sent des djinns autour de lui. Des djinns qui vont s\u2019av\u00e9rer \u00eatre des vampires.<\/p>\n\n\n\n<p>Une m\u00e9t\u00e9orite explose qui fait p\u00e9rir Wad et Bolenski mais Robert Darvel, le fr\u00e8re de Georges, est retrouv\u00e9 exsangue dans un mausol\u00e9e de pierre trouv\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la m\u00e9t\u00e9orite. Pendant pr\u00e8s de 200 pages, il va pouvoir conter son aventure. Son voyage sur Mars propuls\u00e9 par l\u2019\u00e9nergie psychique de milliers de yogis tous concentr\u00e9s vers le m\u00eame but. L\u00e0, il a \u00e0 affronter toutes sortes de bestioles mal\u00e9fiques, dont des \u00eatres qui sont de v\u00e9ritables cerveaux ail\u00e9s, les vampires. Les martiens, eux, ou plut\u00f4t les Eelors, l\u2019ont plut\u00f4t eu \u00e0 la bonne, mais ils sont d\u00e9cim\u00e9s par les vampires. Darvel a introduit l\u2019eau et le feu sur la plan\u00e8te et, apr\u00e8s un voyage extraordinaire dans des vall\u00e9es de cendre, des tours de cristal et des fosses marines, il d\u00e9couvre le secret de la plan\u00e8te&nbsp;: le grand cerveau, une masse de cervelle dont la bo\u00eete cr\u00e2nienne est une montagne. C\u2019est lui qui fait tourner son monde gr\u00e2ce \u00e0 un r\u00e9seau de c\u00e2bles \u00e9lectriques que l\u2019on pourrait prendre pour des neurones et des synapses.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand cerveau expulse Darvel de sa plan\u00e8te et on a vu comment il est retomb\u00e9 dans le salon de ses amis. Puis c\u2019est la pauvre Alberte qui est enlev\u00e9e par 15 vampires invisibles qui veulent amener le h\u00e9ros \u00e0 revenir combattre le grand cerveau. Tout sera bien qui finira bien. Darvel \u00e9pousera Alberte, le cuisinier Frymcock se mettra au service du tsar, Pitcher et Robert chercheront le moyen de se rendre invisibles et les vampires deviendront une l\u00e9gende chez les villageois arabes, expliquant tous leurs malheurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, une histoire abracadabrantesque \u00e0 base de parapsychologie et de merveilleux qui fait penser, dans les meilleurs moments, \u00e0 Lautr\u00e9amont pour les descriptions d\u2019outre-monde. Le Rouge se sert des d\u00e9couvertes scientifiques les plus r\u00e9centes (on est au d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle) pour soutenir un r\u00e9cit compl\u00e8tement loufoque et fantasmagorique. \u00c0 lire comme un roman de genre fantastique, voire comme un pionnier de l\u2019H\u00e9ro\u00efc-Fantasy, mais le style est alerte et si certaines pages sont de la po\u00e9sie de la plus belle eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Les surr\u00e9alistes adoreront Le Rouge qui fut aussi proche des milieux socialistes utopiques, en anticapitaliste avant la lettre. Blaise Cendrars s\u2019inspirera du personnage de Le Rouge pour son <em>Homme foudroy\u00e9<\/em> et Francis Lacassin le mettra \u00e0 l\u2019honneur dans sa collection <em>L\u2019aventure insens\u00e9e<\/em> chez Bourgois 10\/18. Le Rouge portait bien son nom.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VICTOR HUGO \u2013<em> LE DERNIER JOUR D\u2019UN CONDAMN\u00c9 \u00c0 MORT<\/em> \u2013 Librio<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce petit livre, \u00e0 peine 100 pages, du grand Victor (lui qui nous a habitu\u00e9s aux pav\u00e9s en deux ou trois tomes) peut toujours servir de bible aux abolitionnistes du monde entier.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans l\u2019\u00e9pith\u00e8te hugolien et le style parfois ampoul\u00e9 du ma\u00eetre, il fait \u00e9cho au r\u00e9cit de Dosto\u00efevski sur le simulacre de fusillade qu\u2019il a eu \u00e0 subir par les sbires du tsar pour ses activit\u00e9s subversives. Hugo raconte donc, comme l\u2019indique le titre, les ultimes jours d\u2019un condamn\u00e9 \u00e0 mort dont on sait \u00e0 peine le nom et dont on ignore exactement la nature du crime.<\/p>\n\n\n\n<p>On sait juste qu\u2019il a une m\u00e8re, une \u00e9pouse et une petite fille et qu\u2019il a eu une enfance plut\u00f4t heureuse avant les difficult\u00e9s de l\u2019\u00e2ge adulte et les premi\u00e8res incartades, mais l\u2019auteur n\u2019est pas disert l\u00e0-dessus et il faudra se contenter de l\u2019angoisse et du d\u00e9sespoir de quelqu\u2019un qui va mourir au nom de la justice des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le condamn\u00e9 esp\u00e8re encore un peu \u00e0 un pourvoi en cassation qui lui est refus\u00e9 et, dans sa cellule de Bic\u00eatre d\u00e9filent les derni\u00e8res figures d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 quitter&nbsp;: huissier, administration p\u00e9nitentiaire, cur\u00e9\u2026 \u00c0 la fin, il communique avec un condamn\u00e9 qui va prendre sa place en cellule, un pauvre bougre qui n\u2019a jamais pu trouver de travail apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 du sceau d\u2019infamie \u00ab&nbsp;ancien bagnard&nbsp; \u00e0 Toulon\u00bb, et il a vol\u00e9 un pain, comme Jean Valjean, un m\u00e9fait qui s\u2019ajoute \u00e0 une longue liste et lui vaut la peine de mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre les affres du condamn\u00e9 et son d\u00e9sespoir de plus en plus profond \u00e0 mesure que les heures passent, outre ses souvenirs, ses regrets et la simple contemplation de ce qui l\u2019entoure, on a le r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n\n\n\n<p>Une ex\u00e9cution qui s\u2019effectue sans drame, en bon ordre, dans un c\u00e9r\u00e9monial civil mille fois rod\u00e9. C\u2019est presque avec une infinie courtoisie qu\u2019on va le mener sur la bascule \u00e0 Charlot et lui trancher le cou. Rien de personnel, c\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 qui le veut. Des spectateurs morbides sont d\u00e9j\u00e0 mass\u00e9s l\u00e0 et on va au supplice comme on irait au th\u00e9\u00e2tre. La mort est donn\u00e9e et la soci\u00e9t\u00e9 se f\u00e9licite d\u2019\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9e d\u2019un nuisible&nbsp;; chacun dans la foule ignorant qu\u2019il peut subir le m\u00eame sort, en fonction des circonstances.<\/p>\n\n\n\n<p>Et on se dit qu\u2019avec 60&nbsp;% des Fran\u00e7ais pour le maintien de la peine de mort, il a fallu quand m\u00eame du courage \u00e0 Badinter et au gouvernement Mauroy pour r\u00e9ussir \u00e0 bannir ces c\u00e9r\u00e9monies barbares. Et on se dit aussi que le vrai courage politique est tout le contraire de la d\u00e9magogie, du populisme et du suivisme de l\u2019opinion. Hugo le savait mieux que personne au XIX\u00b0 si\u00e8cle et nous devrions le savoir beaucoup mieux encore, si la notion de progr\u00e8s \u00e9tait \u00e9tablie. Mais chaque jour qui passe nous rapproche pourtant de la barbarie. On dirait aujourd\u2019hui \u00e0 Hugo&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;t\u2019as tort Totor, tu t\u2019ent\u00eates et t\u2019as tort&nbsp;\u00bb<\/em>, sur l\u2019air de la chanson de Milton (pas Alfred, Georges).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>STEFAN ZWEIG \u2013 <em>MARIE STUART<\/em> \u2013 Grasset \/ Le livre de poche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"664\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration327-664x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3421\" srcset=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration327-664x1024.jpg 664w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration327-195x300.jpg 195w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration327-768x1184.jpg 768w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration327-778x1200.jpg 778w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration327-584x900.jpg 584w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration327-389x600.jpg 389w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration327-19x30.jpg 19w, https:\/\/passionschroniques.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/illustration327.jpg 888w\" sizes=\"(max-width: 664px) 100vw, 664px\" \/><figcaption>L&rsquo;original chez Grasset. Mary, queen of Scotts. Isn&rsquo;t she lovely ?<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les lecteurs attentifs de ce blog savent que Stefan Zweig a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019un de mes h\u00e9ros litt\u00e9raires. Plume \u00e9l\u00e9gante, intelligence aigu\u00eb, immense sensibilit\u00e9 au monde qui l\u2019entoure et humanisme quasi-militant. La vie de Zweig est exemplaire, un phare d\u2019humanit\u00e9 dans un si\u00e8cle barbare, et son suicide \u00e0 Petropolis (Br\u00e9sil) en 1942 apr\u00e8s avoir fui le nazisme en est l\u2019aboutissement presque logique. De Marie Stuart, reine d\u2019\u00c9cosse, il fait une Jeanne d\u2019Arc, mais une sainte sanglante.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici moins le nouvelliste hors-pair et le romancier passionnant que l\u2019historien qui parle et qu\u2019on lit. Une biographie romanc\u00e9e, on va dire, ou un solide travail d\u2019historien qui n\u2019aurait pas oubli\u00e9 qu\u2019il est aussi un grand \u00e9crivain. Marie Stuart, la reine d\u2019\u00c9cosse au destin tragique avait tout pour inspirer un Zweig qui a connu Freud et tous les illustres auteurs (Schnitzler, Sacher-Masoch, Musil, Kafka) d\u2019un Empire Austro-hongrois en voie de dislocation, en d\u00e9liquescence.<\/p>\n\n\n\n<p>La reine au destin tragique, n\u00e9e coiff\u00e9e et morte d\u00e9capit\u00e9e, est la fille de Jacques V et de Marie De Guise-Lorraine, farouchement catholique (c\u2019est important de le souligner dans le contexte du livre). Elle \u00e9pouse Fran\u00e7ois II, enfant ch\u00e9tif qui meurt apr\u00e8s les noces et devient reine d\u2019\u00c9cosse apr\u00e8s avoir, en demoiselle farouche aid\u00e9e de ses conseillers, avoir r\u00e9duit l\u2019hostilit\u00e9 des lords \u00e9cossais, ces hobereaux querelleurs qui lui disputent le pouvoir. Zweig d\u00e9crit cette \u00c9cosse de l\u2019\u00e9poque comme un pays rural, sauvage et \u00e9loign\u00e9 de tout, loin des fastes des cours europ\u00e9ennes, des lumi\u00e8res de la Renaissance et de l\u2019Angleterre \u00e9lisab\u00e9thaine. Il insiste sur le fait que cette p\u00e9riode de l\u2019histoire anglaise est aussi celle d\u2019un Shakespeare ou d\u2019un Ben Johnson, un si\u00e8cle d\u2019esprit et de grandeur.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien la mort qui la poursuit tout au long de son court r\u00e8gne. La mort de son mari Fran\u00e7ois II puis la conspiration des lords contre Darnley qui allait devenir roi d\u2019\u00c9cosse, puis encore l\u2019assassinat de Riccio, son secr\u00e9taire et confident et enfin l\u2019exil de Bothwell, le rustre hobereau sans foi ni loi qui avait ravi son c\u0153ur, ce Bothwell dont elle s\u2019entiche comme une midinette et cette passion sera \u00e0 l\u2019origine de son drame comme de sa chute.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi le si\u00e8cle de Machiavel et tout est bon pour acc\u00e9der au tr\u00f4ne ou pour se voir conc\u00e9der un peu du pouvoir royal. Les couteaux sont aiguis\u00e9s et les poisons pr\u00e9par\u00e9s. Elizabeth \u00e9pie les moindres mouvements de sa demi-s\u0153ur qui peut encore revendiquer le tr\u00f4ne d\u2019Angleterre \u00e0 sa mort, et ses conseillers ourdissent les complots les plus noirs contre Marie Stuart. Des pi\u00e8ges dans lesquelles elle tombe sans \u00eatre dupe du mal qu\u2019on lui veut. Il ne faut pas non plus n\u00e9gliger la dimension religieuse du drame qui se joue. L\u2019Angleterre est phare du protestantisme quand l\u2019\u00c9cosse se veut le refuge des catholiques de cette contr\u00e9e d\u2019Europe. John Knox, un pr\u00e9dicateur calviniste, l\u00e8ve les foules contre la reine catholique et, apr\u00e8s sa passion avec Bothwell, elle est rejet\u00e9e par tout son peuple comme reine homicide et catin royale.<\/p>\n\n\n\n<p>On suit le cours de sa d\u00e9ch\u00e9ance, sa prison dor\u00e9e en Angleterre, sous l\u2019\u0153il inquiet d\u2019Elizabeth apr\u00e8s une longue traque sur ses terres d\u2019\u00c9cosse. On suit les complots avort\u00e9s qu\u2019elle ourdit avec l\u2019aide peu empress\u00e9e de toutes les cours d\u2019Europe, d\u2019Espagne et de France. Elle croit encore possible son destin de reine d\u2019Angleterre, mais les t\u00eates couronn\u00e9es la consid\u00e8rent comme une folle encore anim\u00e9e par des r\u00eaves de grandeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis c\u2019est la sentence et l\u2019ex\u00e9cution. Marie Stuart affronte la mort avec courage et lit la bible en latin alors qu\u2019un pr\u00eatre protestant commence son hom\u00e9lie. Elizabeth, reine hypocrite, dira qu\u2019on l\u2019a ex\u00e9cut\u00e9e sans qu\u2019elle n\u2019ait donn\u00e9 d\u2019ordre formel. Elle croit en son mensonge et, pour le rendre plus cr\u00e9dible encore, elle frappe de disgr\u00e2ce tous ceux qui ont agi pour la mise \u00e0 mort. Jacques VI, le fils de Marie, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9venu contre sa m\u00e8re, est fait successeur de la reine d\u2019Angleterre. Tout rentre dans l\u2019ordre. Henri III fait dire une messe et Philippe II ne peut que constater la d\u00e9route de sa pas si invincible armada. Rules Brittania&nbsp;! Jacques VI sera roi \u00e0 la mort d\u2019Elizabeth sous le nom de Jacques Premier et les deux reines mortes dormiront c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te \u00e0 Westminster, pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>21 mai 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SAN ANTONIO \u2013 CHAUDS LES LAPINS&nbsp;! &#8211; Fleuve noir. Un vieux San-A trouv\u00e9 dans une bo\u00eete \u00e0 livres, toujours la m\u00eame. Un San-A des ann\u00e9es 1980, pas forc\u00e9ment les meilleures pour lui. C\u2019est l\u2019\u00e9poque tr\u00e8s cul avec un B\u00e9rurier devenu ministre de l\u2019int\u00e9rieur et Achille, le directeur de la police, pouss\u00e9 vers la sortie. Tout&#8230;<\/p>\n<div class=\" [&hellip;]\"><a href=\"https:\/\/passionschroniques.fr\/?p=3419\">Read More <i class=\"os-icon os-icon-angle-right\"><\/i><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3421,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,42],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3419"}],"collection":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3419"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3419\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3423,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3419\/revisions\/3423"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3421"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3419"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3419"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/passionschroniques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3419"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}